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#portrait du jour…30

Elle s’appelle C.

Je ne suis pas sûre de réussir à bien la décrire, je me sens tellement intimidée. Comme une fillette.

C, je la rencontre il y a quelques années au parc. C’est l’endroit où les mamans se sentent en sécurité, où elles se disent qu’elles pourront discuter. C’est ici que je la rencontre vraiment, parce que nous nous sommes déjà croisées dans un tiers-lieu et j’avais eu envie d’approfondir la discussion.

Elle est la zénitude incarnée. C’est une chaude journée, et son bébé de quelques semaines, est posé presque nu sur une couverture au sol. Ses aînés jouent autour, quand je déboule avec ma propre tribu pour le picnic.

Je crois me souvenir que nous nous étions dit que nous parlerions portage. Je crois, mais je n’en suis plus tout à fait certaine.

Rayond’soleil squatte direct la couverture, et moi, je passe des heures entières à angoisser que mon Avalanche n’écrase le bébé. Il va bien entendu jouer de mon stress pour me faire tourner en bourrique, le roi de la brèche, les sens toujours aiguisés… Avalanche a un sens du relationnel particulier et j’ai longtemps été terrifiée à l’idée d’être vue comme une mauvaise mère, parce que j’avais un petit garçon au verbe haut et à la main légère…

C…Elle est forte et fragile. Sa tête est rasée, et elle a un sourire franc, large, celui qui découvre toutes les dents. Elle parle fort, mais elle ne crie pas. Elle fait toujours attention à ce qu’elle dit. Elle emmène les choses doucement, elle veut que son interlocuteur soit prêt.

Elle est la bienveillance incarnée. Elle ne juge jamais personne. C’est admirable. Je ne l’ai jamais entendue dire quelque chose de négatif sur quelqu’un. Elle a toujours une chose spéciale à se rappeler sur les gens qu’elle croise, et un mot gentil et valorisant à leur dire.

C est une entrepreneuse. C’est dans son sang, dans ses veines. Elle a récemment monté des ateliers pour favoriser la communication entre les parents et les enfants. Je bade. Si je me compare à sa façon d’aborder les enfants, je me sens comme une mère en carton.

Elle ne se contente pas d’être bienveillante. Elle pose SES limites. Elle les exprime, parfois même avec ferveur. Elle  considère les enfants responsables de leurs propres actes, sans les culpabiliser. Je bade (bis).

C a aussi été à l’initiative de cercles de femmes. Et quand elle est partie vivre loin de nous, j’ai écouté la gratitude.

LA GRATITUDE. Pure et brute. Ces femmes étaient pour certaines simplement venues la remercier pour son travail. Elle a souri toute la soirée, de ce sourire qui découvre toutes les dents. Et elle a serré les gens contre son cœur en murmurant des mots personnels pour chacune des personnes présentes. Pas des phrases toutes faites ni des bateaux. Des choses douces, qui allaient droit au cœur.

C elle a su faire de ses blessures d’enfant ses forces d’adultes, et de les partager, parce que les forces ne se divisent jamais, elles se multiplient quand on veut les prêter. Quand j’ai dit qu’elle me manquerait, elle m’a répondu que le temps et la distance n’existent pas.

Elle a raison. Je sais pourtant que son arrivée n’a pas été simple pour elle, mais rapidement, le temps et la distance ont disparu pour ne laisser que l’amour, puissant et inconditionnel rallier son cœur et ceux des gens qui l’aiment ici. Elle vous dirait que des puissances supérieures veillent sur elle.

Je continue de croire qu’elle est une luciole elle aussi, un être de lumière, envoyée ici pour nous guider sur les traces d’un monde meilleur. Un monde dans lequel chacun traite son voisin avec respect, voit dans ses défauts des douleurs à guérir, dans ses manquements des blessures héritées du passé.

