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Culpabilité

Culpabilité chérie.

Le lot de tous les parents du monde ou presque.

A croire que ça arrive en même temps que la seconde barre sur le test urinaire ! Félicitations, vous allez être parents…Et vous allez être rongés de culpabilité à vos moindres faits et gestes et jusqu’à la fin de vos jours !

Vous avez bu un verre avant ce fameux test ? Culpabilisez.

Vous avez un chat ? Culpabilisez !

Vous n’avez pas d’animal de compagnie? Culpabilisez aussi tant qu’à faire…

Vous avez pigé le principe ?

Alors voilà, votre enfant est né, et il est différent. C’est pas de votre faute n’est-ce-pas ?

Bien sûr que non. Et pourtant… Vous allez ruminer. Réfléchir. Qu’avez-vous fait, vous ou votre conjoint pour que votre enfant soit malade ?

Vous allez attendre fiévreusement le diagnostic, vous rongeant les sangs : qu’a-t-il(elle) ? Est-ce moi qui lui ai donné ? Et quand vous saurez, si vous savez un jour, vous ne serez pas soulagé pour autant.

Même avec une mutation de novo on se flagelle.

Ensuite, vous culpabiliserez comme tout un chacun mais en puissance mille niveau fréquence :

  • Vous travaillez ? Bam, culpabilité à chaque fois que Loulou est malade et ça arrive statistiquement plus souvent chez les enfants touchés par le handicap. Donc soit vous restez chez vous, et c’est l’horreur vis à vis du taf, vous ne vous sentirez pas loyale vis de vis de vos collègues ou de votre boss. Ou alors, vous allez bosser, laissant Loulou à votre conjoint.e ou à sa nounou, et vous vous bouffez la vie toute la journée.

  • Vous ne travaillez pas ? Vous vous sentez mis au ban de la société, et en même temps, vous ne vous rendez pas compte à quel point vous œuvrez pour elle en prenant en charge votre enfant… Vous culpabilisez encore.

Tout est prétexte à culpabiliser. Le logement pas adapté. Les déplacements fastidieux que vous espacez. Votre organisation qui tourne autour de lui. Vos choix de vie, parfois remis en question.

Vous culpabilisez pour la famille entière.

  • Les examens médicaux réguliers en remettent une couche régulière. Culpabilité de lui avoir donné cette vie, faite de salles blanches et de stéthoscope, de séances de rééducation, d’efforts tellement peu payants…D’imposer cela à son frère, à sa sœur. De vous inquiéter, de les inquiéter… 

  • Le regard des autres aussi est un formidable outil de culpabilisation massive ! Vous avez mis au monde un enfant exceptionnel. La société n’aime pas ça. En plus, vous faites de votre mieux pour l’élever, mais le mieux est rarement assez bien…

  • Chaque fois que vous faites un choix parental, vous trouvez quelqu’un pour le remettre en question: allaiter un bébé hypotonique, quelle idée ! Porter cet enfant qui peine à acquérir la marche ? Mais vous ne l’aidez pas ! Je ne vous en dis pas plus, car c’est bien sur lorsque vos choix de vie ne sont pas les plus répandus que vous rencontrez le plus d’écueils. 

La scolarité va soulever de nouvelles vagues. Parfois vous n’aurez tellement plus la force de vous battre (pour son orientation, pour son AVS, pour qu’elle ait le droit aux sorties scolaires, à l’accueil du matin ou à la cantine…) que vous ne serez plus capables que de pleurer en silence, le temps de repasser votre armure. Vous culpabiliserez à chaque coup de mou, et à chaque coup de gueule, conscients que la personne en face de vous n’y est pour rien, que c’est la machine qui fait ça, mais conscient aussi qu’à par elle, vous n’aurez pas d’interlocuteur.

Oui c’est difficile. 

Seulement dites-vous que la seule chose qui compte c’est votre enfant. Et ses frères et sœurs.  

