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Culpabilité

Culpabilité chérie.

Le lot de tous les parents du monde ou presque.

A croire que ça arrive en même temps que la seconde barre sur le test urinaire ! Félicitations, vous allez être parents…Et vous allez être rongés de culpabilité à vos moindres faits et gestes et jusqu’à la fin de vos jours !

Vous avez bu un verre avant ce fameux test ? Culpabilisez.

Vous avez un chat ? Culpabilisez !

Vous n’avez pas d’animal de compagnie? Culpabilisez aussi tant qu’à faire…

Vous avez pigé le principe ?

Alors voilà, votre enfant est né, et il est différent. C’est pas de votre faute n’est-ce-pas ?

Bien sûr que non. Et pourtant… Vous allez ruminer. Réfléchir. Qu’avez-vous fait, vous ou votre conjoint pour que votre enfant soit malade ?

Vous allez attendre fiévreusement le diagnostic, vous rongeant les sangs : qu’a-t-il(elle) ? Est-ce moi qui lui ai donné ? Et quand vous saurez, si vous savez un jour, vous ne serez pas soulagé pour autant.

Même avec une mutation de novo on se flagelle.

Ensuite, vous culpabiliserez comme tout un chacun mais en puissance mille niveau fréquence :

  • Vous travaillez ? Bam, culpabilité à chaque fois que Loulou est malade et ça arrive statistiquement plus souvent chez les enfants touchés par le handicap. Donc soit vous restez chez vous, et c’est l’horreur vis à vis du taf, vous ne vous sentirez pas loyale vis de vis de vos collègues ou de votre boss. Ou alors, vous allez bosser, laissant Loulou à votre conjoint.e ou à sa nounou, et vous vous bouffez la vie toute la journée.

  • Vous ne travaillez pas ? Vous vous sentez mis au ban de la société, et en même temps, vous ne vous rendez pas compte à quel point vous œuvrez pour elle en prenant en charge votre enfant… Vous culpabilisez encore.

Tout est prétexte à culpabiliser. Le logement pas adapté. Les déplacements fastidieux que vous espacez. Votre organisation qui tourne autour de lui. Vos choix de vie, parfois remis en question.

Vous culpabilisez pour la famille entière.

  • Les examens médicaux réguliers en remettent une couche régulière. Culpabilité de lui avoir donné cette vie, faite de salles blanches et de stéthoscope, de séances de rééducation, d’efforts tellement peu payants…D’imposer cela à son frère, à sa sœur. De vous inquiéter, de les inquiéter… 

  • Le regard des autres aussi est un formidable outil de culpabilisation massive ! Vous avez mis au monde un enfant exceptionnel. La société n’aime pas ça. En plus, vous faites de votre mieux pour l’élever, mais le mieux est rarement assez bien…

  • Chaque fois que vous faites un choix parental, vous trouvez quelqu’un pour le remettre en question: allaiter un bébé hypotonique, quelle idée ! Porter cet enfant qui peine à acquérir la marche ? Mais vous ne l’aidez pas ! Je ne vous en dis pas plus, car c’est bien sur lorsque vos choix de vie ne sont pas les plus répandus que vous rencontrez le plus d’écueils. 

La scolarité va soulever de nouvelles vagues. Parfois vous n’aurez tellement plus la force de vous battre (pour son orientation, pour son AVS, pour qu’elle ait le droit aux sorties scolaires, à l’accueil du matin ou à la cantine…) que vous ne serez plus capables que de pleurer en silence, le temps de repasser votre armure. Vous culpabiliserez à chaque coup de mou, et à chaque coup de gueule, conscients que la personne en face de vous n’y est pour rien, que c’est la machine qui fait ça, mais conscient aussi qu’à par elle, vous n’aurez pas d’interlocuteur.

Oui c’est difficile. 

Seulement dites-vous que la seule chose qui compte c’est votre enfant. Et ses frères et sœurs.  

Votre enfant n’a jamais connu que cette vie bien remplie, que cet agenda de ministre, que ces chemins de traverse. Votre enfant sait qu’il doit en faire 10 fois plus pour le même résultat. Votre enfant a confiance en vous et en vos choix, et vous pouvez lui faire confiance pour vous dire ou vous montrer si ceux-là ne lui conviennent pas.