Un monde dans lequel la hiérarchie entre humains n’a pas lieu d’être, dans lequel les enfants peuvent s’exprimer et être bien traités, dans lequel chacun lutte contre les inégalités ou les inéquités (je vous laisse la charge de faire la différence, elle vous appartient), dans lequel on se réjouit de la réussite d’autrui, dans lequel on espère toujours le meilleur pour les autres…

Bref, C je l’admire, et même pas en secret, parce que je lui ai déjà dit. Elle m’a beaucoup guidée, beaucoup sans même parler parfois, juste avec son sourire, franc qui découvre toutes ses dents…

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#Portrait du jour…19

Brosser le portrait d’une amie, c’est toujours quelque chose de difficile. Et pourtant comment faire une série sans la mettre dedans, elle mon double, mon évidence…

On se rencontre il y a 3 ans. C’est drôle parce que la première chose que je remarque chez elle, au milieu du groupe, c’est qu’elle porte des Converses avec sa robe.

Je suis du genre timide, je me mêle difficilement aux groupes justement. Mais elle détonne au milieu. Sa tenue me fait immédiatement sourire à l’intérieur et je me fais la réflexion qu’on vient du même monde. Celui où on aime bien avoir les pieds à l’aise, même en robe. Celui où on s’en fout pas mal de ce qu’en pensent les autres, ceux qui pensent qu’on devrait mettre des talons pour être une vraie nana…

Très vite, nous allons nous lier d’une amitié franche, et quasi fusionnelle. Comme des jumelles séparées à la naissance qui se retrouvent (30 ans plus tard quand même).

Je crois que c’est la seule à qui je puisse tout dire sans jugement. Nos fous-rire quasi adolescents, nos réflexions sur la vie, les yeux dans le flou, les épreuves aussi…

Et elle en a eu des épreuves. L’enfance marque et forge l’adulte en devenir. Ce n’est pas toujours facile d’être un enfant. La vie, encore elle. Traverser les épreuves, les abandons, les négligences, en tirer le meilleur, en garder des blessures, mais aussi des forces, porter un sourire en étendard et consacrer sa vie aux Autres.

Parce qu’elle est comme ça E, elle donne, sans compter, jamais. Des mots gentils, des sourires, des petits tuyaux, des compliments, des froncements de sourcils, des leçons de vie énoncées d’une voix douce…

Elle a longtemps travailler avec des mômes en situation de handicap. Je ne sais pas qui à le plus appris aux autres. Elle s’en sort avec une candeur touchante. Est-ce que ce sont les enfants qui l’ont rendue comme ça, ou est-ce qu’il faut déjà l’être pour pouvoir les atteindre un peu ?

Quand il s’est agit de tracer une nouvelle voie, le destin a croisé nos chemins. Je ne crois pas au hasard. On se ressemble vraiment, tellement.

Elle est l’amie qui m’admire et me le dit, sans jamais comprendre que c’est moi qui suis la plus admirative des deux. Créative, inventive et bienveillante, elle trace la voie à suivre. Elle fourmille de mille idées toutes meilleures les unes que les autres.

Alors lance-toi. N’aies pas peur tu sais. La vie, c’est jamais linéaire (ça se saurait non ?) et je suis sûre que tu as les capacités de changer le monde, même si t’es pas organisée. Qui a dit qu’il fallait être organisée pour changer les choses ?

CRÉATIVITÉ=BORDEL AMBIANT.

On s’en fout. Tu sais pas comme t’es forte, comme t’as franchi tous les obstacles les uns après les autres, avec des larmes et alors ?  Les gens forts aussi pleurent parfois, souvent. J’en connais même qui chialent en conduisant 😉

Les larmes c’est le sel de la vie non ?

Elle sait pas comme elle est puissante, différente, et pourtant, elle ne gâche pas son talent, elle le dépose par petites touches toutes fraîches et ceux qui la croisent s’en souviennent généralement. Combien de fois ai-je entendu « Elle est super, E! « .

Oui, elle est super, et j’ai l’immense privilège d’être son amie.

 

 

 

 

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#portrait du jour…1

Je démarre cette série des portraits du jour avec un homme…Les portraits du jour seront dédiés à des personnes que je laisserai anonymes mais qui me touchent ou m’ont touchées…

Il s’appelle N, il a la quarantaine bien tapée, et si je l’accompagne, c’est dans le cadre de mon travail.

On s’est rencontré l’an dernier, il m’avait fait une super impression lors de notre premier entretien. Motivé, volontaire, ici depuis peu mais maîtrisant parfaitement la langue.

Je ne m’étais pas trompée. Je me fie souvent à un instinct, qui bien que faillible reste fiable. Il a peu de temps après ce début de suivi était embauché.

