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Les jolies colonies…

J’ai mille articles dans ma tête, je ne sais plus lesquels choisir. J’ai longtemps eu peur d’écrire ces dernières semaines. C’est bizarre la vie des fois. Je suis un peu paralysée par les chiffres des précommandes du livre, je me mets la pression…

J’ai envie de vous parler de Rayond’soleil qui grandit, des taxes qui augmentent, des enfants qui se battent contre une maladie terrible à l’hôpital, de leurs parents démunis,  de la loi qui enferme des malades à l’hôpital et de tout le monde qui s’en fout.

Mais je choisis aujourd’hui de vous parler d’un exemple de future intégration qui m’a réchauffé le cœur.

Mon Calme de lune part en colonie d’hiver et d’été depuis qu’il a 6 ans. Deux fois par an, nous recevons le catalogue, et il choisit sa destination, mi grognon, mi content.

Mi grognon : il ne va pas rester traîner ses savates dans la maison, mi content, souvent ses potes partent avec lui.

Depuis deux ans, Avalanche attend patiemment (ou pas) son tour. Il faut avoir 6 ans. Et Rayond’soleil attend avec.

Et j’avais cette petite appréhension au fond du cœur moi. Les mini-colos ne sont disponibles qu’en hiver, et si partir en classe verte avec sa maîtresse et ses copains est visiblement quelque chose de facile pour elle, j’ai peur que monter dans un bus empli d’inconnus soit une autre paire de manches.

Il y a trois semaines, quand nous avons reçu le catalogue pour février, Avalanche n’était que joie. Et elle a crié  » Ouaiiiiiiiis super ! Moi aussi ! »

« Rayond’soleil, c’est une colonie à la neige, t’aime pas la neige. »

Haussement d’épaules, moue mutine et deux mots, signe de détermination  » Tant pis ».

Un aveu ? Des phrases se sont succéder dans ma tête :  » Mais enfin, tu te vois à la patinoire ? Mais t’es sûre ? Tu sais que tu ne connaîtras PERSONNE ? Rayond’soleil, ils vont peut-être se moquer de toi, j’ai peur… Une colonie, c’est quatre jours sans moi, sans repère, tu crois, et si ça se passait mal, et si je te manquais, et si sans moi tu n’y arrivais pas ?  »

Puis j’ai vu (oui je vois les phrases dans ma tête, ne cherchez pas !) les mots  » J‘ai peur, sans moi, je te manquais, sans moi« .

Ben oui, c’est ma peur que je projette dans cette colonie.

Alors j’ai fait l »effort de sourire et de ressentir l’amour en moi, pour me réchauffer l’intérieur et avoir confiance. En moi d’abord, en toi surtout, et en la suite.

Et puis, je n’ai pas dit oui.

Il existe deux sortes de colonies de vacances. Les colos classiques, et les colos adaptées.

J’ai eu beau lire toutes les brochures distribuées par ton école, je crois que tu ne relèves réellement pas des colos adaptées.

On ne va se mentir. Je ne suis pas sûre que les colonies classiques accueillent toutes facilement les enfants exceptionnels.

Alors, dans un mélange de peur qu’on me dise oui, et de peur qu’on me dise non, j’ai expliqué par mail notre situation. Ton degré d’autonomie. Tes difficultés. Ton caractère facile et sociable. Ton angoisse de la nuit.

Et le lendemain, coup de fil. Le directeur va me rappeler mais l’inscription est prise en compte. Il m’appellera pour vérifier s’il doit ou non recruter une personne de plus pour t’accompagner.

Alors, j’ai dit que tout le monde allait partir. Tu seras avec Avalanche avec des enfants de 6 à 9 ans. Tu viendras tout juste d’en avoir 10.

J’ai encore mille questions qui me taraudent, me tiennent éveillée puis excitée. Radieusement inquiète, positivement effrayée.

Tu es tellement contente que t’en parles à tout le monde.

Tu vas aller en colonie pour ne pas faire du ski, ne pas faire du patin, ne pas faire de raquette, mais rire et te faire de nouvelles popines.

Pas une miette de souci dans tes beaux yeux, pas un soupçon de regret.

Heureuse. Libre ? Un peu peut-être.

En voie d’émancipation.

En février, j’aurai 3 jours en tête à tête avec l’Amoureux. Parce que vous allez tous tenter de voler, et qu’on fera tout pour qu’aucun d’entre vous ne se brise les ailes.

Si tu savais à quel point je suis fière…

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Se rapprocher de la nature

Dans ce monde où tout va trop vite pour elle, trop vite pour eux, pour nous, une seule solution pour nous reconnecter les uns aux autres avec efficacité et liberté.

Dans un monde d’interdits, de règles nombreuses, d’argent, et d’impossible, une seule destination pour se ressourcer.

En cette semaine de Samain, nouvel an celte et pont entre les deux mondes (celui des vivants et celui des morts), le mystérieux a pris le pas sur la normalité de la vie.

Nous nous sommes raconté des mythes, et des légendes, et Avalanche, toujours aussi vif en a profité pour nous reparler du Père Noël…Entre mentir et briser la magie, j’ai conservé mon cap à mi-chemin: « certains y croient, moi j’aime cette légende, l’esprit de Noël…Tout comme je crois aux fées, et à mille autres choses, pas toutes farfelues ». Du coup, serrés sous le plaid, on a dévoré le Pole Express avec presque deux mois d’avance !

Entre câlins et cookies maison, nous sommes allés salir nos vêtements. Faire rougir nos joues. Respirer nos montagnes.

