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#portrait du jour…23

Elle est douce, elle a le port altier. Et pourtant, elle a l’air si fragile.

Ses grands yeux bleus trahissent tous ses doutes et toutes ses inquiétudes.

On se croise la première fois à la réunion d’accueil des nouveaux élèves. M a l’air tellement angoissée. Est-ce ma propre interprétation ? Ou bien une projection ?

Je ne me sens pas si angoissée que cela, mais peut-être que mon cerveau fait barrage.

M pose mille questions. De celles qui ne me viennent pas à l’esprit. Elle note les réponses, fronce les sourcils, redemande.

Elle m’impressionne un peu. Angoissée, mais on sent qu’elle tient la barque, qu’elle maîtrise, qu’elle assure. Malgré.

Malgré la peur, malgré la nouveauté, malgré les questionnements, malgré le saut dans le vide sans élastique, elle gère. Elle gère, et pas uniquement parce que la vie ne lui a pas laissé le choix.

Bien sûr qu’on est tous le résultat de nos épreuves.

La détermination dans son regard n’est pas feinte. J’ai appris à la connaître depuis et je suis toujours aussi impressionnée par sa force, par la façon qu’elle a d’être fragile et puissante en même temps.

Elle n’est pas du genre à élever la voix, mais elle est de celles qu’on écoute quand même. Elle ne se met pas en avant, jamais, mais on la regarde quand même. Elle n’a pas besoin de demander pour qu’on ait envie de l’aider. Elle ne marche pas, elle flotte au dessus de ses Mustang et son rire éclate comme des bulles de champagne.

C’est comme ça, c’est tout.

Une beauté pure, une autorité naturelle et des failles qui se dessinent doucement. Un petit prince magnifique, mais tellement atypique.

Forcément, dans ce monde nouveau du handicap, de la maladie génétique non identifiée, des errances et des errements, on se trouve vite des points communs, autour de nos deux mômes. Mais aussi des fratries auxquelles ils appartiennent et qui sont si complexes…

Ils se ressemblent, et pourtant pas. Ils se ressemblent, se retrouvent, et pourtant nous vivons les choses tellement différemment.

Elle est plus forte qu’elle n’en a l’air, elle a plus de recul sur la vie que je n’en aurai jamais.

Quand l’exome lui est revenu sans résultat, elle m’a juste dit que c’était comme ça, c’est la vie, c’est tout. Elle a accepté tellement facilement. Pas de résignation, juste une sorte de « on verra en temps et en heure, et ça va aller… »

Quand elle le regarde, elle le couve, elle l’entoure d’amour, j’imagine qu’il a tout chaud dans son cœur à chaque fois que leurs yeux se croisent, ça se voit tellement, il ne peut pas le rater.

Elle a réussi à faire de sa différence une force pour lui, elle refuse de le voir comme un pauvre petit môme qui a une vie compliquée, et en cela on se ressemble. Convaincues que nos enfants peuvent être heureux, sont heureux, que ça nous appartient de transmettre ce type de message.

Quand je vois son petit prince rire en étreignant ma fille, je me dis qu’il a hérité de ça : l’amour fou, inconditionnel et sans crainte qu’elle lui a transmis. Et aussi ce sourire, large, franc, honnête et joyeux.

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#portrait du jour…12

Aujourd’hui, je vous parle de ma collègue M.

La trentaine, blonde aux yeux verts ( que je vois bleus) , son parcours n’a pourtant pas été tout tracé. Drôle et sincère, elle met en avant son humour, et des compétences incroyables, sûrement pour que les gens oublient sa particularité.

Pourtant, elle en parle facilement.

Je me souviens, l’autre jour je lui demande : « C’est quoi déjà le nom scientifique de ta maladie génétique ?  » et elle m’a répondu en rigolant :  » Tu peux dire naine, ça me va! ».

