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Avancer…

L’angoisse de la page blanche.

Qui écrit connait bien.

L’inspiration, parfois elle te suit, parfois elle te fuit.

Quand les émotions s’en mêlent, quand les émotions s’emmêlent…

Avancer dans la vie à petits pas, coucher sur le papier ces événements petits et grands qui font que la vie est ce qu’elle est, grande, puissante, formidable, est l’essence même de ce blog.

J’ai longtemps écrit pour tenir mes peurs et mes angoisses à distance, pour me focaliser sur les paillettes, sur ce qui m’aider à faire un pas de plus.

La vie est grande. Je n’ai pas dit longue, on ne sait jamais et le temps est subjectif. « Maman, on arrive dans longtemps ? ». Je ne sais pas. C’est quoi longtemps pour toi ? Et pour toi ?

La vie est puissante. D’ailleurs, elle est mortelle…Traverser la vie en écoutant ses émotions c’est un peu comme traverser un fleuve à la saison des moissons. C’est intense, mais éprouvant.

Hypersensible, je m’étais construit un masque impassible et une armure en métal blanc qui me protégeait. Je laisse tomber les attributs un à un, et je m’autorise à éprouver les sensations, toutes les sensations. Celles qui sont douces, et celles qui piquent.

Est-ce que je suis plus fragile ? Sûrement que non. Peut-être même plus forte, mais un peu plus secouée aussi. Les turbulences de ce qu’un être humain peut ressentir sont impossibles à mesurer.

La remise en question est violente, omniprésente.

Vous savez de quoi je parle. C’est un trait de caractère plus ou moins développé selon les tempéraments et les aléas de l’existence.

L’enfant différent vient gratter cette cicatrice là. Celle qui vous fait poser mille questions sur ce que vous auriez pu ou du faire, sur ce que vous auriez pu ou du ne pas faire ou faire différemment. Encore cette semaine, je me disais que ma fille avait grandi, et que je ne l’avais pas mesuré avant qu’elle ne me dise qu’elle pouvait faire seule.

Si vous avez lu mon livre, vous savez aussi que j’ai longtemps été attachée à ce que les gens pensent de moi, de ma façon d’agir, en règle générale et avec ma fille en particulier.

Apprendre à se détacher de l’avis des autres, de la vie des autres.

Il est plus simple de le faire quand il s’agit de Rayond’soleil. Elle est libre de tout ça. Elle se moque de ce que pensent les gens. Elle va vers eux avec un sourire immense et sincère et ne se préoccupe pas d’un œil en biais. Les jugements glissent sur elle comme une pluie d’été. Si j’étais elle, je serai plus souvent en paix. Alors quand il s’agit d’elle, je fais comme si. Comme si son éternel enthousiasme était aussi le mien. Je m’accroche aux branches du bonheur de l’instant présent, et je serre ses petits doigts dans ma main. Et ça marche.

Alors, j’expérimente. De plus en plus souvent, je fais taire la petite voix qui dit que ceux qui jugent ont peut-être raison. Je me centre sur les avis qui comptent vraiment pour moi, à commencer par le mien.

Déraisonnable ? Peut-être. Mais j’ai appris une chose dernièrement, c’est que l’avis des gens leur appartient. Que leur colère, leur dédain, et leurs jugements sont à eux tant que tu te refuses à leur apporter un quelconque crédit, une quelconque attention. Il en va de même pour les attentions que tu vas chercher. L’amour doit être libre, et s’il ne l’est pas il s’émousse.

Il faut doser, et rester dans le dialogue, éprouver des discussions saines avec ceux qui ne sont pas d’accord, sinon on s’enferme dans des schémas de pensée parfois erronés.

Mais sois en assuré, tu mérites mieux que ce que tu lis dans les yeux des autres. A la manière de Rayond’soleil, c’est la paix avec soi même qui est importante au quotidien, qui est importante pour se sentir vraiment bien. Car de toutes façons, si tu manques de confiance en toi, tu ne liras jamais l’admiration dans le regard des autres, ni l’amour, ni combien tu es fort, magnifique, courageuse. Tu ne sauras pas le voir.

Aime-toi toi-même.

Aime-toi toi-même et déploie tes ailes de papillon.

