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portrait du jour…53

S à la quarantaine dynamique et un parcours de vie incroyable, comme la majorité des personnes que j’ai la chance de côtoyer.

C’est drôle comme je me sens privilégiée par mes conditions de vie qui me permettent de rencontrer des gens tellement pluriels, et de m’enrichir humainement au fil du temps.

S travaille dans la même association que moi. Elle a une pêche incroyable, et le sourire collé au visage en toutes circonstances ou presque. C’est une angoissée de nature, avec le coeur sur la main.

Elle gère à elle toute seule une charge de travail colossal, sans se départir de sa bonne humeur, et elle couve son équipe comme une mère poule le ferait avec ses poussins. S, c’est un peu la grande soeur idéale, celle qui fronce les sourcils si tu lui piques son t-shirt préféré sans lui demander mais qui te le prêtes quand même parce qu’elle est vraiment gentille.

S n’a pas eu la vie facile. Qui a une vie facile d’ailleurs ? Personne, assurément. Chacun à notre échelle rencontrons des difficultés, plus ou moins bien supportées. S a rencontré des épreuves dont elle parle avec pudeur, et une force déterminée. Elle a une fille aujourd’hui adulte en situation de handicap, et qui est passée, comme elle, par des phases de colère qu’il a fallu gérer. Elle sourit en racontant, elle trouve ça terriblement banal et normal. Sa fille s’est révoltée, a refusé sa situation, a rué dans les brancards, et S avec elle, malgré la peur, malgré le besoin de protection.

Elle a su prendre le recul nécessaire pour permettre à cette enfant de s’envoler, au même titre que les autres. Bien sûr que rien n’est parfait. Bien sûr qu’elle risquait de s’écraser avec ses ailes fragiles et difficiles à maîtriser. Mais S a su lui donner la force de caractère nécessaire.

Evidemment, elle a dû traverser d’autres nuits noires, d’autres moments d’adversité, d’autres douleurs et déchirements, mais c’est celle-là qui a forgé son caractère de battante.

Et si ce sont nos histoires de filles extra ordinaires qui ont ouvert la discussion il y a bien longtemps, avant même que nos chemins professionnels ne se rejoignent, c’est tout le reste qui rend S exceptionnelle.

Son engagement quotidien auprès de son équipe, sa lutte pour leurs droits, ses combats pour les femmes, contre les maladies, contre les inégalités. Sa gentillesse en étendard, elle est prête à soulever des montagnes pour effacer les lignes, pour réduire les injustices. Sans cape de sauveuse, elle apporte sa pierre à l’édifice, chaque jour dans l’ombre et avec la discrétion la plus totale.

Engagée au sein de plusieurs associations, elle m’en fait pas des tonnes, et on apprendrait presque ses réalisations par hasard. Si S sait valoriser le travail et les accomplissements des autres, elle oublie trop souvent les siens.

Et ce midi, elle a fait preuve d’une attention toute particulière pour moi, lisant entre mes lignes avec une capacité d’empathie incroyable.

Par un simple mot, doublé d’une main sur mon poignet, elle m’a démontré que tout pourrait aller bien, parce que l’humain est capable aussi et surtout du meilleur. La douceur dans ses yeux remplirait les cœurs les plus durs d’une sérénité nouvelle, parce qu’ils sont le miroir de son âme (oui je l’ai piqué à quelqu’un celle-là, elle n’est pas de moi). Malgré les épreuves envoyées par la vie, S ne baisse pas les bras, au contraire, elle les porte en soutien à tous ceux qui en éprouvent le besoin…

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Libère toi de tes chaînes

Libère toi de tes chaînes.

Libère toi de tes chaînes même si tu as peur. 

Syndrome de Stockholm. Tu es enfermée dans tes croyances limitantes, dans ce que tu penses être confortable pour toi. Tu es simplement dans ta zone de confort.

Un job qui ne te convient plus tellement, mais qui rapporte suffisamment pour payer des factures, une relation qui ne te satisfait pas mais qui t’offre une stabilité, un mode de fonctionnement avec tes enfants qui te chagrine mais que tu maîtrises bien, des phobies ridicules qui te pourrissent la vie.