Les premiers temps, tout allait bien, et d’un coup plus du tout.

Personne ne s’expliquait les difficultés subites.

N était pourtant bien entouré. J’assure le suivi en entreprise aussi. Il n’est pas resté. N a quitté son emploi. Je le retrouve donc à la sortie. 8 mois se sont écoulés.

N est terne, taciturne. N a un je-ne-sais-quoi dans les yeux qui allume un voyant rouge dans ma tête mais ses lèvres restent serrées, fermées sur ce secret si difficile à sortir. Je respecte, brusquer les confidences n’est jamais bienveillant ni utile.

3, c’est le nombre d’entretiens qui lui aura fallu pour lâcher le morceau.

N a eu un bébé en novembre juste quand il a quitté son job. N est content, c’est inespéré un bébé, c’est beau, c’est doux, c’est leur premier bébé.

Alors pourquoi ça ne va pas ?

Le bébé est né avec une particularité génétique bien connue. La trisomie 21.

N et sa femme ont appris la nouvelle en début de grossesse.

Personne dans l’entreprise n’a su pour cette paternité. Je n’ai pas su non plus. Est-ce que ça aurait changé quelque chose au fond ?  On en a reparlé ensuite, avec son patron, de ce qu’on avait raté. On aurait pu s’auto flageller…J’avoue que j’y ai beaucoup pensé.

Ce genre d’histoire de vie, ça te remet un peu d’humilité dans ta façon d’exercer. Tu te rappelles que tu n’es pas omniscient, que tu dépends à chaque entretien de ce que la personne voudra bien te livrer. De son humeur et de la tienne, de ta capacité à lire les signaux qui n’est pas égale tous les jours, de l’empathie et de l’écoute qui reste fluctuantes, et de ce masque que l’autre n’est pas toujours prêt à tomber.

A ce fameux troisième entretien N me montrait toutes ses dents, souriant et acceptant les choses en façade. Il me montrait tellement ses dents que le voyant dans ma tête est resté allumé.

Depuis, je le vois affronter les choses, les rendez-vous qui se multiplient, la mise en place du suivi, et la réalité dont il n’avait pas idée avant, et j’ai envie de lui dire que ça ira, que c’est effectivement quelque chose avec lequel on vit, qu’aujourd’hui il voit se dessiner les contours d’une vie à côté de ses pompes mais que c’est aussi et surtout une chance de changer l’avenir. Que les épreuves, ça c’est sur, il en aura, plus même qu’il ne le pense. Mais que les épreuves, c’est pas ce dont ce bébé se rappellera.

Qu’il se rappellera de ses bras l’entourant en toute confiance. De son sourire et de ses encouragements.

Mais je ne peux pas lui dire que je sais tout ça, que je le vis, ce ne serait pas très professionnel. Et il n’est pas prêt à l’entendre, car il n’est pas prêt à dire comme il souffre de la situation, parce qu’admettre souffrir, ce serait dire qu’on aurait aimé que l’enfant ne soit pas tel qu’il est. Il paraît que chacun fait le deuil de l’enfant fantasmé, de l’enfant parfait, c’est encore plus vrai pour nous. Et ce n’est pas une honte. Au début, on voit les difficultés, on a peur de l’avenir, on flippe, on angoisse, on se stresse, on imagine (alors qu’il ne faut pas imaginer mais laisser venir).

Alors, à N, quand il vient à mes rendez-vous, je lui souris, et je lui dis que je suis là, que je peux tout entendre sur tout, et que je l’aiderai, avec toutes les compétences que j’ai en stock.

Demain, je vous parlerai de E, si jeune et si courageuse.

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Calme de Lune

Ça fait longtemps que je n’ai pas écrit ici. Je reprends le clavier ce soir pour vous parler comme promis de mon Calme de lune.

C’est un préadolescent. Avec ce que ça implique comme tourments de l’âme…ou pas.

Calme de lune est un jeune homme sensible. Il a un regard particulier sur la vie. On pourrait jeter ça sur le handicap de Rayond’soleil mais je ne le crois pas. On n’explique pas tout par le handicap d’un membre de la fratrie, ce serait un raccourci facile et injurieux aux spécificités des uns et des autres.

