2

Moi aussi, j’ai crié

Et moi aussi j’ai crié.

Après une énième confrontation avec Avalanche, j’ai crié.

Je l’ai envoyé dans sa chambre. Il a hurlé sur moi et j’ai crié plus fort que lui.

Maison de singes hurleurs.

Après une énième crise de Rayond’soleil, j’ai eu envie de me faire cuire la main à la place des courgettes. Comme ça, j’aurai vraiment su pourquoi ça réveillait chez moi toute cette agressivité. 

J’ai crié. Crié. 

J’ai eu envie de taper dans le mur. Et de dire des choses injustes.

Puis, comme tout le monde s’était calmé, j’ai eu honte.

Je me suis rappelée qu’ils n’étaient que des enfants. 

J’ai eu envie de pleurer, puis de me mettre des coups de bâtons. 

J’ai dit que je me sentais à mille lieues de la parentalité que je voulais mener : bienveillante, calme et douce.

J’ai pensé à ma copine qui se sentait tellement mauvaise la semaine dernière et à qui j’ai dit « Sois gentille avec toi même, ça commence par là… ».

Alors j’ai eu envie de crier que j’en avais marre des injonctions. 

Bigflo et Oli, ils disent  » y a pas de bon père, y a que des hommes qui font de leur mieux! », je pense que ça s’applique aussi aux mères.

  • J’ai envie de rêver d’une journée, seule, et sans personne sans  culpabiliser

  • J’ai envie que ma maison reste propre et rangée plus de 4 minutes et de me sentir raisonnable de le penser

  • J’ai envie d’entendre des rires à n’en plus finir et  que très très peu de chamaille

Je ne me crois pas mauvaise. 

D’ailleurs, je me suis excusée auprès des enfants. Dans cette maison, la règle de ne pas crier est trop peu respectée par chacun en ce moment.

Je leur ai dit quelque chose de très important aujourd’hui, juste avant de faire le burn out parental du 8 mai, quelque chose qu’ils vont retenir toute leur vie, enfin, j’espère. 

Je suis juste un être humain.

J’ai un idéal éducatif, et parfois, je m’en éloigne. Parce que je suis faillible.

Alors ça n’excuse rien, mais ça explique. Je ne suis pas parfaite, loin s’en faut. Difficile de l’admettre, encore plus en public. 

Et oui, je crie. C’est moche. 

Et je suis pourtant convaincue qu’en reconnaissant mes faiblesses, en montrant à mes enfants que je peux reconnaître mes erreurs, je leur enlève un poil de pression.

Elle peut crier sans que cela ne remette en cause en quelque sorte que ce soit l’amour ou l’estime que j’ai pour elle.

Il peut remettre en cause mon autorité, sans que cela ne remette en cause quoi que ce soit chez moi. 

Calme de lune peut claquer une porte tel un presqu’adolescent, et savoir que je pardonnerai, parce que des fois, moi aussi, j’ai les nerfs qui passent par dessus. 

Ils m’aiment même quand je crie. Ils préfèrent quand je ne crie pas, quand on fait des concours de chatouilles ou des batailles d’oreillers, quand je les porte sur mon coeur, et quand ils s’endorment sur mes genoux. Quand on peut manger le reste de la pâte à gâteau, même en en mettant partout autour de nos bouches et sur nos vêtements, quand on peut sauter dans les flaques, quand c’est pas si grave d’être en retard.

Ils m’ont tant appris sur le détachement…Et pourtant, j’ai tellement honte quand je ne suis pas la parfaite bienveillante que je voudrais être…

Bien sûr que mon ambition va au delà de garder mes enfants en vie. 

Bien sûr que chaque jour mon but c’est de passer une journée zen, détendue et pédagogique au possible. 

Bien sûr que si la vie était toujours toute rose, on le saurait!!

Oui, je souhaite les élever dans le respect de la bienveillance, de  la tolérance et de la non violence qu’elle soit verbale ou émotionnelle! 

Mais je suis une être humaine. Et l’humain est un animal.

Telle la louve, parfois je grogne après ma portée même si le plus souvent je les cajole. 

Et je commence à me dire que si je vis aussi mal ces moments où je craque, c’est à cause des injonctions. Les « sois parfait(e), à fortiori toi, la mère, à fortiori toi la mère d’un enfant différent ». Oui parce que la société, quand ton môme est différent, elle te le fait bien sentir que tu ne dois pas y être pour rien, et que tu pourrais faire des efforts, plus d’efforts, ENCORE plus d’efforts, pour qu’il rentre dans le moule quand même. 

Les injonctions sont en plus renforcées par les blogs, les compte insta, et les fils facebook.  Alors je ne dis pas qu’il faut se plaindre, mais à trop montrer les beaux moments, à trop prôner les beaux discours, on en oublie que la parentalité se fait de hauts et de bas. 

En réponse à ce courant de l’ultra bienveillance, parfois hyper rigide, prête à fondre sur toi, le pauvre parent pas parfait, on voit apparaître des pages sur lesquelles les parents se targuent d’élever leurs enfants à la dure, voir pire. 

Je trouve que c’est triste.

La parentalité est tellement propre à chaque famille. Il y a une manière différente par famille, parce que chaque parent est différent, et chaque enfant l’est aussi. Nous ne devrions pas nous juger aussi sévèrement. C’est dur, et ça demande de l’entraînement…

J’écris ces lignes avec Avalanche debout sur le siège derrière moi, et qui sautille joyeusement en chantant. Combien d’entre vous ne souhaiteraient pas ça? Combien se sentiraient inquiets à l’idée qu’il tombe? Combien trouveraient ça pénible d’avoir un enfant qui fait sauter le siège, obligeant vos yeux à se réadapter toutes les 2 secondes? 

Moi c’est la violence qui me hérisse et me fait souvent sur réagir. Chacun son talon d’Achille.  Et souvent, dans ces journées de cris, de culpabilité, la violence sous-jacente est là, tapie dans les coins sombres de la maison.

La culpabilité de ne pas être la mère parfaite que je voudrai être augmente encore la frustration. Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas. Elle augmente aussi ma colère face aux enfants, car malgré tous mes efforts, tout ce que je pense mettre en place pour leur faire plaisir,ils ne sont pas parfaits.

Si j’arrive à oublier les injonctions, j’arrive à passer par dessus la colère, à m’imposer un rituel pour sortir de ce cercle empoisonné. Les parents d’aujourd’hui sont moins entourés qu’avant. Et oui, même si belle-maman était parfois envahissante, elle était un relais pour les parents épuisés. Chaque médaille a son revers comme on dit! 

Si j’arrive aussi à ne pas leur prêter des intentions qui sont miennes, je diminue mon ressentiment. Eux, ils ont principalement besoin que je sois là. Ils ne réclament pas un programme à faire pâlir d’envie Paris Hilton. C’est moi qui me mets cette pression toute seule! 