Le changement, c’est effrayant, même si tu le décides toi-même.

Et pourtant, savoir bouleverser ses habitudes, reconnaître ce qui se passe au plus profond de soi et accepter de se mettre en mouvement peut-être salutaire.

Je lis actuellement « L’Alchimiste » de Paulo Coehlo, et si je vous en parle aujourd’hui, c’est qu’il résonne très fort en moi. L’Alchimiste, c’est une histoire de légende personnelle et de signes à lire et écouter. C’est une histoire de réalisation personnelle.

Il est difficile dans notre société actuelle de se réaliser, difficile de se dire qu’on a le droit de réussir, et que la réussite n’est pas la même pour tous. 

I have a dream…

Chacun ses rêves, chacun ses aspirations dans la vie. Nous ne serons pas tous des Martin Luther King ou des Simone Veil. Evidemment. Mais chacun peut apporter sa pierre, et porter son propre dessein.

Si vous vous niez trop longtemps, vous vous verrez vous étioler.

Nous n’avons qu’une seule vie, et nous ne savons pas combien de temps elle durera. Autant en tirer le meilleur, voir le verre à moitié plein. Vous me connaissez un peu maintenant, je suis une optimiste, une révoltée, une guerrière en Doc Marteens.

J’ai rencontré, écouté, lu des dizaines de familles, des dizaines de personnes qui n’avaient pas eu une vie toute lisse, toute facile. Et dans ce lot de témoignages parfois douloureux, ceux qui m’ont émue le plus profondément sont ceux qui bien que très réalistes montraient une philosophie de vie résolument insouciante.

Des petits riens et des gros projets. Ceux qui ont su transformer les épreuves pour en faire de magnifiques réalisations. Je pense à cet arbre planté en mémoire d’un enfant perdu, je pense à mon amie qui a ouvert son entreprise, fidèle à ses valeurs, je pense à cet homme qui a traversé l’Europe pour donner une meilleure vie à sa famille, je pense résilience, je pense accomplissements…

Ce qui nous empêche de bouger, ce qui nous paralyse, c’est la peur. Il y a peu, j’ai lu cette citation « Il n’y a que 2 émotions qui parlent, soit l’amour soit la peur ».

La peur favorise l’immobilisme.

La peur de l’échec est la plus prégnante. Evidemment, quand la situation n’est pas parfaite, pas extraordinaire, pas satisfaisante mais pas non plus délétère, on prend toujours le risque d’avoir pire. De se planter. Je vous ai déjà dit qu’il n’y a qu’en se plantant qu’on pousse ? Mandela disait  » Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends !« . Et si nous prenions le risque d’apprendre ?

Changer pour obtenir moins que ce que l’on avait est un risque, c’est un fait. Ou une histoire de point de vue. Lorsque j’ai décidé de changer de métier il y a maintenant 3 ans j’ai perdu de l’argent sur ma fiche de paye. J’ai perdu de l’argent, mais j’ai gagné bien plus important. J’étais en adéquation avec moi-même et j’en ai ressenti une puissance incroyable. Sans parler des horaires de travail plus adaptés à une vie de famille sereine.

La peur d’être jugé. Ah le regard des autres… On y est tous plus ou moins sensible, personne ne peut affirmer en étant tout à fait franc qu’il se fiche de savoir ce qu’en disent les autres. Certains changements, certains mouvements entraînent des conséquences, c’est indéniable et inéluctable. Tout est lié, votre mouvance emmène la mouvance d’un ou plusieurs autres.

Cette société déraille, tout tourne autour des conventions, et du pouvoir. On en oublie l’essentiel. 