Votre enfant n’a jamais connu que cette vie bien remplie, que cet agenda de ministre, que ces chemins de traverse. Votre enfant sait qu’il doit en faire 10 fois plus pour le même résultat. Votre enfant a confiance en vous et en vos choix, et vous pouvez lui faire confiance pour vous dire ou vous montrer si ceux-là ne lui conviennent pas.

Votre enfant a besoin que vous l’aimiez. Le reste est accessoire. 

Hier soir, je philosophais sur la condition des personnes handicapées, notamment les enfants, et leurs fratries. Parfois, on est tristes pour eux.

Et eux aussi sont tristes.

On me faisait la réflexion que Rayond’soleil n’inspire pas forcément de sentiment négatif : tristesse ou compassion. On ressent de l’empathie bien sûr face à elle, mais elle est teintée de joie.

Rayond’soleil n’est pas triste, peut-être parce que nous avons toujours refusé d’être tristes pour elle. C’est sa vie.

Bien sûr qu’aucun choix, aucune décision ne nous emmène à coup sûr sur une réussite et sur une vie parfaite. Mais on fait avec, on compose, on se trompe, on rectifie le tir, et surtout on s’aime parce que c’est ce qui fait tourner le monde plus rond.

Soyez fiers de vous les gens. Personne ne le sera à votre place. Regardez toutes les casquettes que vous cumulez chaque jour. Infirmier, dentiste, secrétaire, taxi, orthophoniste, maman ou papa, souveleur de poids, soldat, négociateur, médiateur, maîtresse, acrobate….

On fait parfois certains sacrifices, et parfois pas.

Alors on ne fera jamais sans culpabilité, je crois qu’elle est incontournable, encore plus nous. Mais on  peut essayer de s’en défaire un peu, d’être un peu plus souples, tolérants et bienveillants avec nous-même, non?

Chacun est capable d’accomplir de grandes choses, il suffit de se libérer des chaînes qu’on s’impose. Et n’allez pas culpabiliser de n’avoir pas encore réussi…c’est un immense travail sur soi et sur les autres, et il est loin de se faire en un jour. Plus vous serez en accord avec vos valeurs profondes, plus vous serez capables de vous pardonner ce que vous considérez comme des manques ou des manquements.

Je dédis ces quelques lignes à mes amies qui me lisent et qui se reconnaissent (et me reconnaissent). La maternité, la paternité sont faites de ce mélange de sentiments paradoxaux et je compte sur vous, les filles,( E, J, C, M et S entre autres) pour me mettre les coups de pied aux fesses nécessaires à la bienveillance avec moi-même, les jours où ça ira moins bien, et comptez sur moi pour en faire de même !

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Photo d’illustration totalement HS mais que j’adore ! 

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Brin de louves

Il y a quelques temps, j’ai rencontré Caroline. Et Caroline, en plus de porter ses bébés, et d’animer des ateliers de communication bienveillante, elle est co-fondatrice de Brin de louves. 
Brin de louves, c’est l’histoire de deux amies, Caroline, et Laetitia. Si j’en parle, ce n’est pas sponsorisé, c’est parce que ça me touche. 
Deux amies donc qui se sont dit à la sortie d’un atelier « Et si on se lançait? » . Elles voulaient un produit multi-usages, abordable, et responsable. 
Brin de louves, ça part aussi d’une souffrance, comme c’est souvent le cas pour les grandes choses… L’eczéma ravageur d’un tout petit garçon qui empêche sa maman de l’habiller, de le porter autant qu’elle le souhaite. Il faut donc concevoir un produit le moins allergisant possible. Et caméléon, parce qu’il doit pouvoir servir à plein de choses, aussi diverses que tapis de sol, à doudou pour maman….
C’est là que naît la Galie. Galie pourquoi? Parce que GA est compris dans les prénoms des deux aînés des filles à l’époque de la création de l’entreprise, et LIE parce que c’est compris dans le prénom des deux plus jeunes de l’époque… Simple comme bonjour. 
La Galie c’est quoi? C’est un lange, un pagne, un chèche, un doudou, un porte poupon, un sac, un brise vue, un cache vitre, un châle d’allaitement… Galie, c’est un tissu aux multiples fonctions.
Quand j’ai demandé à Caro pourquoi son produit était différent, elle m’a répondu qu’il servirait de Doudou aux mamans d’enfants hospitalisés, quand lui avait le sien… Bon point!
Ici, point d’hospi, mais on a réussi notre premier portage en pagne. Pas parfait, mais assez rigolo!