On est tous des êtres humains, on a tous le droit à un peu de compassion, à une main tendue plutôt qu’un seau de jugements. La prochaine fois que je vois une maman hurler sur son petit au supermarché, je lui dirai juste un mot de compréhension, et je ferai en sorte d’être aussi bienveillante avec elle qu’avec lui, même si elle l’a giflé.

J’aimerai être toujours capable de ressentir cette empathie et en toutes circonstances mais il est vrai que c’est faux, je ne peux pas. Pas toujours. Et je suis bien la dernière personne à qui je pourrai l’accorder…

Il suffit parfois d’un mot, d’un regard, pour désamorcer parfois la situation.

Là, c’est Calme de lune qui me l’a offert, alors que je sentais que ma respiration se saccadait. « T’es en colère maman, et je comprends, on fait que se disputer! ». Il n’y avait pas d’excuse, pas de complaisance. Juste il reconnaissait mon sentiment. Les larmes me sont montées aux yeux, mais je n’ai pas pleuré. Juste je me suis sentie soulagée. 

Je me suis rappelée aussi comme il m’est facile de stopper net les colères d’Avalanche, en reconnaissant son sentiment, comme hier quand il s’est rendu compte que sa sœur avait pris le dernier Tinti moussant rouge… Il est devenu tout crispé, et a hurlé, tout nu dans la salle de bain qui résonnait. J’ai juste dit que je comprenais qu’il était déçu, vu qu’il avait déjà imaginé son bain moussant couleur de sang, et que ça le rendait triste. Il a vigoureusement acquiescé, et il est passé à autre choses, comme par magie. Cela ne m’a demandé aucun travail, aucune implication personnelle.

Parfois, j’ai juste envie aussi qu’on me dise qu’on comprend que je fais de mon mieux, et je suis frustrée que cela ne suffise pas toujours…Qu’on arrête de flageller les parents, parfois excités comme des puces, parfois épuisés, parfois découragés, parfois joyeux,parfois juste injustes mais quasi toujours aimants. Je vous assure, on fait de notre mieux…

Allez je vous laisse, on va allumer des bougies pour lutter contre l’orage, et laisser la pluie de mai laver nos mauvaises énergies pour repartir sur de plus jolies bases, sur de plus jolis mots, chuchotés de la plus jolie des façons, et on va se masser un peu, parce que du coup, j’ai beaucoup porté Rayond’soleil ce matin et que j’ai mal aux épaules…

Je ne parle pas bien sûr de devenir maltraitants, mais de ne pas se rajouter de la pression inutile et néfaste. 

Soyez pas parfaits les gens, sachez juste reconnaître que vous ne l’êtes pas, puisque vous êtes justes humains, et surtout, arrêtez de vous comparer, c’est vain, et vaniteux DSC_0626 (Copier) (Copier).JPG!

 

Publicités
0

Portage et corset, c’est possible!

Alors voilà, Rayond’soleil a un corset depuis quelques jours.

On l’a réceptionné mardi, et on est en phase d’habituage on va dire.

Bien sûr, pour nous c’est dur.

Bien sûr, pour elle ça glisse. Comme tout le reste. Elle surfe sur ses soucis comme Kelly Slater sur les vagues. Épatante petite fille.

Elle ne devrait l’avoir que la nuit, c’est déjà pas si mal. Mais pour que le corps se fasse à la contrainte, on ne peut pas passer de 0 à 12 comme ça d’un coup. Alors on fait heure par heure, la journée.

J’ai toujours dit que le portage était presque toujours possible. J’ai déjà accompagné des familles qui souhaitaient porter un enfant corseté, j’ai fait les réglages, écouté les ressentis, donné les conseils.

Et pourtant, devant l’appareillage de mon enfant, je me trouvais bien démunie.

Vous commencez à me connaître, j’ai fini par essayer.

Comme je le dis aux familles, j’ai fait attention à ne pas trop remonter ses genoux.

Comme je le conseille presque toujours, j’ai pris un porte bébé bien souple, notre lennylamb, pour qu’il épouse ses nouvelles formes au mieux, sans tirailler, sans pousser le corset non plus, car il ne faut pas engendrer de mauvaise position.

Rayond’soleil avait un « petit peu peur », et pourtant, elle m’a fait confiance. On a pris notre temps pour s’installer, sans le petit saut habituel, sans brusquerie.

J’ai choisi un portage bas, car tout bêtement, en portage haut le corset me faisait mal aux omoplates (que j’ai assez saillantes). Ce portage bas lui a permis à elle d’être bien calée. Les jambes sont plus horizontales que d’habitude, mais cela ne l’a pas gênée.

Elle était « bien » selon elle. Pour moi, c’est plus inconfortable, même s’il n’est pas bien lourd. Faut dire que je me suis habituée à son petit ventre rebondi et doux, et que je dois aussi me faire à la rigidité du corset.

Expérience réussie, et qui va me permettre d’encore mieux accompagner les familles, paraîtrait qu’on parle mieux de ce que l’on vit au quotidien!

Je fais assez court aujourd’hui, car cet article ne peut être exhaustif, chaque situation ayant sa particularité, comme chaque corset corrige une position unique. Du coup, chaque conseil se verra personnalisé, et nécessitera des essais divers et variés que je n’ai pas souhaité réaliser avec Rayond’soleil hier, puisqu’elle n’était pas encore en confiance totale et que je ne voulais pas lui imposer un essayage en règle, et que donc j’ai soigneusement choisi un porte bébé qui conviendrait à coup presque sûr!20180422_153222.jpg

 

2

J’ai effacé les traces sur le mur

Ce matin, Rayond’soleil et ses frères sont partis pour quelques jours à la mer.
Et moi, moi j’ai effacé les traces sur les murs. Non pas des traces de ketchup, ou de purée (quoique aussi!) mais bel et bien les traces qu’elle avait laissé sur le crépi blanc du couloir à l’époque incertaine où elle ne marchait qu’en se tenant aux murs!Je la revois, minuscule et vacillante, enfin debout, tellement fière. Mais aussi tellement frêle, hésitante, sa démarche de crabe qui a duré des mois durant. Cette déphotos 102marche loin encore des prémices de la marche.J’ai effacé les traces, avec bien ancrée dans mes souvenirs la peur de ne jamais la voir se lâcher, l’imaginant longeant les murs le jour de son mariage.
 » Elle va bien finir par se lâcher ». 
Combien de fois ai-je entendu ces mots? A bout de nerf, et épuisée, j’ai fini par faire appel à une psychomotricienne lors de ses deux ans, allant à l’encontre de l’avis de notre médecin traitant de l’époque, et de l’équipe du CAMSP qui l’avait reçue en bilan. 
6 mois de séances en piscine avant de la voir enfin esquisser son premier pas, aussi dansant que le feu d’une bougie sous la brise du matin. 
30 mois pour faire son premier pas (oui, la première fois il n’y en a eu qu’un) on peut dire que ce n’est pas banal. 
Lors de ses 3 ans, elle était encore fragile sur ses jambes, tellement fragile. Elle n’était capable de ne faire que quelques mètres, au prix d’efforts impensables. 
Pourtant, la voir debout, sans appui, pour moi, c’était déjà tellement une victoire.
PENTAX Image

punaise, ça date hein!