Elle est comme moi, elle déteste l’hypocrisie qui pousse les autres à dire « personne de petite taille » ou « non-voyant ».

ACHONDROPLASIE.

Le mot est barbare. Et quand on regarde le tableau clinique, la maladie peut aussi l’être.

M elle en rigole. De ses os qui lui font mal, de ce monde dans lequel rien n’est adapté.

Et ce qui est plutôt cool, c’est que tant qu’on la respecte, on peut aussi la taquiner avec ça.

Je le dis souvent, si les personnes porteuses de handicap et leurs parents ne rient pas du handicap, alors personne ne le fera jamais. Et c’est un peu dommage.

Et rire, c’est la première marche vers l’inclusion. Rire avec plutôt que de. Rire avec plutôt qu’être la cible. Rire, c’est le plus important dans la vie, c’est ce qui fait qu’on vibre un peu plus beau, un peu plus fort.

Alors on se marre quand même beaucoup. « Hey, M non saute pas par la fenêtre ! » quand elle monte sur une chaise pour l’ouvrir.

Mais on n’oublie pas que c’est aussi beaucoup de combats. La photocopieuse trop haute, la voiture à adapter, le plan de travail de la cuisine qui l’oblige à lever les bras, les adaptations au poste de travail parfois compliquées à obtenir. Tout ce qui est naturel pour nous nécessite une adaptation pour elle.

Et le regard des autres. Encore eux.

C’est malaisant la différence, ça fait peur, ça gêne un peu. On ne sait pas toujours se comporter face à cet autre qui ne nous ressemble pas et pour lequel on sait que la vie est parfois compliquée. Alors, on se détourne, c’est si facile. Pourtant, M ne demande rien. Elle est d’un naturel désarmant. Et c’est sa chance je crois. Elle ne se comporte pas comme si elle était différente. D’ailleurs à part sa taille, rien n’est différent. Mais au quotidien c’est déjà beaucoup.

J’imagine un parcours de vie pourtant qui n’a pas dû aller toujours de lui-même. On n’en a encore jamais parlé… J’ai été ado un jour (hé ho les mauvaises langues c’est pas si loin) et je sais comme cela pouvait être dur. J’avais un ami qui avait une maladie génétique. Il n’était pas nain au sens propre du terme. Juste on aurait dire qu’il avait 7 ans a lieu de 14. On l’appelait « le petit Mat ». C’était affectueux mais avec le recul, je me demande si « Le petit Mat » le prenait bien…

On pourrait reparler de l’accès à l’emploi, qui se réfléchit en termes de possible. On ne peut pas faire tout ce qu’on veut, il y a des métiers avec taille requise. Il faut aussi penser aux éventuelles complications articulaires, aux douleurs…

Elle exerce le même métier que moi, et je ne peux m’empêcher de penser que c’est aussi une leçon de tolérance adressée à nos publics, parfois un peu fermés à ce qui sort de leur cadre de référence.

Elle a souvent les émotions à fleur de peau. Elle partage, elle donne. Elle est touchante. Elle aurait pu se blinder, se verrouiller, mais elle est très ouverte aux autres, le sourire porté en étendard, les yeux verts ( bleus?) plein de malice, et parfois de larmes.

Elle a les mêmes inquiétudes que moi, les longs cheveux blonds en plus…J’imagine encore une fois que je suis une privilégiée, je ne connais pas toutes les galères qu’elle doit affronter tous les jours, je n’ai presque jamais besoin d’un marchepied…

Je l’admire. La force qu’elle dégage est finalement inversement proportionnelle à sa taille. Ah ouais, parce qu’en plus d’être naine, elle n’atteint même pas la taille moyenne des femmes achondroplases ! Alors imaginez à quel point elle est grande en dedans…Respect !

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#portraitdujour3

Je rencontre G pour une coupe de cheveux.