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On a monté la bête en sling, on s’est cachées dessous, on s’en est couvertes en sortant de l’eau. On s’est déguisée, et même que ça peut faire une robe. 
Bref on s’est amusées avec notre Cézanne:
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On s’est bisouillé en sling (j’ai deux anneaux qu’on ne voit pas sur les photos). C’est un chouette portage d’appoint, que j’apprécie énormément, il est facile de l’avoir dans son sac, ou dans sa boite à gant 😉
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Brin de louves aurait dû s’appeler Badine, mais la loi du marché en a décidé autrement, le nom était déjà pris. Sauf que ce B si particulier et déjà dessiné tenait aux cœurs des deux amies… Ce B qui représente au choix un ventre de femme enceinte, un coeur, une poitrine allaitante vue du dessus…Et tant d’autres choses…nous, on l’a adoptée, couleur Cézanne, mais les nids d’abeille sont très classe

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Dormir ensemble…

Vous dormez avec elle?!!!

Euh nan, je vous jure je suis innocente. « Elle » a une nuit et une demie journée. Elle est blottie contre moi, calée par le coussin d’allaitement. La puéricultrice me fustige du regard. Bien sûr, elle a vu que je m’étais endormie. Et elle m’engueule. Je lui donne de mauvaises habitudes, je pourrais la faire tomber. Ben justement, est-ce qu’on ne pourrait pas remonter la barrière de lit, ça m’arrangerait. Refus net et catégorique, ce bébé va dans son berceau. Elle s’approche de moi. « Je crois que ce bébé va rester dans mes bras, et que vous allez sortir, pour ne plus revenir. Relisez mon projet de naissance, je souhaite qu’il soit respecté. » Je suis restée calme, la descente d’hormones n’est pas entamée, je me sens en pleine forme, et ma fille, si petite, si fragile, va rester contre moi. Une autre personne rentre lorsque je sonne, elle relève la barrière de lit. 

4 ans plus tard, je tiens un autre bébé contre mon sein. La sage femme me remonte sans rien demander la barrière de lit, et cale le bébé avec le coussin d’allaitement. Même maternité, évolution des mentalités concernant le cododo. Je pourrai vous raconter la mésaventure avec une autre sage-femme, qui voulait compléter mon fils, à 4h du matin, le 4ème jour, et que j’ai menacé en hurlant et en pleurant de coller par un mur, mais j’ai un peu de dignité, et puis je suis là pour parler de cododo….

Rayond’soleil est différente. je l’ai vu tout de suite. Pas les médecins mais qu’importe. Calme de lune dormait plutôt bien en sortie de mater. J’aimais l’avoir près de moi, mais il ne demandait pas trop de contacts. 

Elle ne voulait que moi. Elle se collait à moi. Ce bébé si petit, si hypotonique trouvait malgré tout le moyen de ramper, pour coller son nez à mon sein. Assez rapidement, elle a préféré dormir sur moi,  et a débuté alors le combat de la mère contre la fatigue. La puéricultrice de la PMI passait pour la peser (Rayond’soleil a mis 30 jours pour retrouver son poids de naissance). Les premiers temps, je cachais notre lit. J’avais démonté les barreaux d’un coté de son lit, et l’avait collé au mien. J’avais fixé les deux à l’aide d’une patte de métal. Bref, du bricolage. Marquée par les paroles entendues à la mater, je cachais notre nid, pour éviter les réflexions. Ce qui est marrant, c’est que la puer avait remarqué qu’il n’y avait pas de lit bébé à la maison…Elle a fini par me poser la question, et, un peu honteuse, je lui ai montré. Elle a trouvé ça super, et n’a pas eu de mots malveillants. 