Bravant le froid et la pluie, nous sommes allés une dernière fois avant l’hiver voir nos amies les girafes, les loups et le lynx, le cœur un peu serré de les savoir en train de disparaître dans la nature, parce que l’homme n’est qu’un fou cupide et égoïste.

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Nous n’avons fréquenté aucun cimetière, n’ayant pas besoin de cette date du 2 novembre pour saluer et honorer nos morts. Comme toujours, Rayond’soleil parle aux oiseaux, et croit qu’ils sont dedans, et Avalanche ne sait pas trop. Calme de lune a levé les yeux au ciel, et il a dit « quand on est mort, on est mort. » N’empêche qu’il n’est pas toujours rassuré la nuit d’Halloween.

Nous sommes allées à la ferme, marcher dans la boue et dans la bouse, jouer dans le foin ou dans la paille, et embrasser nos vivants, parce qu’ils sont là, même ceux qui sont déjà un peu partis…

Et puis, aujourd’hui, la forêt m’a appelée à elle. Comme une envie d’aller chercher des champignons, moi qui déteste les manger. Comme une envie de tester les progrès de Rayond’soleil en équilibriste de l’impossible.

Bien sûr, on a cherché des fées. On a essayé de ne pas faire de bruit pour ne pas les effrayer. On n’en a vu aucune, je crois que c’est parce qu’on riait trop fort, se tenant la main,  heureux de se sentir si bien,unis dans notre étoile, notre famille.

Par contre, coup de chance ou providence, nous avons trouvé une maison de fées. Même qu’il y avait un petit trou « qu’on dirait que c’est pour mettre le clef maman!!! » :

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L’Amoureux a fait une blague que deux des enfants n’ont pas compris « si c’est fermé, c’est qu’elles font le ménage et que ce sont les fées du logis ». Avalanche a ri quand même, ses beaux yeux marrons tout pétillants de joie.

Le chemin était ardu, et on n’a ramené qu’un pauvre cèpe, mais on a trouvé un Rayond’soleil (et aucune fouine, je précise pour ma copine Perles Pacifique) derrière une souche. Ça sentait le bois mouillé, ça craquait un peu sous les pieds et on a entendu des animaux qui criaient, on ne savait pas tellement pourquoi, mais le soleil rendait tout magique et magnifique, surtout ses yeux bleus à elle…

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Mine de rien on a aussi trouvé un petit troll des bois, qui ne nous a pas fait peur, mais un peu quand même, sauf quand il est parti en riant comme une clef à molette, abandonnant son masque pour ne plus faire que rire, rire en disant « mais tu m’as pas reconnu maman ?! ».

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On a eu l’impression que la balade nous emmenait dans un nouveau pays, plus doux, plus tendre, plus liant. Un pays où on se sentait un peu seuls au monde, sauf qu’il y avait quand même des abeilles, parce qu’il y avait des ruches, et on s’est dit que tout n’était peut-être pas perdu.

On a devisé à notre niveau sur la vie, sur ce qu’elle est et ce qu’on en fait. Sur les combats à mener et ceux que nous trouvions superflus. On a dû expliquer les énergies fossiles et les guerres qui poussent les familles loin de chez elles, pourquoi les papis deviennent vieux et pourquoi il faut prendre soin des bois. On a parlé de maladie et de handicap. De sucre et de bonbons. De belles actions et de gens méritants. D’un demain sans nul doute meilleur pour des enfants qui aujourd’hui n’ont pas eu le bonheur de sortir dans les bois.

Loin de tout et loin du monde, au détour de sentiers glissants et de lisière de forêt, entre deux vols d’oiseaux et un bruissement de renard, sa petite main s’est glissée dans celle, amie, d’un colosse au cœur marshmallow, et ils nous ont rappelé que ce qui tient ce monde, c’est la solidarité…

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En conclusion, ces quatre jours et demi, de repos, de répit, de repli sur nous au sens joli du terme, m’ont rendu un peu de l’oxygène qui me manquait pour affronter la vie, pour lutter à mon niveau contre les injustices, contre les méchants, contre ceux qui ne savent pas…Et aussi pour me rendre ma plume, qui s’était asséchée, paralysée par la fatigue, et avouons-le aussi, la peur de vous décevoir….

Allez j’vous laisse, j’ai un « Baptiste Beaulieu » sur le feu ! La bise. 

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Oh oh oh…Joyeux Noël

J‘adore Noël.

Les sablés à la cannelle, les guirlandes lumineuses, l’odeur du vin chaud, les faux pères noël partout, la neige fraîche de l’Auvergne, les glissades en luge, les pommes dauphines, les chocolats, la décoration qu’on fait dans notre cour, le sapin qui sent bon, et que je me plais autant que les mômes à décorer…

Et puis les cadeaux.

Chercher ce qui va faire plaisir à ceux que j’aime, l’attention particulière apportée à remplir les yeux des enfants d’étoiles qui scintillent…

Et pourtant, durant quelques années, je me suis fait un casse-tête et je me suis presque gâché quelques instants de la fête.

Rayond’soleil est différente, et elle joue peu. Enfin si. Elle a ses jeux à elle.

« C’est parce qu’elle est handicapée » m’a dit Avalanche très à propose quand j’ai demandé à sa sœur pourquoi son jeu préféré c’était d’éparpiller du bazar partout.

On n’offre pas du bazar. Ou alors un bazar bizarre mais ça reste rare.

Pendant quelques temps, j’ai eu envie qu’elle ait des cadeaux qui servent à son développement. Sa Meilleure Amie m’a ramené en douceur à la réalité « Vous savez, il faut surtout que ça lui fasse plaisir ». 

J’ai toujours cette petite appréhension en entrant chez le marchand de jouets.

