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#portrait du jour…23

Elle est douce, elle a le port altier. Et pourtant, elle a l’air si fragile.

Ses grands yeux bleus trahissent tous ses doutes et toutes ses inquiétudes.

On se croise la première fois à la réunion d’accueil des nouveaux élèves. M a l’air tellement angoissée. Est-ce ma propre interprétation ? Ou bien une projection ?

Je ne me sens pas si angoissée que cela, mais peut-être que mon cerveau fait barrage.

M pose mille questions. De celles qui ne me viennent pas à l’esprit. Elle note les réponses, fronce les sourcils, redemande.

Elle m’impressionne un peu. Angoissée, mais on sent qu’elle tient la barque, qu’elle maîtrise, qu’elle assure. Malgré.

Malgré la peur, malgré la nouveauté, malgré les questionnements, malgré le saut dans le vide sans élastique, elle gère. Elle gère, et pas uniquement parce que la vie ne lui a pas laissé le choix.

Bien sûr qu’on est tous le résultat de nos épreuves.

La détermination dans son regard n’est pas feinte. J’ai appris à la connaître depuis et je suis toujours aussi impressionnée par sa force, par la façon qu’elle a d’être fragile et puissante en même temps.

Elle n’est pas du genre à élever la voix, mais elle est de celles qu’on écoute quand même. Elle ne se met pas en avant, jamais, mais on la regarde quand même. Elle n’a pas besoin de demander pour qu’on ait envie de l’aider. Elle ne marche pas, elle flotte au dessus de ses Mustang et son rire éclate comme des bulles de champagne.

C’est comme ça, c’est tout.

Une beauté pure, une autorité naturelle et des failles qui se dessinent doucement. Un petit prince magnifique, mais tellement atypique.

Forcément, dans ce monde nouveau du handicap, de la maladie génétique non identifiée, des errances et des errements, on se trouve vite des points communs, autour de nos deux mômes. Mais aussi des fratries auxquelles ils appartiennent et qui sont si complexes…

Ils se ressemblent, et pourtant pas. Ils se ressemblent, se retrouvent, et pourtant nous vivons les choses tellement différemment.

Elle est plus forte qu’elle n’en a l’air, elle a plus de recul sur la vie que je n’en aurai jamais.

Quand l’exome lui est revenu sans résultat, elle m’a juste dit que c’était comme ça, c’est la vie, c’est tout. Elle a accepté tellement facilement. Pas de résignation, juste une sorte de « on verra en temps et en heure, et ça va aller… »

Quand elle le regarde, elle le couve, elle l’entoure d’amour, j’imagine qu’il a tout chaud dans son cœur à chaque fois que leurs yeux se croisent, ça se voit tellement, il ne peut pas le rater.

Elle a réussi à faire de sa différence une force pour lui, elle refuse de le voir comme un pauvre petit môme qui a une vie compliquée, et en cela on se ressemble. Convaincues que nos enfants peuvent être heureux, sont heureux, que ça nous appartient de transmettre ce type de message.

Quand je vois son petit prince rire en étreignant ma fille, je me dis qu’il a hérité de ça : l’amour fou, inconditionnel et sans crainte qu’elle lui a transmis. Et aussi ce sourire, large, franc, honnête et joyeux.

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#Portrait du jour…19

Brosser le portrait d’une amie, c’est toujours quelque chose de difficile. Et pourtant comment faire une série sans la mettre dedans, elle mon double, mon évidence…

On se rencontre il y a 3 ans. C’est drôle parce que la première chose que je remarque chez elle, au milieu du groupe, c’est qu’elle porte des Converses avec sa robe.

Je suis du genre timide, je me mêle difficilement aux groupes justement. Mais elle détonne au milieu. Sa tenue me fait immédiatement sourire à l’intérieur et je me fais la réflexion qu’on vient du même monde. Celui où on aime bien avoir les pieds à l’aise, même en robe. Celui où on s’en fout pas mal de ce qu’en pensent les autres, ceux qui pensent qu’on devrait mettre des talons pour être une vraie nana…

Très vite, nous allons nous lier d’une amitié franche, et quasi fusionnelle. Comme des jumelles séparées à la naissance qui se retrouvent (30 ans plus tard quand même).

