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Work in progress

Le changement, les bouleversements, ennemi numéro un des personnes fragiles.

Et dans les personnes fragiles, j’ai longuement rangé mon Rayond’soleil.

Handicap mental, retard de développement, déficience intellectuelle.

Autant de mots qui me permettaient raisonnablement d’angoisser à l’idée de modifier son quotidien, d’autant qu’elle m’a souvent donné des raisons de ne pas la bousculer.

Mais Rayond’soleil est une petite fille étonnante et épatante, et elle n’a de cesse de me surprendre. Je crois d’ailleurs que c’est son but dans la vie, voyez.

Au cours du dernier mois, j’ai évoqué à plusieurs reprises des chamboulements dans ma vie, et donc dans la sienne.

Je ne vais pas m’étendre dessus, mais à part l’école, tout a changé pour elle.

Et j’ai eu peur, une peur incroyable que cela entrave les progrès, déjà stagnants depuis quelques mois de ma précieuse petite perle rare.

Il faut avouer que la maîtresse m’avait déjà alertée sur une petite baisse de régime. Elle a toujours avancé par paliers, avec des périodes de recul.

Alors que je m’apprêtais à prendre de multiples décisions l’impactant, j’ai eu quelques crampes au ventre, je dois bien l’avouer. Ne lisant pas l’avenir dans le marc de café, je ne pouvais envisager comment les choses tourneraient, d’un point de vue déjà logistique, mais aussi émotionnel, pour elle comme pour moi.

Difficile pour l’être humain d’amorcer le changement. Je me suis transformée au cours du dernier mois, comme un reboot, comme une mise à jour en profondeur, et j’ai entraîné les enfants avec moi, je n’en avais pas le choix.

Evidemment, j’ai souhaité la mutation, les mutations, mais elles n’en ont pas été moins culpabilisantes par moment.

Rayond’soleil… Solaire, puissante. Du haut de ses 10 ans elle a retourné tout le monde. A l’unanimité, le bouleversement de sa vie lui a été bénéfique.

Brusquement, elle a saisi sa chance elle aussi. Elle exprime ses émotions, évidemment. Mais elle a décidé de profiter du courant pour surfer sur la vague. Elle a tellement grandi et progressé qu’elle en est bluffante.

Elle n’a presque plus besoin d’aide dans les gestes du quotidien. Elle prend beaucoup plus de temps que lorsqu’il fallait l’aider, mais le fait de redescendre la pression sur les horaires que je pouvais lui imposer lui a été extrêmement bénéfique. Perdre 5 minutes tous les jours lui fera sûrement gagner bien plus que je ne l’aurai imaginé, et personne n’est mort pour l’instant pour les matins où nous nous sommes retrouvés @larrache.com !

Lâcher prise est une clef importante pour que je puisse l’aider à se développer et à voler de ses propres ailes. Et c’est aujourd’hui une possibilité nouvelle qui s’offre à nous.

L’autonomie est le nerf de la guerre, mais la gestion des émotions a toujours pris beaucoup de place. J’avais une fillette qui faisait de grosses colères, déchargeant l’angoisse, notamment à l’heure redoutable et redoutée d’aller au lit. J’ai aujourd’hui une presque pré-ado qui sait me dire qu’elle a un chagrin, qu’elle est pas bien, avec parfois des trémolos dans la voix, mais qui ne part presque plus jamais en crise.

A l’école, tout le monde s’accorde sur de réelles avancées au cours du mois écoulé. J’avais demandé à ce qu’elle soit vue par la psychologue, et cette dernière m’a confirmé ce que je ressentais profondément : elle va étonnamment bien. Elle n’encaisse absolument pas, elle en prend son parti et se saisit de tout le positif. Rayond’soleil est donc en mode Hakuna matata : aucun souci, philosophie. Ok, d’accord, qu’il en soit ainsi.

Evidemment, je la veille, je reste en hyper vigilance, comment cela pourrait-il en être autrement ? Je suis une mère, une maman louve en plus, et je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour mes petits, surtout ceux que j’ai si longtemps considérés comme « fragiles »…

Alors, depuis un mois, pas une photo de portage récente, parce que je ne souhaite pas encourager ça chez elle. Elle est grande, elle le dit si souvent…Je ne veux pas qu’elle se croit petite. J’ai profité du courant moi aussi pour surfer sur la nouveauté et la laisser s’envoler….

En conclusion, osez, osez en restant alertes mais osez. Ne vous privez pas de vie parce que la crainte vous dirige, libérez vous de vos chaînes et choisissez d’avancer, parce que le chemin est beau même quand il est ardu, parce que vos enfants sauront vous montrer si c’est supportables pour eux, et que vous pourriez être surpris par le bonheur….

bébé

10 ans entre cette photo et aujourd’hui. 10 ans d’évolution, de chagrins et surtout de joies simples ! Elle est loin cette bébé là !

 

 

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#portrait du jour..31

Il s’appelle D.

Je le rencontre dans l’une de ces réunions d’information pour les bénéficiaires du RSA.

Bénéficiaire, rien que le mot me file l’envie de vomir ! Alors quand il s’agit de leur détailler leurs droits et devoirs, j’avoue que je me sens très vite mal à l’aise.

Ce jour-là, il y a deux réunions coup sur coup. Et ce qui me marque, c’est l’âge des personnes convoquées. Qu’elles sont jeunes. Si jeunes… Ça me fait mal au ventre.