Et si je ne trouvais rien qui lui fasse plaisir?

« Mais Rayond’soleil tu lui offres du papier cadeau, et elle est heureuse! » a commenté cette fois-ci l’Amoureux, fort à propos lui aussi (les mâles de la maison sont perspicaces). 

Ouais mais quand même? 

J’ai résisté à la tentation d’offrir un 28ème poupon (merci l’école de l’avoir fait pour nous!!!).

Dans les rayons, nous savions où chercher pour Avalanche, un camion Pat Patrouille et le tour était joué. Rayond’soleil est fan de Super Nanny qui je la cite « n’est pas sage et gentille avec les enfants  » (est-ce qu’elle a besoin de se convaincre que la bienveillance n’existe pas chez tout le monde? c’est curieux cette manie d’expérimenter ce qui est à l’opposé de sa propre vie) mais je n’ai pas pu me résoudre à lui offrir le coffret DVD…

 Noël, ça peut aussi être le casse tête, voir le crève cœur. Offrir des jouets de bébé à un ado, savoir que son enfant ne maîtrisera jamais le scrabble, imaginer ce que cela pourrait être. Mais je relativise. Elle est en vie, elle est belle comme un flocon de neige, elle est joyeuse comme une guirlande aux mille couleurs. 

Nous étions au rayon Playmomachin quand l’Amoureux a vu la lumière.

Rayond’soleil, comme beaucoup de ces enfants à la sensibilité particulière, est hypnotisée par la musique. Elle peut rester une heure devant le monsieur à l’accordéon, et mange des yeux le guitariste de l’école. Alors, sans y réfléchir au delà, après le Djembé de l’an dernier, on est passé à la caisse avec un clavier…

Oui, nous sommes des psychopathes. Des grands malades!

Mais si vous saviez comme chez nous l’ambiance vire vite Gypsy King avec Avalanche à la guitare (tendance Nirvana) et comme cela la met en joie.

Alors finalement, l’esprit de Noël c’est ça. Accepter aussi de se farcir les oreilles de fausses notes pour entendre son rire grimper jusqu’aux étoiles.

Noël ne sera plus jamais un moment de doute, parce que je sais au fond que le plus important ce n’est pas l’âge inscrit sur la isara denim.jpgboîte, ou ce qu’elle ne fait pas encore, le plus important c’est d’aller lui décrocher le soleil pour qu’elle brille encore plus fort.

Ayez confiance, gardez au fond de vous ce feu magique fait de Rayond’soleil et de poussière de fée. Gardez votre âme d’enfant, parce que les enfants, surtout ceux qui vivent ou côtoient la différence n’aiment qu’avec le cœur, et oublient leurs têtes, vivez ce moment à part de l’année dans la chaleur et la joie plutôt que dans les regrets et le chagrin.

Et j’ai envie de rajouter cette année, n’oubliez pas d’aimer les Autres, tous les autres. De tendre un sourire à la mémé d’à côté, un café au SDF du coin, une pièce à la dame qui fait les papiers cadeaux, de dire merci à ceux qui ont été bons avec vous, (et merde aux mauvais? Je sais pas à vous de voir). J’assume le côté bon sentiment, mais je n’en peux plus de ce monde qui déraille et en oublie son humanité…

Je reviens très vite avec un article sur l’empathie et l’intelligence différente 😉

En attendant, passez un très joyeux Noël!!!

 

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Rayond’soleil, elle est pas pareille…

Pas pareille.
J’aurai pu m’en douter et la voir revenir. Cette phase, difficile, lancinante mais heureusement éphémère…
Les transformations de la rentrée ont fait que mon Rayond’soleil est sorti de son cocon empli d’enfants tous différents…
Dans la joie et l’allégresse, comme toujours.
Seulement, on la sentait remuée notre petite fille perchée.
Moins joueuse, moins joyeuse.
Mais bon Rayond’soleil n’aime pas le changement, c’est là son moindre défaut.
On a pensé que la baston générale autour du périscolaire avait pu la secouer aussi, elle n’est pas sourde non plus. Mais non.
Les crises de larmes (de hurlements à la mort plutôt) se sont multipliées.
Dans l’écoute et la bienveillance d’abord, puis avec un poil d’agacement.
On est aussi humains, fatigués, et on se démène sincèrement pour que cette bande de mouflets sans bonnet prenne un maximum de bon temps, de beaux moments et d’amour.
Alors, quand ça part en vrille sans contrôle, forcément, c’est frustrant.
J’avoue que j’aurai bien craqué et pris un billet pour la Grèce parce qu’un enfant qui crie quand on a pas dormi de plein de nuits (à cause dudit enfant d’ailleurs qui était malade et a profité d’une couche partagée pour nous refiler son truc dégueu type rhino mais en plus méchant !)  et qu’on a mal au crâne, c’est juste de la torture parentale.
D’autant que Rayond’soleil, comme tous ces mômes qui peinent à parler, et qui mettent difficilement des mots sur leurs émotions se contente de hurler comme un cochon qu’on égorge, que même parfois j’ai peur d’avoir la DASS et les gendarmes…
Finalement, enrouée d’avoir tant crié, et au bout de la 143ème crise, elle m’a lâché un « pas pareille ».
Qui n’est pareille ? Quoi ?
« comme Calme de lune… »
Gné ? (note bien la répartie de la mère sous doliprane qui languit sa couette !)
« Rayond’soleil, elle est pas pareille. »
Pas pareille, les mots sont posés. Ce n’est pas la première fois.
Avalanche est pareil (selon elle), Calme de lune est pareil, l’Amoureux est pareil, la Chouette est pareille. MAIS Rayond’soleil est pas pareille.

