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#portrait du jour…45

C est une amie de longue date. Nous avons travaillé ensemble il y a de longues années dans un fast food dirigé par un clown.

Elle était ma manager, et on s’est vite lié d’amitié. Même tempérament énergique, même envie de croquer la vie, nous avons adoré travailler ensemble.

Travailler et faire la fête. J’ai vu naître sa fille, aujourd’hui adolescente, son fils, et elle a vu naître mes 3 enfants. 5 visites à la maternité, 5 « il est magnifique !!! », 5 doudous et aussi 5 pyjamas, 5 fois l’occasion de gâter ces petits bouts de nous.

J’ai vécu ses drames, et elle a accompagné les miens. Elle m’a vue éclore, grandir, aux côtés de Rayond’soleil…

Elle a quitté la restauration rapide pour réaliser son rêve : racheter le bar et l’appartement dans lesquels elle avait passer son enfance avec ses parents. Elle a sorti toutes ses réserves, elle s’est démenée et elle y est arrivée. Elle est cheffe d’entreprise, elle tient la boutique, avec son sourire, ses beaux yeux vairons et son franc parler inégalé.

Son ancien job l’avait mangée, anéantie, étiolée. C’est le burn out qui l’a décidée tout à fait. Quand le corps refuse d’aller au travail, c’est qu’il est temps de prendre son destin en main.

Evidemment les conditions ne sont pas faciles. Elle trime. Elle fait des dizaines d’heures, sert parfois peu de monde, avec les frustrations que cela engendre, elle ne prend pas de vacances et peu de weekend. L’argent, le nerf de la guerre, n’est forcément plus aussi régulier qu’avant.

Pourtant, elle ne se plaint pas. Elle aime sa vie, son indépendance, elle aime être la seule à décider, elle aime ce qu’elle a construit.

Depuis quelques années, elle se heurte aux regards des autres. Le fils de C rencontre des difficultés à l’école. Il est un peu têtu, et ne rentre pas dans le moule. Elle fait tout ce qu’il faut pour l’aider, pour apaiser son attitude, pour parfaire à ce que l’école n’entend pas lui laisser passer.

Il est suivi. Régulièrement. Et par plusieurs professionnels qui l’aident à ne pas creuser ses lacunes. Il fait des efforts surhumains.

Et pourtant, il reste aux yeux de tous comme le fils de la nana qui tient le bar. Le truc bien lourd de sous entendus. Il est forcément livré à lui-même, forcément mal élevé, elle a peu de temps pour lui, elle ne fait pas d’effort. Inhumain ?  Oui, complètement.

Parce qu’on peut avoir son entreprise et élever correctement ses petits. On ne devrait pas juger si rapidement. Qui est-on ? Il faut se rappeler qu’on est tout petit. Tous.

Le fils de C est régulièrement montré du doigt par les maîtresses, qui au lieu de le considérer comme un enfant en difficultés, le considère comme un môme difficile. Facile, bien plus que de se mettre à sa hauteur.

J’ai la rage au ventre à chaque fois qu’elle m’en parle. On dirait du harcèlement scolaire, mais fait par les adultes, pour changer un peu.

Elle ferme le mercredi après-midi, un peu plus tôt, pour accompagner le petit aux séances d’orthophonie. Elle court, à droite à gauche. Quand se repose-t-elle ? Jamais vraiment.

Le bar, la maison, les enfants…peu de temps pour les loisirs. Elle l’a choisi, il est vrai. Mais parfois, je sens bien que ça lui fait beaucoup. La vie nous éloigne souvent de ceux qu’on aime, et moi j’aime à me retrouver avec C, quand on ferme le rideau, qu’on boit des cappucinos géants en refaisant le monde, en se rappelant la fois où les éboueurs nous avaient fait prendre conscience de l’heure très très tardive, ou juste en l’écoutant me raconter comme ça peut être dur parfois d’être une maman, quand on se reflète dans les yeux pas très compatissants des gens…

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Portrait du jour…6

Jo a mon âge. Elle est monitrice de portage, l’un des piliers de ma propre association à laquelle elle adhère dès le départ.