Alors bon, je ne suis pas toute seule, il faut assurer la réunion. J’écoute d’une oreille mes collègues dérouler le blabla habituel. « Recherche d’emploi, présence au rendez-vous, sanction » blabla.

Je les regarde, intensément. Chacun leur tour. Cette mère avec un bébé de deux mois tout juste, qu’elle allaite discrètement sous son écharpe, cette autre enceinte jusqu’aux yeux, belle et rebelle. Que font-elle là ?

Au milieu des autres, je repère D. Au delà de la saleté, c’est son regard qui m’interpelle.

Il a une moue maussade, n’a pas retiré sa casquette, ni son blouson, qu’il serre d’une main contre son torse. Mais ses yeux disent autre chose. Son attitude trahit une colère sourde, et ses yeux un profond désespoir.

Je sais que c’est à lui que j’irai parler à la fin de la réunion, vers lui que j’irai semer une graine et tenter de rendre un peu d’humanité.

C’est vrai qu’il est sale, il a des traînées noires sur son visage. Son blouson est troué et il sent le tabac froid. Ses dents sont jaunies et ses ongles rongés donnent l’impression qu’il a fait de la mécanique.

Et il me touche en plein cœur, sans que je ne puisse me l’expliquer.

Il est sur la défensive quand je m’assois en face de lui. « Des obligations ? Mais gardez les vos 300 balles, pour ce que j’en ferais… ». J’ai envie de le prendre dans mes bras, et de lui dire que ça va aller. Mais ça n’ira pas. Bien sûr que ça n’ira pas. Je ne vais pas lui mentir, je ne vais pas ajouter ça à la charge qu’il porte déjà sur ses épaules. Pour quoi faire, pour lui faire subir quelle autre plaie ? Pour lui montrer que tous les humains sont peureux, pourris et dégueulasses ?

Alors, doucement, je lui ai demandé de me raconter. Racontez-moi, et prenez votre temps. Il y a des solutions, des aménagements, des aides.

Et il m’a raconté. D, il a 29 ans, il est joli garçon sous sa barbe. Ses yeux sont immenses, tristes, enfantins, et d’un bleu azur très profond.

Il avait tout pour lui. Il était le second d’un chef étoilé de la région, un bon poste pour un jeune sorti de l’école. Il gagnait plutôt bien sa vie. Il avait une copine, magnifique, intelligente, et drôle. Je vois le voile passer sur son visage. Il me parle d’elle, beaucoup, et plus il en parle, plus il s’assombrit. Il avait des projets, mille. Un mariage, un bébé, une maison. Et elle est partie.

Il est resté seul dans leur appartement devenu trop grand, à chercher son odeur dans chaque recoin. Elle lui a tout laissé, les meubles, le loyer. Il s’est englué dans son chagrin. Il n’arrivait plus à quitter leur nid, il ne pouvait plus se séparer de tout ce qui lui rappelait leur amour perdu. Le miroir de la salle de bain dans lequel elle se maquillait en plissant les yeux, leur cuisine dans laquelle ils se mijotaient des bons petits plats quand il ne travaillait pas, le canapé qui avait abrité leur passion pour les séries, la chambre qui avait été le témoin de leurs ébats. Pendant des semaines, il n’a pas changé les draps. Quand il a compris qu’elle ne reviendrait pas, il s’est refusé à tout changement. Les draps, les serviettes de la salle de bain, le torchon de l’évier…

D’un seul coup, tout lui est apparu comme insurmontable. Il n’est plus allé travailler, et malgré la compréhension de son patron et ses appels répétés, il a fini par lâcher la rampe. Juste, il ne pouvait plus avancer. Plus du tout. Incapable de sortir, il a perdu 10 kilos et au moins autant d’amis. Bientôt, plus personne ne s’est rappelé qu’il existait.

Comme il avait démissionné, il n’a pas eu d’allocation chômage. Comme il n’avait pas d’argent, il n’a pas pu payer le loyer. Il a donc été expulsé, un jour de juillet. Depuis il marche. Il marche toute la journée, il cherche l’ombre quand il fait chaud, et quand il fait froid, il cherche un abri.

Parfois il dort dans un centre, s’il a réussi à joindre les lignes saturées du 115 assez tôt. Il se refuse à mendier, alors il marche.

Vous l’avez sûrement déjà croisé sans faire attention. Vous l’avez sûrement déjà croisé sans lui jeter un regard, sans percevoir le désespoir qui l’habite.

Il s’en fout de ses obligations, parce qu’il doit déjà traverser la ville à pied pour relever son courrier. Il voudrait déjà savoir où il va dormir le soir. Pas de logement, pas de boulot, c’est le cycle infernal. Il a vendu sa voiture, pour payer une partie de ses dettes. Tout se complique. Alors les convocations qu’on pourrait lui envoyer sont le cadet de ses soucis.

Il ne boit pas, il fume de temps en temps quand quelqu’un lui donne une cigarette. Il n’a pas de bien hormis son téléphone, qu’il ne lâche pas une seconde, il n’a pas de chien. Il a le menton haut, fier, mais ses yeux…

Les yeux de D me poursuivent depuis des mois. Je pense à lui à chaque fois qu’il fait froid, qu’il pleut, que je me sens triste, que je me dis que le monde ne tourne pas rond. Il m’a bouleversée, totalement. Je me demande où sont ses parents, s’il a des frères et soeurs, comment il se fait que personne ne lui ait tendu la main quand il a coulé.