Je crois que c’est la seule à qui je puisse tout dire sans jugement. Nos fous-rire quasi adolescents, nos réflexions sur la vie, les yeux dans le flou, les épreuves aussi…

Et elle en a eu des épreuves. L’enfance marque et forge l’adulte en devenir. Ce n’est pas toujours facile d’être un enfant. La vie, encore elle. Traverser les épreuves, les abandons, les négligences, en tirer le meilleur, en garder des blessures, mais aussi des forces, porter un sourire en étendard et consacrer sa vie aux Autres.

Parce qu’elle est comme ça E, elle donne, sans compter, jamais. Des mots gentils, des sourires, des petits tuyaux, des compliments, des froncements de sourcils, des leçons de vie énoncées d’une voix douce…

Elle a longtemps travailler avec des mômes en situation de handicap. Je ne sais pas qui à le plus appris aux autres. Elle s’en sort avec une candeur touchante. Est-ce que ce sont les enfants qui l’ont rendue comme ça, ou est-ce qu’il faut déjà l’être pour pouvoir les atteindre un peu ?

Quand il s’est agit de tracer une nouvelle voie, le destin a croisé nos chemins. Je ne crois pas au hasard. On se ressemble vraiment, tellement.

Elle est l’amie qui m’admire et me le dit, sans jamais comprendre que c’est moi qui suis la plus admirative des deux. Créative, inventive et bienveillante, elle trace la voie à suivre. Elle fourmille de mille idées toutes meilleures les unes que les autres.

Alors lance-toi. N’aies pas peur tu sais. La vie, c’est jamais linéaire (ça se saurait non ?) et je suis sûre que tu as les capacités de changer le monde, même si t’es pas organisée. Qui a dit qu’il fallait être organisée pour changer les choses ?

CRÉATIVITÉ=BORDEL AMBIANT.

On s’en fout. Tu sais pas comme t’es forte, comme t’as franchi tous les obstacles les uns après les autres, avec des larmes et alors ?  Les gens forts aussi pleurent parfois, souvent. J’en connais même qui chialent en conduisant 😉

Les larmes c’est le sel de la vie non ?

Elle sait pas comme elle est puissante, différente, et pourtant, elle ne gâche pas son talent, elle le dépose par petites touches toutes fraîches et ceux qui la croisent s’en souviennent généralement. Combien de fois ai-je entendu « Elle est super, E! « .

Oui, elle est super, et j’ai l’immense privilège d’être son amie.

 

 

 

 

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#portrait du jour…11

On va l’appeler L parce que je ne connais pas son prénom.

C’est drôle dit comme ça, mais vous allez comprendre.

Je la rencontre dans ma vie d’avant, je l’accompagne si on veut, à ma manière, à sa manière.

Je la repère dès qu’elle entre dans le magasin, à chaque fois. Elle est aussi grise que ses éternelles tenues, aussi terne qu’un jour de pluie. Elle a les cheveux gris, les sourcils aussi, ses yeux sont…gris et tristes, même son teint est gris !

Elle vient une fois le matin et une autre l’après-midi. Tous les jours, toutes les semaines, depuis des mois.

Elle prend deux bricoles pour manger. Elle ne marche pas, elle flotte. Tellement légère, fragile, et pourtant, et c’est assez antinomique, son pas est lourd, comme celui d’un éléphant, comme si elle portait toute la misère du monde sur ses frêles épaules.

Elle parle toujours très doucement, du bout de ses lèvres pâles, dans un soupir. Elle ne sourit pas, elle ne sourit plus. Elle entasse ses courses sur le tapis, elle s’arrange pour prendre le moins de place possible.

Elle s’excuse de vivre.

L n’a pas toujours été comme ça, avant on ne la repérait pas dans la foule. Elle vivait aux côtés des autres, dans une vie normale, classique, bien balisée.