Jo, elle est comme ça, elle fonce, elle ne se pose pas de question quand il s’agit de tendre la main. Jo est douce, tendre, et lorsque nous échangeons par message, elle me fait penser à un bonbon. Lorsque nous nous appelons, je remarque la douceur de sa voix, j’imagine le bleu de ses yeux. Instinct.

Jo s’investit à fond dans l’aventure Portage et handicap, en parallèle de sa propre association. Une bénévole engagée, passionnée.

Ce n’est pas la rage qu’elle a au ventre, c’est l’amour. Je ne dis pas qu’elle ne fait pas partie de la tribu des lionnes, mais Jo elle se bat en souriant, tout le temps. Pas de grognement. Jamais.

Quand elle s’est sentie prête, elle m’a confié son histoire. Sa fille a une cardiopathie. Un jour tout allait bien, le lendemain, c’était l’enfer au dessus de leurs têtes. Avec un frère tout bébé à allaiter, à rassurer, à élever, à porter, Jo a dû affronter les longues heures d’hôpital, le bloc opératoire, le cœur de sa toute petite fille tout juste née sur le point de déjà abandonner l’idée de poursuivre une vie ici bas.

La vie ne tient qu’à un fil. La famille s’est resserrée, se nourrissant affectivement les uns des autres, puisant leur force dans l’amour et la foi en l’avenir. Le bébé a survécu. La bataille n’est pas finie pour autant mais Jo s’attache à cette victoire. Elle a gagné, ils ont gagné ! Leur fille s’est accrochée à ce fil de toute la puissance de ses minuscules mains.

6 ans plus tard, elle en garde des séquelles. Difficultés d’apprentissage, violence de l’effort à apprivoiser.

Les dossiers MDPH s’enchaînent, les RDV à l’école avec des maîtresses pas toujours compréhensives aussi, et des lucioles dans la difficulté, comme cette AVS en or, comme ce nouveau bébé qui arrondit son ventre.

Elle en verse des larmes ma Jo, oh oui, ça lui arrive. Mais derrière la pluie, renaît toujours le beau temps.

Je l’ai rencontrée l’an dernier pour la première fois en « vrai ». La pudeur qui est mienne m’a empêchée de la serrer très fort contre moi mais notre amitié entamée sur le web était une évidence. Elle n’est que chamallow. Sa voix est aussi douce que ses yeux sont bleus (j’avais donc raison), et jamais elle n’arrête de sourire. Un sourire franc, sincère et engageant. On a la sensation que derrière cette sensibilité affichée comme un étendard, elle cache une force incroyable.

Jo vient d’ouvrir sa propre micro-crèche. Reprenant des études à 35 ans et avec plusieurs enfants, tous petits, elle a passé haut la main toutes les épreuves : diplôme, agrément, construction, recrutement.

Le plus beau de l’histoire, c’est qu’en plus d’avoir pu former toute son équipe au portage, elle a réservé des places au sein de sa structure pour des enfants handicapés.

Elle trace la route, elle montre l’exemple. Elle n’est plus une luciole, mais une étoile.

Chapeau bas.

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#portrait du jour…1

Je démarre cette série des portraits du jour avec un homme…Les portraits du jour seront dédiés à des personnes que je laisserai anonymes mais qui me touchent ou m’ont touchées…

Il s’appelle N, il a la quarantaine bien tapée, et si je l’accompagne, c’est dans le cadre de mon travail.

On s’est rencontré l’an dernier, il m’avait fait une super impression lors de notre premier entretien. Motivé, volontaire, ici depuis peu mais maîtrisant parfaitement la langue.

Je ne m’étais pas trompée. Je me fie souvent à un instinct, qui bien que faillible reste fiable. Il a peu de temps après ce début de suivi était embauché.

Les premiers temps, tout allait bien, et d’un coup plus du tout.

Personne ne s’expliquait les difficultés subites.

N était pourtant bien entouré. J’assure le suivi en entreprise aussi. Il n’est pas resté. N a quitté son emploi. Je le retrouve donc à la sortie. 8 mois se sont écoulés.