La tristesse dans son regard de trentenaire m’a émue au delà du professionnel même si je ne lui ai rien montré. Comme toujours, j’ai gardé une distance raisonnable, je l’ai guidé vers la meilleure solution pour lui. J’ai enchaîné sur une seconde réunion presqu’aussi horrible.

Et je suis remontée dans ma voiture. Et j’ai laissé les larmes couler sur mes joues. Pas par pitié, mais parce que la vie est tellement injuste, qu’elle a si vite basculé, qu’un chagrin qui aurait dû être passager s’est envenimé parce que personne n’a eu l’idée de prendre soin de lui, parce que le monde est devenu tellement égoïste…

 

 

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Femme de 2030

Je suis une femme de 2019.

Je veux rire et pleurer,

Je veux vibrer pour le sport qui me plait,

Je veux pouvoir le pratiquer.

Je suis une femme de 2019…

Je veux tomber et retomber amoureuse tous les jours si ça me plait,

Je veux aimer mille fois, vivre mille vies,

Je veux sentir sa main dans la mienne,

Pouvoir choisir si c’est une main d’homme ou de femme.

Je suis une femme de 2019,

Je veux aider mon prochain sans que vous ne me trouviez faible,

Je veux montrer au monde qu’on peut être différent et heureux,

Je veux crier les différences, toutes, elles sont belles, elles sont douces !

Je suis une femme de 2019,

Je veux élever ma tribu dans la bienveillance et la gentillesse,

Je veux leur donner le goût des autres, le goût de l’Autre,

Je veux leur montrer qu’on tend 100 fois la main, sans rien attendre en retour.

Je suis une femme de 2019,

Je veux être libre de rire à gorge déployée, de manger avec les doigts,

Je veux pouvoir embrasser  à pleine bouche, serrer très fort les gens sur mon cœur,

Je veux pleurer à chaudes larmes et trembler de peur dans le noir.

Je suis une femme de 2019,

Je veux vivre la non-violence au quotidien, je veux croire en tout ce qu’il me plait,

Je veux collectionner les pierres, et être entourée de chaleur et d’amis,

Je veux boire des mojitos en été, et manger des raclettes en hiver,

Je veux être fière de mon corps, et ne pas avoir honte de mon esprit.

Je suis une femme de 2019,

Je veux m’habiller comme il me plait sans suivre les diktats de la mode,

Je veux marcher dans la rue sans craindre pour mon intégrité,

Je veux courir dans la neige, et avoir de l’audace, beaucoup d’audace,

Je veux avoir mes émotions à fleur de peau, n’avoir aucune barrière.

Je suis une femme de 2019,

Je veux être révoltée, rebelle, tendre et entière,

Je veux vivre à 100 à l’heure, être une mère,

Je veux aussi être une femme, une amie, une amante, une fêtarde.

Je suis une femme de 2019, et les changements actuels me font peur.

On glisse, c’est imperceptible et je me demande quel sera ton avenir.

Tu sera une femme de 2030 ma fille, et toi, que voudras-tu  ?

Je te souhaite de vouloir tout ce qui te passera par ta jolie tête de rêveuse.

Je te souhaite surtout l’immense bonheur de pouvoir être aussi libre que nous le sommes.

Je me sens parfois prisonnière, entravée, mais quand je vois ce qui se passe autour,

Je me dis juste que nous sommes en train de nous prendre un gros recul.

Et comme à chaque recul, nous les femmes seront en première ligne !

Alors à toi la femme de 2030 qui habite chez moi, je te fais une promesse :

Je vais me bagarrer, quitte à me transformer en Rocky et aller apprendre à boxer, pour que tu jouisses de ces libertés qui ont été si chèrement acquises !

Tu le mérites bien…

Lneige2019 (Copier)

 

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La loi anti-fessée..

La loi sur la fessée revient à l’assemblée…

C’est une bonne chose d’interdire la fessée, et je pense aussi que c’est une bonne chose de ne pas mettre en balance des punitions pour les parents « fautifs ».

Je vais vous dire pourquoi…

Quand on prône la bienveillance éducative, on sait que la punition renforce les sentiments négatifs. D’ailleurs, quand vous vous faites flasher à 61 km/h en ville, payer l’amende ne vous fait pas prendre subitement conscience que c’est mal. (Soit dit en passant, les notions de bien et de mal me chagrinent de plus en plus. Bref, je m’égare !) Non, vous êtes en colère contre celui qui vous a flashé, vous vous sentez honteux, coupable, en clair votre état émotionnel va de mal en pire.

Aller dire à des parents qui n’ont eu que ce modèle là d’éducation ( punition, fessée …) qu’ils font mal alors qu’ils n’arrivent pas à remettre en cause ce même modèle, puisque ce serait remettre en cause leurs parents est un non sens ! On ne force pas les gens à changer en claquant des doigts.

Il faut expliquer, calmement et avec bienveillance justement, que les neurosciences mettent en lumière de nouveaux faits : les punitions, les cris et les coups, même pas forts, même sur les vêtements ( OMG ) sont contre productifs et peuvent être nocifs pour les enfants. C’est un fait.

Mais savoir ne suffit pas.