Déjà tout petit, il avait sa sensibilité propre, et ses convictions. Il voulait un bébé, et était sûr que le rose n’était pas que pour les filles. Il a de suite adoré son Rayond’soleil.

Ils ont longtemps été plus connectés l’un à l’autre que des jumeaux. D’ailleurs quand elle est mal, c’est lui qu’elle appelle. Leur histoire de vie difficile des débuts a accentué le trait.

C’est un jeune homme doux et bienveillant. Il ne fait pas de vague. Il rentre dans le moule, et parfois j’ai peur qu’il soit un peu trop ce qu’on attend de lui. Je ne veux pas qu’il s’oublie.

Je le vois, à l’affût de ceux qui pourraient blesser sa sœur, je le vois veiller sur elle, et sur Avalanche de loin, je l’entends avoir toujours un mot d’encouragement pour l’un et l’autre.

Il n’est pas rare de le trouver à faire la lecture du dernier, ou une partie de cartes tronquées contre sa sœur. A l’extérieur, il a les yeux partout…Extrêmement angoissé aussi. Souvent, nous avons dû lui rendre son rôle d’enfant, son insouciance.

Et puis, on l’a un peu bousculé. J’ai pas envie d’un bon petit soldat. Je veux qu’il soit lui-même. Alors il apprend à dire ce qu’il veut. Bien sûr, pas toujours comme les autres voudraient l’entendre, mais il le dit, il apprend, il grandit.  Il apprend aussi à poser des limites. A ce qu’il veut partager, entendre, comprendre. A faire des choix et les assumer. A dire non, pour se protéger, quitte à blesser quelqu’un. J’avoue, il s’en sort bien…Je ne fais pas mieux, et je travaille depuis longtemps que lui à ça.

Et je découvre un môme engagé, raisonnable, et convaincu.

Engagé dans Portage et Handicap d’abord. Il est toujours prêt à dégainer l’appareil photo, à laisser tomber sa Playstation ou son ballon de foot pour venir vous sortir un beau cliché. Il sait que ses photos font la visibilité de l’association. Il est conscient de l’espoir dont nous sommes vecteurs. Il sait aussi que le handicap souffre d’une image injuste. Que l’inclusion est mauvaise et… Et il milite. Il convainc ses copains de venir à la kermesse de l’IME, il n’a jamais eu à rougir de sa sœur, n’a jamais caché son handicap, même avec l’entrée au collège. Il est fier de ce que nous faisons (nous au sens large, pas juste notre famille) et est bien conscient que les associations doivent prendre une part importante dans la vie des plus isolés…

Raisonnable dans chacun de ses choix, pesés et mesurés. Il a un énorme recul sur la vie en général. S’il veut un objet et qu’il essuie un refus, il va essayer de comprendre le refus, et d’argumenter. Il est rarement en colère, ou ne le montre pas. ( Comme sa mère? ) Il discute beaucoup et avec tout le monde. Je découvre un adolescent tel que je l’avais imaginé. Avec des avis, sur un tas de choses, et une ouverture d’esprit redoutable.

Convaincu. Que dans la vie on a les chances qu’on se donne. C’est lui qui me pousse le plus, à essayer de convaincre Pierre, Paul et Yann ( 😜 )

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que notre livre mérite une vraie chance pour montrer à tous ceux qui se sentent mal qu’après la pluie vient le beau temps et l’arc en ciel aussi ! La photo de couverture est une de celles qu’il a prises. Une des premières, il y a déjà plus de 3 ans.

Bien sûr, il a des défauts cet enfant là. Il laisse traîner ses chaussettes de foot pourries pendant des jours, il passe à côté sans jamais les voir ( mais bon j’en connais une autre). Il n’a pas forcément le sens du détail mais il aime l’Autre. Il tend la main plus souvent qu’à son tour. Il te filera sa chemise avant même que tu lui demandes, il aide ses copains en cours, il ramasse le lait que j’ai renversé, il donne aux SDF, depuis son porte-monnaie, il propose ses bras quand j’achète trop de choses au magasin, il est toujours gentil et encourageant.

Profondément gentil et je ne suis pas sûre qu’il soit conscient d’au combien il est précieux, pour nous, pour moi, pour la société.