Puis tout a chaviré.

Je le sais, parce que tous les jours, deux fois par jour, toutes les semaines depuis des mois, elle attend que j’ouvre ma caisse pour pouvoir se confier. Alors entre une commande et une factu, j’ouvre….

Et tous les jours, deux fois par jour, toutes les semaines et ce depuis des mois, elle me noie de sa tristesse et de son chagrin.

Son drame est tellement banal qu’elle pense qu’il n’intéressera personne. Elle est presque surprise de trouver mon oreille attentive, mon regard qui lui montre que je ne me contente pas d’encaisser !

Son mari l’a quittée l’an dernier. Comme des milliers de couples qui se font et se défont, parfois dans l’indifférence la plus totale. Elle n’avale pas, L. Elle ne fera jamais son deuil.

52 ans et sa vie est terminée. Il était absolument tout pour elle. TOUT.

Comprenez, ils n’ont jamais eu d’enfant. Il n’en avait pas envie, pas le temps. Et elle ? Elle en aurait bien voulu un, juste un mais elle a accepté sa décision, elle l’aimait tant qu’elle ne voyait que son bonheur.

Ils n’avaient que des amis à lui. Comprenez, ils ne faisaient pas tout à fait partie du même monde.

Peu à peu et aveuglée par son amour pour lui, elle s’est isolée…Et quand il l’a quittée l’an dernier, elle s’est retrouvée terriblement seule. Elle n’a rien vu venir. Un jour, ils vivaient leur routine, comme avant, le lendemain, il vidait son armoire de ses costumes et pillait toutes les couleurs qu’il y avait dans son cœur à elle.

Elle est restée dans leur petit appartement, devenu trop grand pour elle, et surtout bien silencieux. Elle n’a ni ami, ni travail, ni enfant.

Personne ne sait qu’elle existe. Quand en est-on arrivé là ?

L vient deux fois par jour, tous les jours de toutes les semaines, depuis des mois, parce que je crois bien que je suis la seule personne à qui elle adresse encore la parole…

Et croyez-moi que dans cette misère affective, on sous-estime souvent la valeur d’une attention et d’un mot gentil. Je ne juge ni le mari, ni L. J’écoute c’est tout.

Et souvent depuis mon départ du magasin, je me demande que L est devenue…J’espère qu’elle s’est accrochée, et que quelqu’un aura remis un peu de bleu dans ses yeux, et de rose sur ses joues…

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#portraitdujour3

Je rencontre G pour une coupe de cheveux.

Je vous préviens tout de suite, je suis la reine des infidèles en terme de coiffeur, je vais là où il y a une place en dernière minute pour me caser entre midi et deux. Et pourtant, je ressors souvent avec dans mes poches les histoires de vie, parfois drôles et souvent compliquées de ces artistes capillaires.

Comme la fois où le salon allait fermer pour de bon et où la coiffeuse me racontait qu’elle allait peut-être en profiter pour faire ce dont elle avait toujours rêvé, camionneuse. Z’imaginez bien que la pro a pris le dessus là, pour parler reconversion et évolution professionnelle.

Mais aujourd’hui, je vais vous parler de G. Il a 20 ans. On parle de tout et de rien. Surtout de tout.

Rapidement la discussion s’éloigne de la couleur de mes cheveux pour aller vers la lutte contre les discriminations.

A demi mots, il évoque son départ de la capitale en catastrophe.

Il me précise, comme si je ne l’avais pas compris, qu’il aime les garçons, c’est comme ça, il n’y peut rien hein, avec un haussement d’épaules. Je lis la tristesse dans ses yeux, je sens qu’il n’a pas besoin de grand chose d’autre qu’un signe qu’il peut continuer à me parler en paix.

Ses parents ont eu du mal à accepter la nouvelle. Je me mets à leur place un instant. C’est vrai que c’est difficile, on ne va pas le nier. La société n’est pas prête. Je suis profondément tolérante et je n’ai aucun problème avec l’homosexualité, mais j’avoue que si l’un des miens me fait un jour cette annonce, j’aurai peur pour lui. On ne va pas se mentir, +30% d’actes homophobes dernier, ça ferait frissonner n’importe quel parent.