Je sais que crier ne sert à rien, et que cela met mes enfants en position inconfortable. Et pourtant, je suis parfois démunie. Je crie même si je n’aime pas ça. Et à chaque fois, j’en sors plus culpabilisée et ambivalente que jamais. Je dis aussi parfois mes émotions, parfois bien, parfois mal.

Je n’ai pas toujours les clefs.

Encore moins avec une configuration familiale particulièrement épuisante teintée de handicap…

Alors, interdire c’est bien, éduquer c’est mieux.

Pour accompagner les parents dans cette transition, il va déjà falloir former les professionnels : si les médecins arrivent à nous parler avec bienveillance en nous responsabilisant dès la grossesse, on aura déjà bien avancé !

Impliquer les parents dans une nouvelle forme d’éducation bienveillante, c’est aussi la rendre accessible. Vous le voyez arriver le couplet sur la société qui nous met en compétition, écrasant vaillamment les plus faibles ? Le voilà !

Dans une société où les forts décident, que faire de nos enfants ? Un enfant ne décide pas, point barre !

Bon, sauf que si en fait. L’enfant décide plein de choses. Et si on lui apprend la coopération tout petit, l’enfant est notre allié et pas une sale bête à mater à tout prix ! Encore faut-il que nous puissions sortir de nos schémas de domination (tous les schémas) et ce n’est pas simple du tout, pour des adultes qui n’ont connu que ça.

Comment en sortir ? Je n’ai pas de solution toute prête, mais c’est un fait qu’il faudra plus de lieux ressources pour les parents, avec des accompagnants familiaux bien formés à la Communication Non Violente, et capables de transmettre. Sans contrainte et sans jugement.

Parce que le plus difficile dans la CNV et l’éducation non violente, c’est le regard des autres :

Les pros bienveillance sont parfois cruellement jugeants au moindre dérapage. S’il ne s’agit pas de cautionner le parent qui crie (aïe ça c’est moi mercredi) ou qui frappe l’enfant, il vaut mieux, à mon sens, lui apporter du soutien, des pistes de réussite future, plutôt que l’écraser encore plus, lui le faible, celui qui trouve ça dur d’être un parent, celui qui est finalement un humain. Je crois que c’est le plus dur à gérer pour moi après avoir crié : souvent j’exprime ma frustration, et les enfants grandissant, mes sentiments de manière plus fine, et plus directe. La volonté n’est pas de les culpabiliser, mais si je dis que j’ai du chagrin, mon coeur s’allège. Un peu.

Les anti quant à eux, vont traquer les dérapages de vos enfants. A la moindre incartade, votre éducation sera remise en cause. Ces enfants à qui on passe tout sont bien des enfants rois… Alors que c’est faux. De tout temps il y a eu des enfants plus difficiles que d’autres, et ce qui rend la jeunesse violente et désabusée, ce n’est pas l’éducation mais la société qui exclue... Bon je m’égare encore. L’enfant difficile va attirer les foudres de tout le cercle de connaissances de son parent. La famille, les amis et l’école…

 

Donc la première étape sera bien d’aider les parents à se libérer du joug du regard d’autrui. Dans tous les domaines ce serait royal…

Il faut laisser les mentalités changer doucement. On ne deviendra pas des génies de la bienveillance, on ne brisera pas le long cycle de violences éducatives en une seule génération.

C’est impossible. Ce ne doit pas cautionner les coups bien évidemment, mais cela doit nous permettre d’être indulgents avec nous même. On est avant tout des êtres humains avant d’être des parents. On a aussi des émotions, on peut les exprimer. Faut juste réussir à les exprimer autrement. Rien ne nous empêche de pousser un coup de gueule. Constructif. Et cela n’est pas simple de le faire, surtout quand on est vraiment fâché, surtout quand on peine à changer de vision.

Mais que faire face aux cris de l’enfant ? Je sais que parfois, ceux de Rayond’soleil pourraient me rendre dingue. On a aussi un droit de retrait. Le temps de se calmer nous même et de lui donner l’occasion d’y arriver seule. Je sais que nombre d’enfants dans la situation de ma fille peuvent faire d’énormes crises de colère, et que cela peut être très compliqué…Je le sais parce que je le vis…

Moi, ce qui me chamboule le plus, je l’avoue, c’est mon dernier, qui est persuadé d’avoir raison. J’oscille entre laisser tomber (il va bien s’en rendre compte que des fois il a tort) et la peur que la société le vive mal…. Alors les conflits sont usants. J’en souffre. Je le lui dis, il commence à entendre. Doucement.

C’est là toute l’ambivalence qui nous tombe dessus, on a peur que nos enfants ne puissent être ainsi entendus hors du cercle familial. Et c’est une réelle souffrance. Que fera cet enfant habitué à la discussion face à un adulte fermé ? D’où l’idée d’une loi et d’un accompagnement de tous vers une nouvelle forme de coopération.

On a aussi peur que nos enfants nous « mangent ». Là, c’est moins fondé, dans le sens où on a aussi le droit d’exprimer nos émotions. Les gens vont nous le dire.