J’ai lu une citation il y a peu : “Sois toi-même, toutes les autres personnalités sont déjà prises.” Oscar Wilde

Si on s’autorise à être soi, on s’autorise à être aimé, et à aimer ce que l’on est. On ne peut s’aimer quand on triche.

Et évidemment que c’est dur d’être soi-même dans une société du « tous pareils ». J’ai mis au monde un jour une petite fille pas pareille, et j’aime me sentir spéciale pour ceux que j’aime moi aussi.

Son petit grain de folie douce me fond le cœur tous les matins au réveil, quand elle s’est glissé dans le lit de son frère pour lui faire un câlin, ou derrière ma porte pour me faire peur…

Entourez-vous de gens qui ont les yeux qui brillent quand ils vous voient, ils sont les gens les plus importants, mais ne vivez pas qu’au travers de ces yeux-là ! Pensez aussi à vous aimer un peu, à vous considérer beaucoup et à vous voir comme un être digne d’être aimé, considéré et couvert d’égard.

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l’Amour

Une leçon de vie. La leçon d’une vie.L’amour. L’Amour.

Aimer, ce n’est pas facile, ce n’est pas inné, ce n’est pas la chose la plus simple dans la vie.

Je parle d’aimer vraiment. D’aimer sans condition. D’aimer pour l’autre, pour ce qu’il est tout au fond. D’aimer sans rien attendre en retour. D’aimer pour ce que l’autre est, pas pour ce qu’on aimerait bien qu’il soit.

D’aimer sans rien espérer d’autre que sa présence.

D’aimer dans les fêlures de l’âme. Dans les imperfections. Dans tout ce qui rend l’autre unique, exceptionnel, dans tout ce qui transmet la lumière.

Aimer ce que l’on voit, ce que l’on a, ce que l’on vit.

Aimer c’est comme une danse sur la pointe des pieds, avec une musique qui nous tourne la tête. Il faut apprendre les pas. Tomber. Se relever.

Aimer c’est savoir accepter que la personne en face n’est pas soi. Qu’elle peut nous ressembler, ou pas du tout. Qu’elle a le droit d’être différente, de réagir autrement, de respirer un cran au dessus, ou au dessous.

Aimer ça s’entretient, toutes les minutes, de toutes les heures, de tous les jours. Par des petites attentions ou par de grandes preuves. Par des éclats de rire partagés et par des larmes essuyées avec le pouce.

Aimer c’est se toucher, en douceur et tendresse. C’est masser l’autre, c’est le caresser, l’embrasser, l’enlacer. C’est lui donner de la chaleur quand on sent qu’il a froid dans son cœur et parce qu’on sait qu’il réchauffe le notre.

Aimer c’est tendre la main quand on est allé trop loin, c’est prendre soin, et laisser l’autre prendre soin.

Aimer c’est se sentir le droit d’être imparfait, d’être fragile, d’être tout entier.Aimer c’est pouvoir prêter sa veste quand l’autre a froid, et ses épaules quand l’autre est triste.

Aimer c’est partager. Tout. Tout le temps. Le repas, les balades, ses états d’âme, ses chagrins tout petits et les plus gros, c’est s’autoriser à pardonner, à avancer, à croire.

Aimer c’est tout donner. Son cœur, son affection, ses pensées, sa joie, ses rêves, son temps. Surtout son temps. Le temps n’a pas de prix.

Aimer ne se paye pas, les preuves d’amour sont immatérielles, elles ne sont que frissons.

Aimer d’amour ça ne se contrôle pas. Tu perds les pédales de tes émotions, elles te dirigent, te transportent, te transcendent.

Par amour, par Amour, tu deviens plus doux, tu deviens plus fort, tu deviens plus…Plus tout en fait. Plus toi. Tu déplaces des montagnes. Tu te sens pousser des ailes. T’as des papillons au fond du ventre.

Aimer c’est souhaiter que l’autre soit bien, qu’il soit heureux et qu’il aille loin. Le plus loin possible.

Aimer c’est pur, c’est brut, c’est intense et incontrôlable.Tu découvres ça par hasard ou par chance, tôt ou bien tard. Tu découvres ça et ça te fait un peu peur, mais ça te fait aussi tout chaud. Tu te sens responsable de cet amour, de cet Amour. T’as envie qu’il pousse bien, qu’il soit plus grand que toi.

L’Amour, tu l’éprouves mille fois par jour, mille fois par seconde. Ça te retourne les tripes, ça te retourne la tête.

