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Confiance

« Moi aussi, j’y vais. »

« Moi aussi je pars en coyo comme les garçons. »

Euh, ok.

Qu’est ce que je pouvais lui répondre ? Quel argument pour lui dire non, et sous quel prétexte ?

« Moi aussi, j’y vais. » Quelques mots susurrés tout doucement, et un regard tellement déterminé que j’ai eu envie de rire.

J’ai pris les précautions d’usage : il n’y aura pas de parents, elle ne connait ni les copains, ni la maîtresse et c’est une colonie à la neige.

Elle a souri et a très clairement dit « Tant pis ! ». Y a des fois où on la comprend tellement bien…

Alors voilà, elle part demain, avec son sourire en bandoulière et sûrement une partie de mon cœur dans sa valise. Elle part avec Avalanche, qui m’a chuchoté un « T’inquiète, si elle arrive pas à s’habiller, je vais l’aider! ». Mon Avalanche qui se comporte un jour comme un dernier né, que je dois chausser, un jour comme un adolescent…Avalanche qui du haut de ses 6 ans a déjà tout compris mais ne le dit pas trop fort. 

Elle part en coyo classique. Sans filet, mais « juste » 4 jours.

Comment je me sens ? Dois-je me sentir ? Moi, je reste ici…

J’oscille entre un peu d’appréhension, et un peu de jubilation d’avoir enfin quelques soirées pour moi. Pas de repas à prévoir, pas de douche à donner, juste un peu de répit. Aucune culpabilité…

Tiens si j’en profitais pour…

Mille et une perspectives s’offrent à moi.

En tous les cas, je ne vais pas rester à me ronger les ongles près du téléphone.

On m’a dit « Comment tu fais pour la laisser partir ? » 

Comment je fais ? Je me fais confiance. Elle n’est pas en sucre. Elle ne va pas fondre avec la neige. Et j’ai eu un excellent contact avec le directeur du centre de vacances. Les premiers mots du monsieur ont été  » Je ne me vois pas refuser un enfant, quel qu’il soit!  » Il m’avait déjà conquise.

Bien sûr qu’elle ne va pas profiter à max de la patinoire ou de la sortie raquette. Et alors?

Elle veut partir.

Je lui fais confiance. Elle veut partir? Elle part…Elle se sent capable, elle réussit à s’habiller, à se laver et à se faire des copains (en un clin d’oeil). Si elle a confiance en elle, si elle se sent en mesure de partir à la neige, elle le sait mieux que moi. Easy. 

Si je ne lui fais pas confiance, qui  le fera ? Quelle image d’elle-même je lui donnerai ?

 » Ah non Rayond’soleil, t’es handicapée, tu restes au creux du sein de ta mère, c’est plus prudent ! »

Je fais aujourd’hui un pas pour son avenir. Elle sort de tous ses cocons, la maison, l’IME ou même le centre de loisirs où elle a gardé ses habitudes depuis toute petite.

Elle part  à l’aventure, comme ses frères, elle déploie ses ailes, doucement mais sûrement et mon devoir de parent d’une enfant différente est de la soutenir et de lui insuffler le courage et la foi en ses capacités.

Elle a déjà demandé à partir cet été, faire du cirque (ou faire le cirque, je ne sais pas trop). J’ai dit oui…

Aujourd’hui, je me sens fière d’elle, et je souris en vous racontant comment elle a préparé sa valise avec entrain, comme elle était heureuse quand j’ai glissé le paquet de Haribo dedans, comme elle trépigne, comme je me sens en confiance pour elle.

Peut-être que demain je ferai moins la maligne quand je me retrouverai démunie de toute ma tribu, abandonnée sur le parking par le minibus…Ou pas  😉 !

j’avoue qu’on s’est rempli les uns des autres ce week-end… Hyperactivité sentimentale 🙂

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Les jolies colonies…

J’ai mille articles dans ma tête, je ne sais plus lesquels choisir. J’ai longtemps eu peur d’écrire ces dernières semaines. C’est bizarre la vie des fois. Je suis un peu paralysée par les chiffres des précommandes du livre, je me mets la pression…

J’ai envie de vous parler de Rayond’soleil qui grandit, des taxes qui augmentent, des enfants qui se battent contre une maladie terrible à l’hôpital, de leurs parents démunis,  de la loi qui enferme des malades à l’hôpital et de tout le monde qui s’en fout.