Ici, un seul sur 3 est un vrai rebelle, tempétueux, indocile, et bigrement intelligent, de cette intelligence irrévérencieuse, qui se moque bien de l’autorité et encore plus de l’autoritarisme, à qui on n’impose rien qu’il n’aurait pas compris et qui refuse obstinément toutes les cases (et tant mieux) . Et je vois le regard porté sur lui par certains proches, et par des inconnus. J’arrive de plus en plus à ME distancier de cela. Mais mon cœur de mère sent que cela peut être un problème pour lui dans cette société.

Alors qu’un jour il sera un adulte, et que je dois lui donner les clefs pour être heureux, et en mesure de répondre aux regards ou aux reproches, avec bienveillance. Petit, ça s’apprend  bien sûr…Parce que pour un long temps encore, il sera incapable d’exprimer autrement ses sentiments négatifs, qu’en explosant.

Je regarde mon fils aîné, qui me dépassera avant 6 mois alors qu’il n’aura que 12 ans, et je me dis que s’il écoute mes conseils, se soumet parfois à une consigne, ce n’est pas par peur, mais par respect. Il est plus costaud que moi, et si la règle était la soumission par la violence, pour sûr que je perdrai déjà…. Qu’on perdrait tous.

La coopération est notre base. Alors comme je n’ai pas trouvé de photo où on se criait dessus, je vous livre une photo de tendresse, qui a suivi dans l’ordre : une balade à vélo sur la route, un match de foot où j’ai perdu, des enfants qui pêchent trop près de l’eau  et l’un d’eux qui n’écoute pas ma mise en garde …Et donc met le pied dans l’eau et nécessite le secours de son frère, une crise de larmes d’une petite fille parce qu’elle veut aller au parc « tout de souite » et une séance photo pour nos amis de la maison235….

 

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Et à celui qui me dira « j’ai pris des baffes et j’en suis pas mort » je répondrai 2 choses :

  • j’ai d’autres objectifs d’éducation que de simplement garder les enfants vivants
  • tu as de la chance, car 2 enfants meurent chaque jour sous les coups de leurs parents. Interdire la fessée, c’est mettre un premier garde-fou, un premier warning à des parents parfois tellement déboussolés qu’ils ne voient que cette option, qui se durcit avec le temps…

Laissons nous le temps de changer, faisons confiance à nos enfants pour nous aider.

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Kermesse magique

La fête de l’école, c’est l’événement de l’année pour Rayond’soleil. Et les garçons aiment nous suivre aussi! L’an dernier, j’avais emmené un copain de Calme de lune, un peu inquiète quand même de le confronter à notre monde, et comme pour me montrer à quel point mes enfants savent choisir leurs amis, il s’était éclaté…

Faut dire que l’école met le paquet: Kermesse, tirage au sort, spectacle de musique…

A tous les stands, des cadeaux, et de la créativité.

Les adultes de l’établissement sont déguisés, les enfants sont excités…

Cette école à part m’a invitée à sa kermesse juste avant que Rayond’soleil ne l’intègre.

J’avais un peu peur, tous ces enfants n’allaient-ils pas me renvoyer quelque chose qui me ferait peur pour l’avenir?

J’ai vite ouvert mon esprit. Heureusement pour moi!

Et nous en sommes à la 4ème kermesse. C’est gai, c’est coloré, ça sent bon le chocolat et ça fait du bruit.

Les enfants de l’école « classique » sont invités et présents en nombre. C’est ce qui m’a le plus frappé la première fois et qui continue de m’émerveiller à chaque nouvelle représentation, car c’est aussi bien réglé qu’une pièce de théâtre.

Je salue le melting-pot, la mixité sociale, culturelle, je salue les sourires et les rires, je salue les efforts de chacun pour que ce moment soit réussi et reconnu comme le plus beau de l’année. Les travailleurs de l’ESAT d’à côté sont là aussi pour présenter leur travail.

Chacun se mêle sans prêter garde à la différence qui ne saute pas aux yeux tant elle est réussie et intégrée. Personne ne regarde avec insistance.

Je ne pense pas pouvoir retranscrire ce qui se joue en moi à chaque fois, ni même l’ambiance. Je n’ai pas assez de talent.

Cette année, ce qui m’a le plus marquée c’est l’initiation au cirque qui a tant plus à Avalanche et à Rayond’soleil, c’est cette dernière qui sautillait partout avec son ‘Moureux à elle, et le spectacle de danse des ados, qui y ont mis tant de cœur et d’amour, qu’ils brillaient comme des soleils. Oui, ces ados exceptionnels ont bossé trois chorégraphies et l’une d’entre eux m’a particulièrement touchée: elle virevoltait, lançant sa silhouette à gauche, à droite, se propulsant en l’air, un sourire gravé sur ses lèvres. Une autre plus loin a perdu le fil, mais personne n’a remarqué tant ce qui était présent c’est l’envie, et la gaieté qui se dégageait du groupe.

Chaque année, un groupe de percus du coin, les Batucada, vient jouer dans la cour. Les ados ont continué à danser au milieu des percus sous les yeux fascinés de mon Avalanche. Prise dans le rythme, même moi j’ai dansé, mal mais je m’en fichais.

Le prof de musique a sonné le rappel des troupes, et Rayond’soleil, trop fière d’embringuer son frère, est partie en courant derrière T. l’une de ses éducs préférée, pour un mini concert improvisé.

