La loi anti-fessée..

La loi sur la fessée revient à l’assemblée…

C’est une bonne chose d’interdire la fessée, et je pense aussi que c’est une bonne chose de ne pas mettre en balance des punitions pour les parents « fautifs ».

Je vais vous dire pourquoi…

Quand on prône la bienveillance éducative, on sait que la punition renforce les sentiments négatifs. D’ailleurs, quand vous vous faites flasher à 61 km/h en ville, payer l’amende ne vous fait pas prendre subitement conscience que c’est mal. (Soit dit en passant, les notions de bien et de mal me chagrinent de plus en plus. Bref, je m’égare !) Non, vous êtes en colère contre celui qui vous a flashé, vous vous sentez honteux, coupable, en clair votre état émotionnel va de mal en pire.

Aller dire à des parents qui n’ont eu que ce modèle là d’éducation ( punition, fessée …) qu’ils font mal alors qu’ils n’arrivent pas à remettre en cause ce même modèle, puisque ce serait remettre en cause leurs parents est un non sens ! On ne force pas les gens à changer en claquant des doigts.

Il faut expliquer, calmement et avec bienveillance justement, que les neurosciences mettent en lumière de nouveaux faits : les punitions, les cris et les coups, même pas forts, même sur les vêtements ( OMG ) sont contre productifs et peuvent être nocifs pour les enfants. C’est un fait.

Mais savoir ne suffit pas.

Je sais que crier ne sert à rien, et que cela met mes enfants en position inconfortable. Et pourtant, je suis parfois démunie. Je crie même si je n’aime pas ça. Et à chaque fois, j’en sors plus culpabilisée et ambivalente que jamais. Je dis aussi parfois mes émotions, parfois bien, parfois mal.

Je n’ai pas toujours les clefs.

Encore moins avec une configuration familiale particulièrement épuisante teintée de handicap…

Alors, interdire c’est bien, éduquer c’est mieux.

Pour accompagner les parents dans cette transition, il va déjà falloir former les professionnels : si les médecins arrivent à nous parler avec bienveillance en nous responsabilisant dès la grossesse, on aura déjà bien avancé !

Impliquer les parents dans une nouvelle forme d’éducation bienveillante, c’est aussi la rendre accessible. Vous le voyez arriver le couplet sur la société qui nous met en compétition, écrasant vaillamment les plus faibles ? Le voilà !

Dans une société où les forts décident, que faire de nos enfants ? Un enfant ne décide pas, point barre !

Bon, sauf que si en fait. L’enfant décide plein de choses. Et si on lui apprend la coopération tout petit, l’enfant est notre allié et pas une sale bête à mater à tout prix ! Encore faut-il que nous puissions sortir de nos schémas de domination (tous les schémas) et ce n’est pas simple du tout, pour des adultes qui n’ont connu que ça.

Comment en sortir ? Je n’ai pas de solution toute prête, mais c’est un fait qu’il faudra plus de lieux ressources pour les parents, avec des accompagnants familiaux bien formés à la Communication Non Violente, et capables de transmettre. Sans contrainte et sans jugement.

Parce que le plus difficile dans la CNV et l’éducation non violente, c’est le regard des autres :

Les pros bienveillance sont parfois cruellement jugeants au moindre dérapage. S’il ne s’agit pas de cautionner le parent qui crie (aïe ça c’est moi mercredi) ou qui frappe l’enfant, il vaut mieux, à mon sens, lui apporter du soutien, des pistes de réussite future, plutôt que l’écraser encore plus, lui le faible, celui qui trouve ça dur d’être un parent, celui qui est finalement un humain. Je crois que c’est le plus dur à gérer pour moi après avoir crié : souvent j’exprime ma frustration, et les enfants grandissant, mes sentiments de manière plus fine, et plus directe. La volonté n’est pas de les culpabiliser, mais si je dis que j’ai du chagrin, mon coeur s’allège. Un peu.

Les anti quant à eux, vont traquer les dérapages de vos enfants. A la moindre incartade, votre éducation sera remise en cause. Ces enfants à qui on passe tout sont bien des enfants rois… Alors que c’est faux. De tout temps il y a eu des enfants plus difficiles que d’autres, et ce qui rend la jeunesse violente et désabusée, ce n’est pas l’éducation mais la société qui exclue... Bon je m’égare encore. L’enfant difficile va attirer les foudres de tout le cercle de connaissances de son parent. La famille, les amis et l’école…

 

Donc la première étape sera bien d’aider les parents à se libérer du joug du regard d’autrui. Dans tous les domaines ce serait royal…

Il faut laisser les mentalités changer doucement. On ne deviendra pas des génies de la bienveillance, on ne brisera pas le long cycle de violences éducatives en une seule génération.

