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portrait du jour…53

S à la quarantaine dynamique et un parcours de vie incroyable, comme la majorité des personnes que j’ai la chance de côtoyer.

C’est drôle comme je me sens privilégiée par mes conditions de vie qui me permettent de rencontrer des gens tellement pluriels, et de m’enrichir humainement au fil du temps.

S travaille dans la même association que moi. Elle a une pêche incroyable, et le sourire collé au visage en toutes circonstances ou presque. C’est une angoissée de nature, avec le coeur sur la main.

Elle gère à elle toute seule une charge de travail colossal, sans se départir de sa bonne humeur, et elle couve son équipe comme une mère poule le ferait avec ses poussins. S, c’est un peu la grande soeur idéale, celle qui fronce les sourcils si tu lui piques son t-shirt préféré sans lui demander mais qui te le prêtes quand même parce qu’elle est vraiment gentille.

S n’a pas eu la vie facile. Qui a une vie facile d’ailleurs ? Personne, assurément. Chacun à notre échelle rencontrons des difficultés, plus ou moins bien supportées. S a rencontré des épreuves dont elle parle avec pudeur, et une force déterminée. Elle a une fille aujourd’hui adulte en situation de handicap, et qui est passée, comme elle, par des phases de colère qu’il a fallu gérer. Elle sourit en racontant, elle trouve ça terriblement banal et normal. Sa fille s’est révoltée, a refusé sa situation, a rué dans les brancards, et S avec elle, malgré la peur, malgré le besoin de protection.

Elle a su prendre le recul nécessaire pour permettre à cette enfant de s’envoler, au même titre que les autres. Bien sûr que rien n’est parfait. Bien sûr qu’elle risquait de s’écraser avec ses ailes fragiles et difficiles à maîtriser. Mais S a su lui donner la force de caractère nécessaire.

Evidemment, elle a dû traverser d’autres nuits noires, d’autres moments d’adversité, d’autres douleurs et déchirements, mais c’est celle-là qui a forgé son caractère de battante.

Et si ce sont nos histoires de filles extra ordinaires qui ont ouvert la discussion il y a bien longtemps, avant même que nos chemins professionnels ne se rejoignent, c’est tout le reste qui rend S exceptionnelle.

Son engagement quotidien auprès de son équipe, sa lutte pour leurs droits, ses combats pour les femmes, contre les maladies, contre les inégalités. Sa gentillesse en étendard, elle est prête à soulever des montagnes pour effacer les lignes, pour réduire les injustices. Sans cape de sauveuse, elle apporte sa pierre à l’édifice, chaque jour dans l’ombre et avec la discrétion la plus totale.

Engagée au sein de plusieurs associations, elle m’en fait pas des tonnes, et on apprendrait presque ses réalisations par hasard. Si S sait valoriser le travail et les accomplissements des autres, elle oublie trop souvent les siens.

Et ce midi, elle a fait preuve d’une attention toute particulière pour moi, lisant entre mes lignes avec une capacité d’empathie incroyable.

Par un simple mot, doublé d’une main sur mon poignet, elle m’a démontré que tout pourrait aller bien, parce que l’humain est capable aussi et surtout du meilleur. La douceur dans ses yeux remplirait les cœurs les plus durs d’une sérénité nouvelle, parce qu’ils sont le miroir de son âme (oui je l’ai piqué à quelqu’un celle-là, elle n’est pas de moi). Malgré les épreuves envoyées par la vie, S ne baisse pas les bras, au contraire, elle les porte en soutien à tous ceux qui en éprouvent le besoin…