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J’aurai pu lui dire que si, mais non. Elle a raison, elle n’est pas pareille.

Sauf que là, elle est en plus en colère après moi. JE l’ai faite pas pareille, et elle m’en veut.

Cœur de chouette en miettes. Je ne suis pas susceptible, pas coupable, pas fautive. La génétique est telle qu’elle est, ma fille a un syndrome rarissime qui en fait un enfant quasi unique. Je ne m’en veux pas. Une mutation de novo, ça se prévoit pas, et même si…Aurai-je voulu une autre petite fille? J’ai pas dû réfléchir. NON.

Alors je lui ai dit. Et je lui ai montré que nous n’étions pas tous si semblables. L’Amoureux a des lunettes, Avalanche est blond, mes yeux sont verts, Calme de lune fait une tête de plus que ses copains. Elle n’est pas si différente. Et sa différence m’inquiète uniquement pour son avenir, pas pour son présent. C’est ma fille, unique comme le sont pour moi chacun de mes garçons.

Mais elle a conscience de sa différence depuis qu’elle se mêle aux autres, depuis toute petite. Alors nous en parlons, nous lui redisons notre amour inconditionnel et notre foi en cette différence qui fait, au delà du handicap et des difficultés, son unicité: elle aime tout le monde, elle a le coeur sur la main, elle aide à la mesure de ses possibilités quiconque en a besoin,elle vit à fond, elle rit, elle sourit. Et elle est pas si différente des petites mômes de son âge. Elle aime le nutella, et les bananes, elle aime pas quand il pleut sauf si on peut mettre des bottes et sauter dans les flaques, elle kiffe les balades à vélo, elle aime le pain chaud, elle aime pas quand son frère pleure…

Parler de la différence, écouter et accueillir ce type de sentiment, c’est parfois dur. Parce que ça nous renvoie nos peurs. Mon aîné m’avait dit « cest ta faute, c’est toi qui l’a faite », aujourd’hui j’me dis que oui, c’est un peu ma faute, mais un peu grâce à moi aussi…

 

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Ce qu’on peut attendre de nos amis…

Cet article m’a été inspiré par mon amie Chèreàmoncoeur.

Elle m’a envoyé la semaine dernière ce sms « Ai-je déjà eu un regard différent sur Rayond’soleil? Un comportement inadéquat, même qu’une fois? »

Le simple fait qu’elle s’interroge m’a fait réfléchir.

Pas sur notre amitié, mais sur ce que nous pourrions appeler un comportement inadéquat, de la part de quelqu’un de notre entourage proche, qui n’est pas, ou pas directement touché par le handicap, au sein très restreint de la famille noyau (c’est à dire parents/enfants). Que pourriez-vous faire, vous amis ou famille, qui pourrait nous agacer?

Déjà, penser qu’on en fait tout un plat. Genre c’est pas si grave hein. WTF. Toi, l’ami, tu sais les rendez-vous multiples? La pathologie avant l’enfant, les heures passées en salle d’attente, les urgences vitales à répétition, les retards, les regards? On échange pendant une semaine, pour tester?

Ensuite, viennent les « moi à ta place ». Non, tu n’es pas à notre place (et ça te va bien, à nous aussi, chacun sa place, c’est pas mal!). Même si ton enfant était handicapé, tu ne saurais pas ce que nous on ressent. Parce que chacun réagit avec ses armes, ses cartes et ses valises. Donc, même si à ma place, tu aurais fait différemment, pensant surement que ça serait mieux, saches que je fais juste de mon mieux.

Y a aussi les « je t’admire. Moi je pourrai pas. » Ça me laisse toujours perplexe. Bien sûr que si, tu pourrais. Juste tu le sais pas encore ( et tu le saurais peut-être jamais, je ne sais pas tellement quoi te souhaiter hein! ) que ces enfants là, ils attrapent tes limites, et ils les balancent là-bas au fond, derrière l’horizon. Ils sortent tes tripes,et ils les regardent en riant. Alors si, tu pourrais. Mais là, t’es pas obligé! 

Il y a les « tu exagères, le handicap est plutôt bien accepté maintenant! ». Euh, là je pense qu’on ne vit pas sur la même planète. Moi, je t’assure que c’est pas si bien accepté. L’école, c’est un combat, la garde c’est un combat, les activités extra scolaires c’est un combat, les sorties c’est parfois un combat. On doit se battre pour que nos enfants soient « inclus » alors que la normalité, au final c’est quoi? On apprend quoi aux enfants? La différence! Sauf qu’on est tous différents, mais on l’a vite oublié, en même temps que la loi bien pensante de 2005 . Quid des trottoirs et des moyens de transports en commun inaccessibles? Quid des nounous qui refusent de prendre en charge nos enfants? Quid de l’école qui refoulent le loulou quand l’avs est malade? Quid de nos soirées en amoureux? Et la liste est non-exhaustive. Re On échange (mais un mois cette fois!)

A l’inverse, y a les gens qui ne racontent plus rien de leur petits malheurs, jugés dérisoires à côté des nôtres. Déjà, notre enfant n’est pas un malheur. C’est un enfant, qui a des dents qui poussent, qui fait de cauchemars et parfois même de grosses colères…Comme le vôtre! Donc n’hésitez pas à nous parler des cacas mous, des crises de nerf et de la dernière honte que vous a collé Junior, on se sentira un peu plus normal!!