Votre enfant a besoin que vous l’aimiez. Le reste est accessoire. 

Hier soir, je philosophais sur la condition des personnes handicapées, notamment les enfants, et leurs fratries. Parfois, on est tristes pour eux.

Et eux aussi sont tristes.

On me faisait la réflexion que Rayond’soleil n’inspire pas forcément de sentiment négatif : tristesse ou compassion. On ressent de l’empathie bien sûr face à elle, mais elle est teintée de joie.

Rayond’soleil n’est pas triste, peut-être parce que nous avons toujours refusé d’être tristes pour elle. C’est sa vie.

Bien sûr qu’aucun choix, aucune décision ne nous emmène à coup sûr sur une réussite et sur une vie parfaite. Mais on fait avec, on compose, on se trompe, on rectifie le tir, et surtout on s’aime parce que c’est ce qui fait tourner le monde plus rond.

Soyez fiers de vous les gens. Personne ne le sera à votre place. Regardez toutes les casquettes que vous cumulez chaque jour. Infirmier, dentiste, secrétaire, taxi, orthophoniste, maman ou papa, souveleur de poids, soldat, négociateur, médiateur, maîtresse, acrobate….

On fait parfois certains sacrifices, et parfois pas.

Alors on ne fera jamais sans culpabilité, je crois qu’elle est incontournable, encore plus nous. Mais on  peut essayer de s’en défaire un peu, d’être un peu plus souples, tolérants et bienveillants avec nous-même, non?

Chacun est capable d’accomplir de grandes choses, il suffit de se libérer des chaînes qu’on s’impose. Et n’allez pas culpabiliser de n’avoir pas encore réussi…c’est un immense travail sur soi et sur les autres, et il est loin de se faire en un jour. Plus vous serez en accord avec vos valeurs profondes, plus vous serez capables de vous pardonner ce que vous considérez comme des manques ou des manquements.

Je dédis ces quelques lignes à mes amies qui me lisent et qui se reconnaissent (et me reconnaissent). La maternité, la paternité sont faites de ce mélange de sentiments paradoxaux et je compte sur vous, les filles,( E, J, C, M et S entre autres) pour me mettre les coups de pied aux fesses nécessaires à la bienveillance avec moi-même, les jours où ça ira moins bien, et comptez sur moi pour en faire de même !

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Photo d’illustration totalement HS mais que j’adore ! 

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Sale débile !

 Débile.

Adjectif , signifie faible, sans force, chétif. Ou stupide, idiot.

Comme s’il ne suffisait pas de lancer le mot comme une injure, on y associe souvent le  sale. Oui, le débile n’est jamais propre.

Ce n’est pas la seule injure qui me heurte violemment.

Les joyeux « grosse triso » « pauvre mongole » sont tout aussi meurtriers. Remarquez les adjectifs associés là encore.

Meurtriers oui.

Le handicap mental est le handicap le plus tabou dans notre société. 

On compatit avec la femme en fauteuil, on sourit, ému, en voyant ces parents apprendre le langage des signes pour communiquer avec un enfant sourd, on connaît par cœur le travail des chiens-guide d’aveugle.

Même si on ne se sent pas à l’aise face à ces différents handicaps, on arrive toujours à trouver la ressource en nous pour l’empathie, et la compassion. Ou presque.

Face au handicap mental, c’est la peur qui prévaut.

Allez, soyez franc. Un sournois mélange de terreur et de moquerie facile.

Face à un groupe de personnes handicapées mentales, qui font du bruit, qui vivent leurs émotions à 2000 pourcents, sans tabou, quelle est la réaction ? Oui, c’est bien ça : on détourne les yeux, on s’éloigne un peu.

On a un peu peur de la contagion.

La bienséance dit qu’on exprime discrètement ses ressentis. Alors les cris de joie, de peur, les rires sonores, les gestes brusques…On n’en a pas l’habitude.

Ça nous dérange un peu tout ce bruit, alors qu’on essaie de faire taire nos enfants, non ?

Non.

En plus, le porteur de handicap mental est moins productif. C’est un fait avéré.