Les Calme de lune sont les lucioles de demain. Lui a décidé de commencer aujourd’hui…

Je l’admire tellement si fort. Tellement si fort…

Notre rôle de parents, c’est de faire de notre mieux pour que nos enfants soient heureux, et ne soient pas des psychopathes ou d’immenses égoïstes. Et pourtant je n’arrive pas à me dire que j’y suis pour quelque chose quand je regarde cette pépite qu’est mon fils aîné. On le regarde souvent en douce, en se disant tout bas qu’on a de la chance.

Et je suis fière de me dire quand même que la bienveillance éducative nous a aidé  à le protéger et à exprimer ses émotions dans le respect. Et quand je commence à me dire que bientôt je devrai lever lever les yeux pour lui parler, et qu’il est déjà plus fort et plus rapide que moi, je me dis que j’ai bien fait de ne pas régner par la terreur…

Le handicap de Rayond’soleil lui aura peut-être permis de se révéler… On ne le saura jamais !

Pis en plus, cerise sur le gâteau, il est beau, mon fils !!! (Bon les deux autres aussi sont beaux :p )

Bientôt, je vous parlerai (encore) de mon Avalanche, ou des progrès de Rayond’soleil 🙂

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La loi anti-fessée..

La loi sur la fessée revient à l’assemblée…

C’est une bonne chose d’interdire la fessée, et je pense aussi que c’est une bonne chose de ne pas mettre en balance des punitions pour les parents « fautifs ».

Je vais vous dire pourquoi…

Quand on prône la bienveillance éducative, on sait que la punition renforce les sentiments négatifs. D’ailleurs, quand vous vous faites flasher à 61 km/h en ville, payer l’amende ne vous fait pas prendre subitement conscience que c’est mal. (Soit dit en passant, les notions de bien et de mal me chagrinent de plus en plus. Bref, je m’égare !) Non, vous êtes en colère contre celui qui vous a flashé, vous vous sentez honteux, coupable, en clair votre état émotionnel va de mal en pire.

Aller dire à des parents qui n’ont eu que ce modèle là d’éducation ( punition, fessée …) qu’ils font mal alors qu’ils n’arrivent pas à remettre en cause ce même modèle, puisque ce serait remettre en cause leurs parents est un non sens ! On ne force pas les gens à changer en claquant des doigts.

Il faut expliquer, calmement et avec bienveillance justement, que les neurosciences mettent en lumière de nouveaux faits : les punitions, les cris et les coups, même pas forts, même sur les vêtements ( OMG ) sont contre productifs et peuvent être nocifs pour les enfants. C’est un fait.

Mais savoir ne suffit pas.

Je sais que crier ne sert à rien, et que cela met mes enfants en position inconfortable. Et pourtant, je suis parfois démunie. Je crie même si je n’aime pas ça. Et à chaque fois, j’en sors plus culpabilisée et ambivalente que jamais. Je dis aussi parfois mes émotions, parfois bien, parfois mal.

Je n’ai pas toujours les clefs.

Encore moins avec une configuration familiale particulièrement épuisante teintée de handicap…

Alors, interdire c’est bien, éduquer c’est mieux.

Pour accompagner les parents dans cette transition, il va déjà falloir former les professionnels : si les médecins arrivent à nous parler avec bienveillance en nous responsabilisant dès la grossesse, on aura déjà bien avancé !

Impliquer les parents dans une nouvelle forme d’éducation bienveillante, c’est aussi la rendre accessible. Vous le voyez arriver le couplet sur la société qui nous met en compétition, écrasant vaillamment les plus faibles ? Le voilà !

Dans une société où les forts décident, que faire de nos enfants ? Un enfant ne décide pas, point barre !

Bon, sauf que si en fait. L’enfant décide plein de choses. Et si on lui apprend la coopération tout petit, l’enfant est notre allié et pas une sale bête à mater à tout prix ! Encore faut-il que nous puissions sortir de nos schémas de domination (tous les schémas) et ce n’est pas simple du tout, pour des adultes qui n’ont connu que ça.

Comment en sortir ? Je n’ai pas de solution toute prête, mais c’est un fait qu’il faudra plus de lieux ressources pour les parents, avec des accompagnants familiaux bien formés à la Communication Non Violente, et capables de transmettre. Sans contrainte et sans jugement.