En fait, ce qu’on souhaiterait (pas pour Noël, mais pour toute l’année) c’est que qu’on nous écoute. Quand on chouine, parce que des fois c’est vrai on chouine. Quand on dit que bordel! c’est dur. Quand on dit que c’est chouette aussi. Les amis pourraient nous inviter, en rangeant les objets fragiles que Lulu pourrait fracasser pendant une crise de colère. Essuyer la bave de Louloute, mais discrétos, pas genre BEUARK (mais comme nous on pourrait moucher le ptit dernier au mois de novembre hein!). Considérer nos enfants avant tout comme des enfants. Nous proposer de la garder une soirée, qu’on se fasse un resto (quand on a essuyé 3 démissions de baby sitter pour cause de larmes inconsolables, ça fera du bien!) Apprendre à leurs enfants que nos enfants « différents » peuvent être leurs amis, suffit de s’adapter un peu niveau jeux. Que si Rayond’soleil mâche les mots, elle n’en reste pas moins une fillette de 8 ans, qui comprend, et est tout à fait capable de répondre aux questions. Que les questions de leurs enfants ne sont jamais malvenues, c’est le regard et la gêne de l’adulte qui rendent la question douloureuse. Qu’on a bien le droit de rire du handicap de nos enfants, et que si on le fait pas avec nos amis, on ne le fera qu’entre nous, ce qui va nous communautariser… Bref, soyez naturels, les amis. Comportez vous avec nous et nos mômes comme avec n’importe quelle autre famille. Jouez avec eux, buvez des mojitos avec nous, ayez le coup de foudre pour elle parce que ses yeux sont doux et son cœur pur, pas parce qu’elle vous donne l’impression de faire une bonne action. Gardez vos conseils mais ouvrez vos oreilles. Ayez à cœur de faire de la future génération celle du vivre ensemble. 

Alors ma très chère Chèreàmoncoeur, sois rassurée. Tu te comportes pile comme il faut. Jamais de pitié, ni de complaisance. Tu sais même qu’il m’arrive de temps à autre de rajouter une louchée de paillettes à mon optimisme pour réussir à tenir le coup de la bonne humeur perpétuelle. Tu es pile comme il faut avec Rayond’soleil, et tes enfants aussi. On n’a jamais eu à prétendre être d’autres en votre présence à toi et à l’Homme. On est nous, avec nos failles, nos douleurs mais surtout notre force d’amour, et la joie qui caractérise notre petite puce. Toi et ta famille avaient su nous prendre, nous entendre, et essayer de nous comprendre. Kiss soeurette. 

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accepter notre famille dans sa spécifité, c’est tout ce qu’on vous demande

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Mon premier né

Un petit article réflexion personnelle aujourd’hui. Je suis en pleine lecture de mon gourou, Isabelle Filliozat. Après « Au cœur des émotions de l’enfant » et « j’ai tout essayé » ou encore « il n’y a pas de parent parfait », je m’attaque à la tranche 6/11 ans.
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« Il me cherche ». Non, mon Calme de lune ne me cherche pas. C’est un enfant plutôt sympa. Trop sympa peut-être? Je sens en lui beaucoup de colère refoulée, et je ne peux m’empêcher de voir en lui la petite Emilie que j’étais. Calme, posé, un peu lisse.
Et je n’arrive pas à m’empêcher de penser que j’y suis un peu pour quelque chose. Non que j’ai voulu me fabriquer un petit clone. Mais, il est mon fils aîné. Et souvent l’aîné est cet enfant qui nous ressemble le plus. Un jour une amie m’a dit « il essuie les plâtres », parlant du sien. Je n’aime pas l’expression, mais force est de constater que c’est lui qui amène la réflexion. 
Mon premier né à moi… Il a fait de moi une nouvelle personne, qui a pourtant conservé bien des automatismes. Il m’a transformée du tout au tout, il m’a chamboulée. Je le regarde ce grand gaillard de quasi dix ans, et je suis toujours émerveillée de tout ce qu’il m’a permis de découvrir. J’ai appris la responsabilité de l’autre, l’amour inconditionnel, le partage infini. J’ai aussi appris que je le défendrai envers et contre tout, quoiqu’il m’en coûte et qu’importe qui je laisserai dans la bataille.
La passion, l’amour pur, un diamant.
J’ai aussi appris la bienveillance, le respect de l’autre, et j’ai oublié à tout jamais l’égoïsme. Je suis devenue responsable de la vie, et plus encore du bonheur, de quelqu’un d’autre. Un petit être vulnérable, qui m’avait MOI pour seul rempart. 
Quand l’enfant naît, on est pétris de bonnes intentions, et parfois de dogmes auxquels on n’imagine pas déroger. Et puis, il y a la confrontation avec la réalité. Je ne m’attendais à rien quand Calme de lune est né. Je n’avais rien préparé, rien imaginé, et j’ai récidivé ensuite avec sa sœur. Heureusement, car quand je vois tout ce que j’ai imaginé pour Avalanche, il valait mieux ne penser à rien. 
Mon tout petit, mon premier né. J’ai fait des erreurs, on est tous faillibles tu vois. J’te jure, je fais des efforts. Seulement voilà, j’apprends avec toi.
Il faut dire que tu me facilites la tâche. Tu intègres les règles et ne les transgresses que peu, tu ne te rebelles pas trop, tu excelles à l’école, et en sport, tu es conciliants avec ton frère et ta sœur. J’ai toutes les raisons objectives d’être fière de toi.
Mais j’ai envie que tu saches que je t’aime pour ce que tu es, et non pour ce que tu fais. Je t’aime parce que tu es mon fils, mon bébé, mon premier né justement. Pas parce que tu me ressembles, ni parce que tu es sage, ou que tu cèdes tout à ton petit frère. J’aime quand tu fais la moue quand je te demande de lire, et quand tu sembles si hargneux lorsque tu portes le ballon de rugby, j’aime aussi quand tes grands marrons s’illuminent à l’annonce de l’
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La bienveillance, la main tendue

arrivée d’un copain. J’aime quand je te regarde comparer nos tailles respectives, même si je te trouve bien petit pour déjà me rattraper. J’aime quand tu fais les yeux doux à notre médecin qui est beaucoup trop vieille pour toi, et quand tu te mets en colère si je dis qu’une fille de l’école est bien jolie. J’aime quand tu triches pour perdre contre ta sœur, mais gagner contre moi. J’aime ton intelligence de cœur, ton immense tolérance, et ta naïveté si touchante.