Il l’est moins. Moins efficient. Dans notre société, il sera considéré comme un boulet.

Au meilleur des cas, on va lui trouver une place sur un poste répétitif, on espérera une place en ESAT. On ne le voit pas, on ne l’entend pas. Le moins possible.

Je n’aime pas cette idée.

Dans les temps reculés, on l’appelait « idiot du village« . Les gens riaient de lui, mais  il y avait toujours quelqu’un pour garder un œil dessus, et il était bon an, mal an, intégré à la vie dudit village.

Aujourd’hui…

Aujourd’hui, quand on évoque la déficience mentale face au couple de parents abasourdis, on essaie de la quantifier.

Pas tout de suite non. Ça va venir insidieusement. Les parents se raccrochent à ce qu’ils peuvent en plus…

Mais on va aller de faible à sévère.

Sévère…. On évalue un âge mental chez l’enfant, avec plus ou moins de bienveillance. Quand je dis plus, c’est quand on va aussi aller voir du côté du quotient émotionnel, sans se satisfaire du fameux QI.

Qui dit QI élevé ne dit pas forcément bonheur. 

Qui dit QI faible ne dit donc pas forcément malheur, si ?

Pour nombre de parents, si !

Au moins pour le temps de l’acceptation.

La honte. Avoir un enfant « attardé » est difficile à assumer. On parle pudiquement de retards, comme s’ils allaient finalement rattraper le reste des troupes.

Je n’ai pas honte. Je n’ai pas besoin de compassion. Et elle non plus d’ailleurs ! 

Rayond’soleil n’a pas les acquisitions des enfants de son âge. Pas les capacités. Elle a 9 ans et ne lit pas. C’est d’ailleurs un sujet sensible pour mon cadet qui lit depuis quelques temps en cachette…Ce n’est qu’un exemple. Ce n’est pas grave.

Je me dis que la technologie compensera certains manques, mais j’en parlerai plus tard, j’ai la plume fertile en ce moment.

Je me dis surtout que Rayond’soleil a d’autres capacités. Des capacités d’amour et d’intelligence de cœur. Elle donne, comme nombre de personnes diagnostiquées avec ce fameux « handicap intellectuel », un peu fourre tout.

Bien sûr que c’est un handicap. Bien sûr que je me fais du souci pour son avenir.

Bien sûr que je me bats. Pour elle, pour son autonomie, pour faire évoluer les mentalités et éveiller les consciences ! 

On ne vivra pas longtemps heureux dans cette société de l’hyper productivité, et je rêve d’une vie où les Rayond’soleil travailleront auprès des gens « normaux » pour leur montrer comme la vie est belle ! Je rêve d’un futur où nous nous mêlerons les uns aux autres dans le respect. je rêve de ce monde où les mots qui décrivent une maladie ne seront plus des injures.

Bien sûr cet article est un plaidoyer pour les personnes handicapées intellectuellement.

C’est aussi une cabale contre les injures faciles balancées sur les réseaux sociaux.

Gros tas, sale mongole, idiote, abruti. Toi-même ? Non, pas toi-même. Car la trisomie est une maladie, la mongolie un pays, et le reste me passe au dessus. La peine doit être bien grande, et le mal-être et la solitude bien profonds pour pouvoir déverser autant de haine à des inconnus.

Rappelez-vous toujours que derrière l’écran, il y a une personne. Avec ses joies et ses malheurs, avec des émotions. Qu’elle sache lire ou que son smartphone lui fasse la lecture, elle prend vos mots avec toute la violence que seul son vécu peut moduler ou amplifier.

Elle n’a pas demandé à lire ces choses.

Longtemps, je ne me suis pas pensée armée pour faire face à ses injures qui stigmatise toute une partie de la population. (encore moins que pour les autres injures, lesquelles déjà me laissaient souvent un arrière goût amer, et une volonté farouche de démontrer que non je n’étais pas « insérez l’insulte de votre choix« .)