Alors j’espère subitement et de toutes mes forces que les parents de G ont vite repris pied pour l’armer au mieux contre ces regards détestables, pour qu’il puisse s’épanouir dans ce qu’il est.

Il me dit que non, pas trop. Il est parti pour ça, il n’arrivait pas à gérer.

Pourtant, tout en lui crie cette sensibilité particulière. Le sourire timide, les yeux brillants, les gestes aériens. G est tellement jeune. Il a à peine 20 ans et vit à 500 kilomètres de la ville qui l’a vu naître. Il parle doucement de renaissance, mais on sent bien que cette renaissance se fait dans la douleur, que rien n’est acquis.

Il dit en riant qu’il a choisi la coiffure parce qu’on peut y être gay, et largement courtisé par les employeurs, tant les hommes sont rares. Il a le rire clair d’un enfant, et brusquement, je me dis que je le prendrai bien dans mes bras, comme si je pouvais alléger son chagrin qui ne devrait plus avoir lieu d’être « à notre époque ».

2 de ses amis à Paris se sont fait refaire le portrait par des brutes sans cœur, par des homophobes abjects. Il me dit qu’il a parfois peur dans la rue, qu’il sent bien que ses gestes efféminés le trahissent. Le trahissent ? Drôle de monde quand même où il faut cacher ce qu’on est pour vivre tranquille. Retour au moyen âge ?

Il regrette un peu l’anonymat et la vie Parisienne, mais il se sent plus serein ici. Puis son copain vit ici, il est dans le métier, il a son propre salon.

Je lui jette un regard dans le miroir, ses joues ont rosi légèrement. Regrette-t-il déjà ses confidences ?

Alors je parle, un peu, et assez fort que les autres clientes entendent, on ne sait jamais. Je lui dis que j’espère de tout mon être que la société va réussir à évoluer, que je ne comprends pas qu’on puisse juger les gens parce qu’ils sont différents de nous, qu’on a le droit de ne pas vouloir être homosexuel (comme si cela se décidait!), mais que c’est à mon sens aussi naturel qu’être hétéro ou aimer le fromage. Il rit à nouveau, et mon cœur enfle dans ma poitrine. J’ai fait mouche. Il semble rassuré.

Je lui dis que je lui souhaite de pouvoir avoir une belle famille, lui qui veut des enfants. Et que ses enfants connaissent ses grands-parents.

Je me fais une promesse, celle de ne jamais montrer mon inquiétude face à un choix de vie de l’un de mes enfants. De les soutenir, quoiqu’il arrive.

Comme un ami me l’a dit ce matin très justement : « il ne sert à rien d’imposer aux autres notre vision du monde, chacun a ses filtres, son histoire, son vécu… »

Vous n’êtes pas obligés d’aimer les différences. Les Tolérer sera déjà un premier pas très acceptable….

Merci, et à bientôt…

 

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Calme de Lune

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Je reprends le clavier ce soir pour vous parler comme promis de mon Calme de lune.

C’est un préadolescent. Avec ce que ça implique comme tourments de l’âme…ou pas.

Calme de lune est un jeune homme sensible. Il a un regard particulier sur la vie. On pourrait jeter ça sur le handicap de Rayond’soleil mais je ne le crois pas. On n’explique pas tout par le handicap d’un membre de la fratrie, ce serait un raccourci facile et injurieux aux spécificités des uns et des autres.

Déjà tout petit, il avait sa sensibilité propre, et ses convictions. Il voulait un bébé, et était sûr que le rose n’était pas que pour les filles. Il a de suite adoré son Rayond’soleil.

Ils ont longtemps été plus connectés l’un à l’autre que des jumeaux. D’ailleurs quand elle est mal, c’est lui qu’elle appelle. Leur histoire de vie difficile des débuts a accentué le trait.

