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#portrait du jour…51

Hello la blogosphère !

Aujourd’hui je voulais vous parler de D, que j’ai rencontrée il y a 2 ans.

D n’a pas tout à fait 25 ans. Je me demande ce qu’elle fait en chantier d’insertion, quand j’apprends qu’elle a un enfant, qu’elle élève seule. Soit. Ceci explique cela.

D ne regarde jamais personne dans les yeux, elle paraît fragile, et se cache derrière un éternel sourire, démenti par ses yeux tristes.

Il y a autre chose dans le regard de D que je ne parviens pas à définir immédiatement.

Au fur et à mesure des entretiens, et des temps informels que j’affectionne particulièrement, elle se livre, avec un détachement feint.

Elle est chargée de famille. Elle porte tout à bout de bras, D.

Son père a fait un AVC. Elle aide sa mère dans les soins quotidiens, assure une présence réconfortante pour eux, les accompagne en centre de rééducation, aux rendez-vous avec les médecins.

Elle a contracté un petit crédit auprès d’un oncle pour acheter une voiture, mais elle a un peu peur d’aller en ville. Elle passe par dessus. Pour eux, et pour ses ex beaux-parents aussi. Elle fait le taxi, aide au ménage des uns et des autres, fait leurs courses, dépanne même financièrement quand cela est nécessaire.

Avec son petit, elle essaie d’être à la hauteur. Elle a des hauts idéaux, et se colle beaucoup de pression. Il lui faut tout faire. Activités manuelles, balades, sorties. Elle voudrait pallier à l’absence du père. Elle voudrait être une mère parfaite, à défaut de lui avoir offert le bon pilier.

Le père de son fils fait de très réguliers allers retours en prison. C’est pour cela qu’elle est seule avec l’enfant. Elle a fait son maximum pour supporter : les petits délits, les addictions, la violence au quotidien et a fini par céder et rompre. Elle s’en veut. Un peu. Il l’ennuie. Beaucoup.

Il ne peut pas voir son fils seul, et le droit de visite a été donné chez les grands-parents. Il enrage. Autant d’avoir été quitté que de devoir s’occuper du petit.

Et il lui fait la misère. Il la suit dans les rues du village si elle se promène, de jour comme de nuit, laisse des messages malveillants sur son répondeur, frappe à sa porte sous  l’emprise de l’alcool à n’importe quelle heure, la menace parfois même physiquement. Drôle de stratégie pour la récupérer.

Nous sommes aujourd’hui le 6/07/2019. Nous n’avons qu’à peine dépassé la moitié de l’année et pourtant 74 femmes sont décédées, assassinées par leur conjoint ou ex-conjoint. 74 Leïla, Aïssatou, Isabelle, Monica ou Alexia. Dans un silence relativement total, les féminicides ont augmenté. Dans une société encore très patriarcale, on tue sous prétexte de crime passionnel. Notons que quand c’est une femme qui tue, même si elle a été humiliée, harcelée et rouée de coups, on parle d’homicide et on la condamne à la prison à vie. Nous sommes en 2019, et, régulièrement, quand une femme quitte un homme elle tremble. Près de 50 % des passages à l’acte se font suite à une rupture… Edifiant.

Il est temps. Temps de protéger les D, les Gurçin, les Nathalie… C’est la responsabilité de chacun. Non, une femme ne doit rien, à personne. Oui, si vous savez et que vous ne dites rien, vous êtes complices ! Non, elles ne restent pas parce qu’elles sont stupides mais parce qu’elles ont peur. D a eu la force de partir pour protéger son petit avant de penser à elle, mais n’arrivait pas à porter plainte. Elle a fini par alerter mais les réactions sont encore bien mesurées.

Il est temps que les choses changent et que les mentalités évoluent.

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#portrait du jour…25

Madame S a une sœur. Elle est cliente du magasin depuis de nombreuses années, et depuis toujours, elle vient avec sa sœur au moins une fois sur deux. Et aussi avec son mari, un monsieur tout frêle, qui la regarde avec cette admiration dans le regard que méritent toutes les femmes comme elle.

En réalité, elle a aussi deux frères, et une autre sœur. Qu’on ne voit jamais. Qui ne la voient que peu.