Et j’ai pris conscience que ces mots violents balancés comme des bombes à retardements n’étaient que le symbole du vide argumentaire de la personne qui se cache derrière son agressivité. Elle multiplie les attaques, ne fournit aucun étayement de ses propos, se nourrissant de ce qui heurte, de ce qui choque. Volontairement provocante, elle masque ainsi la pauvreté, si bien de son discours que de ses émotions, qu’elle peine à déchiffrer.

Armée de ma plume telle une épée, j’ai compris que mes mots étaient mon plus beau, et le plus fort, des boucliers. Je ne m’en sers pas pour blesser gratuitement. J’évite toujours de répondre sous le coup de la colère, et je me rappelle le paragraphe précédent, pour éprouver un peu d’empathie pour ces personnes.

Alors, non ma fille n’est pas une sale débile. Elle est propre. La plupart du temps du moins. Elle a l’innocence rare de l’enfance. Et je ne tremblerai pas pour son avenir tant que les générations à venir seront sensibilisées, éduquées. Pour nous, adultes, c’est trop tard, mais nos enfants sont des graines de demain.

Apprenons leur à aimer le handicap quel qu’il soit, à l’accepter, à se mélanger avec. Apprenons leur à peser leurs mots, à les tourner 7 fois sur leur clavier.

Apprenons leur à sonder leur cœur et à reconnaître leurs émotions pour qu’ils puissent dire « ce que tu dis me remet en question et me fait peur car c’est une donnée inconnue pour moi ».

Au prochain qui me traitera de débile, je tendrai la main, et on plus beau sourire, le plus naïf, le plus doux, je me souviendrai des beaux yeux gris-bleu de Rayond’soleil, de sa gentillesse, de sa force innée, de son empathie, de sa bienveillance, de tout ce qu’elle est capable d’entendre et d’encaisser avec son indéfectible optimisme et je lui répondrai juste « merci ».

Parce que tous les sourires du monde finiront un jour par effacer les « sale débile ! ».

 

 

 

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Moi aussi, j’ai crié

Et moi aussi j’ai crié.

Après une énième confrontation avec Avalanche, j’ai crié.

Je l’ai envoyé dans sa chambre. Il a hurlé sur moi et j’ai crié plus fort que lui.

Maison de singes hurleurs.

Après une énième crise de Rayond’soleil, j’ai eu envie de me faire cuire la main à la place des courgettes. Comme ça, j’aurai vraiment su pourquoi ça réveillait chez moi toute cette agressivité. 

J’ai crié. Crié. 

J’ai eu envie de taper dans le mur. Et de dire des choses injustes.

Puis, comme tout le monde s’était calmé, j’ai eu honte.

Je me suis rappelée qu’ils n’étaient que des enfants. 

J’ai eu envie de pleurer, puis de me mettre des coups de bâtons. 

J’ai dit que je me sentais à mille lieues de la parentalité que je voulais mener : bienveillante, calme et douce.

J’ai pensé à ma copine qui se sentait tellement mauvaise la semaine dernière et à qui j’ai dit « Sois gentille avec toi même, ça commence par là… ».

Alors j’ai eu envie de crier que j’en avais marre des injonctions. 

Bigflo et Oli, ils disent  » y a pas de bon père, y a que des hommes qui font de leur mieux! », je pense que ça s’applique aussi aux mères.

  • J’ai envie de rêver d’une journée, seule, et sans personne sans  culpabiliser

  • J’ai envie que ma maison reste propre et rangée plus de 4 minutes et de me sentir raisonnable de le penser

  • J’ai envie d’entendre des rires à n’en plus finir et  que très très peu de chamaille

Je ne me crois pas mauvaise. 

D’ailleurs, je me suis excusée auprès des enfants. Dans cette maison, la règle de ne pas crier est trop peu respectée par chacun en ce moment.

Je leur ai dit quelque chose de très important aujourd’hui, juste avant de faire le burn out parental du 8 mai, quelque chose qu’ils vont retenir toute leur vie, enfin, j’espère. 

Je suis juste un être humain.

J’ai un idéal éducatif, et parfois, je m’en éloigne. Parce que je suis faillible.

Alors ça n’excuse rien, mais ça explique. Je ne suis pas parfaite, loin s’en faut. Difficile de l’admettre, encore plus en public. 

Et oui, je crie. C’est moche. 