C’est un jeune homme doux et bienveillant. Il ne fait pas de vague. Il rentre dans le moule, et parfois j’ai peur qu’il soit un peu trop ce qu’on attend de lui. Je ne veux pas qu’il s’oublie.

Je le vois, à l’affût de ceux qui pourraient blesser sa sœur, je le vois veiller sur elle, et sur Avalanche de loin, je l’entends avoir toujours un mot d’encouragement pour l’un et l’autre.

Il n’est pas rare de le trouver à faire la lecture du dernier, ou une partie de cartes tronquées contre sa sœur. A l’extérieur, il a les yeux partout…Extrêmement angoissé aussi. Souvent, nous avons dû lui rendre son rôle d’enfant, son insouciance.

Et puis, on l’a un peu bousculé. J’ai pas envie d’un bon petit soldat. Je veux qu’il soit lui-même. Alors il apprend à dire ce qu’il veut. Bien sûr, pas toujours comme les autres voudraient l’entendre, mais il le dit, il apprend, il grandit.  Il apprend aussi à poser des limites. A ce qu’il veut partager, entendre, comprendre. A faire des choix et les assumer. A dire non, pour se protéger, quitte à blesser quelqu’un. J’avoue, il s’en sort bien…Je ne fais pas mieux, et je travaille depuis longtemps que lui à ça.

Et je découvre un môme engagé, raisonnable, et convaincu.

Engagé dans Portage et Handicap d’abord. Il est toujours prêt à dégainer l’appareil photo, à laisser tomber sa Playstation ou son ballon de foot pour venir vous sortir un beau cliché. Il sait que ses photos font la visibilité de l’association. Il est conscient de l’espoir dont nous sommes vecteurs. Il sait aussi que le handicap souffre d’une image injuste. Que l’inclusion est mauvaise et… Et il milite. Il convainc ses copains de venir à la kermesse de l’IME, il n’a jamais eu à rougir de sa sœur, n’a jamais caché son handicap, même avec l’entrée au collège. Il est fier de ce que nous faisons (nous au sens large, pas juste notre famille) et est bien conscient que les associations doivent prendre une part importante dans la vie des plus isolés…

Raisonnable dans chacun de ses choix, pesés et mesurés. Il a un énorme recul sur la vie en général. S’il veut un objet et qu’il essuie un refus, il va essayer de comprendre le refus, et d’argumenter. Il est rarement en colère, ou ne le montre pas. ( Comme sa mère? ) Il discute beaucoup et avec tout le monde. Je découvre un adolescent tel que je l’avais imaginé. Avec des avis, sur un tas de choses, et une ouverture d’esprit redoutable.

Convaincu. Que dans la vie on a les chances qu’on se donne. C’est lui qui me pousse le plus, à essayer de convaincre Pierre, Paul et Yann ( 😜 )

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que notre livre mérite une vraie chance pour montrer à tous ceux qui se sentent mal qu’après la pluie vient le beau temps et l’arc en ciel aussi ! La photo de couverture est une de celles qu’il a prises. Une des premières, il y a déjà plus de 3 ans.

Bien sûr, il a des défauts cet enfant là. Il laisse traîner ses chaussettes de foot pourries pendant des jours, il passe à côté sans jamais les voir ( mais bon j’en connais une autre). Il n’a pas forcément le sens du détail mais il aime l’Autre. Il tend la main plus souvent qu’à son tour. Il te filera sa chemise avant même que tu lui demandes, il aide ses copains en cours, il ramasse le lait que j’ai renversé, il donne aux SDF, depuis son porte-monnaie, il propose ses bras quand j’achète trop de choses au magasin, il est toujours gentil et encourageant.

Profondément gentil et je ne suis pas sûre qu’il soit conscient d’au combien il est précieux, pour nous, pour moi, pour la société.

Les Calme de lune sont les lucioles de demain. Lui a décidé de commencer aujourd’hui…

Je l’admire tellement si fort. Tellement si fort…

Notre rôle de parents, c’est de faire de notre mieux pour que nos enfants soient heureux, et ne soient pas des psychopathes ou d’immenses égoïstes. Et pourtant je n’arrive pas à me dire que j’y suis pour quelque chose quand je regarde cette pépite qu’est mon fils aîné. On le regarde souvent en douce, en se disant tout bas qu’on a de la chance.