Je dédie ce texte aux amoureux et  à l’homme que j’aime, aux fratries et à ma soeur, aux parents et à ma mère, aux enfants et à mes petits mômes, à ceux qui voient leurs amours grandir, et à ceux qui les ont vus partir.

Je le dédie à ceux que j’aime et aussi à ceux qui m’aiment.

Et comme à chaque fois, j’ai une pensée émue pour Elle, qui m’a appris à aimer l’imprévisible, la différence. Qui m’apprend chaque jour comment on aime à fond, sans se protéger, sans mettre de barrière, sans se soucier de ce qu’en disent les autres.

Elle, qui est Amoureuse de la vie (et aussi de Maxou). Elle qui sait, elle qui sent. Elle qui ressent et aime sans limite.

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Guerrière

Guerrière.

Nom féminin désignant une femme belliqueuse, qui aime faire la guerre.

Guerrière ?

Tu la connais toi la guerrière ? Celle qui porte une armure en permanence, qui se cache pour pleurer, parce qu’elle n’a pas le droit d’être faible ? Celle qui se façonne un sourire en toutes circonstances, celle qui ne craque pas, celle qui est forte, celle qui a le verbe haut et le menton belliqueux. Celle qui n’a pas le droit de baisser la garde, pas le droit d’abandonner ?

Cette nana que tu croises tous les jours dans la rue, devant l’école, dans la salle d’attente du médecin, au boulot. Celle qui a des cernes noires et qui te sourit quand même.

Cette fille qui te tend la main dès que t’en as besoin et dont tu soupçonnes pas la moitié des combats quotidiens.

Combats quotidiens, guerrière.

La guerrière est souvent seule, mieux vaut être seule que mal accompagnée n’est-ce-pas ? Et même quand elle n’est pas vraiment seule, parfois elle porte tout.

Porter. Tout.

La guerrière se bat contre des montagnes. Contre des moulins à vent. On pourrait dire qu’elle pisse dans un violon tant ses batailles semblent souvent perdues d’avance.

La guerrière se bat pour une bonne raison. Elle n’aurait jamais cru en arriver là, c’est la vie qui décide toujours pour elle. Elle n’a pas eu le choix, et si elle l’avait eu, qu’aurait-elle bien pu faire ? Elle n’en sait rien ,et elle préfère ne pas se poser la question . C’est trop douloureux, trop intime, trop indicible.

La guerrière doute. Tous les jours. Toutes les heures. Toutes les minutes. Elle n’a pas de répit. Elle ne se sent jamais à la hauteur. Sa vie entière n’est que défi pour elle. Tout lui paraît insurmontable, et elle finit par surmonter quand même. Tous les autres lui paraissent faire tellement plus, tellement mieux. Elle continue de faire malgré tout, elle est comme ça, elle se bat, elle se débat.

Elle vit au jour le jour, et pourtant, elle se doit d’anticiper la vie, parfois sur cinq années. Elle calcule, elle fait des comptes d’apothicaire, elle écrit des dossiers plus longs que des romans. Elle est tout : mère, infirmière, psychothérapeute, kiné, maîtresse, chercheuse, dictionnaire…Elle n’est rien. Elle ne sait rien.

Si tu la croises en connaissant un peu son histoire et ses petites victoires, t’auras un petit wahou au fond des yeux qu’elle ne verra même pas ! La guerrière met longtemps à prendre conscience qu’elle en est une. Et si tu le lui dis, elle te fera un demi sourire embêté suivi d’un haussement d’épaules. Elle te le redira, elle n’a pas eu le choix.

Et puis ses yeux glisseront vers la plus belle raison de mener tous ces combats. Elle sentira son coeur qui gonfle dans sa poitrine. Chaque petit progrès, chaque acquisition sera sa récompense, son meilleur salaire. Chaque conquête administratif sera son maillot jaune.

Elle ne mène pas les mêmes combats que toi. Pas de sang, pas d’argent, pas de rage. C’est l’amour et l’extra-ordinaire qui la porte. Et si tu touches à son petit, tu risques de réveiller la louve qui se cache derrière la guerrière.