N est terne, taciturne. N a un je-ne-sais-quoi dans les yeux qui allume un voyant rouge dans ma tête mais ses lèvres restent serrées, fermées sur ce secret si difficile à sortir. Je respecte, brusquer les confidences n’est jamais bienveillant ni utile.

3, c’est le nombre d’entretiens qui lui aura fallu pour lâcher le morceau.

N a eu un bébé en novembre juste quand il a quitté son job. N est content, c’est inespéré un bébé, c’est beau, c’est doux, c’est leur premier bébé.

Alors pourquoi ça ne va pas ?

Le bébé est né avec une particularité génétique bien connue. La trisomie 21.

N et sa femme ont appris la nouvelle en début de grossesse.

Personne dans l’entreprise n’a su pour cette paternité. Je n’ai pas su non plus. Est-ce que ça aurait changé quelque chose au fond ?  On en a reparlé ensuite, avec son patron, de ce qu’on avait raté. On aurait pu s’auto flageller…J’avoue que j’y ai beaucoup pensé.

Ce genre d’histoire de vie, ça te remet un peu d’humilité dans ta façon d’exercer. Tu te rappelles que tu n’es pas omniscient, que tu dépends à chaque entretien de ce que la personne voudra bien te livrer. De son humeur et de la tienne, de ta capacité à lire les signaux qui n’est pas égale tous les jours, de l’empathie et de l’écoute qui reste fluctuantes, et de ce masque que l’autre n’est pas toujours prêt à tomber.

A ce fameux troisième entretien N me montrait toutes ses dents, souriant et acceptant les choses en façade. Il me montrait tellement ses dents que le voyant dans ma tête est resté allumé.

Depuis, je le vois affronter les choses, les rendez-vous qui se multiplient, la mise en place du suivi, et la réalité dont il n’avait pas idée avant, et j’ai envie de lui dire que ça ira, que c’est effectivement quelque chose avec lequel on vit, qu’aujourd’hui il voit se dessiner les contours d’une vie à côté de ses pompes mais que c’est aussi et surtout une chance de changer l’avenir. Que les épreuves, ça c’est sur, il en aura, plus même qu’il ne le pense. Mais que les épreuves, c’est pas ce dont ce bébé se rappellera.

Qu’il se rappellera de ses bras l’entourant en toute confiance. De son sourire et de ses encouragements.

Mais je ne peux pas lui dire que je sais tout ça, que je le vis, ce ne serait pas très professionnel. Et il n’est pas prêt à l’entendre, car il n’est pas prêt à dire comme il souffre de la situation, parce qu’admettre souffrir, ce serait dire qu’on aurait aimé que l’enfant ne soit pas tel qu’il est. Il paraît que chacun fait le deuil de l’enfant fantasmé, de l’enfant parfait, c’est encore plus vrai pour nous. Et ce n’est pas une honte. Au début, on voit les difficultés, on a peur de l’avenir, on flippe, on angoisse, on se stresse, on imagine (alors qu’il ne faut pas imaginer mais laisser venir).

Alors, à N, quand il vient à mes rendez-vous, je lui souris, et je lui dis que je suis là, que je peux tout entendre sur tout, et que je l’aiderai, avec toutes les compétences que j’ai en stock.

Demain, je vous parlerai de E, si jeune et si courageuse.

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Peur…

 » J’ai peur ! »

Bien sûr qu’elle a peur.

Nous sommes grimpés tout en haut. Nous avons d’abord pris le téléphérique, c’était un peu impressionnant tout ce vide sous nos pieds, mais elle a accepté l’idée, mine un peu inquiète mais sourire aux lèvres. Elle s’est lancée dans l’aventure, sa petite main au creux de la mienne.

Puis, chemin escarpé ou non, nous voulions voir les montagnes tout autour. Il a fallu monter. Une main chacun, les encouragements des frères et des copains. Les cailloux roulaient un peu sous nos semelles, et malgré le vent frais, nos joues étaient roses, mais nous sommes arrivés tout en haut du sommet du monde, essoufflés et fiers.