Et je suis pourtant convaincue qu’en reconnaissant mes faiblesses, en montrant à mes enfants que je peux reconnaître mes erreurs, je leur enlève un poil de pression.

Elle peut crier sans que cela ne remette en cause en quelque sorte que ce soit l’amour ou l’estime que j’ai pour elle.

Il peut remettre en cause mon autorité, sans que cela ne remette en cause quoi que ce soit chez moi. 

Calme de lune peut claquer une porte tel un presqu’adolescent, et savoir que je pardonnerai, parce que des fois, moi aussi, j’ai les nerfs qui passent par dessus. 

Ils m’aiment même quand je crie. Ils préfèrent quand je ne crie pas, quand on fait des concours de chatouilles ou des batailles d’oreillers, quand je les porte sur mon coeur, et quand ils s’endorment sur mes genoux. Quand on peut manger le reste de la pâte à gâteau, même en en mettant partout autour de nos bouches et sur nos vêtements, quand on peut sauter dans les flaques, quand c’est pas si grave d’être en retard.

Ils m’ont tant appris sur le détachement…Et pourtant, j’ai tellement honte quand je ne suis pas la parfaite bienveillante que je voudrais être…

Bien sûr que mon ambition va au delà de garder mes enfants en vie. 

Bien sûr que chaque jour mon but c’est de passer une journée zen, détendue et pédagogique au possible. 

Bien sûr que si la vie était toujours toute rose, on le saurait!!

Oui, je souhaite les élever dans le respect de la bienveillance, de  la tolérance et de la non violence qu’elle soit verbale ou émotionnelle! 

Mais je suis une être humaine. Et l’humain est un animal.

Telle la louve, parfois je grogne après ma portée même si le plus souvent je les cajole. 

Et je commence à me dire que si je vis aussi mal ces moments où je craque, c’est à cause des injonctions. Les « sois parfait(e), à fortiori toi, la mère, à fortiori toi la mère d’un enfant différent ». Oui parce que la société, quand ton môme est différent, elle te le fait bien sentir que tu ne dois pas y être pour rien, et que tu pourrais faire des efforts, plus d’efforts, ENCORE plus d’efforts, pour qu’il rentre dans le moule quand même. 

Les injonctions sont en plus renforcées par les blogs, les compte insta, et les fils facebook.  Alors je ne dis pas qu’il faut se plaindre, mais à trop montrer les beaux moments, à trop prôner les beaux discours, on en oublie que la parentalité se fait de hauts et de bas. 

En réponse à ce courant de l’ultra bienveillance, parfois hyper rigide, prête à fondre sur toi, le pauvre parent pas parfait, on voit apparaître des pages sur lesquelles les parents se targuent d’élever leurs enfants à la dure, voir pire. 

Je trouve que c’est triste.

La parentalité est tellement propre à chaque famille. Il y a une manière différente par famille, parce que chaque parent est différent, et chaque enfant l’est aussi. Nous ne devrions pas nous juger aussi sévèrement. C’est dur, et ça demande de l’entraînement…

J’écris ces lignes avec Avalanche debout sur le siège derrière moi, et qui sautille joyeusement en chantant. Combien d’entre vous ne souhaiteraient pas ça? Combien se sentiraient inquiets à l’idée qu’il tombe? Combien trouveraient ça pénible d’avoir un enfant qui fait sauter le siège, obligeant vos yeux à se réadapter toutes les 2 secondes? 

Moi c’est la violence qui me hérisse et me fait souvent sur réagir. Chacun son talon d’Achille.  Et souvent, dans ces journées de cris, de culpabilité, la violence sous-jacente est là, tapie dans les coins sombres de la maison.

La culpabilité de ne pas être la mère parfaite que je voudrai être augmente encore la frustration. Pourquoi est-ce que je n’y arrive pas. Elle augmente aussi ma colère face aux enfants, car malgré tous mes efforts, tout ce que je pense mettre en place pour leur faire plaisir,ils ne sont pas parfaits.

Si j’arrive à oublier les injonctions, j’arrive à passer par dessus la colère, à m’imposer un rituel pour sortir de ce cercle empoisonné. Les parents d’aujourd’hui sont moins entourés qu’avant. Et oui, même si belle-maman était parfois envahissante, elle était un relais pour les parents épuisés. Chaque médaille a son revers comme on dit! 