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Mais elle garde les armes serrées dans ses poings, un sourire féroce accroché au visage. Elle a besoin de bonheur, de joie. Elle a besoin de tout, sauf de toi. C’est de cela qu’elle a réussi à se convaincre. Elle préfère se protéger, dressant des barrières autour d’elle. Même qu’on la pense souvent un peu pimbêche…

Si tu lui tends la main, elle va se retrouver désarçonnée, presque sonnée. La guerrière a pris l’habitude de marcher seule. Tu vas la trouver méfiante, et tu auras raison. Elle se demande sûrement ce que tu caches derrière tes promesses, ce que tu planques derrière ton sourire. La guerrière a été trop souvent lâchée au cours de son chemin, souvent déçue, trahie, blessée. Ce ne sont plus des barrières qu’elle a dressées, mais des murs, des barricades.

Arme toi de patience, et regarde bien où tu mets les pieds, parce qu’elle saura te le rappeler. Non la vie n’est pas que douce à ses côtés, oui les combats qu’elle mène peuvent durer toute la vie, non elle ne croit pas en elle, oui elle veut bien essayer de compter sur toi. Tu vas devoir faire tes preuves pour entrer dans sa vie. Et elle ne te pardonnera pas un abandon, elle n’a pas l’énergie pour ça. Aux amants, aux amis, aux cousines qui l’ont laissée sur le bord de la route, elle n’a opposé qu’une indifférence totale. Elle réserve ses forces à ce qui compte, à ceux qui comptent vraiment.

La guerrière n’a pas choisi sa vie, elle a pourtant choisi ce qu’elle en fait, et la façon dont elle la voit. Elle a pu choisir de tendre une main, de créer, d’avancer…

Il m’en a fallu des années pour me dire que mes combats valaient la peine d’être joués, que mes choix pour elle étaient les bons, que je pouvais suivre mon instinct, et parfois même faire confiance. Il m’en faudra d’autres pour accepter que je suis aussi une guerrière, tout autant qu’elle, ma petite warrior aux yeux d’or, au cœur léger et à la volonté en acier trempé…

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Et je dédie ce texte à toutes mes amies guerrières, méfiantes, avec ou sans peinture sur les joues. à  Ophélie, Mag, Malvina, ou encore Magali. à Amélie, Aline, Séverine, Noémie  et toutes les autres. J’ai une pensée émue pour leurs moitiés quand elles savent être là, en soutien, comme il faut ou maladroitement, être là en douceur, être là sans le dire ou en le criant très fort !

Et si vous postulez pour entrer dans sa vie, sachez qu’être un pilier de guerrière, une épaule sur laquelle elle pourra lâcher les vannes, se préparer à être aussi fort qu’elle, lui montrer qu’elle est à la hauteur, c’est un challenge que vous remporterez haut la main avec un peu de patience et d’empathie, et beaucoup d’amour.(et je parle aussi pour les amis, les confidents, la famille qui voudrait être présente ….) 

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Les mystères de la vie

Elle a 10 ans, et toutes ses dents, sauf celles que le dentiste a arraché la dernière fois sous anesthésie générale parce qu’elles étaient trop abîmées et qu’elle ne tolérait pas d’ouvrir la bouche.

Elle a 10 ans, et un caractère bien trempé, mais tellement charmante qu’on l’oublierait presque.

Elle a 10 ans, et je vois arriver la puberté, lancée comme un cheval au galop.

Elle va avoir des nénés, elle n’arrête pas de me le dire. Je le sais, je n’ai jamais fait l’autruche n’est ce pas. Elle va avoir des nénés et « soutien gorge comme maman ». Comme toutes les petites filles, elle a hâte.

Je la regardais hier matin, jouant avec mon maquillage, mettant le bazar dans la salle de bain, en traînant partout dans la maison (si quelqu’un a retrouvé mon khôl, merci de me faire un signe) et étalant quelques paillettes sur ses yeux, s’assurant d’un air contrit  » C’est là?  » et j’ai senti mon coeur se gonfler dans ma poitrine.

Ma toute petite devient une presque adolescente.

Elle guette comme les autres fillettes des formes qui pourraient bien arriver, des poils sous ses bras, et elle s’affirme en termes de tenues vestimentaires.

Et moi, j’ai réalisé, que bientôt elle aurait sûrement ses règles. Ne prenez pas cet air dégouté. Les règles sont quelque chose de naturel.

« Maman c’est quoi les règles ? » m’a un jour demandé mon Avalanche.