La marche a longtemps cristallisé toutes mes angoisses. Le reste est venu après. Quand Avalanche n’était qu’un bambin, je me suis surprise à me faire rattraper par ces peurs (complètement infondées). 
Alors, j’ai mis longtemps à me décider à prendre l’éponge, et à effacer ces traces. C’était un peu bizarre, comme si j’effaçais un peu le passé. Dans cette maison, imparfaite mais tellement nous, qui a vu grandir nos enfants, ces traces, c’était un peu la marque de fabrique de notre couloir, le petit truc en plus qui témoignait des affronts que la vie nous avait faits. 
Je me suis appliquée, j’ai pris mon temps. Je sais que comme pour la peinture, il faudra sans doute une seconde couche, pour que plus rien ne transparaisse. Je n’ai pas pu laver mes angoisses sur l’avenir, sur notre demain, et sur son futur. Aura-t-elle des enfants? Après tout, elle a bien fini par se lâcher hein!
Alors, à vous tous qui regardez votre loulou longer les murs, arpenter la maison avec difficulté, dites vous, qu’un jour, peut-être, il finira pas y arriver. Parce que vous y croyez, que dans vos yeux il sait lire encouragement, parce si vous n’y croyez pas, lui n’y croira pas non plus! 
Pendant longtemps, le portage a été notre unique moyen de communiquer, lovée contre mon cœur elle se sentait enfin apaisée. Je vous parlerai du traumatisme de ses premiers mois plus tard. Puis c’est devenu un allié dans nos déplacements, et vous savez qu’aujourd’hui, il tend à s’espacer de plus en plus.
Un jour, Rayond’soleil a lâché son mur, et elle est partie découvrir la vie. Quand je vois le chemin qu’elle a parcouru durant ces quatre années, je me dis que je peux être la plus fière des mamans parce qu’aujourd’hui, je la sais capable de lâcher ma main pour vivre ses expériences…
DSCN1344

 

1

Rencontre touchante

Oui je l’avoue, je ne trouve pas de titre qui me plaise pour ce billet d’humeur, encore un.
Hier, j’ai retrouvé une amie au lac. Nous y étions avec nos enfants. Rayond’soleil et Avalanche jouaient sur la plage (Calme de lune est en colo!), tandis que nous lézardions un peu plus haut, sur la couverture, avec son bébé. 
Nos affaires éparpillées au gré des enfants gisaient entre eux et nous.
Notamment le petit vélo rouge d’un autre âge de mon Avalanche.
Nous discutions, veillant de loin sur mes tornades, quand un petit garçon d’une dizaine d’années (ou surement un peu plus, il faisait la taille de mon Calme de lune, qui est un géant!) s’est saisi du tout petit vélo.
 » Louis, laisse le vélo, il est à un autre enfant, et puis il est trop petit! »
Mais Louis n’est pas d’accord. Il fait signe à son papa qu’il est grand. Louis est un peu vexé. 
« Bien sûr que tu es grand, Louis, c’est le vélo qui est petit. »
Je guette du coin de l’œil la réaction de mon Avalanche, à qui il peut arriver de ne pas être prêteur, mais il observe la scène de loin, et décide que Louis peut jouer avec son vélo. 
Louis saute au dessus de la couverture, les gestes sont saccadés, son regard refuse de rencontrer le mien quand je lui dis que même si le vélo est petit, il a le droit de le prendre, visiblement le propriétaire est d’accord!
Le papa de Louis essaye de l’attraper, et me lance: 
 » C’est un petit garçon autiste, il ne comprend pas toujours tout vous savez ». 
Je réponds assez platement : »j’ai vu, mais ce n’est pas grave! »
Ma réponse est nulle.
Monsieur le papa de Louis, si tu me lis je voulais dire que ce n’était pas grave de ne pas tout comprendre, c’est parfois une chance. Ce n’est pas grave de vouloir emprunter un chouette vélo. Ce n’est pas grave d’être un petit garçon différent. Tout ça, c’est pas grave.
J’ai commencé à observer ce petit bonhomme, avec le regard plus neutre de celle qui vit le handicap au quotidien. Louis joue paisiblement, même s’il n’aime pas avoir du sable sur ses pieds. Son papa a l’air formidable.
Il a l’air enjoué, il s’extasie de tout ce que son fils accomplit, il l’encourage sans cesse à aller plus loin.
On les retrouve aux jeux. Le papa de Louis est un vrai coach, il s’excuse auprès d’une dame, expliquant le comportement de son loulou. J’ai un pincement au cœur. 
C’est dingue. Je dis à mon amie « Bon sang, mais quel stress en fait! ».
Je me rends compte que c’est notre lot quotidien. Dès que notre enfant ne rentre pas tout à fait dans le moule, on s’excuse pour lui, on le veille continuellement, on explique à l’avance. 
Je me suis demandée si j’étais comme ça moi aussi, et je me rends compte que oui. J’explique que Rayond’soleil a des difficultés, pour ne pas avoir à répondre aux questions qui me sont parfois difficiles, je les devance. J’explique aussi qu’Avalanche peut être explosif, alors que plus je glisse sur ce terrain là, et plus il a tendance à exploser justement.
Monsieur le papa de Louis, je te rassure, on voit qu’il est différent, mais on voit aussi que ça pourrait être 100 fois plus dur. Louis, t’as un bol phénoménal bonhomme, malgré ta sensibilité à fleur de peau. Tu as pleuré, parce que tu n’arrivais pas à monter sur la plateforme, et je t’ai entendu dire « C’est pas juste, c’est pas juste! » entre deux sanglots, et les larmes sont venues à mes yeux. T’as raison Louis, y a quand même des trucs pas justes. Tu sais que ça demande dix fois plus d’efforts qu’à la plupart des mômes de ton âge pour essayer d’escalader cette plateforme, et c’est pas juste. J’ai regardé ma fille, et j’me suis dit que si on avait tous un quart de votre volonté à tous les deux, les enfants sauraient déjà voler. C’est pas juste, tu devrais pouvoir faire comme les autres, mais tu peux pas. C’est la vie, c’est pas toujours juste tu sais. J’ai croisé ton regard quelques secondes, et je t’ai dit « mais tu vois où tu es, là? Tout en haut! » T’as séché tes larmes Louis, et tu es reparti à l’assaut d’autre chose, un but que toi seul t’étais fixé. J’ai vu ton papa reprendre son appareil photo, pour immortaliser tes progrès, et j’me suis promis de plus jamais devancer les questions des gens. L’important c’est pas comment les gens vous regardent, ça non! L’important c’est comment nous les parents on vous perçoit.
Un peu plus tard, un petit garçon a violemment frappé Avalanche avec un bâton. J’ai senti mon cœur battre un peu plus vite. Pas parce que je ressentais de l’agressivité pour cet enfant (en plus le bâton était cassé et n’a pas tapé très fort), mais parce que j’ai eu peur de la réaction d’Avalanche. Il a été quasi exemplaire: il a fâché le petit garçon, lui rappelant qu’on ne devait pas frappé les autres et il a confisqué le bâton. Le petit a pleuré, et la maman est intervenue. Avalanche s’est contenté de dire que, comme il lui avait fait mal, il avait pris le bâton. J’étais fière de lui, qui ne se démontait pas devant l’adulte. La maman s’est excusée, auprès de moi, et subitement, j’ai bien eu envie de la prendre dans mes bras. J’ai imaginé ce qu’elle ressentait, et c’est plutôt simple, car il arrive à mon loulou d’être un peu comme ça aussi. J’ai haussé les épaules, en lui disant qu’on ne pouvait pas vraiment attendre d’enfants de 3 ans qu’ils soient totalement sociaux, et aient intégré tous les codes, et toutes les normes, et que parfois nous les adultes, on avait envie de taper aussi, et qu’on avait du mal à s’en empêcher. J’ai vu le soulagement sur son visage, et je me suis refait une promesse: si je suis capable d’être aussi tolérante avec l’enfant qui agresse le mien, je peux aussi l’être quand c’est le mien qui tape/crie sur un autre enfant. Si je suis capable de prendre autant de recul, alors mes enfants ont le droit d’en bénéficier.
Madame la louve, je sais que tu me lis, et je te remercie d’avoir instauré cette réflexion. 
Nos enfants sont comme ils sont. Pas parfaits, parfois différents. Mais ils méritent qu’on les aime pour ce qu’ils sont, et qu’on les guide en toute bienveillance vers les progrès qu’ils sont capables de faire, les uns et les autres, sans jugement mais avec clairvoyance et avec tout l’amour qu’on est capable de produire. Je sais que c’est parfois pesant, le regard des autres parents, j’en fais parfois les frais même avec nos amis, et on ne peut pas toujours leur en vouloir de réagir de manière viscérale quand leur enfant est touché, mais se distancier de ces regards là permet une meilleure ouverture à nos émotions pures et personnelles, à nos enfants aussi. 
DSC_2011 (Copier)