Nous nous sommes gavés les yeux de la vue, et les poumons de l’air pur. Elle s’est assombrie un peu. L’angoisse de la descente. Une main chacun, mais les larmes n’étaient pas loin. L’Amoureux, sauveur invétéré de sa princesse, l’a saisie à bras, et a fait ainsi, son chargement sur une épaule (ou presque), les dix premiers mètres.

C’est pas comme si j’avais pris un porte-bébé, just in case.

Il est resté au fond du sac.

Elle a fini la descente à pied, pas rassurée. Mais elle l’a finie !

Je lui ai dit « Quel courage ma puce ! ». Elle a secoué la tête. Elle avait pleuré. Elle n’était donc pas tellement d’accord.

Alors, je lui ai glissé au creux de l’oreille ces mots que j’aimerai vous dire à tous:

 » Le vrai courage ce n’est pas de n’avoir peur de rien. Le vrai courage c’est d’avoir peur, mais d’avancer quand même !  »

Quelle que soit la situation, nous avons le droit d’avoir peur, et de puiser le courage au fond de nous pour essayer d’avancer.

J’avais peur de ne pas être à la hauteur de la maternité, et encore moins de celle de la maternité parallèle. Peut-être que mes enfants ne m’ont pas laissé d’autres choix que d’avancer. J’avais peur que la vie me la prenne, mais j’avais tellement envie, besoin qu’elle ait une vie heureuse avant tout…

Rayond’soleil a peur. Peur de tomber dans les cailloux, peur de retomber en vélo, peur quand elle n’a pas pied, peur d’être séparée de moi, de nous et de bien d’autres choses…

Le vrai courage, c’est de remonter sur son vélo 10 minutes après la chute, c’est me faire confiance en s’agrippant à mon dos sans brassard pour s’éloigner du bord du lac, c’est se dépasser à chaque instant, chaque jour pour atteindre des sommets, c’est réussir à profiter de la semaine en classe de mer.

Le handicap n’est pas un frein au courage.

Je ne connais personne d’aussi volontaire qu’elle. Je l’admire ma toute petite championne.

Quand je l’entends rire à s’en tordre les boyaux, les larmes me montent presque toujours aux yeux.

J’ai l’enfant la plus courageuse du monde. Elle affronte cette vie à part, que la société lui rend difficile, avec une joie de vivre inégalée.

Oui t’as peur Rayond’soleil, mais tu sais tellement bien faire avec…

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Insertion professionnelle…et enfant handicapé !

L’insertion professionnelle.

Mon métier.

Parent d’enfant handi.

Ma vie. En partie.

Du coup, j’avais envie de vous parler de l’insertion professionnelle, socioprofessionnelle même, voire juste sociale, des parents d’enfants en situation de handicap.

S’insérer.

Parce qu’on s’est éloigné. Bien sûr, au début, on n’y pense même pas.

Happés par le quotidien, les séances qui s’empilent, c’est même pas envisageable. Les connaissances disparaissent du paysage, les amis prennent de la distance. Alors le travail…

Vous avez mis au monde une exception. Vous l’aimez. Cette exception vous prend une grande partie de votre temps.

Pas, ou peu, de crèche, pas de nounou, pas d’école…PAS PAS PAS.

Vous vous heurtez à tant de murs, tant d’impossibles, que la seule solution pour vous c’est de prendre soin.

Aidants.

Vous n’aviez pas envie, souvent, vous ne saviez même pas que ça existait.

Votre monde se met à tourner autour de votre enfant.

Vous ne vouliez pas, et pourtant.

Parfois, votre patron vous a gentiment demandé de partir. Ou de faire un effort « tu comprends, tous ces RDV, ça nous arrange pas. »

Ah. Comme si cela vous arrangeait, vous. Comme si voguer d’un cardiologue à un généticien était le lot commun des parents.

Aidants mal aidés.

J’ai écrit à Monsieur le Président (gare à celui qui l’appelle Manu, il est voué à une humiliation publique) qui n’a pas daigné me répondre. Notre sort n’intéresse pas. Nous sommes trop peu visibles. Pourtant l’insertion, c’est primordial.

Qui m’aide ? Ou plutôt, qui nous aide.