L’émotion est l’essentielle. Celle qui vibre, qui s’exprime, qui crie, qui perle au coin des yeux, qui gonfle le cœur et donne des ailes, celle qui tortille le ventre, celle que vous gardez pour vous ou que vous partagez avec un être qui vous ressemble ou qui vous rassemble…

Aux enfants, on apprend la maîtrise de soi. Seuls les enfants sont vrais pourtant. Ils vous jettent leurs colères, leurs chagrins et leurs joies à la figure. Ils aiment tout entiers, ils répugnent, ils n’ont pas de demie mesure, ils ne trichent pas. Ils ne mendient pas le pouvoir, ils ont le vrai pouvoir. Il suffit de regarder la jeune Greta Thunberg et son visage d’ange déterminé.

Les enfants savent. Ils savent que l’émotion qui ne s’exprime pas s’oublie. 

Les enfants apprennent la peur du jugement en grandissant, en même temps qu’ils apprennent à juger aussi, en même temps qu’ils oublient leurs rêves les plus fous.

Et toi, tu voulais quoi quand t’étais petit  ?

Demande-toi ce qui te fait peur ?

Comme il est aisé d’avoir peur quand on est « aidant ». Quand on est l’aidant de son enfant, quand on connait la fragilité liée au handicap, qu’il est facile de freiner, et de s’oublier aussi.  Et pourtant, si vous y prenez garde, si vous en prenez soin, vous pouvez préserver l’essentielle chez lui. Le handicap a tant à nous apprendre en termes de combats pour ses rêves, en termes de réalisations modestes ou fantastiques, en termes d’expression de l’émotion, en termes de société et de mouvance à enclencher.  Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut que ça change, que le handicap soit mieux « inclus » puisque l’inclusion est le mot à la mode.

Il est grand temps de nous libérer de nos chaînes. Quelles qu’elles soient. De prendre une grande inspiration et de sauter dans le vide, avec ou sans filet. Il est temps de nous reconnecter à nous mêmes, à nos émotions et à celles des autres. Il n’y a pas de caste, pas de hiérarchie, et il ne doit pas y avoir de jugement. Vous êtes là où vous devez être, et si cette place vous étouffe, vous seul pouvez prendre la décision d’en changer. Change ce qui peut l’être, accepte ce qui ne peut pas l’être….orion

Oui, c’est difficile, on ne va pas se mentir.

Mais vous aurez à y gagnez des papillons sous la peau, des étoiles dans les yeux, une sincérité dans ce que vous êtes, une reconnaissance par ceux qui sont comme vous, une sérénité et une vraie plénitude.

Et vos petits extraordinaires sauront vous montrer la voie. Ils font partie des signes, ils sont des signes, c’est une évidence. Et si vous savez prendre le temps de les écouter, ils ne seront plus jamais limitants. Ils seront même votre moteur.

 

 

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#Portrait du jour…52

Il s’appelle C et il est fragile.

Dans ses yeux, ce que je lis ce sont les restes de l’enfance qui refusent de partir. Mais pas une enfance joyeuse, heureuse, non, il a les yeux tristes d’un petit garçon délaissé, usé, d’un vieux petit garçon en fait.

Il multiplie les couacs pour se rendre détestable, à l’instar d’un sale gosse capricieux. Il joue avec son employeur, avec les recruteurs, avec moi aussi. Il défie, sans cesse, le menton belliqueux et la mèche rebelle.

Que défie-t-il au fond ? L’autorité ? Je n’en ai pas. Je ne suis pas là pour ça. Et pourtant, quand il se plante exprès, j’enrage. J’ai bien dit  qu’il n’y a qu’en se plantant qu’on pousse en atelier la dernière fois, là il pousse le bouchon un peu trop loin, et il ne s’appelle pas Maurice.

Entre mise au point et froncement de sourcils, je devine une faille que je ne trouve pas. Des semaines de brassement d’air, un vrai ventilateur.

Et je m’en veux de lui en vouloir, après tout, il est maître de sa vie, et je ne peux que tenter de lui donner des clefs. Libre à lui de les utiliser ou non. Je ne peux m’attribuer ses difficultés, au même titre que je ne pourrai pas non plus m’attribuer ses succès.

Il est parfois bien difficile de rester bienveillante. Je sens que c’est ma propre frustration qui s’exprime, ma propre impuissance. Il me faut beaucoup d’énergie pour réussir à me repositionner.