Si j’arrive aussi à ne pas leur prêter des intentions qui sont miennes, je diminue mon ressentiment. Eux, ils ont principalement besoin que je sois là. Ils ne réclament pas un programme à faire pâlir d’envie Paris Hilton. C’est moi qui me mets cette pression toute seule! 

On est tous des êtres humains, on a tous le droit à un peu de compassion, à une main tendue plutôt qu’un seau de jugements. La prochaine fois que je vois une maman hurler sur son petit au supermarché, je lui dirai juste un mot de compréhension, et je ferai en sorte d’être aussi bienveillante avec elle qu’avec lui, même si elle l’a giflé.

J’aimerai être toujours capable de ressentir cette empathie et en toutes circonstances mais il est vrai que c’est faux, je ne peux pas. Pas toujours. Et je suis bien la dernière personne à qui je pourrai l’accorder…

Il suffit parfois d’un mot, d’un regard, pour désamorcer parfois la situation.

Là, c’est Calme de lune qui me l’a offert, alors que je sentais que ma respiration se saccadait. « T’es en colère maman, et je comprends, on fait que se disputer! ». Il n’y avait pas d’excuse, pas de complaisance. Juste il reconnaissait mon sentiment. Les larmes me sont montées aux yeux, mais je n’ai pas pleuré. Juste je me suis sentie soulagée. 

Je me suis rappelée aussi comme il m’est facile de stopper net les colères d’Avalanche, en reconnaissant son sentiment, comme hier quand il s’est rendu compte que sa sœur avait pris le dernier Tinti moussant rouge… Il est devenu tout crispé, et a hurlé, tout nu dans la salle de bain qui résonnait. J’ai juste dit que je comprenais qu’il était déçu, vu qu’il avait déjà imaginé son bain moussant couleur de sang, et que ça le rendait triste. Il a vigoureusement acquiescé, et il est passé à autre choses, comme par magie. Cela ne m’a demandé aucun travail, aucune implication personnelle.

Parfois, j’ai juste envie aussi qu’on me dise qu’on comprend que je fais de mon mieux, et je suis frustrée que cela ne suffise pas toujours…Qu’on arrête de flageller les parents, parfois excités comme des puces, parfois épuisés, parfois découragés, parfois joyeux,parfois juste injustes mais quasi toujours aimants. Je vous assure, on fait de notre mieux…

Allez je vous laisse, on va allumer des bougies pour lutter contre l’orage, et laisser la pluie de mai laver nos mauvaises énergies pour repartir sur de plus jolies bases, sur de plus jolis mots, chuchotés de la plus jolie des façons, et on va se masser un peu, parce que du coup, j’ai beaucoup porté Rayond’soleil ce matin et que j’ai mal aux épaules…

Je ne parle pas bien sûr de devenir maltraitants, mais de ne pas se rajouter de la pression inutile et néfaste. 

Soyez pas parfaits les gens, sachez juste reconnaître que vous ne l’êtes pas, puisque vous êtes justes humains, et surtout, arrêtez de vous comparer, c’est vain, et vaniteux DSC_0626 (Copier) (Copier).JPG!

 

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Comme une lueur d’espoir

Hey vous savez quoi? J’ai changé de travail. 

Et mon travail, je le kiffe grave! Parce qu’il m’offre la possibilité de multiplier les partenariats avec qui me semble pertinent. 

Et c’est ainsi que j’ai eu la brillante (ne m’applaudissez pas, c’est trop) idée de monter un partenariat avec un ESAT.

Je suis plutôt lucide concernant Rayond’soleil et je sais que le milieu protégé sera, en l’état actuel des choses, une solution à envisager. Avant que nous n’ouvrions notre propre restaurant dans lequel elle pourra faire le service et la cuisine, à son rythme.

Oh ça va, ne frissonnez pas d’horreur. Non, le milieu protégé n’est pas quelque chose d’horrible. Mais je vous pardonne, moi aussi, j’imaginais une sorte de prison, d’endroit totalement fermé, où les personnes sont molestées parce que sans défense.