et quoi de mieux pour illustrer cet article, que le progrès du jour de cette extraordinaire petite fille qui est la mienne!

0

Comment devenir végé en une seule leçon…

Vous le savez tous et toutes, je me traîne de belles merdes, n’ayons pas peur des mots, depuis le mois de juillet. Si je dois être honnête, je crois que je les traîne même depuis novembre 2014. A tout mettre sur le dos du stress, j’avais fini par occulter les douleurs, pis voyez madame, vous portez vot’ gigot, venez pas pleurer d’avoir mal au dos/hanches/cervicales/genoux/chevilles (ne rayez aucune mention, toutes sont utiles). Soit. Je prenais ça comme ma petite pénitence personnelle, d’autant que les scanners ne révélaient pas grand chose. 

Puis en juin, je « perds » presque un oeil. Douleur, éblouissement, perte de vision. Les examens s’enchaînent. Les médecins qui continuent de me prendre pour la dernière des quiches, ne me disent pas ce qu’ils cherchent. Genre. Genre j’ai pas le net. Ils cherchent une Sclérose En Plaque. Bilan sanguin normal, IRM normale, Ponction lombaire ratée mais normale. Sauf que je ne me relève pas. Fatigue, douleurs. Le psy diagnostique un burn-out, et y a sûrement aussi un peu de ça. Avec tout ça, j’ai oublié d’être moi. Je m’étais mis la tête dans le guidon au boulot et je ne m’étais pas écoutée…Je reprends le travail, et début janvier, la douleur de trop. Impossible de bouger le bras cette fois. Les symptômes s’enchaînent. Je finis par voir une neurologue qui me dit « c’est pas la SEP, c’est pas la maladie de Lyme( les symptômes sont ressemblants, et la sérologie de lyme est douteuse par deux fois à 6 mois d’intervalle sur mes prises de sang) reposez vous ». Genre c’est pas assez grave pour moi, désolée. 

Sauf que abandonner c’est pas mon truc. Y a quelque chose, sinon d’où viennent toutes ces douleurs et cette fatigue intense qui me terrassent? Certains jours, ça va à peu près, d’autres, je ne peux même pas m’occuper de mes enfants. Ma généraliste (je vous ai déjà dit que je l’adorais?) ne m’abandonne pas. Elle lance des bilans un peu partout et me conseille de reconsulter. Je sens qu’elle pense à un truc mais ne le dit pas, l’avenir me dira que j’avais raison, puisqu’elle va me dire, je le savais, mais j’aime mieux ne pas poser ce genre de diagnostic trop vite. 

Je finis, pistonnée par une copine, par voir une autre neurologue. Un peu plus ouverte. Elle m’ausculte, m’écoute, montre de l’empathie pour moi, et ce que je me traîne. Elle fait quelques tests, et me dit que j’ai une fibromyalgie, avec syndrome de Raynaud et syndrome de l’intestin irritable associés. Cool, le trio gagnant quoi!

Mais c’est un soulagement. Déjà j’ai un mot, un diagnostic, moi qui erre depuis des années pour ma fille, et depuis des mois pour moi même. Et un diagnostic beaucoup moins sombre que le précédent. La fibromyalgie, on ne la guérit pas mais en théorie, elle ne dégénère pas. La toubib en face de moi m’annonce qu’en plus on peut vivre « bien » à condition de respecter quelques conseils: genre suivre son traitement, revoir son hygiène de vie, son alimentation, gérer son stress. Pour moi, ça passera certainement aussi par une reconversion, le port de charges quotidiens est lourdement déconseillé.

Le traitement: se base principalement sur la douleur. Des anti-douleurs adaptés en appoint, selon la douleur (diffuse, en piquet…) et un traitement de fond, qu’elle a pour habitude de donner à toutes petits doses. Voilà pour la partie allopathique.

La médecine douce: se base sur la kiné, de préférence en fascia-thérapie , l’ostéo, et l’hypnose, pour apprendre à entrer en auto hypnose. J’en ai parlé il y a peu ici. 