Parce que le plus difficile dans la CNV et l’éducation non violente, c’est le regard des autres :

Les pros bienveillance sont parfois cruellement jugeants au moindre dérapage. S’il ne s’agit pas de cautionner le parent qui crie (aïe ça c’est moi mercredi) ou qui frappe l’enfant, il vaut mieux, à mon sens, lui apporter du soutien, des pistes de réussite future, plutôt que l’écraser encore plus, lui le faible, celui qui trouve ça dur d’être un parent, celui qui est finalement un humain. Je crois que c’est le plus dur à gérer pour moi après avoir crié : souvent j’exprime ma frustration, et les enfants grandissant, mes sentiments de manière plus fine, et plus directe. La volonté n’est pas de les culpabiliser, mais si je dis que j’ai du chagrin, mon coeur s’allège. Un peu.

Les anti quant à eux, vont traquer les dérapages de vos enfants. A la moindre incartade, votre éducation sera remise en cause. Ces enfants à qui on passe tout sont bien des enfants rois… Alors que c’est faux. De tout temps il y a eu des enfants plus difficiles que d’autres, et ce qui rend la jeunesse violente et désabusée, ce n’est pas l’éducation mais la société qui exclue... Bon je m’égare encore. L’enfant difficile va attirer les foudres de tout le cercle de connaissances de son parent. La famille, les amis et l’école…

 

Donc la première étape sera bien d’aider les parents à se libérer du joug du regard d’autrui. Dans tous les domaines ce serait royal…

Il faut laisser les mentalités changer doucement. On ne deviendra pas des génies de la bienveillance, on ne brisera pas le long cycle de violences éducatives en une seule génération.

C’est impossible. Ce ne doit pas cautionner les coups bien évidemment, mais cela doit nous permettre d’être indulgents avec nous même. On est avant tout des êtres humains avant d’être des parents. On a aussi des émotions, on peut les exprimer. Faut juste réussir à les exprimer autrement. Rien ne nous empêche de pousser un coup de gueule. Constructif. Et cela n’est pas simple de le faire, surtout quand on est vraiment fâché, surtout quand on peine à changer de vision.

Mais que faire face aux cris de l’enfant ? Je sais que parfois, ceux de Rayond’soleil pourraient me rendre dingue. On a aussi un droit de retrait. Le temps de se calmer nous même et de lui donner l’occasion d’y arriver seule. Je sais que nombre d’enfants dans la situation de ma fille peuvent faire d’énormes crises de colère, et que cela peut être très compliqué…Je le sais parce que je le vis…

Moi, ce qui me chamboule le plus, je l’avoue, c’est mon dernier, qui est persuadé d’avoir raison. J’oscille entre laisser tomber (il va bien s’en rendre compte que des fois il a tort) et la peur que la société le vive mal…. Alors les conflits sont usants. J’en souffre. Je le lui dis, il commence à entendre. Doucement.

C’est là toute l’ambivalence qui nous tombe dessus, on a peur que nos enfants ne puissent être ainsi entendus hors du cercle familial. Et c’est une réelle souffrance. Que fera cet enfant habitué à la discussion face à un adulte fermé ? D’où l’idée d’une loi et d’un accompagnement de tous vers une nouvelle forme de coopération.

On a aussi peur que nos enfants nous « mangent ». Là, c’est moins fondé, dans le sens où on a aussi le droit d’exprimer nos émotions. Les gens vont nous le dire.

Ici, un seul sur 3 est un vrai rebelle, tempétueux, indocile, et bigrement intelligent, de cette intelligence irrévérencieuse, qui se moque bien de l’autorité et encore plus de l’autoritarisme, à qui on n’impose rien qu’il n’aurait pas compris et qui refuse obstinément toutes les cases (et tant mieux) . Et je vois le regard porté sur lui par certains proches, et par des inconnus. J’arrive de plus en plus à ME distancier de cela. Mais mon cœur de mère sent que cela peut être un problème pour lui dans cette société.

Alors qu’un jour il sera un adulte, et que je dois lui donner les clefs pour être heureux, et en mesure de répondre aux regards ou aux reproches, avec bienveillance. Petit, ça s’apprend  bien sûr…Parce que pour un long temps encore, il sera incapable d’exprimer autrement ses sentiments négatifs, qu’en explosant.