C n’est pas, n’est plus un enfant. Mais il est toujours à vif, et si je souhaite l’accompagner, je dois l’aider à panser ses plaies. Difficile mission face à un gosse boudeur, j’ai parfois l’impression de retrouver le mutisme de mon adolescent…

Et comme avec un ado, la patience est de mise. C va se confier, lâchant ici et là des petites bombes. Ce que je prends pour des provocations sont des aveux déguisés et je prends la mesure de la souffrance qu’il ressent.

Difficile de la recevoir vraiment malgré tout, il en rajoute tellement dans ses propos qu’il n’est pas simple de trier la blague de la vérité. Je vais vite apprendre qu’il se cache derrière l’humour, et que tout est tristement vrai, douloureusement vrai, tellement douloureusement qu’il n’évoque le passé qu’en le tournant en dérision et de préférence en groupe.

Handicap physique, handicap sensoriel, handicap mental, handicap psychique, handicap social et maintenant handicap enfantin.

Il n’y a pas de mot pour décrire. Il n’y a pas de mot pour écrire. Il n’y pas toujours de justice, pas toujours d’amour, pas toujours de considération pour les sentiments de l’enfance, pas toujours de respect, pas toujours de soin, pas toujours d’adéquation.

Comment se relever, comment se construire, comment imaginer sa vie d’adulte alors que l’enfant n’a pas pu pousser sereinement ? Comment avancer quand tout n’est qu’obstacle ?

C se nourrit de ses rêves d’adolescent parce qu’il n’arrive pas à faire le deuil d’une enfance joyeuse, il n’arrive pas à se dire que c’est ça, la vie. Il se raccroche à ce qu’il peut pour ne pas affronter le noir de la nuit, il s’attache à ne pas grandir tout à fait pour revivre ce qu’il a manqué, il s’englue dans l’impossible pour ne pas sombrer, pour ne pas affronter…

Quel est mon rôle sinon de le comprendre et de recevoir ce qu’il accepte de donner ? L’aider à grandir ? Cela dépasse mes fonctions… Je l’aiguille, je réoriente. Et en attendant, je vais continuer à faire de mon mieux, même si ce n’est pas son mieux à lui…

 

 

 

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#portrait du jour…51

Hello la blogosphère !

Aujourd’hui je voulais vous parler de D, que j’ai rencontrée il y a 2 ans.

D n’a pas tout à fait 25 ans. Je me demande ce qu’elle fait en chantier d’insertion, quand j’apprends qu’elle a un enfant, qu’elle élève seule. Soit. Ceci explique cela.

D ne regarde jamais personne dans les yeux, elle paraît fragile, et se cache derrière un éternel sourire, démenti par ses yeux tristes.

Il y a autre chose dans le regard de D que je ne parviens pas à définir immédiatement.

Au fur et à mesure des entretiens, et des temps informels que j’affectionne particulièrement, elle se livre, avec un détachement feint.

Elle est chargée de famille. Elle porte tout à bout de bras, D.

Son père a fait un AVC. Elle aide sa mère dans les soins quotidiens, assure une présence réconfortante pour eux, les accompagne en centre de rééducation, aux rendez-vous avec les médecins.

Elle a contracté un petit crédit auprès d’un oncle pour acheter une voiture, mais elle a un peu peur d’aller en ville. Elle passe par dessus. Pour eux, et pour ses ex beaux-parents aussi. Elle fait le taxi, aide au ménage des uns et des autres, fait leurs courses, dépanne même financièrement quand cela est nécessaire.

Avec son petit, elle essaie d’être à la hauteur. Elle a des hauts idéaux, et se colle beaucoup de pression. Il lui faut tout faire. Activités manuelles, balades, sorties. Elle voudrait pallier à l’absence du père. Elle voudrait être une mère parfaite, à défaut de lui avoir offert le bon pilier.

Le père de son fils fait de très réguliers allers retours en prison. C’est pour cela qu’elle est seule avec l’enfant. Elle a fait son maximum pour supporter : les petits délits, les addictions, la violence au quotidien et a fini par céder et rompre. Elle s’en veut. Un peu. Il l’ennuie. Beaucoup.