Je crois qu’elle m’a redonné confiance. Je n’avais pas à avoir honte de dormir avec ma fille. Si je dois être honnête, cela a duré presque deux ans. Pour Avalanche, à peine 6 mois, car je le réveillais dans mon sommeil. Il a fini par aller partager la chambre de son frère. Aujourd’hui, ils ont décidé de recododoter. Parce qu’Avalanche a l’imaginaire fertile, et il se fait plein d’histoire qui font peur, et se trouve rassuré par les bras protecteurs de Calme de lune; Parce que ce dernier est un peu trouillard aussi. Parce que les humains ne sont pas fait pour dormir seuls tout bêtement. Quand elle se réveille tôt, Rayond’soleil aime venir se glisser entre l’Amoureux et moi, et là bien au chaud, elle se rendort paisiblement. Hier à la sieste, je me suis endormie contre Avalanche qui cauchemardait, et Rayond’soleil a fini par venir s’enrouler contre son petit frère, elle aussi. 

Aux personnes qui m’ont dit « tu n’as pas peur qu’ils s’habituent » parlant d’eux petits, ou même aujourd’hui, je réponds « S’habituer à quoi? A être aimés? Câlinés? Choyés? Rassurés? Non je n’en ai pas peur, je veux qu’ils soient des adultes solides, qui se savent dignes d’être aimés, câlinés, choyés et rassurés, je veux qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur nous, et les uns sur les autres. »

La réponse qu’on me fait alors, est surprenante « Mais non pas ça, s’habituer à dormir avec toi! » . Sérieux les gens, vous connaissez beaucoup de gaillards de 17 ans qui viennent dormir avec maman toutes les nuits? Oui voilà, c’est comme le portage, à un moment, ça s’arrête!

Qu’a apporté le cododo à ma petite fille particulière? La chaleur qu’elle n’était pas capable de produire elle même sans gaspiller son énergie, l’assurance que j’étais là, moi son unique repère les premiers mois. Une réponse rapide à ses besoins, de nourriture mais aussi et surtout de contact. Elle ne dormait pas seulement avec moi, mais contre moi, et cela répondait certainement à ses angoisses. Elle avait besoin que j’englobe ses jambes sur mon bras qui passait dans son dos. J’ai appris bien plus tard que c’était la fameuse angoisse de morcellement dont souffrent les nourrissons et qui peuvent perdurer chez les enfants en situation de handicap .

Et à moi? Cela m’a apporté l’occasion de dormir un peu, à une époque où le sommeil était très compliqué. 

J’aime m’endormir contre eux, enfouir mon nez dans leur cou tout chaud, et me shooter à leur odeur. C’est bête, je sais que ça aura une fin. On ne fait que de l’occasionnel. Samedi dernier, quand mon Avalanche m’a dit d’une petite voix après son second vomito « ze veux dormir contre touuuuuuaaaa. », je n’ai pas résister. 

J’aime assumer aussi. Je connais des dizaines de parents qui ne cododotent pas! Nooooooooooooooooon. Enfin sauf…sauf quand le petit est malade, sauf quand on arrive pas à rendormir la petite la nuit (et c’est souvent mine de rien), quand on est trop crevés, quand on a trop bossé et qu’on s’est pas beaucoup vus, bah oui ça compte pas, hein! Pourquoi? Pourquoi on a tant de mal à assumer? 