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#portrait du jour…50

F a 45 ans. On se rencontre dans le cadre du travail, au tout début de ma reconversion. Il dirige une structure, qui emploie deux de mes petits protégés.
Quand j’arrive au rendez-vous, ni l’un ni l’autre ne sont là, et je me sens contrariée, et intimidée aussi. Mais il est gentil, et parle avec une voix tellement posée et basse, que cela me nécessite une attention particulière et redonne un peu de douceur à mon humeur. Bizarrement, il me met rapidement en confiance, et j’oublie que je ne suis qu’une débutante face à un directeur, qui maîtrise bien mieux son sujet que moi.
Le milieu est un petit milieu, et nous nous reverrons, forcément, de manière plus ou moins régulière. Il fait partie des gens du microcosme que j’apprécie. J’aime à échanger avec lui.
F parle toujours doucement. J’imagine que cela met en confiance les naufragés de la vie qui arrivent chez lui pour trouver un emploi. Il garde sur le visage un demi sourire engageant à la confession, ou du moins à la conversation. On ressent le respect et l’affection que lui témoignent ses salariés, et qu’il leur rend bien. Humanité, humanisme.
Au fil des accompagnements, il embauchera S dont je ne vous ai pas encore parlé, et N, qui a fait l’objet du premier portrait.
Au travers de ces histoires de vie qui nous touchent tous les deux, je découvre un directeur investi, mais surtout un homme dont la sensibilité fait fortement écho à la mienne. Quand je lui apprends ce qui est arrivé à N (cf portrait n°1), et que nous n’avions su voir ni l’un ni l’autre, il mêle sa culpabilité à mes remords. Touchés, comme si nous étions responsables de toute la misère du monde, malheureux de n’avoir rien vu venir, et d’avoir été incapables de l’accompagner… Bousculée comme dans une tempête, c’est vers lui que je me tourne pour partager mes émotions, mon impuissance.
F aime les gens. Il les observe de loin, un peu en retrait et comme fasciné par leur capacité à s’adapter à leur environnement. Il écoute, avec une attention aiguisée, ce qui se dit autour de lui, et aussi ce qui ne se dit pas. Il décode, déchiffre et ressent l’Autre. Il s’imprègne et retient chaque détail qui pourrait être utile à son interlocuteur, plus tard, quand celui-là sera en capacité d’analyser et d’avancer. On sent dans ses écrits la prévenance qu’il éprouve pour les personnes qui l’entourent, quelles qu’elles soient. F écrit, plutôt bien, et parle de ces parcours chaotiques, qu’il croise régulièrement au détours d’une embauche ou d’une amitié.
A une époque où les valeurs de partage et de bienveillance sont malmenées et observées d’un œil bien critique, F a pris le parti d’être une personne gentille. Le cœur sur la main, les étoiles dans les yeux, il entre en empathie avec tous ceux qu’il croise, même s’ils ne font ni pas vers lui, ni compromis. Il plie, se courbe et garde de douces attentions pour eux, se remémorant les meilleurs souvenirs partagés, ou l’objectif qu’il s’est fixé.Je l’admire souvent pour cette capacité à ne jamais râler, tout en se laissant atteindre malgré tout. C’est rare un homme qui ne rougit pas de laisser briller ses yeux quand il est touché, quand les émotions débordent. Il a vécu ses propres drames, des blessures à jamais ouvertes qu’il ne tente pas de cacher. Pour réussir à faire de ses faiblesses une vraie force, il les assume, les porte, et tente de les remplir avec de belles choses. Il est ému par un son, par une image, par une attention. Il le dit, le montre, avec la simplicité et l’enthousiasme que seuls les grands enfants ont su garder.F est le genre d’homme à danser dans sa cuisine, à chanter dans sa voiture, à courir sous la pluie et à dessiner des fleurs à la craie sur le goudron. Il est du genre à aider le pauvre, et le moins pauvre. A pardonner les erreurs de ses salariés, et celles de ses amis. Il est du genre à prendre une décision de dernière minute, parce qu’elle donnera le sourire à quelqu’un, et à renoncer à une autre, pour éviter des larmes inutiles.Il a cette vision du monde et de ses habitants que je partage. Il y a du beau en chaque lieu, en chaque personne, il suffit de vouloir le voir.
« On rencontre beaucoup de visages dans le monde, mais certains dans eux pénètrent dans notre esprit presque à notre insu. Ce n’est pas à cause de leur beauté qu’ils s’imposent à nous mais plutôt à cause d’une autre qualité. Dans la plupart des visages, la nature humaine ne transparaît pas, mais il s’en trouve cependant où cette qualité mystérieuse, intérieure, se manifeste spontanément. Alors ce visage-là se fait remarquer entre mille autres et s’imprime tout à coup dans l’esprit. » (Rabindranath Tagore).
Je crois que c’est exactement ce qui frappe chez F. L’humanité. L’Humanisme. Et cette capacité à apprécier chaque instant offert par la vie, à s’en émerveiller comme un enfant, à sublimer les mauvais moments pour les transformer en quelque chose d’acceptable, à profiter des bons comme s’ils étaient un cadeau surprise et à se laisser surprendre, par les belles rencontres, par une attention, par un geste doux et tendre, par un visage, par un mot, par tout ce qui fait que la vie est vie, que le monde est monde…