Chacun y met sa patte, chacun y met un bout de son cœur, de la directrice à la secrétaire, chacun joue le jeux, et j’ai encore une fois regretté de ne pas y être allée déguisée moi aussi pour encore mieux me fondre dans la masse. Chacun fait son maximum pour que la fête soit belle, et réussie, et même l’orage menaçant a préféré attendre la fin du bal pour éclater, ne laissant tomber que quelques gouttes rafraîchissantes dans l’après-midi, histoire de ne pas hâter les fêtards vers la sortie.

J’avais envie d’un petit texte pour vous dire merci à tous pour cette journée de bonheur. Je ne vous rends pas hommage car aucun mot ne saurait suffire, vous seuls savez tout ce qui se cache derrière les tentes, et la musique, et vous seuls avez su rendre cet endroit qui me faisait si peur en un havre de paix, pour mon Rayond’soleil et pour toute la famille…

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Moi aussi, j’ai crié

Et moi aussi j’ai crié.

Après une énième confrontation avec Avalanche, j’ai crié.

Je l’ai envoyé dans sa chambre. Il a hurlé sur moi et j’ai crié plus fort que lui.

Maison de singes hurleurs.

Après une énième crise de Rayond’soleil, j’ai eu envie de me faire cuire la main à la place des courgettes. Comme ça, j’aurai vraiment su pourquoi ça réveillait chez moi toute cette agressivité. 

J’ai crié. Crié. 

J’ai eu envie de taper dans le mur. Et de dire des choses injustes.

Puis, comme tout le monde s’était calmé, j’ai eu honte.

Je me suis rappelée qu’ils n’étaient que des enfants. 

J’ai eu envie de pleurer, puis de me mettre des coups de bâtons. 

J’ai dit que je me sentais à mille lieues de la parentalité que je voulais mener : bienveillante, calme et douce.

J’ai pensé à ma copine qui se sentait tellement mauvaise la semaine dernière et à qui j’ai dit « Sois gentille avec toi même, ça commence par là… ».

Alors j’ai eu envie de crier que j’en avais marre des injonctions. 

Bigflo et Oli, ils disent  » y a pas de bon père, y a que des hommes qui font de leur mieux! », je pense que ça s’applique aussi aux mères.

  • J’ai envie de rêver d’une journée, seule, et sans personne sans  culpabiliser

  • J’ai envie que ma maison reste propre et rangée plus de 4 minutes et de me sentir raisonnable de le penser

  • J’ai envie d’entendre des rires à n’en plus finir et  que très très peu de chamaille

Je ne me crois pas mauvaise. 

D’ailleurs, je me suis excusée auprès des enfants. Dans cette maison, la règle de ne pas crier est trop peu respectée par chacun en ce moment.

Je leur ai dit quelque chose de très important aujourd’hui, juste avant de faire le burn out parental du 8 mai, quelque chose qu’ils vont retenir toute leur vie, enfin, j’espère. 

Je suis juste un être humain.

J’ai un idéal éducatif, et parfois, je m’en éloigne. Parce que je suis faillible.

Alors ça n’excuse rien, mais ça explique. Je ne suis pas parfaite, loin s’en faut. Difficile de l’admettre, encore plus en public. 

Et oui, je crie. C’est moche. 

Et je suis pourtant convaincue qu’en reconnaissant mes faiblesses, en montrant à mes enfants que je peux reconnaître mes erreurs, je leur enlève un poil de pression.

Elle peut crier sans que cela ne remette en cause en quelque sorte que ce soit l’amour ou l’estime que j’ai pour elle.

Il peut remettre en cause mon autorité, sans que cela ne remette en cause quoi que ce soit chez moi. 

Calme de lune peut claquer une porte tel un presqu’adolescent, et savoir que je pardonnerai, parce que des fois, moi aussi, j’ai les nerfs qui passent par dessus. 

Ils m’aiment même quand je crie. Ils préfèrent quand je ne crie pas, quand on fait des concours de chatouilles ou des batailles d’oreillers, quand je les porte sur mon coeur, et quand ils s’endorment sur mes genoux. Quand on peut manger le reste de la pâte à gâteau, même en en mettant partout autour de nos bouches et sur nos vêtements, quand on peut sauter dans les flaques, quand c’est pas si grave d’être en retard.

Ils m’ont tant appris sur le détachement…Et pourtant, j’ai tellement honte quand je ne suis pas la parfaite bienveillante que je voudrais être…

Bien sûr que mon ambition va au delà de garder mes enfants en vie. 

Bien sûr que chaque jour mon but c’est de passer une journée zen, détendue et pédagogique au possible. 

Bien sûr que si la vie était toujours toute rose, on le saurait!!

Oui, je souhaite les élever dans le respect de la bienveillance, de  la tolérance et de la non violence qu’elle soit verbale ou émotionnelle! 

Mais je suis une être humaine. Et l’humain est un animal.

Telle la louve, parfois je grogne après ma portée même si le plus souvent je les cajole. 

Et je commence à me dire que si je vis aussi mal ces moments où je craque, c’est à cause des injonctions. Les « sois parfait(e), à fortiori toi, la mère, à fortiori toi la mère d’un enfant différent ». Oui parce que la société, quand ton môme est différent, elle te le fait bien sentir que tu ne dois pas y être pour rien, et que tu pourrais faire des efforts, plus d’efforts, ENCORE plus d’efforts, pour qu’il rentre dans le moule quand même. 