Parce que le cododo est très mal considéré par le corps médical, risque d’étouffement, travers psychologiques (!!!). Le cododo bien pratiqué, n’est pas dangereux*. L’autre argument, que j’ai encore vu passer il y a peu, c’est que cela entrave les relations entre les parents, par relations, entendez sexuelles bien sûr. L’article en question, machiste et datant surement du XV ème siècle disait même  » que la présence de l’enfant dans le lit empêche le père d’avoir accès à sa femme. »Accès à sa femme? GLOUPS. Bon je vais pas donner mon avis là dessus, mais n’empêche, accès à sa femme…Au secours. Sans aller jusque là, certaines personnes n’ont pas hésité à me demander, le sourire en coin, comment on faisait. Bah on faisait ailleurs, autrement… :p Honnêtement, les lits c’est fait pour dormir hein! Puis, il y a enfin le sous entendu nauséeux de l’inceste, c’est un autre débat, dans lequel je ne souhaite pas me lancer. Parce que je n’ai pas envie d’avoir la nausée. Mais s’il fallait partager le lit de l’enfant pour en abuser, je pense que ça se saurait. Je n’irai pas plus loin dans cette réflexion là. 

Culturellement parlant, on a mis nos enfants à distance quand on a commencé à être assez aisé pour avoir une pièce pour manger, et plusieurs pièces pour dormir. Le cododo reviendrait alors à accepter une sorte de pauvreté. Finalement tout ce qui ramène à un peu de simplicité, et au maternage, renvoie à une société moins riche, matériellement parlant: tu allaites parce que tu n’as pas les moyens de payer le lait en boîte, tu dors avec ton bébé parce que cela t’économise un lit, tu le portes parce que la dernière poussette vaut un rein, et que ton drap là ça coûte pas cher. Des à priori que les gens ont du mal à surpasser, encore plus quand l’enfant est différent. Et pourtant, toutes ces petites choses apportent tellement à la relation parent/enfant. Attention, je ne dis pas que des parents qui poussent, biberonnent et ont leur chambre aiment moins leur enfant, ou ont une relation pauvre. Je dis juste qu’on peut se donner le droit de partager le lait, le lit, les jambes du parent 😉 

C’est difficile de materner un enfant en situation de handicap. Déjà parce qu’on voit plus de médecins, donc on a plus de risques d’avoir un jugement. Mais aussi parce que ses besoins sont plus intenses, beaucoup plus. C’est éprouvant pour le corps, et pour la tête. Le regard des gens, qui n’arrange rien, pèse également, on en revient toujours là…

Pour vivre heureux vivons cachés? Non, j’ai pas envie! Parce que je me sens bien quand je tiens un de mes crapauds contre moi. Parce que je reste convaincue que ça a apporté de l’équilibre à Rayond’soleil, de la confiance en elle, et aux autres. Et que j’ai furieusement envie que d’autres parents, d’enfants handicapés ou en pleine santé, s’autorisent à partager le sommeil de leur enfant!

  • le cododo doit être pratiqué avec prudence. On ne partage pas le sommeil de son enfant si on a bu, si on fume, s’il n’a pas un espace à lui. De même qu’on ne le fait pas dormir au bord du lit, sans protection contre les chutes, et qu’il ne dort pas sous les couvertures! Bref, on prend des précautions!

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    Photo datant d’il y a longtemps, avec petits bourrelets de maman…et de bébé! Rassurez vous on dormait pas dans le hamac au jardin, on avait un vrai lit dedans aussi!!

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L’allaitement de l’enfant différent.

    Chaque allaitement est une histoire unique, entre les parents et leur bébé. Chaque histoire ne peut se comparer à aucune autre, et dans le domaine de la différence, je crois que le seul mot qui pourrait résumer l’allaitement, c’est le mot combat . C’est donc le mien que j’avais envie de partager avec vous en ce premier jour de la semaine mondiale de l’allaitement maternel.