Je vous préviens tout de suite, je suis la reine des infidèles en terme de coiffeur, je vais là où il y a une place en dernière minute pour me caser entre midi et deux. Et pourtant, je ressors souvent avec dans mes poches les histoires de vie, parfois drôles et souvent compliquées de ces artistes capillaires.

Comme la fois où le salon allait fermer pour de bon et où la coiffeuse me racontait qu’elle allait peut-être en profiter pour faire ce dont elle avait toujours rêvé, camionneuse. Z’imaginez bien que la pro a pris le dessus là, pour parler reconversion et évolution professionnelle.

Mais aujourd’hui, je vais vous parler de G. Il a 20 ans. On parle de tout et de rien. Surtout de tout.

Rapidement la discussion s’éloigne de la couleur de mes cheveux pour aller vers la lutte contre les discriminations.

A demi mots, il évoque son départ de la capitale en catastrophe.

Il me précise, comme si je ne l’avais pas compris, qu’il aime les garçons, c’est comme ça, il n’y peut rien hein, avec un haussement d’épaules. Je lis la tristesse dans ses yeux, je sens qu’il n’a pas besoin de grand chose d’autre qu’un signe qu’il peut continuer à me parler en paix.

Ses parents ont eu du mal à accepter la nouvelle. Je me mets à leur place un instant. C’est vrai que c’est difficile, on ne va pas le nier. La société n’est pas prête. Je suis profondément tolérante et je n’ai aucun problème avec l’homosexualité, mais j’avoue que si l’un des miens me fait un jour cette annonce, j’aurai peur pour lui. On ne va pas se mentir, +30% d’actes homophobes dernier, ça ferait frissonner n’importe quel parent.

Alors j’espère subitement et de toutes mes forces que les parents de G ont vite repris pied pour l’armer au mieux contre ces regards détestables, pour qu’il puisse s’épanouir dans ce qu’il est.

Il me dit que non, pas trop. Il est parti pour ça, il n’arrivait pas à gérer.

Pourtant, tout en lui crie cette sensibilité particulière. Le sourire timide, les yeux brillants, les gestes aériens. G est tellement jeune. Il a à peine 20 ans et vit à 500 kilomètres de la ville qui l’a vu naître. Il parle doucement de renaissance, mais on sent bien que cette renaissance se fait dans la douleur, que rien n’est acquis.

Il dit en riant qu’il a choisi la coiffure parce qu’on peut y être gay, et largement courtisé par les employeurs, tant les hommes sont rares. Il a le rire clair d’un enfant, et brusquement, je me dis que je le prendrai bien dans mes bras, comme si je pouvais alléger son chagrin qui ne devrait plus avoir lieu d’être « à notre époque ».

2 de ses amis à Paris se sont fait refaire le portrait par des brutes sans cœur, par des homophobes abjects. Il me dit qu’il a parfois peur dans la rue, qu’il sent bien que ses gestes efféminés le trahissent. Le trahissent ? Drôle de monde quand même où il faut cacher ce qu’on est pour vivre tranquille. Retour au moyen âge ?

Il regrette un peu l’anonymat et la vie Parisienne, mais il se sent plus serein ici. Puis son copain vit ici, il est dans le métier, il a son propre salon.

Je lui jette un regard dans le miroir, ses joues ont rosi légèrement. Regrette-t-il déjà ses confidences ?

Alors je parle, un peu, et assez fort que les autres clientes entendent, on ne sait jamais. Je lui dis que j’espère de tout mon être que la société va réussir à évoluer, que je ne comprends pas qu’on puisse juger les gens parce qu’ils sont différents de nous, qu’on a le droit de ne pas vouloir être homosexuel (comme si cela se décidait!), mais que c’est à mon sens aussi naturel qu’être hétéro ou aimer le fromage. Il rit à nouveau, et mon cœur enfle dans ma poitrine. J’ai fait mouche. Il semble rassuré.

Je lui dis que je lui souhaite de pouvoir avoir une belle famille, lui qui veut des enfants. Et que ses enfants connaissent ses grands-parents.