Je regarde mon fils aîné, qui me dépassera avant 6 mois alors qu’il n’aura que 12 ans, et je me dis que s’il écoute mes conseils, se soumet parfois à une consigne, ce n’est pas par peur, mais par respect. Il est plus costaud que moi, et si la règle était la soumission par la violence, pour sûr que je perdrai déjà…. Qu’on perdrait tous.

La coopération est notre base. Alors comme je n’ai pas trouvé de photo où on se criait dessus, je vous livre une photo de tendresse, qui a suivi dans l’ordre : une balade à vélo sur la route, un match de foot où j’ai perdu, des enfants qui pêchent trop près de l’eau  et l’un d’eux qui n’écoute pas ma mise en garde …Et donc met le pied dans l’eau et nécessite le secours de son frère, une crise de larmes d’une petite fille parce qu’elle veut aller au parc « tout de souite » et une séance photo pour nos amis de la maison235….

 

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Et à celui qui me dira « j’ai pris des baffes et j’en suis pas mort » je répondrai 2 choses :

  • j’ai d’autres objectifs d’éducation que de simplement garder les enfants vivants
  • tu as de la chance, car 2 enfants meurent chaque jour sous les coups de leurs parents. Interdire la fessée, c’est mettre un premier garde-fou, un premier warning à des parents parfois tellement déboussolés qu’ils ne voient que cette option, qui se durcit avec le temps…

Laissons nous le temps de changer, faisons confiance à nos enfants pour nous aider.

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Porter les liens…

Handicap physique, handicap psychique, maladie, idéal dévasté, annonce…

Ca fait beaucoup pour un papa, pour une maman, pour un couple qui reçoit et accueille la nouvelle de la vie qui les attend.

Qu’est ce qui nous prépare à ce basculement, à cette bifurcation de nos vies ?

Etre parent est un défi, un bouleversement. Alors quand l’enfant qui arrive change votre vision du monde, encore plus qu’un autre enfant, quand il arrive trop tôt, dans votre vie, ou dans la sienne (prématurité), quand la précarité s’en mêle, c’est encore plus difficile.

Etre parent nécessite de grandes capacités d’adaptation, et un sens aigu des priorités.

Alors comment tisser un lien avec l’enfant qu’on n’a pas attendu ou auquel on ne s’attendait pas forcément ?

Chez les Petits Bonheurs, nous sommes convaincus que le portage peut vous aider.

Difficile de parler de handicap social, ou de handicap relationnel. Le mot est moche, il fait peur, il semble implacable et inexorable, éternel. Et pourtant, c’est le cas.

Il faut construire ou reconstruire.

Quand on a passé des mois à courir les cabinets de rééducation, à ne pas pouvoir ramener son bébé à la maison, à dormir en foyer mère enfant, sans savoir de quoi sera fait le lendemain, les liens se distendent parfois, et un coup de pouce bienveillant est le bienvenu.

Porter pour se rapprocher physiquement d’abord, le corps à corps d’abord, pour rouvrir les vannes de l’amour, pour la tendresse, et pour le bonheur.

Porter pour un cœur à cœur, tous sentiments dehors, les larmes de sa crise de rage à peine séchées, qui tracent des sillons sur ses joues aussi.

Porter contre soi quand il ne nous reste plus que ça pour tenir debout.

Porter quand la vie est une épreuve, et quand on la traverse comme des champions, malgré les embûches.

Le portage oblige à la proximité. Réparer le lien après une dure journée, créer le lien aussi parfois quand l’annonce a été trop brutale, trop impossible à entendre, à comprendre, à accepter…Accepter de tenir l’autre contre soi, c’est commencer à l’apprivoiser.

C’est dur n’est-ce-pas de se dire que parfois le lien parent-enfant est à créer ou à réinventer.

Et pourtant, il faut réussir à décomplexer ces parents désemparés par ce que la vie leur a donné (ou ce qu’ils pensent qu’elle leur a pris !). Oui, c’est difficile d’élever un enfant et à fortiori quand il est différent, ou quand vous même l’êtes puisqu’il y a aussi la pression du regard des autres.