 

Quand tu seras grand, tu seras gendarme, ou vétérinaire. Ou gendarme-vétérinaire peut-être? En tous cas, tu ne seras pas chef, parce que les chefs crient tout le temps, et que ça va t’agacer de crier!
Mon bébé, tu acceptes encore de me faire des bisous devant les copains, et de me donner la main dans la rue. Et pourtant, tu prends aussi ton envol. Tu pars seul, à pied ou en vélo. Tu restes à la maison quand je vais faire les courses. Et ça personne ne m’y a préparée. Tu as besoin de sentir la liberté sur ton chemin. Et moi, j’ai peur pour toi. Pourtant, tu ne vas pas loin, et tout est balisé, sécurisé. C’est tellement difficile. Bien sur que je te fais confiance. L’enfer, c’est les autres.
Mon tout petit, parfois je crie. Je suis comme ça. D’ailleurs, tu sais cerner certaines situations où ta maman douce se transforme en Gremlins. Genre, ton otite, qui te réveille à 5h du matin, ben je sais pas m’empêcher de maugréer. Tu en rigoles le lendemain matin, quand j’ai bu mon café salvateur. On se connait bien tous les deux, un peu plus de 10 ans qu’on cohabite!! Alors tu t’adaptes, y a des trucs que je n’arriverai jamais à modifier (la nuit, je suis un Gremlins, je sais pas lutter!). Comment ne pas crier? Je ne sais pas. Il n’y a pas d’école du parent. Je lis beaucoup, pour ne pas être énervée par ce qui ne te concerne pas. Quand tu jettes ton slip par terre, c’est TON problème. Au lieu de râler, j’ai appris à te prévenir que seul le linge dans la panière serait lavé. Bizarrement, ça fonctionne, et pour toute la famille en plus! J’ai appris ça avec toi, les autres ne m’ont jamais entendue ronchonner pour une fringue qui traîne.
Les devoirs, le cauchemar du parent apprenti. Tu les fais de bon gré. N’empêche que j’ai dû apprendre à …t’apprendre! Et à te consoler quand tu n’y arrives pas du premier coup, et à te motiver quand c’est une matière qui te gonfle un peu. J’ai appris à me sentir fière quand tu m’expliques un exercice de maths. Les devoirs avec toi, c’est si vite fait! Si facile. Tu entres en CM1. Déjà. Je n’ai pas vu passer le temps.
Je me souviens que tu parlais très mal à l’âge d’Avalanche. J’avais quitté ton père quelques mois plus tôt, et je faisais tout pour que cela ne t’impactes pas trop. La séparation, quelle plaie. On n’est pas toujours intelligents, nous les adultes. Et il aura fallu une très longue lutte pour réussir à te protéger, et à t’enseigner que ton rôle n’est pas de protéger ta sœur, ni ton frère, contre les adultes ou les autres enfants. Ce côté nounours et protecteur, tu l’as depuis que tu as découvert ce ventre qui bougeait sous les mouvements d’un bébé que tu ne voyais pas. Tu entourais de tes bras cette petite sœur à venir, lui chuchotant des choses que vous seuls pouviez comprendre. Tu étais ivre de joie. T’ai-je préparé à l’arrivée du bébé? Je ne sais pas. Tu l’as de suite aimée cette petite fille malingre, et chevelue. Elle n’était pas tout à fait celle que tu attendais, elle n’a pas joué au ballon, ni aux voitures, ni à la poupée, mais tu l’assommais de bisous et de câlins, tu dormais avec elle, tu prenais ton bain avec elle. Plus tard, quand est venu le temps de t’annoncer l’arrivée prochaine d’Avalanche, tu nous as ému, l’Amoureux et moi, par tes larmes de joie. Un petit frère, wahou…A la tête de cette tribu maléfique comme je vous appelle, tu te sens à l’aise, même si parfois, tu as l’impression d’être trop à l’étroit.
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Le repère sur leurs chemins de vie si différents