Je me fais une promesse, celle de ne jamais montrer mon inquiétude face à un choix de vie de l’un de mes enfants. De les soutenir, quoiqu’il arrive.

Comme un ami me l’a dit ce matin très justement : « il ne sert à rien d’imposer aux autres notre vision du monde, chacun a ses filtres, son histoire, son vécu… »

Vous n’êtes pas obligés d’aimer les différences. Les Tolérer sera déjà un premier pas très acceptable….

Merci, et à bientôt…

 

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#portraitdujour…2

E‌ est une jeune fille de 18 ans. Jeune fille, jeune femme. Elle n’est pas encore tout à fait sortie de l’adolescence. Elle aussi, je la rencontre dans le cadre de mon travail. Je sais que notre collaboration sera éphémère, et que je peux me permettre certaines libertés, comme le tutoiement, qui n’ont pas lieu d’être dans un accompagnement plus long.
Si N dont je vous ai parlé hier m’a renvoyée 10 ans en arrière, E quant à elle me propulse 10 ans en avant.
Forcément, je n’ai pas son histoire, et je n’ai pas lieu de l’avoir. Elle a appris un métier, à moi de favoriser l’emploi.
Dès la première journée de groupe je pressens qu’elle saura être bouleversante.
E passe la première semaine à cahcer son visage et à manger ses doigts. La gestion des émotions semble difficile.

Et oui, E a quelque chose de Rayond’soleil….
Je ne suis pas dupe et je reste sur mes gardes. Elle n’est pas Rayond’soleil, et je suis un appui passager dans sa vie. N’empêche que certaines personnes vous donnent envie de vous battre plus fort encore, de casser les codes, envoyer valser les lignes et encourager la bienveillance ….

L’oral est une torture pour elle, empêchée de totalement lâcher la bride par une timidité envahissante. Je m’inquiète du jour j en silence, mais l’œil de la pro sait que cela sera compliqué, et qu’il me faudra gérer l’instant avec elle.
Je fais de mon mieux pour la mettre à l’aise mais sa voix est si fluette que j’ai peur qu’elle ne se brise en mille morceaux.
Le groupe est composé d’une demi douzaine de personnes, chacune touchante à sa façon. Je ne peux pas faire le portrait de chacun, et celui de E a bien évidemment sa place ici, puisqu’elle est « différente » et que c’est cette différence qui créé sa non insertion au sein d’une société pas encore tout à fait prête. et que je souhaite me battre pour qu’elle le devienne.
Alors que nous entamons la seconde semaine, je la vois évoluer doucement, comme un fragile papillon qui étendrait doucement ses ailes, sortant du cocon confortable de son col roulé. Elle finit même pas plaisanter et prendre sa place au sein du collectif, révélant des compétences inestimables dans plusieurs domaines. Elle devient l’appui de ses compagnons du moment.
Le jour J, concentrée sur le geste métier, E est incroyable d’aisance et d’exécution.
Le grand oral aura raison d’elle. Si elle réussit à se présenter sans trop de difficultés, moi à ses côtés, elle s’effondre rapidement en coulisse. Elle pleure, tant que je me sens désemparée.
Et c’est le parallèle avec Rayond’soleil qui nous sauvera la mise et la soirée. Ce ne sont pas des pleurs de détresse ou de chagrin, mais un trop plein d’émotions. Le groupe se termine emmenant avec lui ses bons moments, son Cv a plu, elle qui pensait n’intéresser aucun recruteur se voit convoitée par plusieurs, et le stress de la journée de préparation et de présentation retombe brusquement.
E déborde littéralement d’émotions. Elles coulent sur ses joues pour vider la soupape, pour empêcher l’implosion.
Je prends le temps doucement de la rassurer : elle est normale, ça fait beaucoup en pas longtemps et il « faut que ça sorte,hein ! » et il est difficile de tourner cette page…
Je ne sais pas si E va être embauchée, mais je le lui souhaite, et je le souhaite à la personne qui lui donnera sa chance.