Et je suis fière de me dire quand même que la bienveillance éducative nous a aidé  à le protéger et à exprimer ses émotions dans le respect. Et quand je commence à me dire que bientôt je devrai lever lever les yeux pour lui parler, et qu’il est déjà plus fort et plus rapide que moi, je me dis que j’ai bien fait de ne pas régner par la terreur…

Le handicap de Rayond’soleil lui aura peut-être permis de se révéler… On ne le saura jamais !

Pis en plus, cerise sur le gâteau, il est beau, mon fils !!! (Bon les deux autres aussi sont beaux :p )

Bientôt, je vous parlerai (encore) de mon Avalanche, ou des progrès de Rayond’soleil 🙂

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Cataclysme

Pour une fois, je ne vais pas parler de moi. Ni vous parler d’elle.

Aujourd’hui, je souhaite rendre hommage et avoir une pensée pour toutes les familles qui se battent contre une maladie mortelle. Tous ces parents qui voient leurs enfants à l’hôpital derrière un masque. A ceux qui font du bouche à bouche une fois par semaine mini. A ceux qui se battent pour que leur môme reste en vie.

Parler de ces maladies qui vous font osciller entre espoir et désillusions, entre coups de sang, et larmes inconsolables, entre rémission et coup du sort.

Se rendre compte brutalement que son enfant est mortel est la pire chose qu’il puisse nous arriver. Non bien sûr, je n’ai pas changé d’avis concernant l’échelle de la douleur, mais je vous avoue qu’à côté de l’épreuve que vivent certains de mes amis, je me sens bien privilégiée.

D’abord, tout va bien. Puis tout s’enchaîne. Ça part parfois de pas grand chose. Une fièvre un peu tenace vous mène aux urgences, et là, le diagnostic tombe. Implacable. D’autres fois, vous savez avant même d’arriver à l’hôpital que le cours de votre vie sera définitivement changé, quelle que soit l’issue de la soirée.

Un jour, tu mènes ta petite vie normale, même que tu compatis avec ton pote qui a un enfant « différent ». Le lendemain, c’est ton pote qui te tend la main et l’épaule, parce qu’au final, même s’il ne sait pas exactement ce que tu vis, il a traversé lui aussi les salles d’attente, les rendez-vous qui s’enchaînent, les mots des médecins qui ne s’expliquent jamais aussi bien que leurs yeux, les larmes de rage dans la voiture, la peur qui te prend en tenaille la nuit.

Au début, la nouvelle est sidérante. Les larmes refusent de sortir. Il faut aussi protéger cet enfant, et ses frères et sœurs. Comment pourrais-tu concevoir l’inconcevable ?

Mais rapidement, la médecine ne te laisse pas le temps de tergiverser. Il faut agir vite. Ton emploi du temps est chamboulé et suspendu à des résultats d’analyses. Ta vie est entre parenthèses. Tout ce que vous aviez connu, toi et ta famille, jusque là est relégué au bon vieux temps.

L’action, vite. Mettre en place de nouveaux rituels. Se confronter aux administrations. Métro boulot dodo ? Hôpital, nuit blanche, cernes sous les yeux. Plus rien ne sera jamais comme avant.

Et si ? Si elle ne survit pas ? Si c’est la maladie qui gagne ? Et si cet arrêt respiratoire était le dernier, comment tu vas pouvoir continuer sans lui ? Bien sûr que t’ y penses même si tout le monde te dit de ne pas le faire. Facile à dire…

Puis le quotidien revient, entre visites à l’hôpital et culpabilité. Pour celui qui est malade, pour son frère, sa sœur. Pour ta moitié qui ne gère pas comme toi . Pour le reste de la famille que tu ne peux pas protéger, t’as assez à faire avec toi.