La position d’aîné. Elle est difficile, j’en sais quelque chose. L’aîné doit être raisonnable. Lourde charge. Pire, c’est lui l’exemple. Quel casse-tête. Je ne m’en rends pas toujours compte mais je te colle ces responsabilités là sur le dos. Non, à 9 ans et demi, sois tout sauf raisonnable! Surtout ne sois pas un exemple, mais sois toi même! Vous êtes tellement différents tous les 3 que te comporter de façon exemplaire ne servirait à rien (ou alors attiser la rébellion de ton petit frère?). Mon grand indien, ma petite perchée, et mon tout petit surfeur. Des  tempéraments pluriels qui me complètent et me prolongent. Ne m’écoute surtout pas quand je te dis de ne pas montrer de bêtise aux autres, qui leur apprendrait? Défies moi quand je te somme de céder au petit parce qu’il crie plus fort que toi! Ou alors, cries plus fort que lui. Ce n’est pas juste, et à ton âge où la justice est si importante, je devrai ne pas me mêler de vos conflits d’enfants. Une copine m’a récemment fait remarquer que je ne faisais qu’envenimer des situations desquelles vous étiez tout à fait à même de vous sortir seuls. Que si je me contentais de vous demander de régler cela entre vous, sans violence physique, ça irait mieux. Au début, ça a été dur pour moi, et un vrai choc pour vous. Tu voulais que je tranche, et Avalanche voulait te faire accuser, qu’au moins je réagisse. Je suis rester impassible (même si mes poumons étaient oppressés, si je me sentais mal) et depuis les disputes s’espacent seules. Je connaissais la bienveillance, mais je n’avais pas la clef, parce que j’étais partie intégrante du problème. J’étais l’aînée, raisonnable, et conciliante. Ma sœur, une chipie insouciante. J’ai grandi avec une certaine jalousie envers elle, qui était à mes yeux plus libre que moi. Et j’ai compris ça en dénouant la situation entre toi et Avalanche, puisque Rayond’soleil n’a jamais soulevé ce genre de questionnement, pour toi, ou pour moi. J’ai compris, et je me sens plus sereine avec ma petite sœur, qui n’a pas à porter cela. C’était en moi, en personne d’autre!
Pour Rayond’soleil, je ne voulais aucun tabou. Tu m’as dit un jour:
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La protection de maman

«  c’est ta faute si elle est comme ça, c’est toi qui l’a faite. » J’ai gardé le sourire, et je ne t’ai pas repris. Je t’ai doucement dit que c’était aussi grâce à moi si malgré le handicap, elle était heureuse. Tu t’es senti libre de dire que cela te rendait malheureux parfois, pour elle, et pour toi, que tu aurais préféré une sœur pas handicapée, que de devoir adapter certaines activités, ça te coûtait. Tu ne t’es pas senti obligé de préciser que tu l’aimais quand même « ta ptite poulette », et que le plus souvent, tu faisais très bien avec. J’ai été fière d’avoir su te donner ce libre parler là!
J’ai compris aussi qu’il nous faudrait des moments sans. Des activités, mais sans elle malheureusement. Des balades dans les arbres, des courses effrénées en vélo, des jeux de pistes dans les bois. Cela ne veut pas dire qu’elle est privée de tout ça, mais qu’on s’autorise de temps en temps à faire sans elle. Comme on s’autorise sans complexe des déjeuner en tête à tête, et même qu’on mange sur le bar! 
Réussir votre bonheur est une sacré mission. Ne pas t’oublier parce que tu es le plus grand en est une autre. Une piqûre de rappel ne fait jamais de mal. *
Etre mère, c’est tout un programme. A faire, défaire et refaire au gré du vent, de l’enfant et de la vie.
   
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mon armoire à glace au cœur tendre

  • Merci à toi, la copine qui se reconnaîtra…
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Bad mood

Mardi soir, je suis allée chercher tes frères à l’école, mon Rayond’soleil. Parce que j’avais un rendez-vous juste avant, j’étais en avance. Dans la cour de l’école, j’ai observé les enfants.

Il faisait froid mardi. Le vent mordait mon cou que je n’avais pas pris soin de couvrir, nous sommes fin avril, c’est le printemps. Avril, ne découvre pas ton cœur d’un fil. 

Je me suis retrouvée là, transie de froid, observant ces enfants qui ont partagé tes premières années d’écolière. J’ai tout de suite remarqué le Blond, qui a été ton amoureux, et ton chevalier servant pendant 3 ans. La claque. Le Blond n’a plus une dent, et surtout, il a grandi, sacrément. Tes copines étaient là, elles aussi. C’était l »heure des TAP, l’heure des jeux. Je cherchais Calme de lune des yeux, et soudain une sale pensée est venue se glisser sournoisement dans mon esprit. Tu pourrais être assise là.

J’ai senti comme un poids sur mes épaules, comme de la buée au fond de mes yeux, comme si j’avais avalé un caillou, de travers en plus. 

Sous mon regard, se déroulait ce que tu n’étais pas. Je me suis sentie projetée en arrière soudain, les quelques semaines qui ont suivies la rentrée. 

Mille et un regrets m’animaient alors, comme quand ton cœur balance entre un j’ose et un j’ose pas. Choisir un chemin de traverse n’a jamais été chose aisée. L’avantage de l’éducation nationale, c’est que c’est un choix des masses: on ne se pose pas de questions, on va à l’école c’est normal, tout le monde le fait. Enfin, à bien y réfléchir, presque tout le monde. Il y a les home-schoolers (oui l’anglais c’est branchouille), il y a aussi les oubliés du système (je le pousse le coup de gueule? Non pas aujourd’hui) et il y a les autres solutions. Montessori, Steiner et aussi les écoles spécialisées, bonnes et mauvaises. Les chemins de traverse, les petites routes de campagne, bien loin de tout ce qu’on connait, de tout ce qu’on nous a appris à voir comme modèle d’enseignement. Apprendre à compter en faisant un gâteau, j’avais beau y croire dur comme fer, j’étais déstabilisée, paralysée par la peur d’avoir fait le mauvais choix. 8 mois plus tard, l’eau a coulé sous les ponts…Avril, ne découvre pas ton cœur d’un fil. 

Tu ne joues pas dans cette cour là, avec le Blond, et les copines de maternelles. Rayond’soleil brille un peu plus loin. Oh elles ne t’oublient pas, et lui non plus, puisqu’ils viennent toujours me demander comment tu vas, et que certaines t’invitent encore à jouer chez elles. Tu n’apprends pas les mêmes choses qu’eux, ni au même rythme. 

