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Culpabilité

Culpabilité chérie.

Le lot de tous les parents du monde ou presque.

A croire que ça arrive en même temps que la seconde barre sur le test urinaire ! Félicitations, vous allez être parents…Et vous allez être rongés de culpabilité à vos moindres faits et gestes et jusqu’à la fin de vos jours !

Vous avez bu un verre avant ce fameux test ? Culpabilisez.

Vous avez un chat ? Culpabilisez !

Vous n’avez pas d’animal de compagnie? Culpabilisez aussi tant qu’à faire…

Vous avez pigé le principe ?

Alors voilà, votre enfant est né, et il est différent. C’est pas de votre faute n’est-ce-pas ?

Bien sûr que non. Et pourtant… Vous allez ruminer. Réfléchir. Qu’avez-vous fait, vous ou votre conjoint pour que votre enfant soit malade ?

Vous allez attendre fiévreusement le diagnostic, vous rongeant les sangs : qu’a-t-il(elle) ? Est-ce moi qui lui ai donné ? Et quand vous saurez, si vous savez un jour, vous ne serez pas soulagé pour autant.

Même avec une mutation de novo on se flagelle.

Ensuite, vous culpabiliserez comme tout un chacun mais en puissance mille niveau fréquence :

  • Vous travaillez ? Bam, culpabilité à chaque fois que Loulou est malade et ça arrive statistiquement plus souvent chez les enfants touchés par le handicap. Donc soit vous restez chez vous, et c’est l’horreur vis à vis du taf, vous ne vous sentirez pas loyale vis de vis de vos collègues ou de votre boss. Ou alors, vous allez bosser, laissant Loulou à votre conjoint.e ou à sa nounou, et vous vous bouffez la vie toute la journée.

  • Vous ne travaillez pas ? Vous vous sentez mis au ban de la société, et en même temps, vous ne vous rendez pas compte à quel point vous œuvrez pour elle en prenant en charge votre enfant… Vous culpabilisez encore.

Tout est prétexte à culpabiliser. Le logement pas adapté. Les déplacements fastidieux que vous espacez. Votre organisation qui tourne autour de lui. Vos choix de vie, parfois remis en question.

Vous culpabilisez pour la famille entière.

  • Les examens médicaux réguliers en remettent une couche régulière. Culpabilité de lui avoir donné cette vie, faite de salles blanches et de stéthoscope, de séances de rééducation, d’efforts tellement peu payants…D’imposer cela à son frère, à sa sœur. De vous inquiéter, de les inquiéter… 

  • Le regard des autres aussi est un formidable outil de culpabilisation massive ! Vous avez mis au monde un enfant exceptionnel. La société n’aime pas ça. En plus, vous faites de votre mieux pour l’élever, mais le mieux est rarement assez bien…

  • Chaque fois que vous faites un choix parental, vous trouvez quelqu’un pour le remettre en question: allaiter un bébé hypotonique, quelle idée ! Porter cet enfant qui peine à acquérir la marche ? Mais vous ne l’aidez pas ! Je ne vous en dis pas plus, car c’est bien sur lorsque vos choix de vie ne sont pas les plus répandus que vous rencontrez le plus d’écueils. 

La scolarité va soulever de nouvelles vagues. Parfois vous n’aurez tellement plus la force de vous battre (pour son orientation, pour son AVS, pour qu’elle ait le droit aux sorties scolaires, à l’accueil du matin ou à la cantine…) que vous ne serez plus capables que de pleurer en silence, le temps de repasser votre armure. Vous culpabiliserez à chaque coup de mou, et à chaque coup de gueule, conscients que la personne en face de vous n’y est pour rien, que c’est la machine qui fait ça, mais conscient aussi qu’à par elle, vous n’aurez pas d’interlocuteur.

Oui c’est difficile. 

Seulement dites-vous que la seule chose qui compte c’est votre enfant. Et ses frères et sœurs.  

Votre enfant n’a jamais connu que cette vie bien remplie, que cet agenda de ministre, que ces chemins de traverse. Votre enfant sait qu’il doit en faire 10 fois plus pour le même résultat. Votre enfant a confiance en vous et en vos choix, et vous pouvez lui faire confiance pour vous dire ou vous montrer si ceux-là ne lui conviennent pas.