Madame S a soixante ans, et elle a la bouche toute tordue. Quand elle parle, on ne comprend pas toujours, sauf si on est bien concentré. Ce n’est pas de sa faute, et ça n’a pas toujours été le cas. Madame S a fait un AVC il y a quelques temps, et elle en a gardé des séquelles.

Mais elle n’est pas du genre à baisser les bras Madame S. Ses enfants ont bien grandi, et ils sont aujourd’hui de vrais appuis. Mais Madame S a une bonne raison de se battre.

La dame un peu ronde et très souriante qui l’accompagne est sa sœur cadette. La petite dernière comme elle dit. Depuis que leur mère est décédée, elle s’en occupe. La petite dernière, 55 ans, n’est pas tout à fait autonome. Elle a un petit chromosome en plus.

« Ça fait tout son charme ». Oui, elle a raison Madame S, ça fait son charme. Peut-être pas tout son charme, mais une partie, indéniablement.

Et c’est elle qui assume tout. La logistique pour qu’elle puisse aller au centre, les suivis multiples qui perdurent dans le temps, les vacances…

Quand elle a fait son AVC, son mari l’a relayée. Le temps de la rééducation.

Elle ne se plaint jamais Madame S. Elle la regarde avec les yeux de l’amour, elle lui apporte tant de joie, comment pourrait-elle s’en plaindre ?

Lorsque j’évoque le droit au répit, elle me lance un demi sourire (forcément, puisque la moitié de sa bouche ne sourit plus jamais) et me répond que ses enfants, elle en a 3, prennent leur tante en week-end de temps en temps. Chacun des 3. Je sens la fierté dans le ton de sa voix et dans ses yeux aussi.

Ils ont été élevés avec elle, ils l’aiment comme elle est et ils ont bien compris que c’est tout de même une charge pour leurs parents. Alors ils prennent régulièrement le relais, et embarque tata en vacances…Répit.

Le petit mari frêle de Madame S est d’une gentillesse emprunte de pudeur envers cette belle-sœur particulière. Il la retient par la main quand elle essaie de se sauver, lui tend un mouchoir quand elle bave, lui parle avec une voix toute douce.

Je demande quand même où sont les autres membres de la fratrie. Absents. Ils font les morts. Quand ils travaillaient, elle les excusait facilement, et maintenant elle a tellement l’habitude de leur trouver de bonnes raisons, qu’elle ne se pose pas la question. Je m’indigne un peu en dedans quand même. Ils pourraient l’aider, la relayer. Je trouve très injuste qu’elle soit la seule à tout gérer tout le temps.

On ne veut pas imposer le handicap de nos enfants à leurs frères et sœurs. C’est une crainte légitime de parents. Mais en même temps, nous n’avons pas le choix non plus. Et nous attendons (nous les parents) une sorte de solidarité. Je vais essayer de faire au mieux pour que Rayond’soleil ne soit pas à charge, mais si elle l’est, j’espère que les garçons se répartiront le temps. Je crois que j’arriverai à faire en sorte qu’elle soit occupée, et un peu autonome quand même. Optimisme.

Madame S sourit, et me dit que personne ne la force, qu’elle le fait parce que c’est une évidence pour elle, c’est sa petite sœur, son bijou, un diamant brut, un fil qui l’a retenue à la vie. Personne ne l’oblige, elle pourrait être prise en charge aussi le week-end si elle le demandait, mais elle ne veut pas.

AiDante, AiMante…Une seule lettre qui change tout…

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Action pour les Aidants

Le 10 septembre, imprimez la lettre pour le Président et envoyez-la à l’Elysée pour qu’il en reçoive plein en même temps et que cela interpelle ses équipes !

Pour ne plus être réduit au silence, venez contribuer à cette action !

L’action des aidants c’est le 10 septembre, pour que qu’il n’y ait plus de promesse non tenue et plus aucun sans solution ! Il est temps de changer les choses !

Les journaux souhaitant relayer l’action sont invités à nous joindre par mail ou téléphone

portageethandicap@sfr.fr

06 68 48 59 14

Voici le lien pour charger et imprimer la lettre :

https://drive.google.com/file/d/1bKTeuTN1kDPOMxfPiGLAOiFmwll-g0pu/view?usp=drivesdk