C’est un petit diamant qui s’ignore, parce que la société lui a toujours renvoyé l’image d’un trouble, d’un dysfonctionnement…
Je vous laisse, elle m’a promis qu’elle passerait, je vais préparer  un café !

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Les petites cases

Les jolies petites cases, rassurantes, classifiantes.

Celles qui nous dictent les comportements à adopter, celles qui nous enferment dès la toute petite enfance.

Il ne fait pas ses nuits, à 3 mois? Elle tête encore (!!!) à 12 ? Il marche déjà à 11 mois, pas encore à 15…

Déjà tout petit, il faut se conformer, entrer dans la moyenne. Ni basse, ni haute, tant qu’à faire. Pour ne déranger personne.

Vient ensuite l’école, où dès 3 ans il FAUT savoir vivre en société. C’est marrant, moi qui pensais bêtement que la vie en société pouvait s’apprendre là bas. Nan mais vous inquiétez pas, pour résoudre le problème de ces enfants complètement asociaux, JeanMichMich notre ministre a décidé qu’ils iraient TOUS à l’école (enfin non je crois qu’on reste à peu près sur une instruction obligatoire comme pour leurs aînés, mais je me demande ce qu’on apprend à des mouflets hauts comme 3 pommes sinon la vie, et euh avouons qu’on parle uniquement des 3% qui n’y allaient pas et que personne ne surveille jamais hein!!) avec les sous de vos maires, qui n’en avaient déjà plus !

Bon je m’égare mais les réformes successives qui brassent de l’air, enfoncent des portes ouvertes au lieu de réellement s’attaquer au sujet de fond (Cette INCLUSION que nous réclamons à corps et à cri depuis 100000 ans, au moins) m’énervent. Et si on parlait des 70% d’enfants autistes qui n’ont pas accès à l’école maternelle ? Oui 70 !!!!

79% seulement des enfants handicapés entre 3 et 6 ans pris en charge sont scolarisés. (21 % d’oubliés de JeanMichMich) et sur ce chiffre seuls 55% le sont à temps plein même en primaire….

Continuons. Si votre enfant est excellent en lecture mais traîne les pieds en calcul (ou l’inverse), on n’oubliera pas de vous dire qu’il est « en retard », dès le CP. Par contre s’il est en avance, on va vous accuser tranquillou de l’entraîner à la maison, et oh, il sort du cadre, le bougre !

Idem pour les passions dévorantes. La lutte devient le centre de sa vie, c’est bizarre non ? Comme l’histoire, et tout un tas de choses moins conventionnelles que le foot, il serait cool de garder à l’esprit que les passions des enfants c’est le foot pour les garçons et les poupées pour les filles. Zut à la fin, vous voulez en faire des originaux ou quoi ?

Je vous raconte pas mon propre malaise d’avoir été un garçon manqué pendant des années. J’aimais les voitures téléguidées et les cabanes dans les arbres, une vraie marginale. Tellement je me sentais rabaissée dans ce mot « manquée » que je racontais que je m’appelais Alexandre et que j’essayais de pisser debout. Bon ça n’a pas tenu au delà de la puberté comme stratagème, et j’ai été une fille du coup. Saleté de société binaire.

Restez, parce que j’ai pas fini !

Faut être moyen dans cette société. Rentrer dans une case.

Une jolie case qui te lâche pas non plus quand tu es un adulte. Tu dois être responsable. Ne joues pas, ne ris pas trop fort, fais la fête mais pas trop. Laisse tes émotions le plus profondément enfouies au fond de toi. Ne crie pas quand t’es fâché, ne dis pas quand t’es pas d’accord, ne pleure pas quand t’es triste, ne crie pas de joie ou de surprise. Tu m’étonnes que mon Avalanche sois déjà pris du syndrome de Peter Pan, moi aussi j’en veux.