Il ne peut pas voir son fils seul, et le droit de visite a été donné chez les grands-parents. Il enrage. Autant d’avoir été quitté que de devoir s’occuper du petit.

Et il lui fait la misère. Il la suit dans les rues du village si elle se promène, de jour comme de nuit, laisse des messages malveillants sur son répondeur, frappe à sa porte sous  l’emprise de l’alcool à n’importe quelle heure, la menace parfois même physiquement. Drôle de stratégie pour la récupérer.

Nous sommes aujourd’hui le 6/07/2019. Nous n’avons qu’à peine dépassé la moitié de l’année et pourtant 74 femmes sont décédées, assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. 74 Leïla, Aïssatou, Isabelle, Monica ou Alexia. Dans un silence relativement total, les féminicides ont augmenté. Dans une société encore très patriarcale, on tue sous prétexte de crime passionnel. Notons que quand c’est une femme qui tue, même si elle a été humiliée, harcelée et rouée de coups, on parle d’homicide et on la condamne à la prison à vie. Nous sommes en 2019, et, régulièrement, quand une femme quitte un homme elle tremble. Près de 50 % des passages à l’acte se font suite à une rupture… Edifiant.

Il est temps. Temps de protéger les D, les Gurçin, les Nathalie… C’est la responsabilité de chacun. Non, une femme ne doit rien, à personne. Oui, si vous savez et que vous ne dites rien, vous êtes complices ! Non, elles ne restent pas parce qu’elles sont stupides mais parce qu’elles ont peur. D a eu la force de partir pour protéger son petit avant de penser à elle, mais n’arrivait pas à porter plainte. Elle a fini par alerter mais les réactions sont encore bien mesurées.

Il est temps que les choses changent et que les mentalités évoluent.

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Les mystères de la vie

Elle a 10 ans, et toutes ses dents, sauf celles que le dentiste a arraché la dernière fois sous anesthésie générale parce qu’elles étaient trop abîmées et qu’elle ne tolérait pas d’ouvrir la bouche.

Elle a 10 ans, et un caractère bien trempé, mais tellement charmante qu’on l’oublierait presque.

Elle a 10 ans, et je vois arriver la puberté, lancée comme un cheval au galop.

Elle va avoir des nénés, elle n’arrête pas de me le dire. Je le sais, je n’ai jamais fait l’autruche n’est ce pas. Elle va avoir des nénés et « soutien gorge comme maman ». Comme toutes les petites filles, elle a hâte.

Je la regardais hier matin, jouant avec mon maquillage, mettant le bazar dans la salle de bain, en traînant partout dans la maison (si quelqu’un a retrouvé mon khôl, merci de me faire un signe) et étalant quelques paillettes sur ses yeux, s’assurant d’un air contrit  » C’est là?  » et j’ai senti mon coeur se gonfler dans ma poitrine.

Ma toute petite devient une presque adolescente.

Elle guette comme les autres fillettes des formes qui pourraient bien arriver, des poils sous ses bras, et elle s’affirme en termes de tenues vestimentaires.

Et moi, j’ai réalisé, que bientôt elle aurait sûrement ses règles. Ne prenez pas cet air dégouté. Les règles sont quelque chose de naturel.

« Maman c’est quoi les règles ? » m’a un jour demandé mon Avalanche.

 » Le corps des femmes en âge d’avoir des bébés prépare un petit coussin pour accueillir cet éventuel bébé, et si la femme ne fait pas de bébé, alors le corps évacue ce coussin. Les muscles se contractent, et la femme saigne. Parfois ça fait mal au ventre, parfois pas. »

C’est NA-TU-REL. Ce n’est pas sale. On respire. Quiconque a une fille va certainement y être confronté.

Je ne m’imagine pas tellement lui parler de la cup, et lui montrer comment la plier. J’avoue qu’avec son niveau de motricité, au secours. Pis en cas de renversement, je vois arriver le sketch, déjà qu’elle hurle quand le chat ronronne…

Ne grimacez pas, la cup, c’est la vie.

