Pour te comprendre

Avant de débuter ce texte, je pense pouvoir dire qu’il pourrait hypothétiquement être le début du premier chapitre du tout aussi hypothétique opus numéro 2 de  » Comme un petit rayon de soleil »…. 

Pour te comprendre il m’a fallu oublier tout ce que j’avais appris.

J’ai commencé par te sentir, te ressentir.

Comme si mes sens s’éveillaient l’un après l’autre lentement.

Je reconnaitrai, parmi toutes les autres, ton odeur, sucrée, douce, chaude.

Je connais par cœur le grain de ta peau, moelleuse, tendre comme seules sont les peaux de nos enfants.  Je laisse courir mes doigts si souvent sur tes joues, sur tes bras. Je sais chaque bobo, chaque petit bouton, chaque aspérité.

Tu ris. Un rire cristallin, communicatif. Même les animaux ont envie de rire avec toi, je l’ai vu dans leur façon de te regarder.

Je te mange de baisers comme seules les mamans et les papas savent le faire, comme pour oublier que bientôt, tu te cacheras derrière ton âge pour me repousser. Tu as le goût de chocolat.

Me repousseras-tu le jour où ma peau à moi sera trop ridée, quand je sentirai le vieux ?

Quand je vois tes fossettes, tes cheveux dépeignés, tes doigts tout collants, tes vêtements trop colorés pour une adulte, je vois tout ce que je ne suis plus.

Pour te comprendre, il m’a fallu oublier tout ce que j’avais appris.

Les mots sont mâchés, hachés, nasillés. Les gestes maladroits. Le rire parfois démesurés…

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Ou au contraire, tu parles trop, toujours, tout le temps, et jamais comme un enfant.

L’allure ne rentrait pas dans le moule. Trop doucement. Trop vite. Le moule…Ennui mortel !

Nous avons couru les salles d’attente, besoin de comprendre n’est ce pas…Je n’avais pas encore compris que je prenais la vie du mauvais côté…

J’ai cherché des réponses qui n’existaient pas à des questions que je m’étais imposées… Pour quoi faire ?

De désillusion en inquiétude nouvelle, je me suis battue avec une énergie désarçonnante.

Pour te comprendre, il m’a fallu oublier tout ce que j’avais appris.

Le moule. Trop vaste ou trop étroit, il ne nous convient pas. Je crois que notre famille n’en a pas fini avec l’atypie mais ce n’est pas grave.

A chacun ses talents et j’ai décidé de balancer les préceptes au feu (mais pas la maîtresse au milieu, cette année elles sont sympas !) ainsi que tous les discours sur l’éducation, et l’allure à laquelle les enfants DOIVENT se développer.

Allez hop, on respire, on souffle un grand coup, et c’est parti.

Pour oublier j’ai commencé par gommer toutes les différences et redessiner à la place des sourires, et des forces.

La différence, ou le handicap, ou la maladie, l’atypie en somme, n’est pas une fatalité ni une quelconque faiblesse mais bel et bien une richesse de la vie.

J’ai oublié ce que j’avais lu sur les rythmes de l’enfant, et décidé que chacun d’entre vous vivrait à son allure. Plus vite, plus lentement. Peu m’importerait.

J’ai oublié le langage de la bouche pour celui du corps, j’ai oublié le rangement et la cuisine bien propre au profit de tes apprentissages. J’ai aussi oublié le chronomètre, le temps qui court.

Le temps trop court, qui nous contient, qui nous contraint.

Tu l’étires. Tu te moques de l’heure. Tu as tellement raison.

Tu n’es pas raisonnable, mais qui l’est ? Et pourtant, je croyais qu’il fallait l’être. Heureusement que j’ai du oublier ce que j’avais appris.

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J’ai changé mon fusil d’épaule, j’ai appris de nouvelles choses, de nouvelles idées.

Tu t’ennuies, t’en veux plus, tu veux autre chose. Tu m’épuises de puiser en moi toutes les ressources pour étancher ta soif de connaissances…

Tu ne suis plus, tu n’y arrives pas, tu rages, tu tapes du poing sur ton matelas.

Tout va trop vite, ou trop lentement.

Pour te comprendre, j’ai surtout dû me doter de sacrés capacités d’adaptation.

Pour te comprendre toi mon enfant, mon petit, ma moyenne, mon grand, tous différents…

 

C’était bien plus simple de moi m’adapter que de vous demander de chacun le faire.

Essayer d’être spectateur de vos envies et moteur de vos projets.

Lire, lire, emmagasiner des informations et en oublier plus de la moitié.

Trouver des solutions qui vous conviendraient, les essayer, et en jeter encore la moitié.

Vous porter le plus loin possible sur le chemin que vous voudrez emprunter….

Vous aider dans les chemins de traverse, accompagner vos moments de doute, donner la patience, l’amour inconditionnel, des chocolats chauds sans lactose, des câlins même quand je n’en peux plus de fatigue au milieu de la nuit, pour éteindre un feu imaginaire dans une petite tête bien pleine.

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Pour te comprendre, il m’a fallu oublier tout ce que j’avais appris.

Tant mieux !

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