Rayond’soleil est née par un beau matin d’hiver. 3 kilos à terme, un bébé somme toute de poids moyen. Bon après mon maxi premier, j’avais le sentiment qu’elle était minuscule mais ce n’était pas grave. Elle a de suite rampé vers mon sein, et pris sa première tétée en peau à peau en salle d’accouchement. Idyllique. Nous sommes restées en peau à peau longtemps, puisque je l’avais demandé dans mon projet de naissance qui a été entièrement respecté, blotties l’une contre l’autre sous une couverture jaune. Je me souviens ses cheveux noirs, je me souviens qu’elle m’a fait pipi dessus ( et bien pire ) aussi!

Dans ma valise de maternité, mon écharpe de portage bien sûr mais aussi Marie Thirion. Enfin pas elle, son livre bien entendu, » L’allaitement de la naissance au sevrage ». Ma béquille, au cas où je flancherai sous le regard désapprobateur d’une auxiliaire de puériculture pas sympa (il n’y en a qu’une dans la mater où ma fille a vu le jour mais comme je suis un chat noir…). On m’a filé des tisanes, on m’a fichu la paix. Le surlendemain de mon accouchement, je me suis carapatée en signant une décharge et je suis rentrée chez moi. Je ne le savais pas, mais tous les parents qui signent une décharge, font l’objet d’un petit signalement à la PMI, qu’ils aient prévu une hospitalisation à domicile(comme moi) ou non. Et ce petit signalement, cette petite ligne rouge dans mon dossier, va sauver mon allaitement, en mettant sur ma route une infirmière puéricultrice, Isabelle. J’aurai pu refuser la proposition de la PMI de passer nous voir, moi et mon bébé, une fois par semaine, au terme de mon hospitalisation avec la sage femme qui m’avait suivie. Mais cette petite fille m’impressionnait un petit peu, je ne savais pas me l’expliquer.

    Rayond’soleil et moi, on a eu un allaitement compliqué à plusieurs points de vue. 

Elle était un bébé fatigué. Elle dormait beaucoup, beaucoup trop. Parfois elle se réveillait pour téter mais s’endormait au bout de quelques minutes au meilleur des cas. Le lait gras, elle n’en voyait que rarement la couleur. J’avais beau la stimuler, la chatouiller, lui parler, rien…

Elle tétait mal. En fait j’avais un REF (Réflexe d’Ejection Fort) qu’elle ne maîtrisait pas du tout.

Bien plus tard, nous avons découvert une Intolérance aux Protéines de Lait de Vache (la totale!).

    Donc à j15 Rayond’soleil n’avait toujours pas repris le moindre gramme.

Isabelle a préféré penser qu’elle n’avait pas perdu plus. Elle m’a interdit d’avoir une balance à la maison. Elle m’a interdit de la peser avant et après la tétée. Elle a séché mes larmes d’impuissance devant ce bébé qui ne grossissait pas. Ma fille avait perdu 300 gr. La limite des 10% de son poids était atteinte à j3. 12 Jours plus tard, nous étions toujours à 2kg700. J’étais effondrée, j’avais beau lire Marie Thirion, et le relire, j’étais perdue. Isabelle a donc décider qu’on devait employer les grands moyens. Elle m’a rassurée, je produisais du lait, je n’avais qu’à voir les fuites énormes sur mes t-shirts, mais ma fille n’en profitait pas suffisamment car ses tétées étaient trop courtes. Pour l’aider, j’allais devoir tirer mon lait. Pas pour lui donner au biberon, non, mais pour vider une partie du pré-lait. Je n’ai pas tiré au lait, pour ne pas renforcer mon REF, mais à la main. A j33 très exactement, Rayond’soleil a enfin dépassé les 3 kg! Confettis!

Avec le temps, nous avons appris à gérer le REF ensemble: elle tétait un peu, le temps de faire monter le lait, puis nous laissions le lait couler sur un lange tant qu’il giclait en jet. Elle est restée frêle longtemps. Tétant peu mais souvent. A 6 mois, lorsqu’à bout de nerf, j’ai tapé du poing sur la table et exigé un rendez vous chez un gastrologue, elle tétait encore jusqu’à 15 fois par jour, nuit comprise, et ne dormait pas plus d’une heure de rang. J’étais épuisée. Je ne pouvais pas la laisser en garde, puisqu’elle a refusé toutes les tétines de tous les biberons du monde. Bien sûr, le pédiatre trouvait qu’elle ne mangeait pas assez, le médecin qu’elle mangeait trop…Ou l’inverse! Pour obtenir ce rendez-vous j’ai menti. J’ai dit qu’elle tétait bien toutes les 4h, sauf la nuit, où nous n’avions qu’un seul réveil. Je sais, c’est mal.