 » Le corps des femmes en âge d’avoir des bébés prépare un petit coussin pour accueillir cet éventuel bébé, et si la femme ne fait pas de bébé, alors le corps évacue ce coussin. Les muscles se contractent, et la femme saigne. Parfois ça fait mal au ventre, parfois pas. »

C’est NA-TU-REL. Ce n’est pas sale. On respire. Quiconque a une fille va certainement y être confronté.

Je ne m’imagine pas tellement lui parler de la cup, et lui montrer comment la plier. J’avoue qu’avec son niveau de motricité, au secours. Pis en cas de renversement, je vois arriver le sketch, déjà qu’elle hurle quand le chat ronronne…

Ne grimacez pas, la cup, c’est la vie.

Bon, je me pose évidemment mille questions. J’ai trouvé une solution qui pourrait nous convenir, j’imagine qu’il va falloir commander des trucs d’avance, et lui en parler un peu. Elle a écouté l’explication, mais c’est resté bien abstrait pour elle…

Dans la suite logique, se posera la question du maquillage et de l’épilation. Elle a voulu tester en douce mon épilateur une fois, elle n’y est pas revenue. J’ai eu une discussion éclairée ce week-end sur ce thème là, et cela me fait réfléchir. Estime de soi tout ça…Mais est-ce que cela passe par la traque du poil ? Je ne sais pas. Cela va passer par un certain mimétisme, et là forcément, je joue un rôle primordial. Elle risque donc évidemment de couiner une fois ou l’autre…

Enfin, et je vous connais, vous allez tomber de vos chaises, mais elle aura un jour l’âge de faire l’amour. Et se posera naturellement la question d’aborder le désir et la contraception, parce que le consentement c’est déjà fait. Alors là, j’avoue que j’ai l’impression d’avoir des siècles avant d’y voir arriver, l’âge moyen du premier rapport sexuel en France étant de 17.6 ans mais bon, comme c’est une moyenne, je préfère m’y prendre un peu trop tôt pour réfléchir. Il parait que le film « Mon amoureux »

Films et documentaires

est très bien fait et pousse à la réflexion. Il fait partie de mes pistes de travail sur moi-même. Evidemment que personne n’a envie d’envisager la sexualité de son enfant. (et son épilation non plus! ) mais il est également évident que nous avons une responsabilité particulière d’information, et encore plus avec nos jeunes touchés par le handicap. Ils ont le droit comme tout le monde.

Alors, bon je vais déjà aller m’occuper de trouver des culottes de règles taille 12 ans, et je réfléchirai au reste ensuite, mais ça mérite de se poser la question, non ?

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#portrait du jour…23

Elle est douce, elle a le port altier. Et pourtant, elle a l’air si fragile.

Ses grands yeux bleus trahissent tous ses doutes et toutes ses inquiétudes.

On se croise la première fois à la réunion d’accueil des nouveaux élèves. M a l’air tellement angoissée. Est-ce ma propre interprétation ? Ou bien une projection ?

Je ne me sens pas si angoissée que cela, mais peut-être que mon cerveau fait barrage.

M pose mille questions. De celles qui ne me viennent pas à l’esprit. Elle note les réponses, fronce les sourcils, redemande.

Elle m’impressionne un peu. Angoissée, mais on sent qu’elle tient la barque, qu’elle maîtrise, qu’elle assure. Malgré.

Malgré la peur, malgré la nouveauté, malgré les questionnements, malgré le saut dans le vide sans élastique, elle gère. Elle gère, et pas uniquement parce que la vie ne lui a pas laissé le choix.

Bien sûr qu’on est tous le résultat de nos épreuves.

La détermination dans son regard n’est pas feinte. J’ai appris à la connaître depuis et je suis toujours aussi impressionnée par sa force, par la façon qu’elle a d’être fragile et puissante en même temps.

Elle n’est pas du genre à élever la voix, mais elle est de celles qu’on écoute quand même. Elle ne se met pas en avant, jamais, mais on la regarde quand même. Elle n’a pas besoin de demander pour qu’on ait envie de l’aider. Elle ne marche pas, elle flotte au dessus de ses Mustang et son rire éclate comme des bulles de champagne.

C’est comme ça, c’est tout.

Une beauté pure, une autorité naturelle et des failles qui se dessinent doucement. Un petit prince magnifique, mais tellement atypique.