L’hygiène de vie, et c’est là que ça commence à se corser pour moi: je dois aller nager (avec ou sans enfant sur mon dos, c’est comme je peux) une fois par semaine, le temps que je peux mais au moins 10 minutes de nage. Puis augmenter le temps. Je dois pas faire la folle et nager une heure, mon corps me le ferait payer cher ensuite. Je fais au feeling selon la forme du jour. (j’ai mis 3 semaines à me décider à étrenner mon maillot). Ensuite, je dois faire du pilates, ou du yoga TOUS LES JOURS. Prendre contact avec un pro qui me montrera les étirements et les mouvements, et pratiquer chez moi au moins 15 minutes par jour (sauf si je suis allée à la piscine, je suis dispensée, j’en aurai fait assez). J’ai pris contact avec Mymy, la prof de danse de Rayond’soleil, formée au Pilates et Body balance (mélange de yoga et de pilates). Et je vais aux cours dès que je peux. Ça m’a permis de voir que les enfants avaient grandi, je peux les abandonner une heure le mercredi soir, pour aller apprendre à remercier mon corps d’être vivant et aussi performant malgré tout. Je les laisse à table avec l’Amoureux, et ils survivent même si je ne suis pas rentrée quand ils vont au lit. Je prends une heure par semaine pour moi, je vois des gens (moi qui suis en arrêt depuis longtemps, je revis un peu socialement). Et je dois marcher 30 minutes chaque jour, bien sûr c’est facile quand il fait beau. Au début, mes douleurs ont fortement augmentées. Prise entre les douleurs chroniques de la maladie et les courbatures d’un corps laissé à l’abandon trop longtemps, j’ai eu envie d’arrêter. Trop mal. Mon esprit de compétition s’est réveillé et les mots du médecin ont résonné en moi: plus tu feras d’exercices doux, et mieux tu iras. Donnes toi 3 mois. Si dans 3 mois à ce rythme ce n’est pas mieux, tu pourras abandonner, mais je sais que ce ne sera pas le cas. Bon allez la mère Chouette, encore 5 minutes et tu pourras prendre une douche bien chaude pour te relaxer!! Après un mois, je n’ai plus de courbatures que les lendemains des cours collectifs, car j’essaie de suivre le groupe, et d’écouter quand même mon corps, pour ne pas franchir la ligne rouge. J’ai le droit de porter qui je veux, du moment que j’écoute mon corps, que je le sens, donc forcément pas tous les jours…C’est un soulagement d’une intensité rare, et pourtant c’est dérisoire, je porte si peu…Les enfants ont grandi, je l’ai dit non?

L’alimentation: on élimine tout ce qui est nuisible au corps, tout ce qui acidifie le PH. Donc éviction des protéines de lait de vache, là je dis FACILE! Grâce à l’intolérance de Rayond’soleil, on fonctionne avec lait d’avoine et fromage de chèvre depuis presque deux ans, on est plutôt rodés! Juste je ne mangerai plus de St Nectaire ni de Carré d’Aurillac! Ensuite, on dégage la viande. Je le dis « tiens , ça fait quelques temps que je me dis que je n’aime pas ça, et que je pourrai être végétarienne. » Facile alors? Bah non! Parce que surtout pas de charcuterie. Et l’auvergnate que je suis en prend un coup par le bol là! C’était ce qui concrètement me rattachait encore au monde des carnistes (oui y a une étiquette aussi pour les gens qui mangent de la viande, et toc!). Mon cerveau a arrêté d’écouter à ce moment là, mais l’Amoureux a écouté lui: plus de sucre blanc. OK.  remplacer par du sirop d’agave. Faire des cures de jus de citron le matin (beurk) et éviter le sucre, même naturel (pas plus de deux fruits par jour). 

C’est un peu rigide comme régime. Et l’ex adolescente complexée a un peu la trouille. J’ai eu des troubles alimentaires dans ma jeunesse (genre la vieille!) Et j’ai peur de devoir intellectualiser la bouffe. Trop de contrôle tue le contrôle et la folle dingue maniaque que je suis a un peu la trouille de sombrer dans l’extrémisme alimentaire. La même personne qui pestait sur son fil FB y a pas 15 jours contre les végés/végans qui inondent la toile de vidéos dégueulasses d’animaux a peur de devenir comme eux.

Bon on a dit LÂCHER PRISE BORDEL. Alors on se détend, et on boit frais

Je ne poste aucune vidéo gores. Je laisse mes enfants manger un peu de saucisson ici, une aile de poulet là. J’ai perdu 5 kilos et une taille de jean, levi’s me dit merci, j’ai arrêté de me peser du coup. Et surtout je mange à ma faim, et des trucs qui me font plaisir. La cuisine végétarienne m’a ouvert ses portes (merci le net!!) et je découvre des trucs que j’aurai jamais acheté avant! Et encore moins mangé. Les épices, quel délice! Et y en a partout! Un bon couscous végé, et hop le ratio 50% de légumes, 25% de légumineuses,25% de céréales est atteint. 

Bon y a quand même une phase d’adaptation, notamment concernant le sucre. Je ne compte plus les petites hypoglycémies que j’ai eu à subir. (qui sont en diminution mai toujours là). J’ai droit au chocolat, je me prive pas du coup! Je gère pas tro mal, au resto y a toujours une salade qui convient, et je m’arrange avec ma conscience quand je bois une bière (pour arroser la salade pardi!) ça compte pour porion de céréales! Pour le coup,moi qui ai toujours été considéré comme la pénible de service à table, plus personne ne dit rien , puisque là, c’est la neuro qui l’a dit! Imparable comme argument!!

Je m’octroie le droit de dresser un bilan, un mois plus tard. J’ai suivi tous les conseils édictés plus haut, et le nombre de crises aiguës a bien diminué. Je suis toujours très fatiguée, et j’ai des douleurs diffuses, ou névralgiques bien présentes MAIS je sais les accueillir, ou les traiter. L’hypnose, enfin la personne qui m’a fait la séance, m’a ouvert les yeux sur mon problème avec le lâcher-prise, qui plombe de fait l’estime de moi, et augmente mon anxiété et donc ma douleur. A défaut de lutter contre, je vais pouvoir faire avec, et travailler dessus. Je sais que j’ai beaucoup appris en peu de temps, je deviens une nouvelle personne, et je ne vois pas du tout la fibromyalgie comme une tragédie. On va faire avec, on va essayer de suivre à la lettre la prescription du médecin ,qui devrait me permettre de diminuer le nombre de crises et de douleurs, en intensité ou en durée. J’espère réussir à changer de boulot rapidement, là encore je vais devoir lâcher-prise (je l’ai écrit combien de fois aujourd’hui?). Je sais aussi que je vais avoir des hauts et des bas, physiquement et moralement. Et que je les gérerai avec ces nouvelles cartes en main. J’espère que certains d’entre vous trouveront des pistes, ou un peu de réconfort. Je sais que je ne vous ai pas habitués à parler autant de moi. Je refuse de voir un avenir tout sombre et fait uniquement de douleur, et de drogue pour la calmer. Je veux vivre, une vie adaptée à ma pathologie certes, mais vivre pleinement ce que j’ai à vivre. Quitte à faire la sieste juste après! Je ne suis pas une pessimiste, malgré toute l’angoisse que je me traîne, je veux persister à penser que ma vie sera sympa quand même, que la fibromyalgie « c’est pas si pire ». Qu’on vit avec, qu’on peut être heureux. Je le redis, quitte à changer de chemin…L’espoir, toujours!