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La honte, c’est vite passé! J’aurai pu assumer, argumenter, qu’on allaite pas au sein comme on allaite au biberon, que le lait maternel ça se digère pas comme le lait de vache, y a qu’à comparer la taille des molécules, sortez votre microscope…Mais face à des murs, à quoi bon? L’allaitement a beau être au programme de médecine, il occupe une place tellement minuscule que c’est ridicule et peu de médecins s’y intéressent vraiment! Le gastrologue, lui m’a dit « ne me mentez pas, ma femme allaite, je veux la vérité, sinon je ne saurai pas vous aider. » Alors je lui ai dit, les micros tétées, comme pour juste soulager quelque-chose, les nuits qu’elle passait contre moi, assise, calée tant bien que mal par des oreillers pour pouvoir me reposer, ce bébé qui se réveillait en sursaut et en hurlant, ses problèmes de tonus aussi, cette façon qu’elle avait de mâchouiller en permanence, les hyper-extensions qui arrivaient visiblement à la calmer un peu… J’ai pleuré. Il m’a rassurée, lui aussi. Je n’étais pas fautive. Elle ne mangeait ni trop, ni trop peu. Elle composait comme elle pouvait. Elle était chétive, mais ce n’était pas la faute de l’allaitement, elle pleurait énormément, mais ce n’était pas la faute de l’allaitement, elle vivait en écharpe, mais là encore, ce n’était pas la faute de l’allaitement, ce  n’était pas MA FAUTE! C’était une saleté de Reflux Gastro-Oesophagien!

Il a refusé de lui faire passer des examens invasifs. Il l’a mise sous traitement immédiat pour une oesophagite, et m’a demandé de pratiquer une éviction stricte du lait de vache. Il m’a donné des précautions à prendre avec elle, ne pas l’allonger après les repas, incliner son lit, et faire attention lorsque nous commencerions la diversification… En quelques jours, moins de pleurs, en quelques semaines, son poids s’est envolé…Je n’ai jamais eu besoin de revoir ce monsieur, mais si je le croise demain ,je lui ferai une bise (il ne risque rien, je ne vais jamais le reconnaître, je ne suis pas physionomiste pour deux sous!). Elle a énormément souffert de ce RGO, qui avait deux causes: son hypotonie, et son intolérance. Nous avions réintroduit les produits laitiers tout doucement après ses 3 ans car l‘intolérance à tendance à passer spontanément avant 4 ans. Rayond’soleil se fiche de la tendance, nous sommes de nouveau en éviction totale depuis un peu plus d’un an! Ce que j’en garde, c’est que, comme pour tout dès lors que l’on parle allaitement, il faut savoir écouter son bébé. Pas d’interdits alimentaires, à quoi bon se priver de yahourts ou de café si votre bébé va très bien? Mais s’il commence à manifester de l’inconfort, rapprochez vous de quelqu’un qui saura vous guider vers l’un ou l’autre des aliments potentiellement irritants…

 

    Notre dernier souci, ça a été l’exclusivité, qui a longtemps perduré, ne me laissant aucun répit.