Votre enfant a besoin que vous l’aimiez. Le reste est accessoire. 

Hier soir, je philosophais sur la condition des personnes handicapées, notamment les enfants, et leurs fratries. Parfois, on est tristes pour eux.

Et eux aussi sont tristes.

On me faisait la réflexion que Rayond’soleil n’inspire pas forcément de sentiment négatif : tristesse ou compassion. On ressent de l’empathie bien sûr face à elle, mais elle est teintée de joie.

Rayond’soleil n’est pas triste, peut-être parce que nous avons toujours refusé d’être tristes pour elle. C’est sa vie.

Bien sûr qu’aucun choix, aucune décision ne nous emmène à coup sûr sur une réussite et sur une vie parfaite. Mais on fait avec, on compose, on se trompe, on rectifie le tir, et surtout on s’aime parce que c’est ce qui fait tourner le monde plus rond.

Soyez fiers de vous les gens. Personne ne le sera à votre place. Regardez toutes les casquettes que vous cumulez chaque jour. Infirmier, dentiste, secrétaire, taxi, orthophoniste, maman ou papa, souveleur de poids, soldat, négociateur, médiateur, maîtresse, acrobate….

On fait parfois certains sacrifices, et parfois pas.

Alors on ne fera jamais sans culpabilité, je crois qu’elle est incontournable, encore plus nous. Mais on  peut essayer de s’en défaire un peu, d’être un peu plus souples, tolérants et bienveillants avec nous-même, non?

Chacun est capable d’accomplir de grandes choses, il suffit de se libérer des chaînes qu’on s’impose. Et n’allez pas culpabiliser de n’avoir pas encore réussi…c’est un immense travail sur soi et sur les autres, et il est loin de se faire en un jour. Plus vous serez en accord avec vos valeurs profondes, plus vous serez capables de vous pardonner ce que vous considérez comme des manques ou des manquements.

Je dédis ces quelques lignes à mes amies qui me lisent et qui se reconnaissent (et me reconnaissent). La maternité, la paternité sont faites de ce mélange de sentiments paradoxaux et je compte sur vous, les filles,( E, J, C, M et S entre autres) pour me mettre les coups de pied aux fesses nécessaires à la bienveillance avec moi-même, les jours où ça ira moins bien, et comptez sur moi pour en faire de même !

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Photo d’illustration totalement HS mais que j’adore ! 

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une frayeur en entrée?

Je vous plante le décor mais je vous préviens par avance, c’est un article brut d’émotions, et empli d’angoisse et de culpabilité mais que j’ai tenu à écrire parce que cela n’arrive pas qu’aux autres, et je n’espère ni indulgence ni insulte…

24 Décembre 2017, marché de Noël corrézien. Il fait bon et doux. 

Opérée lundi 18 (je vous raconterai plus tard) j’ai encore les points, et les gaz de la coélio me font mal aux côtes mais je gère plutôt bien. Ma sœur est un double-cheese, entendez par là qu’elle porte deux bébés, qui semblent pressés d’arriver, donc elle a été mise au repos forcé. Du coup, on a fait la route, et en ce 24 Décembre doux et festif, on a décidé d’aller au marché de Noël.

Nous sommes 3 adultes, l’Amoureux, Doudou (ma maman) et moi, pour 4 enfants, les miens, et Cromignone, ma nièce âgée de 3 ans.

Chalets qui vendent des produits artisanaux aux alentours de la très belle église au cœur du centre ville, décorations qui brillent, barbe à papa…Tout est là pour passer des heures pleines de magie avant d’aller se coucher pour attendre un vieux barbu traîné par des rennes…

Nous passons un long moment sur le Carrousel, voiture de pompier, chevaux, les enfants ont les yeux qui brillent, et les adultes la tête qui tourne. 

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Nous cherchons le père Noël, des fois qu’il soit encore dans les parages… Nous mangeons une barbe à papa, et des churros. 

Nous regardons les ados qui escaladent le mur artificiel, en regrettant que les baudriers soient trop grands…

Nous attendons longtemps pour les marrons chauds. Les deux plus petits, Avalanche et Cromignone courent sur la place au milieu des autres familles, et je ne les lâche pas des yeux. Rayond’soleil est près de moi, et discute avec le vendeur de marrons. 