C’est vrai que je parle un peu de ce que j’ai connu. D’une époque pas si lointaine où mon monde tournait autour d’elle.

Une reconversion plus tard, armée jusqu’aux dents, la rage féroce au bide d’avoir ma place dans cette société malgré les bâtons dans les roues, j’arrive à concilier ma vie de femme, et ma vie professionnelle.

Elle a fait de moi une femme à part.

Je dois travailler plus que les autres, c’est ainsi. Parce que j’ai toujours un RDV. Ici ou là-bas. Parce que je parcoure le département, et parfois au delà pour assurer son suivi.

Que font les mères qui ne peuvent pas se le permettre ? Les pères ?

Rayond’soleil a sa place à l’école.

Que font les parents qui voient leurs minots écartés de celle-ci, qui attendent sur les longues listes de IME, des SESSAD ? Qui n’ont pas ou peu de prise en charge ? Donc pas de temps pour eux ? Qui assument tous les rôles, tous les jours…

Parfois, j’aimerai souffler.

Avoir une demi-journée à Royat tonic. Et je repense à ces parents qui aimeraient avoir une demi-journée pour voir des gens. Juste voir des gens, sans blouse blanche, ni stéthoscope. Voir des gens sans gérer la crise de leur enfant, sans se soucier de lui. Une vie normale, même juste 3 heures.

Ça m’apprend l’humilité vous voyez !

Moi j’ai le temps. Je fais ma semaine, bon an mal an. Parfois je ne mange pas pour récupérer des heures, pour les engranger. Parfois je réponds aux mails depuis la salle d’attente, je lis des rapports.  J’ai de la chance. Même si c’est dur.

Même si à chaque fois que je demande une heure pour l’ophtalmo, la kiné, le compte rendu psychologue, la réunion ESS, j’ai l’impression d’abuser, de demander encore un service, de mettre tout le monde dans la panade, de me trouver en porte-à-faux. J’ai déjà entendu un « tu bosses jamais » lancé sur le ton de la rigolade. Mais qui sonnait si vrai que je n’ai pas réussi à le trouver drôle.

Je vois les moyens qu’on a, et ceux qui manquent. Je connais les dispositifs, et les contraintes. Je sais ce qui manque.

Alors messieurs les politiques, à quand de vraies décisions en faveur de nous, les familles, les aidants ? On ne vous parle pas d’argent, ni de bricolage, mais de considération ! De contrats aménagés. D’humain quoi.

D’Humain. C’est trop demander n’est ce pas dans le monde d’aujourd’hui. Hyper mondialisation, libéralisation, hyper productivité, hyper effectivité.

Moi, je rêve d’un monde où tous les parents auraient une vraie place, même petite. De structure d’insertion ouverte à l’absentéisme, de patrons conciliants qui comprendraient, de structures d’accueil ponctuel, temporaire. D’accommodations qu’on pourrait imaginer normales.

J’en ai marre de cette montagne infranchissable qu’on appelle l’emploi.

Alors Manu, on en parle ou tu es trop occupé à sermonner les collégiens ?

 

 

 

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Porter les liens…

Handicap physique, handicap psychique, maladie, idéal dévasté, annonce…

Ca fait beaucoup pour un papa, pour une maman, pour un couple qui reçoit et accueille la nouvelle de la vie qui les attend.

Qu’est ce qui nous prépare à ce basculement, à cette bifurcation de nos vies ?

Etre parent est un défi, un bouleversement. Alors quand l’enfant qui arrive change votre vision du monde, encore plus qu’un autre enfant, quand il arrive trop tôt, dans votre vie, ou dans la sienne (prématurité), quand la précarité s’en mêle, c’est encore plus difficile.

Etre parent nécessite de grandes capacités d’adaptation, et un sens aigu des priorités.

Alors comment tisser un lien avec l’enfant qu’on n’a pas attendu ou auquel on ne s’attendait pas forcément ?

Chez les Petits Bonheurs, nous sommes convaincus que le portage peut vous aider.

Difficile de parler de handicap social, ou de handicap relationnel. Le mot est moche, il fait peur, il semble implacable et inexorable, éternel. Et pourtant, c’est le cas.