Heureusement que j’ai un Rayond’soleil dans ma vie, ça m’évite de garder l’esprit étriqué.

D’abord, saviez-vous qu’il existe 3 types de milieux de travail: le milieu classique dit « ouvert » là où travaillent la majorité des personnes, le milieu adapté qui comme son nom l’indique propose des postes adaptés à tel ou tel type de handicap, et le milieu protégé, qui est le cran supérieur de l’adaptation. 

S’il faut rester pragmatique, elle nécessite un enseignement spécialisé, et ce sera sûrement le cas plus tard. Ça ne m’empêche pas de faire comme si ce n’était pas le cas, et de la pousser/porter le plus loin possible. 

Parce que les chemins de traverse, ce n’est pas forcément ce qu’on apprend quand on s’apprête à devenir parents, nous avons peur. De la différence de nos petits loups qui font qu’on va devoir sortir de l’autoroute et…Et bien s’adapter. Dingue non? 

Alors ce partenariat, pour moi, c’était l’occasion rêvée de voir en vrai, de discuter, de passer du temps à l’ESAT. De sentir pousser en moi l’envie d’y travailler? Peut-être oui. (Admettons d’ici quelques années…)

Et c’est là-bas que j’ai rencontré C. directeur de l’établissement, barbe de 3 jours, sourire timide, poignée de main franche. Et c’est lui qui me donne l’envie d’écrire l’espoir d’une vie presque normale. 

Parce que C. il se comporte pas comme un directeur pédagogique, il se comporte comme un patron qui aurait 70 employés un peu spéciaux. Mais du coup comme le chef d’une petite entreprise qui serait proche de ses employés. 

Il les connaît tous par leur prénom, et serre la main de chacun tous les matins, blaguant sur le match de rugby de la veille, demandant des nouvelles de la cheville douloureuse. Il parle de chacun avec affection, avec sympathie (avec empathie aussi). C il sait comme c’est difficile de ne pas rentrer dans le moule, de ne pas avoir sa place. Il sait comme le travail est un vecteur social quasi incontournable. 

Alors il s’arrange pour donner sa chance à chacun, et le plus longtemps possible. Il a plusieurs ateliers, ce qui lui permets de conserver les personnes le plus tard possible, même à un âge où il pourrait leur demander de partir. Comment partir quand le seul cadre sécurisant sont les 4 murs de l’atelier conditionnement? 

C considère que ses travailleurs « ne sont pas si différents ». 

J’me suis sentie bien dans l’entreprise de C. Les gens n’étaient pas si différent de moi, C avait raison. Ils se chambraient d’un coin à l’autre de l’atelier, sortaient fumer leur clope, cherchaient leur portable perdu au fond du sac. 

Dans les yeux de C, la tendresse et le profond respect des personnes. Dans son discours aussi. Il refuse les partenariats si cela l’oblige à mettre la pression sur ses équipes, le matériel est sans cesse repensé, et il prône la tolérance et l’ouverture d’esprit.

Son établissement est ouvert au public puisqu’ils ont des clients, d’ailleurs il est ouvert tout court, avec une volonté affichée de mélanger les gens. 

Bref, C avec ses yeux qui pétillent et son regard qui s’adoucit quand il le pose sur ses équipes, avec ses valeurs de tolérance, d’écoute et de suradaptation quotidienne, il m’a redonné une lueur d’espoir pour demain.

Je connais mon Rayond’soleil, c’est la môme la plus chanceuse du monde (oh ça va, ne hoquetez pas comme ça, handicap ne veut pas dire malheur ou poisse) et je sais qu’elle va continuer d’attirer plein de belles personnes… Elle a déjà eu A, I, B, A, S, I, T et les autres….Logo VD-03

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Différence, et empathie

Tout d’abord, j’aimerai prendre le temps de définir l’intelligence différente.

Vous le savez, j’ai une petite fille exceptionnelle, extraordinaire mais dont l’intelligence ne rentre pas dans les cases habituelles. Ma petite fille de 9 ans, si elle sait  reconnaître toutes les lettres de l’alphabet, ne sait par exemple pas écrire, et peine en graphisme. 