C’est impossible. Ce ne doit pas cautionner les coups bien évidemment, mais cela doit nous permettre d’être indulgents avec nous même. On est avant tout des êtres humains avant d’être des parents. On a aussi des émotions, on peut les exprimer. Faut juste réussir à les exprimer autrement. Rien ne nous empêche de pousser un coup de gueule. Constructif. Et cela n’est pas simple de le faire, surtout quand on est vraiment fâché, surtout quand on peine à changer de vision.

Mais que faire face aux cris de l’enfant ? Je sais que parfois, ceux de Rayond’soleil pourraient me rendre dingue. On a aussi un droit de retrait. Le temps de se calmer nous même et de lui donner l’occasion d’y arriver seule. Je sais que nombre d’enfants dans la situation de ma fille peuvent faire d’énormes crises de colère, et que cela peut être très compliqué…Je le sais parce que je le vis…

Moi, ce qui me chamboule le plus, je l’avoue, c’est mon dernier, qui est persuadé d’avoir raison. J’oscille entre laisser tomber (il va bien s’en rendre compte que des fois il a tort) et la peur que la société le vive mal…. Alors les conflits sont usants. J’en souffre. Je le lui dis, il commence à entendre. Doucement.

C’est là toute l’ambivalence qui nous tombe dessus, on a peur que nos enfants ne puissent être ainsi entendus hors du cercle familial. Et c’est une réelle souffrance. Que fera cet enfant habitué à la discussion face à un adulte fermé ? D’où l’idée d’une loi et d’un accompagnement de tous vers une nouvelle forme de coopération.

On a aussi peur que nos enfants nous « mangent ». Là, c’est moins fondé, dans le sens où on a aussi le droit d’exprimer nos émotions. Les gens vont nous le dire.

Ici, un seul sur 3 est un vrai rebelle, tempétueux, indocile, et bigrement intelligent, de cette intelligence irrévérencieuse, qui se moque bien de l’autorité et encore plus de l’autoritarisme, à qui on n’impose rien qu’il n’aurait pas compris et qui refuse obstinément toutes les cases (et tant mieux) . Et je vois le regard porté sur lui par certains proches, et par des inconnus. J’arrive de plus en plus à ME distancier de cela. Mais mon cœur de mère sent que cela peut être un problème pour lui dans cette société.

Alors qu’un jour il sera un adulte, et que je dois lui donner les clefs pour être heureux, et en mesure de répondre aux regards ou aux reproches, avec bienveillance. Petit, ça s’apprend  bien sûr…Parce que pour un long temps encore, il sera incapable d’exprimer autrement ses sentiments négatifs, qu’en explosant.

Je regarde mon fils aîné, qui me dépassera avant 6 mois alors qu’il n’aura que 12 ans, et je me dis que s’il écoute mes conseils, se soumet parfois à une consigne, ce n’est pas par peur, mais par respect. Il est plus costaud que moi, et si la règle était la soumission par la violence, pour sûr que je perdrai déjà…. Qu’on perdrait tous.

La coopération est notre base. Alors comme je n’ai pas trouvé de photo où on se criait dessus, je vous livre une photo de tendresse, qui a suivi dans l’ordre : une balade à vélo sur la route, un match de foot où j’ai perdu, des enfants qui pêchent trop près de l’eau  et l’un d’eux qui n’écoute pas ma mise en garde …Et donc met le pied dans l’eau et nécessite le secours de son frère, une crise de larmes d’une petite fille parce qu’elle veut aller au parc « tout de souite » et une séance photo pour nos amis de la maison235….

 

DSC_0803 (Copier)

Et à celui qui me dira « j’ai pris des baffes et j’en suis pas mort » je répondrai 2 choses :

  • j’ai d’autres objectifs d’éducation que de simplement garder les enfants vivants
  • tu as de la chance, car 2 enfants meurent chaque jour sous les coups de leurs parents. Interdire la fessée, c’est mettre un premier garde-fou, un premier warning à des parents parfois tellement déboussolés qu’ils ne voient que cette option, qui se durcit avec le temps…

Laissons nous le temps de changer, faisons confiance à nos enfants pour nous aider.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s