Je pestes contre moi même et cette nostalgie qui tente de s’insinuer en moi. Pourquoi suis-je toujours là, à douter?

Tu n’es pas comme tous ces enfants, je crois qu’on le sait tous. Mais la conformité, est-ce vraiment si important? 

Le vent chassant les nuages, le soleil est venu lécher ma peau nue, dissipant le malaise en moi. Je me suis redressée, j’ai rempli mes poumons d’air frais. Et j’ai pensé à tout ce que tu es, et au chemin parcouru depuis la rentrée. J’ai rapidement visionné intérieurement les vacances qui venaient de se terminer, et j’ai su. 

En septembre, tu étais timide et réservée, tu avais peur de l’eau, tu ne faisais pas de vélo, tu avais beaucoup d’angoisses, tu comptais jusqu’à 5 et tu écrivais uniquement ton L. 

Avril, tu sautes dans la piscine, tu fais des balades en tricycle, et tu y es presque au deux-roues! Tu sais dompter le temps, et exprimer toutes tes craintes, toutes tes émotions. Les couchers sont enfin toujours faciles, tu te raisonnes, tu sais lire des mots, et même quelques phrases simples. T’es partie en mini camp sans moi, et t’as adoré ça! Tu as une vraie passion pour la danse, un sens de l’humour bien développé, et tu restes la chouchou de tous ceux qui ont la chance de te croiser.

  Avril, je découvre, mon cœur, que tu n’as pas perdu le fil!

Alors, moDSC_1093 (Copier)n cœur s’est allégé. J’ai pensé que tu n’étais pas comme tous ces enfants, mais que finalement, c’était plutôt cool. Je sais que tu m’as choisie, il y a 8 ans, quand tu t’es lovée au creux de mon ventre. Tu m’as choisie moi, pour que je relève le défi, que j’enfile mes PATAUGAS et que je me tape les sentiers rocailleux avec le sourire, en chantant du Téléphone à plein poumons (sauf quand Avalanche me demande pourquoi le prince charmant est parti avec la belle au bois dormant, ce qui, avouons le, me fait un peu perdre le fil!), ou alors du Louane, ça dépend de tes envies. J’en ai fait du chemin en dix ans. Je suis fière de ce que j’ai accompli en tant que maman. Je ne suis pas parfaite, mais je crois que je fais les bons choix (tu le vois comme j’ai du mal à être catégorique ).Tu n’es pas comme tous ces enfants qui jouent au facteur n’est pas passé. Quand j’ai vu le Blond fondre en larmes, parce que la Chipie lui avait fait un sale coup, je me suis aussitôt dit que tu ne ferais pas une telle crasse. Tu es profondément gentille, et empathique, et peut-être un peu naïve sur les humains. Mince, tu es comme moi, idéaliste et humaniste…On n’est pas sorties de l’auberge, mais enfiles ta cape, on va aller sauver le monde! Pis tes frères non plus, ils sont pas comme tous les enfants. Ils sont, eux aussi, spéciaux. Ils sont mon oxygène, mon essence, mon but, le moyen et la fin. On s’en fout pas mal de pas être « comme tout le monde ». On est la famille Chouette, et y a pas plus cool.

Un jour, A., ta Personne Spéciale à toi, m’a dit « Votre travail, c’est qu’elle soit heureuse. » Et ça, je peux te dire que j’y arrive. Tu ES heureuse. 

Mymy, ta prof de danse, te trouve épanouie, et resplendissante. Rayond’soleil, ça te va bien comme surnom. Tu brilles. Ta maîtresse ne tarit pas d’éloges, d’ailleurs personne n’est avare de compliments te concernant. L’ergo trouve que tu es de bonne volonté, que le potentiel ne demande qu’à se développer. Bref, tu avances, peu importe la manière. 

La cloche a sonné, les garçons se sont jetés sur moi comme s’ils ne m’avaient pas vue depuis des siècles, et on est rentrés pour goûter. Tu es arrivée plus tard, par le bus, et j’ai vu le Brun t’embrasser avant que tu ne descendes saluer le Chauffeur et que tu ne me sautes au cou, oui tu sautes, ça y est, les deux pieds décollent en même temps, c’est dingue! J’ai dit au Brun qu’on embrasse pas les filles devant la belle-mère et il s’est bien marré. Mon cœur est aussi léger que l’air doux de mai (si si il faut y croire!). Je sais qu’on a pris la bonne décision, il ne pouvait pas en être autrement!

Tu me surprendras toujours, tu m’affirmes, tu t’affirmes, tu es drôle et douce, et tu es la plus chouette des petites filles. Qui sait, peut-être que c’est moi qui t’ait choisie il y a 8 ans, inconsciemment. Les choses n’arrivent jamais par hasard…Et moi je crois que la raison ne peut pas être mauvaise. Allez je te colle pas la honte, je te dis pas que je t’aime devant tout le monde, mais tu le sais, j’ai dessiné un cœur sur la buée de la vitre du bus ce matin, pour être encore un peu avec toi sur le chemin de ton école… Tout comme j’ai glissé un mot dans un des cahiers de ton grand frère, et grapiller un dernier bisou dans la classe de ton petit frère. A chacun sa petite attention du jour…

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 ps à vous qui me lisez, ce billet d’humeur comme j’aime les appeler, représente ce que j’aime le plus faire, écrire avec mon coeur, mon coeur que j’apprends à sonder. L’écriture pour mettre à plat mes émotions, pour vous toucher du bout du doigt comme j’effleure le clavier, pour vous parler, vraiment et sincèrement. N’hésitez pas à me dire ce que vus pensez de ce genre d’écrits. La bise