Ne sois pas trop grosse, mais ne sois pas trop maigre. Pas trop sexy, et assez musclé quand même. Viril et aussi fragile.

Moyen en tout….

Le boulot ne t’épargne pas lui non plus avec ses propres cases, suite logique de tout ce qu’on t’a fait subir avant…Sois un bon petit soldat, rentre dans le rang et sois soumis aussi. C’est pour ton bien. Bosse et tais toi. Sois comme les autres. Sois créatif  mais pas trop quand même, ne bouscule pas l’ordre établi et ferme bien ta bouche surtout. Puis rappelle toi que si tu sors de la case, quelqu’un d’autre peut y rentrer à ta place. Bon petit soldat parfaitement interchangeable.

Et si la vraie révolte était dans la tolérance ?  Si la vraie richesse était dans la différence justement ? Je suis pas un bisounours (ah vous aviez vu ? ) et je sais qu’on ne peut pas être d’accord sur tout.

Je n’utilise plus que de loin en loin les réseaux sociaux, je ne m’y retrouve plus. On a tendance à voler vers l’entre-soi pour ne plus se confronter à ceux qui ne sont pas comme nous. Et si on a vraiment besoin d’appartenance, parce que c’est humain, je pense qu’il est dangereux de ne plus côtoyer que des personnes qui sont et pensent comme nous. Parce que cela ferme l’esprit. Et laisse la part belle aux cases justement, cases que je déteste, cases qui m’étouffent, m’enferment, et rendent la vie binaire. Homme/femme, Faible/fort, gentil/méchant, normal/anormal.

Les discriminations j’en peux plus, et elles sont encouragées par les réseaux, on le voit tous les jours !  On n’aime pas les homos, pas les femmes, pas les étrangers, pas les handicapés, pas les pauvres et pas les riches non plus. Ce n’est pas nouveau cette peur de l’autre, ce qui l’est c’est que la parole soit décomplexée au point que les gens l’affichent sur leurs murs. Hier, dans mon émission favorite il se disait que ce qui s’écrit sur les réseaux doit pouvoir se dire lors d’un dîner par exemple. J’irai plus loi, ça doit pouvoir s’afficher en 4 par 3 devant votre maison. Réfléchissez mieux.

Je suis différente. Différente de ma voisine, de mon boulanger, différente de ma collègue, de mon fils, de mon mari et de tous les autres humains.

On m’a demandé en dédicace la semaine passée ce qu’était la normalité et j’ai répondu que c’était une case dans laquelle on voulait absolument faire entrer tout le monde au pied de biche et je le pense. Je ne veux pas être normale. Je ne veux pas être enfermée dans une case et surtout, surtout je ne veux pas qu’on considère ma fille comme anormale. Vous pourriez penser que cela me fait de la peine mais non. Cela me met dans une rage folle. Elle FAIT PARTIE de la société elle aussi. Elle a le pouvoir de la changer. Tous les êtres « différents » que nous sommes l’ont. Bougeons-nous !

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Alors je me lance un nouveau défi en plus du projet photo, parce que je crois que je suis hyperactive en plus de pas être toute seule dans ma tête, c’est d’aller prôner la beauté de la différence partout où on voudra bien m’accueillir.

Parce que la différence de Rayond’soleil m’a faite grandir, m’a rendue plus belle (en dedans) j’ai envie de le partager avec les Autres.

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Femme de 2030

Je suis une femme de 2019.

Je veux rire et pleurer,

Je veux vibrer pour le sport qui me plait,

Je veux pouvoir le pratiquer.

Je suis une femme de 2019…

Je veux tomber et retomber amoureuse tous les jours si ça me plait,

Je veux aimer mille fois, vivre mille vies,

Je veux sentir sa main dans la mienne,

Pouvoir choisir si c’est une main d’homme ou de femme.