Nous repartons en direction des chalets, les enfants sont dispersés mais nous sommes 3, et nous maîtrisons. Tantôt l’un, tantôt l’autre revient vers moi, qui détiens les précieux marrons au goût d’enfance!

Rayond’soleil s’arrête plus que de raison vers une boîte à livres, et je lui rappelle de ne pas s’arrêter sans nous prévenir, qu’il y a foule. Les petits courent et grimpent sur les bancs, je rappelle alors à Avalanche d’aller doucement, sa cousine est plus petite. La principale intéressée me jette un « je suis graaaaande moi! ». Nous avons ralenti le pas.

Rayond’soleil me réclame un marron chaud. Je baisse les yeux sur mon épluchage. 

10 secondes.

Quand je les relève, il me manque un pompon.  » Elle est où Rayond’soleil ? ». Pointe d’angoisse. 

Les deux autres adultes regardent autour d’eux.

Je l’imagine derrière le bosquet, mais rien. 

Il est 17h…

Sans nous concerter, nous saisissons chacun un des enfants restants  par la main et partons en courant, chacun dans une direction différente. Les rues partent en étoile depuis la place de l’église. 

J’ai mal au ventre. Je suis avec Avalanche, d’un pragmatisme absolu:

« on va la retrouver maman, parce qu’elle peut pas rester là, elle va avoir froid, pis elle mourrait de faim aussi. T’inquiète pas maman. » Je lui souris mais le cœur n’y est pas. 

Passe une minute. Puis deux. Trois.

Je fouille l’église. Je laisse Avalanche à ma mère. J’imagine le pire, c’est allé si vite que ça ne lui ressemble pas. Quelqu’un l’aura prise par la main. J’inspire fort.

Je vais la retrouver, saine et sauve.

Je me le répète comme un mantra. 

La musique sur la place. Je la connais bien ma petite perchée, la musique l’attire, si elle est partie d’elle-même, c’est forcément là-bas que je la trouverai. J’y cours.

Elle n’y est pas, mon cœur est tombé au fond de mon estomac. 

5 minutes, personne ne l’a retrouvée. L’inquiétude marque les traits de tous les visages. Cromignone crie  » Rayond’soleil, j’ai perdu Rayond’soleil, je cherche ma cousine!!! ».

Moi j’ai arrêté de l’appeler. J’ai pris le téléphone en hurlant à ma mère « J’appelle les flics… »

Je vais la retrouver saine et sauve…

Je cours à travers les rues alors que l’agent reste calme.

-A quelle heure l’avez-vous perdue?

-17h à peu de choses près. 

-Son âge? Une description? 

  • Bientôt 9 ans. Elle est petite pour son âge, environ 1m25, 1m30 maxi. Elle a une parka bleue marine qui passe sous ses fesses, un jean rose et des bottes. Elle a un bonnet blanc à pompon, motifs rouges et bleus. Elle porte des lunettes rouges, elle a les yeux bleus-gris, un tout petit nez et les joues rondes…Sa démarche est atypique.

Ma voix est mécanique, je garde la tête froide, je reste concentrée sur l’objectif, la retrouver saine et sauve. 

-Elle connaît son prénom et son nom, mais ne saura pas donner mon téléphone, elle a un handicap, elle a un handicap et elle doit commencer à avoir peur. 

Les larmes montent mais je les refoule. Nous sommes 3 adultes à remuer ciel et terre, et l’agent vient de me dire qu’il mettait sa brigade sur le coup, et que les premiers qui la retrouvaient appelleraient les autres.

Je vais la retrouver, saine et sauve…

17h09, j’ai un message sur mon répondeur. Je continue de courir. Les rues sont piétonnes sur plusieurs centaines de mètres, mais j’ai peur qu’elle ait dépassé les barrières. J’ai mal au ventre, mais je n’y pense pas. 

Je vois que le message est de ma mère au moment où j’entends la longue plainte de Rayond’soleil. 

Nous sommes tous revenus au point de départ quasiment en même temps. Elle est là, en face de moi, elle hurle sa peur.

Je me jette à genoux, et la serre contre moi, avec Cromignone et Avalanche. Je pleure. Tout le monde nous regarde mais je m’en fous. Nos larmes se mêlent à celles de Calme de lune qui n’a plus rien de calme. 