Forcément, dans ce monde nouveau du handicap, de la maladie génétique non identifiée, des errances et des errements, on se trouve vite des points communs, autour de nos deux mômes. Mais aussi des fratries auxquelles ils appartiennent et qui sont si complexes…

Ils se ressemblent, et pourtant pas. Ils se ressemblent, se retrouvent, et pourtant nous vivons les choses tellement différemment.

Elle est plus forte qu’elle n’en a l’air, elle a plus de recul sur la vie que je n’en aurai jamais.

Quand l’exome lui est revenu sans résultat, elle m’a juste dit que c’était comme ça, c’est la vie, c’est tout. Elle a accepté tellement facilement. Pas de résignation, juste une sorte de « on verra en temps et en heure, et ça va aller… »

Quand elle le regarde, elle le couve, elle l’entoure d’amour, j’imagine qu’il a tout chaud dans son cœur à chaque fois que leurs yeux se croisent, ça se voit tellement, il ne peut pas le rater.

Elle a réussi à faire de sa différence une force pour lui, elle refuse de le voir comme un pauvre petit môme qui a une vie compliquée, et en cela on se ressemble. Convaincues que nos enfants peuvent être heureux, sont heureux, que ça nous appartient de transmettre ce type de message.

Quand je vois son petit prince rire en étreignant ma fille, je me dis qu’il a hérité de ça : l’amour fou, inconditionnel et sans crainte qu’elle lui a transmis. Et aussi ce sourire, large, franc, honnête et joyeux.

#Portrait du jour…19

Brosser le portrait d’une amie, c’est toujours quelque chose de difficile. Et pourtant comment faire une série sans la mettre dedans, elle mon double, mon évidence…

On se rencontre il y a 3 ans. C’est drôle parce que la première chose que je remarque chez elle, au milieu du groupe, c’est qu’elle porte des Converses avec sa robe.

Je suis du genre timide, je me mêle difficilement aux groupes justement. Mais elle détonne au milieu. Sa tenue me fait immédiatement sourire à l’intérieur et je me fais la réflexion qu’on vient du même monde. Celui où on aime bien avoir les pieds à l’aise, même en robe. Celui où on s’en fout pas mal de ce qu’en pensent les autres, ceux qui pensent qu’on devrait mettre des talons pour être une vraie nana…

Très vite, nous allons nous lier d’une amitié franche, et quasi fusionnelle. Comme des jumelles séparées à la naissance qui se retrouvent (30 ans plus tard quand même).

Je crois que c’est la seule à qui je puisse tout dire sans jugement. Nos fous-rire quasi adolescents, nos réflexions sur la vie, les yeux dans le flou, les épreuves aussi…

Et elle en a eu des épreuves. L’enfance marque et forge l’adulte en devenir. Ce n’est pas toujours facile d’être un enfant. La vie, encore elle. Traverser les épreuves, les abandons, les négligences, en tirer le meilleur, en garder des blessures, mais aussi des forces, porter un sourire en étendard et consacrer sa vie aux Autres.

Parce qu’elle est comme ça E, elle donne, sans compter, jamais. Des mots gentils, des sourires, des petits tuyaux, des compliments, des froncements de sourcils, des leçons de vie énoncées d’une voix douce…

Elle a longtemps travailler avec des mômes en situation de handicap. Je ne sais pas qui à le plus appris aux autres. Elle s’en sort avec une candeur touchante. Est-ce que ce sont les enfants qui l’ont rendue comme ça, ou est-ce qu’il faut déjà l’être pour pouvoir les atteindre un peu ?

Quand il s’est agit de tracer une nouvelle voie, le destin a croisé nos chemins. Je ne crois pas au hasard. On se ressemble vraiment, tellement.

Elle est l’amie qui m’admire et me le dit, sans jamais comprendre que c’est moi qui suis la plus admirative des deux. Créative, inventive et bienveillante, elle trace la voie à suivre. Elle fourmille de mille idées toutes meilleures les unes que les autres.

Alors lance-toi. N’aies pas peur tu sais. La vie, c’est jamais linéaire (ça se saurait non ?) et je suis sûre que tu as les capacités de changer le monde, même si t’es pas organisée. Qui a dit qu’il fallait être organisée pour changer les choses ?

CRÉATIVITÉ=BORDEL AMBIANT.