Je suis une femme de 2019,

Je veux aider mon prochain sans que vous ne me trouviez faible,

Je veux montrer au monde qu’on peut être différent et heureux,

Je veux crier les différences, toutes, elles sont belles, elles sont douces !

Je suis une femme de 2019,

Je veux élever ma tribu dans la bienveillance et la gentillesse,

Je veux leur donner le goût des autres, le goût de l’Autre,

Je veux leur montrer qu’on tend 100 fois la main, sans rien attendre en retour.

Je suis une femme de 2019,

Je veux être libre de rire à gorge déployée, de manger avec les doigts,

Je veux pouvoir embrasser  à pleine bouche, serrer très fort les gens sur mon cœur,

Je veux pleurer à chaudes larmes et trembler de peur dans le noir.

Je suis une femme de 2019,

Je veux vivre la non-violence au quotidien, je veux croire en tout ce qu’il me plait,

Je veux collectionner les pierres, et être entourée de chaleur et d’amis,

Je veux boire des mojitos en été, et manger des raclettes en hiver,

Je veux être fière de mon corps, et ne pas avoir honte de mon esprit.

Je suis une femme de 2019,

Je veux m’habiller comme il me plait sans suivre les diktats de la mode,

Je veux marcher dans la rue sans craindre pour mon intégrité,

Je veux courir dans la neige, et avoir de l’audace, beaucoup d’audace,

Je veux avoir mes émotions à fleur de peau, n’avoir aucune barrière.

Je suis une femme de 2019,

Je veux être révoltée, rebelle, tendre et entière,

Je veux vivre à 100 à l’heure, être une mère,

Je veux aussi être une femme, une amie, une amante, une fêtarde.

Je suis une femme de 2019, et les changements actuels me font peur.

On glisse, c’est imperceptible et je me demande quel sera ton avenir.

Tu sera une femme de 2030 ma fille, et toi, que voudras-tu  ?

Je te souhaite de vouloir tout ce qui te passera par ta jolie tête de rêveuse.

Je te souhaite surtout l’immense bonheur de pouvoir être aussi libre que nous le sommes.

Je me sens parfois prisonnière, entravée, mais quand je vois ce qui se passe autour,

Je me dis juste que nous sommes en train de nous prendre un gros recul.

Et comme à chaque recul, nous les femmes seront en première ligne !

Alors à toi la femme de 2030 qui habite chez moi, je te fais une promesse :

Je vais me bagarrer, quitte à me transformer en Rocky et aller apprendre à boxer, pour que tu jouisses de ces libertés qui ont été si chèrement acquises !

Tu le mérites bien…

Lneige2019 (Copier)

 

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Pour te comprendre

Avant de débuter ce texte, je pense pouvoir dire qu’il pourrait hypothétiquement être le début du premier chapitre du tout aussi hypothétique opus numéro 2 de  » Comme un petit rayon de soleil »…. 

Pour te comprendre il m’a fallu oublier tout ce que j’avais appris.

J’ai commencé par te sentir, te ressentir.

Comme si mes sens s’éveillaient l’un après l’autre lentement.

Je reconnaitrai, parmi toutes les autres, ton odeur, sucrée, douce, chaude.

Je connais par cœur le grain de ta peau, moelleuse, tendre comme seules sont les peaux de nos enfants.  Je laisse courir mes doigts si souvent sur tes joues, sur tes bras. Je sais chaque bobo, chaque petit bouton, chaque aspérité.

Tu ris. Un rire cristallin, communicatif. Même les animaux ont envie de rire avec toi, je l’ai vu dans leur façon de te regarder.

Je te mange de baisers comme seules les mamans et les papas savent le faire, comme pour oublier que bientôt, tu te cacheras derrière ton âge pour me repousser. Tu as le goût de chocolat.

Me repousseras-tu le jour où ma peau à moi sera trop ridée, quand je sentirai le vieux ?