Il faut construire ou reconstruire.

Quand on a passé des mois à courir les cabinets de rééducation, à ne pas pouvoir ramener son bébé à la maison, à dormir en foyer mère enfant, sans savoir de quoi sera fait le lendemain, les liens se distendent parfois, et un coup de pouce bienveillant est le bienvenu.

Porter pour se rapprocher physiquement d’abord, le corps à corps d’abord, pour rouvrir les vannes de l’amour, pour la tendresse, et pour le bonheur.

Porter pour un cœur à cœur, tous sentiments dehors, les larmes de sa crise de rage à peine séchées, qui tracent des sillons sur ses joues aussi.

Porter contre soi quand il ne nous reste plus que ça pour tenir debout.

Porter quand la vie est une épreuve, et quand on la traverse comme des champions, malgré les embûches.

Le portage oblige à la proximité. Réparer le lien après une dure journée, créer le lien aussi parfois quand l’annonce a été trop brutale, trop impossible à entendre, à comprendre, à accepter…Accepter de tenir l’autre contre soi, c’est commencer à l’apprivoiser.

C’est dur n’est-ce-pas de se dire que parfois le lien parent-enfant est à créer ou à réinventer.

Et pourtant, il faut réussir à décomplexer ces parents désemparés par ce que la vie leur a donné (ou ce qu’ils pensent qu’elle leur a pris !). Oui, c’est difficile d’élever un enfant et à fortiori quand il est différent, ou quand vous même l’êtes puisqu’il y a aussi la pression du regard des autres.

Bien sûr que c’est un long chemin que la parentalité, surtout si vous même ‘avez pas connu les bras aimants, et une relation douce quand vous étiez petit. Le cercle peut être rompu. Vous pouvez décider d’en sortir, et nos mains seront tendues pour vous aider à vous aussi.

Lors de la première session de formation de Portage et Handicap, nous nous sommes  énormément questionnées sur le fait d’ouvrir nos portes aux couple parents enfants qui peinent à créer du lien, et des mots à mettre dessus. Nous avons décidé de rester discrets, as usual, et de ne pas mettre un mot tiroir sur ces difficultés qui sont multiples.

Ceci étant dit, si vous ressentez le besoin de nous contacter, soyez assurés que vous serez reçus avec empathie. Si vous êtes éducateurs, assistant social,… et que vous percevez un besoin, sentez vous libres de nous appeler pour venir en renfort. Même si le seul handicap c’est celui qui fait que vous ne vous sentez pas entier…Peu importe le mot, ne restez pas seul face à cette incompréhension !received_15334993301105611453347724.jpeg

 

 

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Moi aussi, j’ai crié

Et moi aussi j’ai crié.

Après une énième confrontation avec Avalanche, j’ai crié.

Je l’ai envoyé dans sa chambre. Il a hurlé sur moi et j’ai crié plus fort que lui.

Maison de singes hurleurs.

Après une énième crise de Rayond’soleil, j’ai eu envie de me faire cuire la main à la place des courgettes. Comme ça, j’aurai vraiment su pourquoi ça réveillait chez moi toute cette agressivité. 

J’ai crié. Crié. 

J’ai eu envie de taper dans le mur. Et de dire des choses injustes.

Puis, comme tout le monde s’était calmé, j’ai eu honte.

Je me suis rappelée qu’ils n’étaient que des enfants. 

J’ai eu envie de pleurer, puis de me mettre des coups de bâtons. 

J’ai dit que je me sentais à mille lieues de la parentalité que je voulais mener : bienveillante, calme et douce.

J’ai pensé à ma copine qui se sentait tellement mauvaise la semaine dernière et à qui j’ai dit « Sois gentille avec toi même, ça commence par là… ».

Alors j’ai eu envie de crier que j’en avais marre des injonctions. 

Bigflo et Oli, ils disent  » y a pas de bon père, y a que des hommes qui font de leur mieux! », je pense que ça s’applique aussi aux mères.

  • J’ai envie de rêver d’une journée, seule, et sans personne sans  culpabiliser

  • J’ai envie que ma maison reste propre et rangée plus de 4 minutes et de me sentir raisonnable de le penser

  • J’ai envie d’entendre des rires à n’en plus finir et  que très très peu de chamaille

Je ne me crois pas mauvaise. 