Bien sûr que c’est un long chemin que la parentalité, surtout si vous même ‘avez pas connu les bras aimants, et une relation douce quand vous étiez petit. Le cercle peut être rompu. Vous pouvez décider d’en sortir, et nos mains seront tendues pour vous aider à vous aussi.

Lors de la première session de formation de Portage et Handicap, nous nous sommes  énormément questionnées sur le fait d’ouvrir nos portes aux couple parents enfants qui peinent à créer du lien, et des mots à mettre dessus. Nous avons décidé de rester discrets, as usual, et de ne pas mettre un mot tiroir sur ces difficultés qui sont multiples.

Ceci étant dit, si vous ressentez le besoin de nous contacter, soyez assurés que vous serez reçus avec empathie. Si vous êtes éducateurs, assistant social,… et que vous percevez un besoin, sentez vous libres de nous appeler pour venir en renfort. Même si le seul handicap c’est celui qui fait que vous ne vous sentez pas entier…Peu importe le mot, ne restez pas seul face à cette incompréhension !received_15334993301105611453347724.jpeg

 

 

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Tous tout seul…

Deux fois en deux jours que j’entends ce cri de détresse de parents :

 » Je crie toute la journée »; « les enfants c’est dur ».

Non, vous ne criez pas toute la journée, c’est physiquement impossible, oui les enfants c’est dur,  et être parent, si c’est le rôle d’une vie, ce n’est pas un rôle aisé…

Pourquoi est-ce si dur ?

Parce que nous sommes seuls face à nos enfants. Et comme l’exprimait très bien un papa, ce n’est pas habituel dans le monde, ce n’est pas la norme partout, loin s’en faut.

J’en ai déjà parlé dans mon dernier article sur la communication non violente, l’isolement des parents est un fléau.

Gardons en tête une chose, c’est pire pour les parents d’enfants handicapés, et pour les parents handicapés eux-même.

Stigmatisés, traumatisés par les liens sociaux délités, ces parents doivent faire face à une double difficulté : ils voguent de suivi en suivi, et ils se retrouvent bien seuls dans les salles d’attente.

Plus d’ami du tout parfois: ils ont fui (comme le disait hier une maman: devant les crises de  son enfant) effrayés peut-être par cette confrontation avec une difficile réalité, le handicap n’arrive pas qu’aux autres, la roulette russe de  la maladie génétique peut s’arrêter sur n’importe qui et votre enfant en est la preuve vivante et douloureuse…

La famille est bien plus occupée qu’avant. Avec le recul de l’âge de la retraite et la migration des populations (même à l’intérieur du pays) les conditions familiales ont évolué et ne sont plus les mêmes qu’avant. Seules deux générations vivent habituellement sous le même toit en France aujourd’hui (vous et vos enfants) , cette situation offrant peu de répit à des jeunes parents parfois épuisés, souvent démunis.

Encore une fois, le handicap se surajoute à la situation fragile de la parentalité.

Beaucoup de parents ne peuvent plus travailler, et la perte de lien social s’en retrouve augmentée.

Alors que faire me direz-vous ?

Sûrement pas rien.

Je crois qu’il faut renouer avec la solidarité, promouvoir les associations de périnatalité et de péri-parentalité, leur donner les clefs aussi pour qu’elles puissent répondre et s’adapter aux situations qui sortent de l’ordinaire, leur donner plus de lumière, plus d’espace.

Créer des cercles de paroles bienveillants, dans lesquels les parents pourront dire tout ce qui ne se dit pas sur la toile de peur de se faire lyncher publiquement, d’avouer l’inavouable, de dire la peur, le stress, la fatigue et le découragement….

Mais aussi de dire l’amour qui remonte toujours dans nos cœurs pour nous permettre de nous lever encore un matin.

Une main tendue dans la tourmente est toujours meilleure que le pied qui vous enfonce la tête sous l’eau. Savoir dire comme c’est dur nécessite un immense courage qui se doit d’être reconnu par tous…Pour pouvoir être ensuite transformer en impulsion!

je pense que Porter les petits bonheurs, Portage et Handicap, qui est le nom complet de notre association, va s’ouvrir à ce type d’événements, des groupes de paroles pour accompagner encore mieux les familles…Qu’en pensez-vous ?