DSC_0876 (Copier)

la photo hors sujet mais jolie jolie!

 

11

Le handicap de l’enfant, et la blessure narcissique du parent…

Le handicap de son enfant est un sujet souvent douloureux. La situation, qu’elle soit clairement définie par un diagnostic, ou encore relativement floue, en cas d’errance, est le plus souvent difficile à accepter.

On parle d’un travail de deuil, de l’enfant parfait, de l’enfant qui nous ressemble.

J’ai lu un très joli livre il y a quelques années, livre que je vous recommande à tous:

414C75SJVPL._SX309_BO1,204,203,200_

On y parle des souffrances que cet enfant inflige malgré lui à ses parents, mais aussi et surtout du regard de notre société sur le handicap.

Je peste souvent en disant qu’on cache nos handicapés, et nos vieux. (oui je dis pas personne âgée, Calme de lune me le fait bien remarquer, mais nos vieux, c’est affectueux!). Je me suis demandée pourquoi.

Ce livre a un brin éclairé ma lanterne. Et je vais partager avec vous ce que moi je crois.

Je crois que l’enfant en situation de handicap effraie. Je ne dis pas qu’ils sont moches à faire peur, loin de là, je n’ai jamais vu une aussi belle petite fille que la mienne… Si si regardez:

DSC_0369 (Copier)

Elle est belle, et vos enfants sont beaux. Seulement, ils ne rentrent pas dans la norme, la normalité, imposée par notre société.

Pour les autres, vos amis, votre famille, les inconnus dans la rue, vos enfants sont le rappel vivant et violent que ça n’arrive pas qu’aux autres.

Quand on imagine un bébé à venir, on n’imagine pas qu’il sera malade. Parfois on le découvre à l’échographie, et on a le choix de garder ou non cet enfant. Parfois c’est le choc à la naissance, et enfin, on peut finir par le découvrir des mois plus tard.

Alors forcément, dans l’attente d’un enfant, ou non, voir un enfant en fauteuil, ou un enfant porteur de trisomie, ou un enfant avec des prothèses auditives…nous rappelle que l’enfant parfait n’existe pas, et que le handicap peut frapper n’importe qui, n’importe quand.

Ensuite votre enfant peut aussi avoir des troubles du comportements. Les gens vous regardent de haut, vous l’avez forcément mal élevé. Il n’est pas envisageable de prime abord que votre enfant ait des troubles autistiques, une hyperactivité, voir même un haut potentiel intellectuel (qui peut donner de grosses crises de colère aussi!). Non, vous êtes le fautif. Puis, on n’a pas toujours envie d’expliquer à la vieille mémé aux lèvres pincées que non, ce n’est pas un caprice, mais que Loulou ne comprend pas, ne parle pas, et donc crie, et balance ses poings. On sort épuisé de ce genre de confrontation. Jugé, sali, en larmes parfois.

Les soignants qui nous infantilisent et passent outre nos avis, et nos émotions ne vont pas aider à guérir la blessure narcissique. Ils sont trop peu souvent empathiques. Ils oublient qu’ils ne font pas face à un trouble, ou à un handicap, mais à une personne touchée par le handicap, et au centre d’une famille. Combien de familles bénéficient d’un suivi de fratrie? D’aide psychologique? Combien de médecin se prennent pour Dieu et balaient d’un revers de la main les propositions, les peines et les désirs des familles? Une fois l’annonce faite, le quotidien mis en place, que reste-t-il à ces parents parfois démunis?

On ne va pas se voiler la face, la première ligne, c’est nous. Les plus meurtris de l’histoire, ce sont les parents. On a mis au monde un enfant pas comme les autres. Pourquoi? Qu’a-t-on fait de mal? On se repasse chaque minute de la grossesse, voire des mois qui l’ont précédée. On revoit chaque aliment ingurgité, chaque rhume. On scrute la famille pour voir si une tante éloignée n’était pas comme ça elle aussi? On se demande si on paye quelque chose, si on expie une faute… (et c’est encore plus vrai pour les familles croyant en un quelconque dieu, j’ai du bol de ne croire qu’en nous).

Puis on s’y fait, ou pas. Certains parents vont toujours souffrir du handicap. D’autres feront front. Plus ou moins bien selon les périodes.

J’admire les uns et les autres.

Le plus douloureux à accepter pour moi, ça a été le handicap intellectuel. Les mots « débile, idiote » lancés dans les cours de récré de mon enfance me sont revenus en pleine tronche. Rayond’soleil n’est pas débile, ni idiote. Mais je sais que c’est cette image qu’elle pourrait véhiculer, et j’avoue que c’est ce qui me soucie le plus. Les moqueries, elle est toujours passée au travers pour le moment. Alors mon but à moi, c’est de la porter le plus loin possible. Quand je la vois commencer à déchiffrer des petites phrases, et écrire son prénom en grand, je me dis qu’on va y arriver. Je sais qu’elle a une intelligence différente. Elle ne fera pas math sup’, je ne veux pas en faire un ingénieur, mais je sais qu’elle est intelligente, et pas débile. Elle a une intelligence de coeur bien supérieure à la moyenne. Mais j’ai quand même dû accepter le fait qu’elle ne suivrait pas le circuit scolaire normal, et qu’il y a peu de chance de fêter son bac. J’ai dû redéfinir mes priorités.

Pour d’autres parents, c’est la perte (ou la non acquisition) de la marche qui sera difficile à gérer émotionnellement.

D’autres encore, la douleur chronique…J’ai pleuré à chaque fois qu’elle m’a dit souffrir d’un endroit ou de l’autre. L’impuissance face à la douleur, c’est horrible, invivable, insupportable…

Personne n’est plus malheureux que le voisin. On ne peut pas quantifier la peine selon le degré de handicap. Et ce n’est pas parce que le handicap est plus léger qu’il est plus facile à accepter (oui je dis beaucoup accepter, alors que je sais que certains d’entre vous n’accepteront jamais)!

J’ai fini par accepter. Me moquer du regard des autres, et me fixer chaque jour de nouveaux objectifs.  Je m’aide de ce livre, conseillé par Za, du blog de Za. Parce que l’autonomie sera donc la priorité de nous 51BfX-1kSTL._AA160_tous, parents d’enfants en situation de handicap quel qu’il soit.

Redéfinir les priorités, se fixer des points atteignables chaque jour. Prendre un jour après l’autre, relativiser.

Il sert à toute la famille, dans la bienveillance. J’aimerai que les instits en fassent autant, mais y a du boulot dans notre système scolaire habituel. La bienveillance, on en est bien loin. La maîtresse de Avalanche pense systématiquement qu’il est en faute dès qu’il a un accrochage avec un copain. Parce qu’il est un peu vif. Il n’a pas le droit à la parole.