Après cette mise en place médicale, nous avons retrouvé un semblant de tranquillité. Rayond’soleil pleurait moins, et elle réussissait à dormir quelques heures d’affilée. Rarement plus de 3, mais c’était mieux. Les couchers restaient cauchemardesques, surement des souvenirs de douleurs dont elle a eu du mal à se défaire jusqu’à ses 4 ans…Durant 4 ans, elle a donc assimilé le coucher à un moment désagréable, elle a eu peur de s’endormir, de peur de se réveiller dans des souffrances terribles…Elle grossissait enfin normalement. Seulement, jusqu’à ses 16 mois, elle n’a rien accepté d’autre que mon lait, à mon sein. A chaque fois que je l’ai laissé à garder, cela s’est avéré éprouvant, pour elle comme pour notre Super nounou…Cette exclusivité s’est soudainement rompue lorsqu’elle a décidé de manger un boeuf bourguignon avec coquillettes…Surprenante petite fille!

 

En résumé, nos débuts d’allaitement ont représenté un réel combat. Contre une partie du corps médical, contre mes pires craintes, contre l’épuisement maternel aussi. Mais je suis fière d’avoir gagné toutes ces batailles, d’avoir partagé ces moments pas toujours faciles, mais pas aussi horribles qu’on pourrait le penser avec ma fille. 17 mois d’allaitement, de bonheur, de regards intenses, ce regard qui le premier m’a dit « je vais changer ta vie », 17 mois de partage, de doigts emmêlés, son premier signe « téter » à 6 mois de vie, tout un symbole quand on sait à quel point le langage nous a été compliqué …

 

Après elle, Avalanche est né, et j’ai vécu un allaitement « normal ». Je n’en suis pas moins fière. 24 mois et un sevrage naturel pour lui, je peux vous faire un paragraphe sur allaitement et travail du coup, c’est le thème 2015!

J’ai repris le travail aux 11 mois de mon dernier bébé. Il tétait aux alentours de 4 fois par jour, et deux fois par nuit à ce moment là. Je travaillais entre 3 et 4 jours par semaine, de 8h du matin à 19h. J’avais prévu des réserves de lait, de quoi fournir un glacier londonien pour minimum 3 mois, j’ai fini par les mettre dans son bain, la loose… Il refusait de boire le lait décongelé, il prenait quelques bibs de lait frais par contre. Du coup, je tirai un biberon pour le goûter du lendemain pendant ma pause au travail. Ca a pu fonctionner comme ça, parce que pendant un an, je suis allée passer ma pause déjeuner chez notre Super nounou. Elle a accepté, sans broncher, de me voir débouler à l’heure du repas pour une tétée entrée, ou une tétée dessert, selon l’heure. Mon Avalanche était suffisamment détaché de moi et bien dans ses baskets, pour que l’on puisse se permettre ces doubles séparations journalières. Parfois, le soir, il se jetait sur le sein avant que nous ne repartions de chez nounou, mais ça a été plutôt rare, et il attendait généralement d’arriver à la maison. Lorsque je ne pouvais pas sortir du magasin, pour une raison x ou y, Super nounou s’arrêtait en rentrant du RAM, et je l’allaitais en salle de pause. Je n’ai jamais fait valoir mes trente minutes d’allaitement journaliers, prévus par la loi, car je n’étais sûre que cela soit valable après la première année de bébé, mais j’ai fait valoir mon droit à allaiter dans les locaux de l’entreprise. Je suis très fière de cela, car j’ai clairement été la première, et la seule à le faire dans l’entreprise, à la connaissance de mon responsable en tous cas. Je n’ai jamais eu de réflexions, ce qui est miraculeux,lol!

   Pour finir, j’ai aimé allaiter, les uns et les autres de mes enfants, même si mon aîné a fait les frais de mon inexpérience…Il a été allaité exclusivement quelques semaines, et en mixte quelques mois. Je sais que je leur ai donné ce que j’avais envie de leur donner. Ce désir d’allaiter était viscéral et animal chez moi, et je conçois que tout le monde n’en ressente ni le besoin ni l’envie, encore plus lorsque l’annonce du handicap, ou juste le sentiment que quelque-chose cloche, vient se greffer aux difficultés des premiers jours. 

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11 mois, le douceur, l’intensité du regard, des souvenirs encore si vivants…