Bon, je me pose évidemment mille questions. J’ai trouvé une solution qui pourrait nous convenir, j’imagine qu’il va falloir commander des trucs d’avance, et lui en parler un peu. Elle a écouté l’explication, mais c’est resté bien abstrait pour elle…

Dans la suite logique, se posera la question du maquillage et de l’épilation. Elle a voulu tester en douce mon épilateur une fois, elle n’y est pas revenue. J’ai eu une discussion éclairée ce week-end sur ce thème là, et cela me fait réfléchir. Estime de soi tout ça…Mais est-ce que cela passe par la traque du poil ? Je ne sais pas. Cela va passer par un certain mimétisme, et là forcément, je joue un rôle primordial. Elle risque donc évidemment de couiner une fois ou l’autre…

Enfin, et je vous connais, vous allez tomber de vos chaises, mais elle aura un jour l’âge de faire l’amour. Et se posera naturellement la question d’aborder le désir et la contraception, parce que le consentement c’est déjà fait. Alors là, j’avoue que j’ai l’impression d’avoir des siècles avant d’y voir arriver, l’âge moyen du premier rapport sexuel en France étant de 17.6 ans mais bon, comme c’est une moyenne, je préfère m’y prendre un peu trop tôt pour réfléchir. Il parait que le film « Mon amoureux »

Films et documentaires

est très bien fait et pousse à la réflexion. Il fait partie de mes pistes de travail sur moi-même. Evidemment que personne n’a envie d’envisager la sexualité de son enfant. (et son épilation non plus! ) mais il est également évident que nous avons une responsabilité particulière d’information, et encore plus avec nos jeunes touchés par le handicap. Ils ont le droit comme tout le monde.

Alors, bon je vais déjà aller m’occuper de trouver des culottes de règles taille 12 ans, et je réfléchirai au reste ensuite, mais ça mérite de se poser la question, non ?

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Work in progress

Le changement, les bouleversements, ennemi numéro un des personnes fragiles.

Et dans les personnes fragiles, j’ai longuement rangé mon Rayond’soleil.

Handicap mental, retard de développement, déficience intellectuelle.

Autant de mots qui me permettaient raisonnablement d’angoisser à l’idée de modifier son quotidien, d’autant qu’elle m’a souvent donné des raisons de ne pas la bousculer.

Mais Rayond’soleil est une petite fille étonnante et épatante, et elle n’a de cesse de me surprendre. Je crois d’ailleurs que c’est son but dans la vie, voyez.

Au cours du dernier mois, j’ai évoqué à plusieurs reprises des chamboulements dans ma vie, et donc dans la sienne.

Je ne vais pas m’étendre dessus, mais à part l’école, tout a changé pour elle.

Et j’ai eu peur, une peur incroyable que cela entrave les progrès, déjà stagnants depuis quelques mois de ma précieuse petite perle rare.

Il faut avouer que la maîtresse m’avait déjà alertée sur une petite baisse de régime. Elle a toujours avancé par paliers, avec des périodes de recul.

Alors que je m’apprêtais à prendre de multiples décisions l’impactant, j’ai eu quelques crampes au ventre, je dois bien l’avouer. Ne lisant pas l’avenir dans le marc de café, je ne pouvais envisager comment les choses tourneraient, d’un point de vue déjà logistique, mais aussi émotionnel, pour elle comme pour moi.

Difficile pour l’être humain d’amorcer le changement. Je me suis transformée au cours du dernier mois, comme un reboot, comme une mise à jour en profondeur, et j’ai entraîné les enfants avec moi, je n’en avais pas le choix.

Evidemment, j’ai souhaité la mutation, les mutations, mais elles n’en ont pas été moins culpabilisantes par moment.

Rayond’soleil… Solaire, puissante. Du haut de ses 10 ans elle a retourné tout le monde. A l’unanimité, le bouleversement de sa vie lui a été bénéfique.