Pour Rayond’soleil, le personnel de l’école est dans la bienveillance, et pousse les enfants gentiment, mais fermement au dépassement de soi.

Rayond’soleil est une petite fille exceptionnelle, anormale oui. Je n’ai pas peur des mots. Mais je ne la vois pas comme un fléau ou une punition, et je n’aimerai pas qu’elle croit que je la pense ainsi. Elle m’a appris beaucoup sur moi, et sur les autres, sur le handicap en général, et sur la façon d’aborder les autres, différents de moi. Je suis plus ouverte, plus décidée, plus forte, plus sûre. Je suis prête à affronter la vie maintenant.

Vous allez me dire que c’est facile, ses jours ne sont pas comptés, elle marche, et elle est heureuse. Je répondrai que j’ai pas le droit d’être malheureuse si la première concernée ne l’est pas. « Rayond’soleil est pas pareille, mais elle n’est pas handicapée ». Ce sont ses propres mots. Moi je l’aime ma ptite fille pas pareille! J’aurai aimé que sa vie ne soit pas faite de rdv multiples, de rééducation et de possibles moqueries, mais si elle y va en souriant, c’est que tout ça, c’est sa norme à elle.

N’oubliez jamais, que le plus dur, c’est  pour vous…Et je sais que vous êtes courageux, combatifs et que vous allez déplacer des montagnes pour vos bijoux…

3

L’allaitement de l’enfant différent.

    Chaque allaitement est une histoire unique, entre les parents et leur bébé. Chaque histoire ne peut se comparer à aucune autre, et dans le domaine de la différence, je crois que le seul mot qui pourrait résumer l’allaitement, c’est le mot combat . C’est donc le mien que j’avais envie de partager avec vous en ce premier jour de la semaine mondiale de l’allaitement maternel.

Rayond’soleil est née par un beau matin d’hiver. 3 kilos à terme, un bébé somme toute de poids moyen. Bon après mon maxi premier, j’avais le sentiment qu’elle était minuscule mais ce n’était pas grave. Elle a de suite rampé vers mon sein, et pris sa première tétée en peau à peau en salle d’accouchement. Idyllique. Nous sommes restées en peau à peau longtemps, puisque je l’avais demandé dans mon projet de naissance qui a été entièrement respecté, blotties l’une contre l’autre sous une couverture jaune. Je me souviens ses cheveux noirs, je me souviens qu’elle m’a fait pipi dessus ( et bien pire ) aussi!

Dans ma valise de maternité, mon écharpe de portage bien sûr mais aussi Marie Thirion. Enfin pas elle, son livre bien entendu, » L’allaitement de la naissance au sevrage ». Ma béquille, au cas où je flancherai sous le regard désapprobateur d’une auxiliaire de puériculture pas sympa (il n’y en a qu’une dans la mater où ma fille a vu le jour mais comme je suis un chat noir…). On m’a filé des tisanes, on m’a fichu la paix. Le surlendemain de mon accouchement, je me suis carapatée en signant une décharge et je suis rentrée chez moi. Je ne le savais pas, mais tous les parents qui signent une décharge, font l’objet d’un petit signalement à la PMI, qu’ils aient prévu une hospitalisation à domicile(comme moi) ou non. Et ce petit signalement, cette petite ligne rouge dans mon dossier, va sauver mon allaitement, en mettant sur ma route une infirmière puéricultrice, Isabelle. J’aurai pu refuser la proposition de la PMI de passer nous voir, moi et mon bébé, une fois par semaine, au terme de mon hospitalisation avec la sage femme qui m’avait suivie. Mais cette petite fille m’impressionnait un petit peu, je ne savais pas me l’expliquer.

    Rayond’soleil et moi, on a eu un allaitement compliqué à plusieurs points de vue. 

Elle était un bébé fatigué. Elle dormait beaucoup, beaucoup trop. Parfois elle se réveillait pour téter mais s’endormait au bout de quelques minutes au meilleur des cas. Le lait gras, elle n’en voyait que rarement la couleur. J’avais beau la stimuler, la chatouiller, lui parler, rien…

Elle tétait mal. En fait j’avais un REF (Réflexe d’Ejection Fort) qu’elle ne maîtrisait pas du tout.

Bien plus tard, nous avons découvert une Intolérance aux Protéines de Lait de Vache (la totale!).

    Donc à j15 Rayond’soleil n’avait toujours pas repris le moindre gramme.

Isabelle a préféré penser qu’elle n’avait pas perdu plus. Elle m’a interdit d’avoir une balance à la maison. Elle m’a interdit de la peser avant et après la tétée. Elle a séché mes larmes d’impuissance devant ce bébé qui ne grossissait pas. Ma fille avait perdu 300 gr. La limite des 10% de son poids était atteinte à j3. 12 Jours plus tard, nous étions toujours à 2kg700. J’étais effondrée, j’avais beau lire Marie Thirion, et le relire, j’étais perdue. Isabelle a donc décider qu’on devait employer les grands moyens. Elle m’a rassurée, je produisais du lait, je n’avais qu’à voir les fuites énormes sur mes t-shirts, mais ma fille n’en profitait pas suffisamment car ses tétées étaient trop courtes. Pour l’aider, j’allais devoir tirer mon lait. Pas pour lui donner au biberon, non, mais pour vider une partie du pré-lait. Je n’ai pas tiré au lait, pour ne pas renforcer mon REF, mais à la main. A j33 très exactement, Rayond’soleil a enfin dépassé les 3 kg! Confettis!

Avec le temps, nous avons appris à gérer le REF ensemble: elle tétait un peu, le temps de faire monter le lait, puis nous laissions le lait couler sur un lange tant qu’il giclait en jet. Elle est restée frêle longtemps. Tétant peu mais souvent. A 6 mois, lorsqu’à bout de nerf, j’ai tapé du poing sur la table et exigé un rendez vous chez un gastrologue, elle tétait encore jusqu’à 15 fois par jour, nuit comprise, et ne dormait pas plus d’une heure de rang. J’étais épuisée. Je ne pouvais pas la laisser en garde, puisqu’elle a refusé toutes les tétines de tous les biberons du monde. Bien sûr, le pédiatre trouvait qu’elle ne mangeait pas assez, le médecin qu’elle mangeait trop…Ou l’inverse! Pour obtenir ce rendez-vous j’ai menti. J’ai dit qu’elle tétait bien toutes les 4h, sauf la nuit, où nous n’avions qu’un seul réveil. Je sais, c’est mal.