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#portrait du jour…9

A est une soignante. Une soignante à part, une vraie, de celles qui tiennent leur cœur au chaud de leur poitrine pour ne pas montrer à tous les enfants à quel point elle les aime.

Parce qu’elle le sait bien, elle ne sera qu’éphémère dans leurs jeunes vies. Le suivi est temporaire.

Elle sait qu’elle doit marcher sur un fil. Les enfants doivent l’apprécier parce que les enfants sont comme ça, ils avancent mieux avec quelqu’un qui les fait vibrer un peu plus fort. Mais ils ne doivent pas trop s’attacher à elle, parce qu’ils devront affronter l’après.

Entre pudeur et encouragements, A est un repère. Elle reste à sa place de professionnelle comme elle peut.

Elle sait qu’elle peut compter sur la vie pour lui montrer que parfois, on peut légèrement sortir du cadre, surtout quand l’accompagnement touche à sa fin.

Elle porte les petits un peu plus loin, un peu plus haut, et rassure leurs parents, du mieux qu’elle peut.

A sait trouver les mots qui mettent un pansement sur les plaies des papas et mamans perdus qui errent trop souvent dans sa salle de motricité. Posément, et avec mesure, elle pose des mots sur leurs maux, elle ne cherche pas à réparer les douleurs, elle ne fait pas de chichis, pas de mensonge. Elle dit les choses.

A a aussi appris à ne pas se laisser embobiner par de charmants petits Rayond’soleil aux tâches de rousseur sur leur mignon trognon petit nez. Parce que la complaisance n’a plus rien à voir avec la bienveillance. Parce qu’elle a une forte conscience de leurs possibilités. Parce que parfois, on peut les laisser abuser un peu, mais pas trop souvent, que ce n’est pas rendre service.

Je ne peux pas dire d’elle qu’elle est une main de fer dans un gant de velours. Elle est douceur, compréhension.

Que ce soit avec les enfants qu’elle accompagne, ou avec ceux qui croisent son chemin, elle voit l’enfant avant tout. Elle ne voit pas le comportement gênant, elle ne voit pas le problème, elle imagine la solution.

C’est dur de se dire qu’on aime un soignant, jusqu’à ce que le soignant devienne un ami.

S’il est certain qu’on est plus prompte à râler quand on ne les comprend ces soignants, il me paraît juste et nécessaire de dire quand ils sont bons, généreux.

Quand A a tourné la page de plusieurs années d’accompagnement de Rayond’soleil, je savais qu’on y arriverait sans elle, parce qu’elle serait toujours là. Quelques mois auparavant, je suffoquais, je paniquais. Comment pourrai-je faire confiance à quelqu’un d’autre ? Comment trouverai-je le soutien ? Elle m’a rassurée sur la suite, elle m’a assuré un soutien sans commune mesure.

Je suis pas du genre à faire de grandes déclarations, alors je dépose ça là, parce que je sais qu’elle lit…

A va bientôt connaître la joie d’un joli bébé, et elle verra voler en éclat toute sa confiance. Elle en a une conscience aiguë depuis le début de sa grossesse. Elle ne passe pas de l’autre côté de la barrière, du mauvais côté du bureau, mais ce sera son tour d’être en demande, de vouloir être rassurée, cajolée, affirmée en tant que mère. Elle a juste plus de clefs…

Alors félicitations, par un peu d’avance, et à tout vite….