La maladie fait le tri dans tes amis. Entre ceux qui ne comprennent pas, ceux qui préfèrent ne pas se confronter à la mort, parce qu’il faut appeler les choses par leur nom, t’as un peu l’impression d’être contagieux, sur un radeau qui prend l’eau. T’as des belles surprises aussi. Des gens qui t’envoient des morceaux d’eux-mêmes, comme ça, cadeau. Parce que eux savent qu’il n’y a rien de pire que de se sentir seuls. Parce qu’ils savent aussi qu’on est jamais aussi seuls que face à ça. Alors tu reçois, tu reçois, en te demandant comment tu rendras ça. Tu rendras pas tu sais. Donner c’est donner. Et Avalanche dit que reprendre c’est voler ! Tu rendras pas, parce que l’amour ça se contente d’être partagé, c’est tout.

Tu regardes ces gens, parfois pas si proches, qui espèrent avec toi, tu vois leurs mômes qui tendent la main, qui comprennent pas tout, mais qui portent la flamme eux aussi.

T’as les larmes. T’as tellement pleuré que tu pensais plus que c’était possible de juste avoir les yeux humides d’émotions.

Tu sais que les épreuves sont pas terminées. Tu te prépares à faire Noël peut-être à l’hôpital. Tu regardes cet enfant si courageux, ce petit warrior, cette battante, ton cœur se gonfle. T’as pas le droit de craquer si lui ne craque pas. Noël sera particulier. C’est peut-être le premier ou alors le onzième. C’est la vie. Ça te console pas mais c’est la vie.

Alors à toi, la maman, le papa, qui s’apprête à te battre avec l’énergie du désespoir pour que ce Noël soit beau « quand même » je voulais te dire bravo. Bravo pour les sourires, bravo pour les choix, bravo pour les démarches, bravo pour les soins, bravo pour les câlins, bravo pour ton ingéniosité, bravo pour ton courage sorti de nulle part, bravo pour être toujours debout. ❤

J’ai une pensée également pour les frères et sœurs qui se saisissent comme ils peuvent de chaque joli moment avec l’innocence des enfants. Qui comprennent tout et ne disent jamais rien. Qui s’accrochent à tous les petits bouts de normalité pour vivre leur enfance et leur fraternité « comme d’habitude » à base de chamailleries et d’espièglerie. Avec l’amour pur en image de fond.

Je vous encourage à vous tourner vers les autres, vers ceux qui souffrent et à rendre à noël un peu  de magie, vous pour qui la vie n’est pas si cruelle.

En ce mois de décembre, je pense très fort à mes amis, en particulier Aline, Fred et Séverine car ils traversent des moments très difficiles, et qu’ils gardent la pêche et l’amour de la vie. Je vous aime les copains, je suis là aussi.❤❤❤

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Je sais pas lire

Quelques mots lâchés au détour d’une crise.

Elle est pénible avec son petit frère en ce moment. Elle adore le faire râler, et il démarre facilement, du coup, ça ne rate pas, il ronchonne, il explose.

On se faisait la réflexion avec l’Amoureux ce soir, les deux petits, qui s’entendaient si bien, se cherchent en permanence.

Et on s’est bien rendu compte que l’angélique et pacifique Rayond’soleil venait chercher la bagarre plus souvent qu’à son tour, et essayait en plus de faire punir son cadet…

Suite à une énième soupe de larmes après le bain, je suis aller enterrer la hache de guerre avec elle, tandis que l’Amoureux jouait les médiateurs avec le plus petit.

Difficile métier que celui de parents.

Et c’est entre deux  » Vas t’en toiiiiiiiiiii, pars, pars, laisse moi tranquille », pourtant lovée dans mes bras qu’elle a fini par parler de jalousie.

D’abord un faux prétexte, puis soufflés tout doucement ces quatre mots qui se sont plantés droit dans mon cœur:

« Je sais pas lire ».

Les larmes, j’ai essayé de les refouler loin.

« Moi je sais pas lire. Avalanche il sait lire. Calme de lune il sait lire. Moi je sais pas. »

Puis c’était tellement puissant comme cri que j’ai trouvé que ce serait injuste de ne pas le partager avec elle. Mes yeux étaient tout mouillés.