D’ailleurs, je me suis excusée auprès des enfants. Dans cette maison, la règle de ne pas crier est trop peu respectée par chacun en ce moment.

Je leur ai dit quelque chose de très important aujourd’hui, juste avant de faire le burn out parental du 8 mai, quelque chose qu’ils vont retenir toute leur vie, enfin, j’espère. 

Je suis juste un être humain.

J’ai un idéal éducatif, et parfois, je m’en éloigne. Parce que je suis faillible.

Alors ça n’excuse rien, mais ça explique. Je ne suis pas parfaite, loin s’en faut. Difficile de l’admettre, encore plus en public. 

Et oui, je crie. C’est moche. 

Et je suis pourtant convaincue qu’en reconnaissant mes faiblesses, en montrant à mes enfants que je peux reconnaître mes erreurs, je leur enlève un poil de pression.

Elle peut crier sans que cela ne remette en cause en quelque sorte que ce soit l’amour ou l’estime que j’ai pour elle.

Il peut remettre en cause mon autorité, sans que cela ne remette en cause quoi que ce soit chez moi. 

Calme de lune peut claquer une porte tel un presqu’adolescent, et savoir que je pardonnerai, parce que des fois, moi aussi, j’ai les nerfs qui passent par dessus. 

Ils m’aiment même quand je crie. Ils préfèrent quand je ne crie pas, quand on fait des concours de chatouilles ou des batailles d’oreillers, quand je les porte sur mon coeur, et quand ils s’endorment sur mes genoux. Quand on peut manger le reste de la pâte à gâteau, même en en mettant partout autour de nos bouches et sur nos vêtements, quand on peut sauter dans les flaques, quand c’est pas si grave d’être en retard.

Ils m’ont tant appris sur le détachement…Et pourtant, j’ai tellement honte quand je ne suis pas la parfaite bienveillante que je voudrais être…

Bien sûr que mon ambition va au delà de garder mes enfants en vie. 

Bien sûr que chaque jour mon but c’est de passer une journée zen, détendue et pédagogique au possible. 

Bien sûr que si la vie était toujours toute rose, on le saurait!!

Oui, je souhaite les élever dans le respect de la bienveillance, de  la tolérance et de la non violence qu’elle soit verbale ou émotionnelle! 

Mais je suis une être humaine. Et l’humain est un animal.

Telle la louve, parfois je grogne après ma portée même si le plus souvent je les cajole. 

Et je commence à me dire que si je vis aussi mal ces moments où je craque, c’est à cause des injonctions. Les « sois parfait(e), à fortiori toi, la mère, à fortiori toi la mère d’un enfant différent ». Oui parce que la société, quand ton môme est différent, elle te le fait bien sentir que tu ne dois pas y être pour rien, et que tu pourrais faire des efforts, plus d’efforts, ENCORE plus d’efforts, pour qu’il rentre dans le moule quand même. 

Les injonctions sont en plus renforcées par les blogs, les compte insta, et les fils facebook.  Alors je ne dis pas qu’il faut se plaindre, mais à trop montrer les beaux moments, à trop prôner les beaux discours, on en oublie que la parentalité se fait de hauts et de bas. 

En réponse à ce courant de l’ultra bienveillance, parfois hyper rigide, prête à fondre sur toi, le pauvre parent pas parfait, on voit apparaître des pages sur lesquelles les parents se targuent d’élever leurs enfants à la dure, voir pire. 

Je trouve que c’est triste.

La parentalité est tellement propre à chaque famille. Il y a une manière différente par famille, parce que chaque parent est différent, et chaque enfant l’est aussi. Nous ne devrions pas nous juger aussi sévèrement. C’est dur, et ça demande de l’entraînement…

J’écris ces lignes avec Avalanche debout sur le siège derrière moi, et qui sautille joyeusement en chantant. Combien d’entre vous ne souhaiteraient pas ça? Combien se sentiraient inquiets à l’idée qu’il tombe? Combien trouveraient ça pénible d’avoir un enfant qui fait sauter le siège, obligeant vos yeux à se réadapter toutes les 2 secondes? 