On s’en fout. Tu sais pas comme t’es forte, comme t’as franchi tous les obstacles les uns après les autres, avec des larmes et alors ?  Les gens forts aussi pleurent parfois, souvent. J’en connais même qui chialent en conduisant 😉

Les larmes c’est le sel de la vie non ?

Elle sait pas comme elle est puissante, différente, et pourtant, elle ne gâche pas son talent, elle le dépose par petites touches toutes fraîches et ceux qui la croisent s’en souviennent généralement. Combien de fois ai-je entendu « Elle est super, E! « .

Oui, elle est super, et j’ai l’immense privilège d’être son amie.

 

 

 

 

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#portrait du jour…11

On va l’appeler L parce que je ne connais pas son prénom.

C’est drôle dit comme ça, mais vous allez comprendre.

Je la rencontre dans ma vie d’avant, je l’accompagne si on veut, à ma manière, à sa manière.

Je la repère dès qu’elle entre dans le magasin, à chaque fois. Elle est aussi grise que ses éternelles tenues, aussi terne qu’un jour de pluie. Elle a les cheveux gris, les sourcils aussi, ses yeux sont…gris et tristes, même son teint est gris !

Elle vient une fois le matin et une autre l’après-midi. Tous les jours, toutes les semaines, depuis des mois.

Elle prend deux bricoles pour manger. Elle ne marche pas, elle flotte. Tellement légère, fragile, et pourtant, et c’est assez antinomique, son pas est lourd, comme celui d’un éléphant, comme si elle portait toute la misère du monde sur ses frêles épaules.

Elle parle toujours très doucement, du bout de ses lèvres pâles, dans un soupir. Elle ne sourit pas, elle ne sourit plus. Elle entasse ses courses sur le tapis, elle s’arrange pour prendre le moins de place possible.

Elle s’excuse de vivre.

L n’a pas toujours été comme ça, avant on ne la repérait pas dans la foule. Elle vivait aux côtés des autres, dans une vie normale, classique, bien balisée.

Puis tout a chaviré.

Je le sais, parce que tous les jours, deux fois par jour, toutes les semaines depuis des mois, elle attend que j’ouvre ma caisse pour pouvoir se confier. Alors entre une commande et une factu, j’ouvre….

Et tous les jours, deux fois par jour, toutes les semaines et ce depuis des mois, elle me noie de sa tristesse et de son chagrin.

Son drame est tellement banal qu’elle pense qu’il n’intéressera personne. Elle est presque surprise de trouver mon oreille attentive, mon regard qui lui montre que je ne me contente pas d’encaisser !

Son mari l’a quittée l’an dernier. Comme des milliers de couples qui se font et se défont, parfois dans l’indifférence la plus totale. Elle n’avale pas, L. Elle ne fera jamais son deuil.

52 ans et sa vie est terminée. Il était absolument tout pour elle. TOUT.

Comprenez, ils n’ont jamais eu d’enfant. Il n’en avait pas envie, pas le temps. Et elle ? Elle en aurait bien voulu un, juste un mais elle a accepté sa décision, elle l’aimait tant qu’elle ne voyait que son bonheur.

Ils n’avaient que des amis à lui. Comprenez, ils ne faisaient pas tout à fait partie du même monde.

Peu à peu et aveuglée par son amour pour lui, elle s’est isolée…Et quand il l’a quittée l’an dernier, elle s’est retrouvée terriblement seule. Elle n’a rien vu venir. Un jour, ils vivaient leur routine, comme avant, le lendemain, il vidait son armoire de ses costumes et pillait toutes les couleurs qu’il y avait dans son cœur à elle.

Elle est restée dans leur petit appartement, devenu trop grand pour elle, et surtout bien silencieux. Elle n’a ni ami, ni travail, ni enfant.

Personne ne sait qu’elle existe. Quand en est-on arrivé là ?

L vient deux fois par jour, tous les jours de toutes les semaines, depuis des mois, parce que je crois bien que je suis la seule personne à qui elle adresse encore la parole…

Et croyez-moi que dans cette misère affective, on sous-estime souvent la valeur d’une attention et d’un mot gentil. Je ne juge ni le mari, ni L. J’écoute c’est tout.

Et souvent depuis mon départ du magasin, je me demande que L est devenue…J’espère qu’elle s’est accrochée, et que quelqu’un aura remis un peu de bleu dans ses yeux, et de rose sur ses joues…