Quand je vois tes fossettes, tes cheveux dépeignés, tes doigts tout collants, tes vêtements trop colorés pour une adulte, je vois tout ce que je ne suis plus.

Pour te comprendre, il m’a fallu oublier tout ce que j’avais appris.

Les mots sont mâchés, hachés, nasillés. Les gestes maladroits. Le rire parfois démesurés…

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Ou au contraire, tu parles trop, toujours, tout le temps, et jamais comme un enfant.

L’allure ne rentrait pas dans le moule. Trop doucement. Trop vite. Le moule…Ennui mortel !

Nous avons couru les salles d’attente, besoin de comprendre n’est ce pas…Je n’avais pas encore compris que je prenais la vie du mauvais côté…

J’ai cherché des réponses qui n’existaient pas à des questions que je m’étais imposées… Pour quoi faire ?

De désillusion en inquiétude nouvelle, je me suis battue avec une énergie désarçonnante.

Pour te comprendre, il m’a fallu oublier tout ce que j’avais appris.

Le moule. Trop vaste ou trop étroit, il ne nous convient pas. Je crois que notre famille n’en a pas fini avec l’atypie mais ce n’est pas grave.

A chacun ses talents et j’ai décidé de balancer les préceptes au feu (mais pas la maîtresse au milieu, cette année elles sont sympas !) ainsi que tous les discours sur l’éducation, et l’allure à laquelle les enfants DOIVENT se développer.

Allez hop, on respire, on souffle un grand coup, et c’est parti.

Pour oublier j’ai commencé par gommer toutes les différences et redessiner à la place des sourires, et des forces.

La différence, ou le handicap, ou la maladie, l’atypie en somme, n’est pas une fatalité ni une quelconque faiblesse mais bel et bien une richesse de la vie.

J’ai oublié ce que j’avais lu sur les rythmes de l’enfant, et décidé que chacun d’entre vous vivrait à son allure. Plus vite, plus lentement. Peu m’importerait.

J’ai oublié le langage de la bouche pour celui du corps, j’ai oublié le rangement et la cuisine bien propre au profit de tes apprentissages. J’ai aussi oublié le chronomètre, le temps qui court.

Le temps trop court, qui nous contient, qui nous contraint.

Tu l’étires. Tu te moques de l’heure. Tu as tellement raison.

Tu n’es pas raisonnable, mais qui l’est ? Et pourtant, je croyais qu’il fallait l’être. Heureusement que j’ai du oublier ce que j’avais appris.

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J’ai changé mon fusil d’épaule, j’ai appris de nouvelles choses, de nouvelles idées.

Tu t’ennuies, t’en veux plus, tu veux autre chose. Tu m’épuises de puiser en moi toutes les ressources pour étancher ta soif de connaissances…

Tu ne suis plus, tu n’y arrives pas, tu rages, tu tapes du poing sur ton matelas.

Tout va trop vite, ou trop lentement.

Pour te comprendre, j’ai surtout dû me doter de sacrés capacités d’adaptation.

Pour te comprendre toi mon enfant, mon petit, ma moyenne, mon grand, tous différents…

 

C’était bien plus simple de moi m’adapter que de vous demander de chacun le faire.

Essayer d’être spectateur de vos envies et moteur de vos projets.

Lire, lire, emmagasiner des informations et en oublier plus de la moitié.

Trouver des solutions qui vous conviendraient, les essayer, et en jeter encore la moitié.

Vous porter le plus loin possible sur le chemin que vous voudrez emprunter….

Vous aider dans les chemins de traverse, accompagner vos moments de doute, donner la patience, l’amour inconditionnel, des chocolats chauds sans lactose, des câlins même quand je n’en peux plus de fatigue au milieu de la nuit, pour éteindre un feu imaginaire dans une petite tête bien pleine.

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Pour te comprendre, il m’a fallu oublier tout ce que j’avais appris.

Tant mieux !