Brusquement, elle a saisi sa chance elle aussi. Elle exprime ses émotions, évidemment. Mais elle a décidé de profiter du courant pour surfer sur la vague. Elle a tellement grandi et progressé qu’elle en est bluffante.

Elle n’a presque plus besoin d’aide dans les gestes du quotidien. Elle prend beaucoup plus de temps que lorsqu’il fallait l’aider, mais le fait de redescendre la pression sur les horaires que je pouvais lui imposer lui a été extrêmement bénéfique. Perdre 5 minutes tous les jours lui fera sûrement gagner bien plus que je ne l’aurai imaginé, et personne n’est mort pour l’instant pour les matins où nous nous sommes retrouvés @larrache.com !

Lâcher prise est une clef importante pour que je puisse l’aider à se développer et à voler de ses propres ailes. Et c’est aujourd’hui une possibilité nouvelle qui s’offre à nous.

L’autonomie est le nerf de la guerre, mais la gestion des émotions a toujours pris beaucoup de place. J’avais une fillette qui faisait de grosses colères, déchargeant l’angoisse, notamment à l’heure redoutable et redoutée d’aller au lit. J’ai aujourd’hui une presque pré-ado qui sait me dire qu’elle a un chagrin, qu’elle est pas bien, avec parfois des trémolos dans la voix, mais qui ne part presque plus jamais en crise.

A l’école, tout le monde s’accorde sur de réelles avancées au cours du mois écoulé. J’avais demandé à ce qu’elle soit vue par la psychologue, et cette dernière m’a confirmé ce que je ressentais profondément : elle va étonnamment bien. Elle n’encaisse absolument pas, elle en prend son parti et se saisit de tout le positif. Rayond’soleil est donc en mode Hakuna matata : aucun souci, philosophie. Ok, d’accord, qu’il en soit ainsi.

Evidemment, je la veille, je reste en hyper vigilance, comment cela pourrait-il en être autrement ? Je suis une mère, une maman louve en plus, et je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour mes petits, surtout ceux que j’ai si longtemps considérés comme « fragiles »…

Alors, depuis un mois, pas une photo de portage récente, parce que je ne souhaite pas encourager ça chez elle. Elle est grande, elle le dit si souvent…Je ne veux pas qu’elle se croit petite. J’ai profité du courant moi aussi pour surfer sur la nouveauté et la laisser s’envoler….

En conclusion, osez, osez en restant alertes mais osez. Ne vous privez pas de vie parce que la crainte vous dirige, libérez vous de vos chaînes et choisissez d’avancer, parce que le chemin est beau même quand il est ardu, parce que vos enfants sauront vous montrer si c’est supportables pour eux, et que vous pourriez être surpris par le bonheur….

bébé

10 ans entre cette photo et aujourd’hui. 10 ans d’évolution, de chagrins et surtout de joies simples ! Elle est loin cette bébé là !

 

 