Nous prenons tous la violence de ces 10 dernières minutes qui nous ont parues une éternité. Tous sauf Avalanche, qui nous dira plus tard « qu’il savait qu’on allait la retrouver, ça ne pouvait pas être autrement ». 

Nous restons enlacées là par terre à pleurer au moins aussi longtemps que nous avons été séparées…

Le fin mot de l’histoire, c’est que toute handicapée qu’elle est, elle s’est aperçue qu’elle nous avait perdus de vue et s’est approchée d’une dame pour lui demander:

« Elle est où  maman? ».

La dame l’a emmenée là où les musiciens jouaient et ils ont fait un appel. Rayond’soleil n’a pas cédé au stress, et a patiemment donné son prénom, à une adulte qu’elle a choisie. Puis elle a attendu que quelqu’un entende son appel. 

Cromignone courait dans une rue adjacente en criant  » Rayond’soleil, au secours j’ai perdu ma cousine » ma mère et Avalanche sur les talons, quand ils ont été arrêtés par un monsieur qui avait entendu l’appel. 

J’ai eu la peur de ma vie. Nous étions 3 adultes, et nous avons focalisé sur les enfants qui vont vite, sur les enfants qui courent et grimpent sans nous méfier de celle qui d’ordinaire est si peu téméraire.

Quand j’ai marqué l’arrêt, elle a dû continuer sans s’en rendre compte. Les yeux sur son marron, je ne l’ai pas vue disparaître. Pendant 10 minutes, j’ai pensé qu’on me l’avait prise en étouffant cette voix là pour me hurler à l’intérieur « Je vais la retrouver, saine et sauve ». 

Perdre un enfant dans la foule, ça n’arrive pas qu’aux autres. J’ai rappelé le commissariat, tout le monde était soulagé. J’ai pleuré toute la nuit. 

Culpabilité et descente d’angoisse. Mon ventre a saigné aussi, comme pour se rappeler un peu plus de cette douleur qui s’y était installée, là où 9 ans plus tôt, elle était bien à l’abri… 

En rentrant à la maison, nous étions tous épuisés mais tellement émus d’être tous ensemble qu’on s’est blottis les uns contre les autres longtemps. Elle a dormi avec ma mère et elle m’a manqué. Je les ai tous embrassés si souvent en ce jour de Noël que j’ai usé leurs joues et que mon Avalanche m’appelle « la voleuse de bisous ». Les enfants en ont reparlé à froid, on a tous essayé d’exorciser et ils ont dépassé le traumatisme.

Je vous écris ça avec les mains qui tremblent et la vue brouillée. J’ai commandé des bracelets et des badges d’identification (oui les deux, on n’est jamais trop prudents finalement), même si je pense qu’elle aura plus de mal à nous fausser compagnie, et qu’elle sera plus vigilante elle aussi. Nous sommes loin d’être des parents qui s’en foutent de leurs mômes, on est des loups, une tribu, on les lâche peu, on fait attention, et pourtant, il aurait suffit de 10 malheureuses secondes pour que notre vie bascule définitivement si nous ne l’avions pas retrouvée. Internet se plait souvent à épingler ce genre de choses et pourtant j’ai pris en pleine face la réalité de la vie, 10 secondes, je l’ai lâchée des yeux si peu de temps et pourtant. Je la veille, et pourtant. 

Pourtant. 

Le positif de cette péripétie, parce qu’il faut réussir à le trouver en chaque chose, c’est que nous, les adultes avons su garder notre sang froid, et que elle, la petite fille perdue a su trouver quelqu’un et lui expliquer la situation malgré ses difficultés d’élocution. 

Je n’ai pas vu cette dame qui a accueilli et surement tranquillisé ma puce et je n’ai donc pas pu la remercier, mais je compte sur vous pour partager cet article, en espérant que la magie des réseaux sociaux opèrent et que cette personne puisse lire ces quelques mots: Merci, du fond du coeur. Vous nous avez offert le plus doux des cadeaux de Noël cette année… Mon Rayond’soleil se souviendra de vous, et nous également! 

Je vous souhaite à tous de magnifiques fêtes de fin d’année, gardez l’œil ouvert et alerte…Je l’ai dit, je n’attends pas qu’on me dise que ce n’est pas ma faute, je suis sa mère, c’est ma faute. L’histoire se termine bien, heureusement. 

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