Mais je choisis aujourd’hui de vous parler d’un exemple de future intégration qui m’a réchauffé le cœur.

Mon Calme de lune part en colonie d’hiver et d’été depuis qu’il a 6 ans. Deux fois par an, nous recevons le catalogue, et il choisit sa destination, mi grognon, mi content.

Mi grognon : il ne va pas rester traîner ses savates dans la maison, mi content, souvent ses potes partent avec lui.

Depuis deux ans, Avalanche attend patiemment (ou pas) son tour. Il faut avoir 6 ans. Et Rayond’soleil attend avec.

Et j’avais cette petite appréhension au fond du cœur moi. Les mini-colos ne sont disponibles qu’en hiver, et si partir en classe verte avec sa maîtresse et ses copains est visiblement quelque chose de facile pour elle, j’ai peur que monter dans un bus empli d’inconnus soit une autre paire de manches.

Il y a trois semaines, quand nous avons reçu le catalogue pour février, Avalanche n’était que joie. Et elle a crié  » Ouaiiiiiiiis super ! Moi aussi ! »

« Rayond’soleil, c’est une colonie à la neige, t’aime pas la neige. »

Haussement d’épaules, moue mutine et deux mots, signe de détermination  » Tant pis ».

Un aveu ? Des phrases se sont succéder dans ma tête :  » Mais enfin, tu te vois à la patinoire ? Mais t’es sûre ? Tu sais que tu ne connaîtras PERSONNE ? Rayond’soleil, ils vont peut-être se moquer de toi, j’ai peur… Une colonie, c’est quatre jours sans moi, sans repère, tu crois, et si ça se passait mal, et si je te manquais, et si sans moi tu n’y arrivais pas ?  »

Puis j’ai vu (oui je vois les phrases dans ma tête, ne cherchez pas !) les mots  » J‘ai peur, sans moi, je te manquais, sans moi« .

Ben oui, c’est ma peur que je projette dans cette colonie.

Alors j’ai fait l »effort de sourire et de ressentir l’amour en moi, pour me réchauffer l’intérieur et avoir confiance. En moi d’abord, en toi surtout, et en la suite.

Et puis, je n’ai pas dit oui.

Il existe deux sortes de colonies de vacances. Les colos classiques, et les colos adaptées.

J’ai eu beau lire toutes les brochures distribuées par ton école, je crois que tu ne relèves réellement pas des colos adaptées.

On ne va se mentir. Je ne suis pas sûre que les colonies classiques accueillent toutes facilement les enfants exceptionnels.

Alors, dans un mélange de peur qu’on me dise oui, et de peur qu’on me dise non, j’ai expliqué par mail notre situation. Ton degré d’autonomie. Tes difficultés. Ton caractère facile et sociable. Ton angoisse de la nuit.

Et le lendemain, coup de fil. Le directeur va me rappeler mais l’inscription est prise en compte. Il m’appellera pour vérifier s’il doit ou non recruter une personne de plus pour t’accompagner.

Alors, j’ai dit que tout le monde allait partir. Tu seras avec Avalanche avec des enfants de 6 à 9 ans. Tu viendras tout juste d’en avoir 10.

J’ai encore mille questions qui me taraudent, me tiennent éveillée puis excitée. Radieusement inquiète, positivement effrayée.

Tu es tellement contente que t’en parles à tout le monde.

Tu vas aller en colonie pour ne pas faire du ski, ne pas faire du patin, ne pas faire de raquette, mais rire et te faire de nouvelles popines.

Pas une miette de souci dans tes beaux yeux, pas un soupçon de regret.

Heureuse. Libre ? Un peu peut-être.

En voie d’émancipation.

En février, j’aurai 3 jours en tête à tête avec l’Amoureux. Parce que vous allez tous tenter de voler, et qu’on fera tout pour qu’aucun d’entre vous ne se brise les ailes.

Si tu savais à quel point je suis fière…

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