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#portrait du jour…50

F a 45 ans. On se rencontre dans le cadre du travail, au tout début de ma reconversion. Il dirige une structure, qui emploie deux de mes petits protégés.
Quand j’arrive au rendez-vous, ni l’un ni l’autre ne sont là, et je me sens contrariée, et intimidée aussi. Mais il est gentil, et parle avec une voix tellement posée et basse, que cela me nécessite une attention particulière et redonne un peu de douceur à mon humeur. Bizarrement, il me met rapidement en confiance, et j’oublie que je ne suis qu’une débutante face à un directeur, qui maîtrise bien mieux son sujet que moi.
Le milieu est un petit milieu, et nous nous reverrons, forcément, de manière plus ou moins régulière. Il fait partie des gens du microcosme que j’apprécie. J’aime à échanger avec lui.
F parle toujours doucement. J’imagine que cela met en confiance les naufragés de la vie qui arrivent chez lui pour trouver un emploi. Il garde sur le visage un demi sourire engageant à la confession, ou du moins à la conversation. On ressent le respect et l’affection que lui témoignent ses salariés, et qu’il leur rend bien. Humanité, humanisme.
Au fil des accompagnements, il embauchera S dont je ne vous ai pas encore parlé, et N, qui a fait l’objet du premier portrait.
Au travers de ces histoires de vie qui nous touchent tous les deux, je découvre un directeur investi, mais surtout un homme dont la sensibilité fait fortement écho à la mienne. Quand je lui apprends ce qui est arrivé à N (cf portrait n°1), et que nous n’avions su voir ni l’un ni l’autre, il mêle sa culpabilité à mes remords. Touchés, comme si nous étions responsables de toute la misère du monde, malheureux de n’avoir rien vu venir, et d’avoir été incapables de l’accompagner… Bousculée comme dans une tempête, c’est vers lui que je me tourne pour partager mes émotions, mon impuissance.
F aime les gens. Il les observe de loin, un peu en retrait et comme fasciné par leur capacité à s’adapter à leur environnement. Il écoute, avec une attention aiguisée, ce qui se dit autour de lui, et aussi ce qui ne se dit pas. Il décode, déchiffre et ressent l’Autre. Il s’imprègne et retient chaque détail qui pourrait être utile à son interlocuteur, plus tard, quand celui-là sera en capacité d’analyser et d’avancer. On sent dans ses écrits la prévenance qu’il éprouve pour les personnes qui l’entourent, quelles qu’elles soient. F écrit, plutôt bien, et parle de ces parcours chaotiques, qu’il croise régulièrement au détours d’une embauche ou d’une amitié.
A une époque où les valeurs de partage et de bienveillance sont malmenées et observées d’un œil bien critique, F a pris le parti d’être une personne gentille. Le cœur sur la main, les étoiles dans les yeux, il entre en empathie avec tous ceux qu’il croise, même s’ils ne font ni pas vers lui, ni compromis. Il plie, se courbe et garde de douces attentions pour eux, se remémorant les meilleurs souvenirs partagés, ou l’objectif qu’il s’est fixé.Je l’admire souvent pour cette capacité à ne jamais râler, tout en se laissant atteindre malgré tout. C’est rare un homme qui ne rougit pas de laisser briller ses yeux quand il est touché, quand les émotions débordent. Il a vécu ses propres drames, des blessures à jamais ouvertes qu’il ne tente pas de cacher. Pour réussir à faire de ses faiblesses une vraie force, il les assume, les porte, et tente de les remplir avec de belles choses. Il est ému par un son, par une image, par une attention. Il le dit, le montre, avec la simplicité et l’enthousiasme que seuls les grands enfants ont su garder.F est le genre d’homme à danser dans sa cuisine, à chanter dans sa voiture, à courir sous la pluie et à dessiner des fleurs à la craie sur le goudron. Il est du genre à aider le pauvre, et le moins pauvre. A pardonner les erreurs de ses salariés, et celles de ses amis. Il est du genre à prendre une décision de dernière minute, parce qu’elle donnera le sourire à quelqu’un, et à renoncer à une autre, pour éviter des larmes inutiles.Il a cette vision du monde et de ses habitants que je partage. Il y a du beau en chaque lieu, en chaque personne, il suffit de vouloir le voir.
« On rencontre beaucoup de visages dans le monde, mais certains dans eux pénètrent dans notre esprit presque à notre insu. Ce n’est pas à cause de leur beauté qu’ils s’imposent à nous mais plutôt à cause d’une autre qualité. Dans la plupart des visages, la nature humaine ne transparaît pas, mais il s’en trouve cependant où cette qualité mystérieuse, intérieure, se manifeste spontanément. Alors ce visage-là se fait remarquer entre mille autres et s’imprime tout à coup dans l’esprit. » (Rabindranath Tagore).
Je crois que c’est exactement ce qui frappe chez F. L’humanité. L’Humanisme. Et cette capacité à apprécier chaque instant offert par la vie, à s’en émerveiller comme un enfant, à sublimer les mauvais moments pour les transformer en quelque chose d’acceptable, à profiter des bons comme s’ils étaient un cadeau surprise et à se laisser surprendre, par les belles rencontres, par une attention, par un geste doux et tendre, par un visage, par un mot, par tout ce qui fait que la vie est vie, que le monde est monde…