téléchargement

La honte, c’est vite passé! J’aurai pu assumer, argumenter, qu’on allaite pas au sein comme on allaite au biberon, que le lait maternel ça se digère pas comme le lait de vache, y a qu’à comparer la taille des molécules, sortez votre microscope…Mais face à des murs, à quoi bon? L’allaitement a beau être au programme de médecine, il occupe une place tellement minuscule que c’est ridicule et peu de médecins s’y intéressent vraiment! Le gastrologue, lui m’a dit « ne me mentez pas, ma femme allaite, je veux la vérité, sinon je ne saurai pas vous aider. » Alors je lui ai dit, les micros tétées, comme pour juste soulager quelque-chose, les nuits qu’elle passait contre moi, assise, calée tant bien que mal par des oreillers pour pouvoir me reposer, ce bébé qui se réveillait en sursaut et en hurlant, ses problèmes de tonus aussi, cette façon qu’elle avait de mâchouiller en permanence, les hyper-extensions qui arrivaient visiblement à la calmer un peu… J’ai pleuré. Il m’a rassurée, lui aussi. Je n’étais pas fautive. Elle ne mangeait ni trop, ni trop peu. Elle composait comme elle pouvait. Elle était chétive, mais ce n’était pas la faute de l’allaitement, elle pleurait énormément, mais ce n’était pas la faute de l’allaitement, elle vivait en écharpe, mais là encore, ce n’était pas la faute de l’allaitement, ce  n’était pas MA FAUTE! C’était une saleté de Reflux Gastro-Oesophagien!

Il a refusé de lui faire passer des examens invasifs. Il l’a mise sous traitement immédiat pour une oesophagite, et m’a demandé de pratiquer une éviction stricte du lait de vache. Il m’a donné des précautions à prendre avec elle, ne pas l’allonger après les repas, incliner son lit, et faire attention lorsque nous commencerions la diversification… En quelques jours, moins de pleurs, en quelques semaines, son poids s’est envolé…Je n’ai jamais eu besoin de revoir ce monsieur, mais si je le croise demain ,je lui ferai une bise (il ne risque rien, je ne vais jamais le reconnaître, je ne suis pas physionomiste pour deux sous!). Elle a énormément souffert de ce RGO, qui avait deux causes: son hypotonie, et son intolérance. Nous avions réintroduit les produits laitiers tout doucement après ses 3 ans car l‘intolérance à tendance à passer spontanément avant 4 ans. Rayond’soleil se fiche de la tendance, nous sommes de nouveau en éviction totale depuis un peu plus d’un an! Ce que j’en garde, c’est que, comme pour tout dès lors que l’on parle allaitement, il faut savoir écouter son bébé. Pas d’interdits alimentaires, à quoi bon se priver de yahourts ou de café si votre bébé va très bien? Mais s’il commence à manifester de l’inconfort, rapprochez vous de quelqu’un qui saura vous guider vers l’un ou l’autre des aliments potentiellement irritants…

 

    Notre dernier souci, ça a été l’exclusivité, qui a longtemps perduré, ne me laissant aucun répit.

Après cette mise en place médicale, nous avons retrouvé un semblant de tranquillité. Rayond’soleil pleurait moins, et elle réussissait à dormir quelques heures d’affilée. Rarement plus de 3, mais c’était mieux. Les couchers restaient cauchemardesques, surement des souvenirs de douleurs dont elle a eu du mal à se défaire jusqu’à ses 4 ans…Durant 4 ans, elle a donc assimilé le coucher à un moment désagréable, elle a eu peur de s’endormir, de peur de se réveiller dans des souffrances terribles…Elle grossissait enfin normalement. Seulement, jusqu’à ses 16 mois, elle n’a rien accepté d’autre que mon lait, à mon sein. A chaque fois que je l’ai laissé à garder, cela s’est avéré éprouvant, pour elle comme pour notre Super nounou…Cette exclusivité s’est soudainement rompue lorsqu’elle a décidé de manger un boeuf bourguignon avec coquillettes…Surprenante petite fille!

 

En résumé, nos débuts d’allaitement ont représenté un réel combat. Contre une partie du corps médical, contre mes pires craintes, contre l’épuisement maternel aussi. Mais je suis fière d’avoir gagné toutes ces batailles, d’avoir partagé ces moments pas toujours faciles, mais pas aussi horribles qu’on pourrait le penser avec ma fille. 17 mois d’allaitement, de bonheur, de regards intenses, ce regard qui le premier m’a dit « je vais changer ta vie », 17 mois de partage, de doigts emmêlés, son premier signe « téter » à 6 mois de vie, tout un symbole quand on sait à quel point le langage nous a été compliqué …

 

Après elle, Avalanche est né, et j’ai vécu un allaitement « normal ». Je n’en suis pas moins fière. 24 mois et un sevrage naturel pour lui, je peux vous faire un paragraphe sur allaitement et travail du coup, c’est le thème 2015!

J’ai repris le travail aux 11 mois de mon dernier bébé. Il tétait aux alentours de 4 fois par jour, et deux fois par nuit à ce moment là. Je travaillais entre 3 et 4 jours par semaine, de 8h du matin à 19h. J’avais prévu des réserves de lait, de quoi fournir un glacier londonien pour minimum 3 mois, j’ai fini par les mettre dans son bain, la loose… Il refusait de boire le lait décongelé, il prenait quelques bibs de lait frais par contre. Du coup, je tirai un biberon pour le goûter du lendemain pendant ma pause au travail. Ca a pu fonctionner comme ça, parce que pendant un an, je suis allée passer ma pause déjeuner chez notre Super nounou. Elle a accepté, sans broncher, de me voir débouler à l’heure du repas pour une tétée entrée, ou une tétée dessert, selon l’heure. Mon Avalanche était suffisamment détaché de moi et bien dans ses baskets, pour que l’on puisse se permettre ces doubles séparations journalières. Parfois, le soir, il se jetait sur le sein avant que nous ne repartions de chez nounou, mais ça a été plutôt rare, et il attendait généralement d’arriver à la maison. Lorsque je ne pouvais pas sortir du magasin, pour une raison x ou y, Super nounou s’arrêtait en rentrant du RAM, et je l’allaitais en salle de pause. Je n’ai jamais fait valoir mes trente minutes d’allaitement journaliers, prévus par la loi, car je n’étais sûre que cela soit valable après la première année de bébé, mais j’ai fait valoir mon droit à allaiter dans les locaux de l’entreprise. Je suis très fière de cela, car j’ai clairement été la première, et la seule à le faire dans l’entreprise, à la connaissance de mon responsable en tous cas. Je n’ai jamais eu de réflexions, ce qui est miraculeux,lol!

   Pour finir, j’ai aimé allaiter, les uns et les autres de mes enfants, même si mon aîné a fait les frais de mon inexpérience…Il a été allaité exclusivement quelques semaines, et en mixte quelques mois. Je sais que je leur ai donné ce que j’avais envie de leur donner. Ce désir d’allaiter était viscéral et animal chez moi, et je conçois que tout le monde n’en ressente ni le besoin ni l’envie, encore plus lorsque l’annonce du handicap, ou juste le sentiment que quelque-chose cloche, vient se greffer aux difficultés des premiers jours. 

photos 008 (Copier)

11 mois, le douceur, l’intensité du regard, des souvenirs encore si vivants…