Moi c’est la violence qui me hérisse et me fait souvent sur réagir. Chacun son talon d’Achille.  Et souvent, dans ces journées de cris, de culpabilité, la violence sous-jacente est là, tapie dans les coins sombres de la maison.

La culpabilité de ne pas être la mère parfaite que je voudrai être augmente encore la frustration. Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas. Elle augmente aussi ma colère face aux enfants, car malgré tous mes efforts, tout ce que je pense mettre en place pour leur faire plaisir,ils ne sont pas parfaits.

Si j’arrive à oublier les injonctions, j’arrive à passer par dessus la colère, à m’imposer un rituel pour sortir de ce cercle empoisonné. Les parents d’aujourd’hui sont moins entourés qu’avant. Et oui, même si belle-maman était parfois envahissante, elle était un relais pour les parents épuisés. Chaque médaille a son revers comme on dit! 

Si j’arrive aussi à ne pas leur prêter des intentions qui sont miennes, je diminue mon ressentiment. Eux, ils ont principalement besoin que je sois là. Ils ne réclament pas un programme à faire pâlir d’envie Paris Hilton. C’est moi qui me mets cette pression toute seule! 

On est tous des êtres humains, on a tous le droit à un peu de compassion, à une main tendue plutôt qu’un seau de jugements. La prochaine fois que je vois une maman hurler sur son petit au supermarché, je lui dirai juste un mot de compréhension, et je ferai en sorte d’être aussi bienveillante avec elle qu’avec lui, même si elle l’a giflé.

J’aimerai être toujours capable de ressentir cette empathie et en toutes circonstances mais il est vrai que c’est faux, je ne peux pas. Pas toujours. Et je suis bien la dernière personne à qui je pourrai l’accorder…

Il suffit parfois d’un mot, d’un regard, pour désamorcer parfois la situation.

Là, c’est Calme de lune qui me l’a offert, alors que je sentais que ma respiration se saccadait. « T’es en colère maman, et je comprends, on fait que se disputer! ». Il n’y avait pas d’excuse, pas de complaisance. Juste il reconnaissait mon sentiment. Les larmes me sont montées aux yeux, mais je n’ai pas pleuré. Juste je me suis sentie soulagée. 

Je me suis rappelée aussi comme il m’est facile de stopper net les colères d’Avalanche, en reconnaissant son sentiment, comme hier quand il s’est rendu compte que sa sœur avait pris le dernier Tinti moussant rouge… Il est devenu tout crispé, et a hurlé, tout nu dans la salle de bain qui résonnait. J’ai juste dit que je comprenais qu’il était déçu, vu qu’il avait déjà imaginé son bain moussant couleur de sang, et que ça le rendait triste. Il a vigoureusement acquiescé, et il est passé à autre choses, comme par magie. Cela ne m’a demandé aucun travail, aucune implication personnelle.

Parfois, j’ai juste envie aussi qu’on me dise qu’on comprend que je fais de mon mieux, et je suis frustrée que cela ne suffise pas toujours…Qu’on arrête de flageller les parents, parfois excités comme des puces, parfois épuisés, parfois découragés, parfois joyeux,parfois juste injustes mais quasi toujours aimants. Je vous assure, on fait de notre mieux…

Allez je vous laisse, on va allumer des bougies pour lutter contre l’orage, et laisser la pluie de mai laver nos mauvaises énergies pour repartir sur de plus jolies bases, sur de plus jolis mots, chuchotés de la plus jolie des façons, et on va se masser un peu, parce que du coup, j’ai beaucoup porté Rayond’soleil ce matin et que j’ai mal aux épaules…

Je ne parle pas bien sûr de devenir maltraitants, mais de ne pas se rajouter de la pression inutile et néfaste. 

Soyez pas parfaits les gens, sachez juste reconnaître que vous ne l’êtes pas, puisque vous êtes justes humains, et surtout, arrêtez de vous comparer, c’est vain, et vaniteux DSC_0626 (Copier) (Copier).JPG!