Les injonctions sont en plus renforcées par les blogs, les compte insta, et les fils facebook.  Alors je ne dis pas qu’il faut se plaindre, mais à trop montrer les beaux moments, à trop prôner les beaux discours, on en oublie que la parentalité se fait de hauts et de bas. 

En réponse à ce courant de l’ultra bienveillance, parfois hyper rigide, prête à fondre sur toi, le pauvre parent pas parfait, on voit apparaître des pages sur lesquelles les parents se targuent d’élever leurs enfants à la dure, voir pire. 

Je trouve que c’est triste.

La parentalité est tellement propre à chaque famille. Il y a une manière différente par famille, parce que chaque parent est différent, et chaque enfant l’est aussi. Nous ne devrions pas nous juger aussi sévèrement. C’est dur, et ça demande de l’entraînement…

J’écris ces lignes avec Avalanche debout sur le siège derrière moi, et qui sautille joyeusement en chantant. Combien d’entre vous ne souhaiteraient pas ça? Combien se sentiraient inquiets à l’idée qu’il tombe? Combien trouveraient ça pénible d’avoir un enfant qui fait sauter le siège, obligeant vos yeux à se réadapter toutes les 2 secondes? 

Moi c’est la violence qui me hérisse et me fait souvent sur réagir. Chacun son talon d’Achille.  Et souvent, dans ces journées de cris, de culpabilité, la violence sous-jacente est là, tapie dans les coins sombres de la maison.

La culpabilité de ne pas être la mère parfaite que je voudrai être augmente encore la frustration. Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas. Elle augmente aussi ma colère face aux enfants, car malgré tous mes efforts, tout ce que je pense mettre en place pour leur faire plaisir,ils ne sont pas parfaits.

Si j’arrive à oublier les injonctions, j’arrive à passer par dessus la colère, à m’imposer un rituel pour sortir de ce cercle empoisonné. Les parents d’aujourd’hui sont moins entourés qu’avant. Et oui, même si belle-maman était parfois envahissante, elle était un relais pour les parents épuisés. Chaque médaille a son revers comme on dit! 

Si j’arrive aussi à ne pas leur prêter des intentions qui sont miennes, je diminue mon ressentiment. Eux, ils ont principalement besoin que je sois là. Ils ne réclament pas un programme à faire pâlir d’envie Paris Hilton. C’est moi qui me mets cette pression toute seule! 

On est tous des êtres humains, on a tous le droit à un peu de compassion, à une main tendue plutôt qu’un seau de jugements. La prochaine fois que je vois une maman hurler sur son petit au supermarché, je lui dirai juste un mot de compréhension, et je ferai en sorte d’être aussi bienveillante avec elle qu’avec lui, même si elle l’a giflé.

J’aimerai être toujours capable de ressentir cette empathie et en toutes circonstances mais il est vrai que c’est faux, je ne peux pas. Pas toujours. Et je suis bien la dernière personne à qui je pourrai l’accorder…

Il suffit parfois d’un mot, d’un regard, pour désamorcer parfois la situation.

Là, c’est Calme de lune qui me l’a offert, alors que je sentais que ma respiration se saccadait. « T’es en colère maman, et je comprends, on fait que se disputer! ». Il n’y avait pas d’excuse, pas de complaisance. Juste il reconnaissait mon sentiment. Les larmes me sont montées aux yeux, mais je n’ai pas pleuré. Juste je me suis sentie soulagée. 

Je me suis rappelée aussi comme il m’est facile de stopper net les colères d’Avalanche, en reconnaissant son sentiment, comme hier quand il s’est rendu compte que sa sœur avait pris le dernier Tinti moussant rouge… Il est devenu tout crispé, et a hurlé, tout nu dans la salle de bain qui résonnait. J’ai juste dit que je comprenais qu’il était déçu, vu qu’il avait déjà imaginé son bain moussant couleur de sang, et que ça le rendait triste. Il a vigoureusement acquiescé, et il est passé à autre choses, comme par magie. Cela ne m’a demandé aucun travail, aucune implication personnelle.

Parfois, j’ai juste envie aussi qu’on me dise qu’on comprend que je fais de mon mieux, et je suis frustrée que cela ne suffise pas toujours…Qu’on arrête de flageller les parents, parfois excités comme des puces, parfois épuisés, parfois découragés, parfois joyeux,parfois juste injustes mais quasi toujours aimants. Je vous assure, on fait de notre mieux…

Allez je vous laisse, on va allumer des bougies pour lutter contre l’orage, et laisser la pluie de mai laver nos mauvaises énergies pour repartir sur de plus jolies bases, sur de plus jolis mots, chuchotés de la plus jolie des façons, et on va se masser un peu, parce que du coup, j’ai beaucoup porté Rayond’soleil ce matin et que j’ai mal aux épaules…

Je ne parle pas bien sûr de devenir maltraitants, mais de ne pas se rajouter de la pression inutile et néfaste. 

Soyez pas parfaits les gens, sachez juste reconnaître que vous ne l’êtes pas, puisque vous êtes justes humains, et surtout, arrêtez de vous comparer, c’est vain, et vaniteux DSC_0626 (Copier) (Copier).JPG!

 

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Certains jours, tu m’en voudras…

D’ailleurs, certains jours tu m’en veux déjà.

Quand je refuserai de te porter encore « un pi peu », tu ne comprendras pas que je souhaite juste te voir faire jeu égal avec tes copines.