Elle a appelé son frère, et lui a demandé pardon. On a expliqué, il lui a fait un gros câlin.

Next. Les gosses passent si vite à autre chose. Avalanche qui hurlait et sanglotait 30 secondes plus tôt a pris les escaliers en chantonnant.

Rayond’soleil s’est apaisée un peu, et est restée dans mes bras sans plus me repousser.

L’Amoureux est venu lui aussi, et on lui a fait un gros câlin sandwich.

Elle s’est excusée d’embêter son frère. Et nous a dit qu’elle avait envie de pleurer.

Avalanche lit depuis un bon moment, et ne s’autorise à le faire ouvertement que depuis son entrée au CP. Cela a suscité beaucoup de questions chez lui. Auxquelles on a répondu sans tabou. D’ailleurs, puisqu’il ne lit toujours pas de roman, il trouve qu’il ne sait pas lire.

Mon Rayond’soleil ne lit pas. Elle fait des devoirs chaque weekend, à sa demande. Elle trace des lettres, elle les reconnait, mais les mots restent indéchiffrables, sauf quelques uns. Elle fait des efforts, elle se concentre, elle progresse en y mettant tout son cœur, et elle voit à côté son petit frère se balader sur les lignes. Rageant. DSC_0476.JPG

C’est tellement difficile ces moments où elle se rend compte que ses efforts ne payent pas. Où elle souffre de ne pas réussir.

Alors je lui ai refait le speech sur l’important c’est d’essayer et pas de réussir, mais elle m’a dit qu’elle avait du chagrin, et qu’elle voulait pleurer.

Et moi, l’amoureuse des mots, l’amoureuse des livres, j’ai réalisé à quel point son chagrin me faisait mal à moi aussi. J’ai laissé mes larmes se mêler aux siennes, j’ai laissé le sel laver nos peines. Je n’arrive pas à accepter qu’elle n’y arrivera peut-être jamais. Inconcevable ! Elle essaie si fort, si fort. Comment pourrait-elle être privée de ce délicieux abandon qu’est la lecture ?

Quelle souffrance ! Quelle injustice !

Alors, j’ai renouvelé ma promesse : on fera tout pour la porter le plus loin possible. Même si elle n’y arrive pas, on va continuer d’essayer. Parce que c’est important pour elle.

Et on a retracé la liste de ses victoires, pour se redonner l’envie de quitter son lit et la torpeur qui nous gagnait. Pour surtout réussir à retrouver notre sourire et notre joie.

Les larmes ont séché sur nos joues, mais la blessure est bien présente elle, dans son cœur comme dans le mien.

Elle sait pourtant tant de choses cette enfant là. Tant de choses que d’autres ne sauront jamais. Elle a une telle volonté. DSC_0450 (Copier)

Punaise qu’elle est forte.

Elle est redescendue, libérée d’une parole trop longtemps gardée. Elle m’avait refilé le bébé, et à moi maintenant de m’en débrouiller, après tout, je suis son rocher, son phare, je peux gérer ça.

J’ai eu mal à la gorge quelques heures encore, et les larmes ne sont pas taries au moment où je vous livre ceci. En tous cas les miennes. Je saigne quand je sais qu’elle est mal. Je peux tout endurer, tout surmonter, sauf le mal à l’être de mes enfants.

C’est un article autocentré, quand bien d’autres ont des souffrances plus importantes.

Mais c’est le mien. C’est mon article, mon chagrin, son chagrin.

Rayond’soleil a échoué tant de fois. Et tant de fois elle s’est relevée. C’est un exemple de persévérance et de foi en l’avenir. Je vais suivre ses pas. Tombée 1000 fois, relevée mille…

Rayond’soleil a retrouvé le sourire. Ils ont retrouvé au mois temporairement leur belle complicité.

La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Pire encore pour nos petits loups extraordinaires…

Rayond’soleil, lectrice ou non, je t’aime. Je n’aurai pas voulu une autre petite fille, sois en assurée.