Quand je te crierai dessus, excédée, pour que « tu t’habilles enfin! ». Et oui, je sais que tu sais le faire. Tu es encore bien petite, ou pas, je ne sais pas. Mais tu sais le faire, et c’est tout ce qui compte. Chaque pas pour l’autonomie est difficile, je le sais trop bien…

Tu m’en voudras quand tu verras les cernes sous mes yeux et que tu devineras le souci que je me fais pour toi…

Tu m’en voudras quand je ne saurai pas supporter tes pleurs que je ne comprends pas toujours.

Quand je devrai t’emmener à l’hôpital, et qu’ils te regarderont comme un animal de foire, tu y’y plieras avec le sourire, comme à ton habitude, mais tu m’en voudras. De t’y avoir emmener, ou d’avoir une boule dans la gorge, je ne sais pas, mais je sais que tu m’en voudras.

Quand je vais m’extasier sur les progrès de l’un de tes frères, tu auras peut-être un pincement au cœur, et tu m’en voudras. 

A chaque fois que je te pousserai un peu plus loin que tu ne t’en pensais capable, je sentirai la colère dans ton attitude, je palperai la rage et l’angoisse du bout de mon doigt, j’aurai mal, je te jure, mais crois-moi, je le ferai pour toi.

Quand je t’obligerai à écrire encore et encore ton prénom, avec ton doigt, de la pâte à sel, du sable, des bâtons, en espérant que tu t’en souviennes, peut-être que tu m’en voudras.

Quand je ne saurai que répondre à chaque fois qu’on me demande de quoi tu souffres, tu ‘en voudras de ne pas savoir dire que tu ne souffres pas.

Quand je demanderai à la maîtresse si tu progresses aussi en classe, tu seras en colère.

Quand j’insisterai pour le kiné arrête de se laisser mener par le bout du nez, tu m’en voudras. 

A chaque seconde où je dépasserai mon rôle de maman pour devenir un soignant, tu m’en voudras.

Oh oui mon Rayond’soleil tu auras mille raisons de m’en vouloir plus encore que tes frères…

Mais tu m’en voudras aussi pour les mêmes raisons qu’eux:

Quand je ne sais pas quelle liberté je peux vous accorder, vous m’en voulez. Petits humains en devenir, vous avez tous 3 soif d’indépendance, et quand je freine, c’est le drame!

Quand je devrai aborder les thèmes qui vous mettent pas toujours à l’aise, au hasard, la sexualité (ne riez pas derrière vos écrans, ça arrive très,TRÈS, vite!), là vous m’en voulez, mais juste un peu, bien contents que je réponde à vos questions!

Quand je suis d’accord pour que chacun dise ce qu’il pense vraiment, sur le coup, avouez, vous m’en voulez!

Quand je refuse que vous passiez tout le weekend chez vos copains, vous m’en voulez.

Quand je vous oblige à vous laver, après vous avoir donné l’autorisation de sauter dans les flaques, vous avez la mémoire courte, et vous m’en voulez…

Quand ma tête veut dire oui, et que mon corps n’en peut plus, vous m’en vouez, de ne pas être la supewoman que vous imaginiez.

A chaque fois que vous sentez une faille sous l’armure, vous m’en voulez de me sentir fragile là où vous avez besoin d’un roc.

Quand je ne peux pas balayer vos chagrins du revers de la main, et que je dois vous apprendre à vivre avec, vous m’en voulez.

Vous ne savez pas que j’apprends moi aussi, tous les jours, à regarder droit devant, à grandir avec vous, à être une maman. 

Ta différence mon Rayond’soleil, c’est ma force et ma faiblesse. Je sais que tu m’en veux, mais je n’étais pas préparée, personne ne l’est. 

On va me dire que je m’en sors bien. Pour vous, ce n’est jamais assez bien, vous avez besoin de tant, et on donne que ce qu’on a. On compose tous au mieux, nous les parents avec ce qui fait votre particularité. J’aimerai te dire que c’est tous les jours facile, pluie de cœurs et paillettes au mur, mais tu sais que c’est faux. 

Oui certains jours je me demande bêtement pourquoi moi. Je vois mes amies qui ont tous des enfants en pleine santé, je vois ces fratries à l’école, je regarde ces enfants dans la rue. Tu as le droit de m’en vouloir. Je devrai plutôt me demander pourquoi Toi. 

Je ne fais pas de rééducation. Je n’ai pas de difficulté à apprendre, à marcher, à parler. Je n’ai surement pas ta force de caractère non plus.Bien sûr ces moments ne durent pas, parce que l’œil aiguisé remarque vite cet enfant qui a une démarche peu assurée, et cet autre qui part en taxi lui aussi tous les matins. 

Parce que je sais au plus profond de moi qu’il y a tellement plus difficile à vivre au quotidien que ton handicap, que tes sourires, que tes joies et tes désirs, que tes peines, que tout l’amour que tu sais donner. Je sais que tu n’es pas tellement différente d’une autre fillette de presque 8 ans. Parce que je sais tout ça, je m’en veux moi aussi de ces moments de tristesse, si passagers qu’ils soient, de cette angoisse sur ton avenir, au lieu de vivre le moment présent et le bonheur du jour…Je n’aurai pas voulu une autre petite fille, j’aurai voulu que la vie te soit plus facile, et je sais qu’un jour tu m’en voudras si je n’y arrive pas…

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