Par exemple. 

Il y a aussi à l’inverse, des enfants de 3 ans qui maîtrisent la lecture et les dinosaures sur le bout des doigts, mais ne rentrent eux non plus pas dans le moule. Arborescence.

Ce qui rassemble ces extrêmes, c’est certainement l’intelligence du cœur. Cette fantastique capacité à aimer en entier, à ressentir l’autre sans barrière, ce qui est parfois compliqué pour nous, parents, au niveau de la gestion des émotions.

Je vous ai déjà parlé de l’hypersensibilité ici. Aujourd’hui, je vous parle de l’empathie, parce que je suis convaincue que ces enfants à l’intelligence différente sont plus empathiques que les autres.

L’empathie, qu’est-ce-que c’est? 

C’est la faculté de se mettre à la place de l’autre, de savoir ce qu’il ressent.

C’est pour cela que Rayond’soleil a toujours un mot gentil pour une personne triste, qu’elle a toujours un geste tendre envers celui qui souffre, et qu’elle exprime beaucoup de sentiments.

C’est aussi pour cela que ces enfants sont ce qu’on appelle des « éponges ». Ils savent. Ils ne savent pas comment, mais ils savent intuitivement dans quel état émotionnel vous pouvez être.

Inutile d’espérer leur cacher une grosse colère ou un pic d’angoisse…Ils sauront. Alors autant mettre des mots sur vos émotions : furieux contre votre patron, triste parce que mamie est malade, inquiet pour une autre raison, joyeux, excité, optimiste…Et ne trichez pas avec eux, sans quoi vous allez créer une perte de confiance en eux

Mettez des mots pour ne pas créer de fausses idées dans la tête de vos enfants à l’intelligence du cœur parce que s’ils savent comment vous êtes en dedans, ils ne sont pas pour autant des mages, des liseurs d’avenir. Ils ne peuvent donc pas deviner pourquoi vous êtes dans cet état.

Ils vont élaborer des stratégies pour entrer en contact avec vous, pour vous permettre de dire ce que vous ressentez, mais ils ne vont pas pouvoir vous permettre de donner la cause de votre souffrance ou votre bien-être si vous ne coopérez pas un petit peu. C’est pourquoi votre petit empathique va vous pousser à bout s’il ressent une colère ou un chagrin. Ou bien, il sera excité, s’il sent que quelque-chose se trame, ou triste, si une personne de son entourage est triste, sans pouvoir se l’expliquer.

Ces petits doués d’un 6ème sens si on peut dire, peuvent ressentir ce don d’une façon formidable si vous les aidez à le valoriser. Ce qui ne coule pas de source dans notre société aseptisée et normative. (oui j’en veux un peu aux normes et aux codes qui nous privent de la richesse de la différence).

Car le petit empathique va pleurer avec Paddington quand il est triste, puis hurler de terreur dans le cinéma, pour avoir les yeux qui brillent, et la petite larme qui coule quand tout finit bien. Il va aller chercher le bon en chacun  d’entre nous, et tentera l’interaction dans n’importe quelle situation. Le pépé à l’air égaré, le petit enfant au regard perdu, la caissière aux yeux tristes. Les empathiques sont plus sensibles aux émotions dites négatives qu’aux émotions dites positives…Par exemple, quand elle sent quelqu’un de triste, Rayond’soleil lui touche le bras et lui demande « Ça va toi ? »

Ils sont également naturellement attirés par l’art…Peinture, sculpture, tout a un sens pour eux. Rayond’soleil, son art préféré, c’est la musique. Elle est subjuguée dès les premières notes et malgré une élocution ardue, elle connait par cœur des dizaines de chansons, allant de Stromae à Renaud.

Cette sensibilité accrue et à part est-elle une déficience ?

Je ne le crois pas. Je pense que l’empathie est une arme de solidarité massive. Que mis bout à bout, les signes de sympathie déclenchés par l’empathie sont de formidables vecteurs de mieux vivre et de mieux-être.

Je crois par contre, qu’il faut apprendre à gérer l’empathie, histoire de ressentir l’autre sans se ressentir comme l’autre, toute la nuance de l’équilibre étant là, ténue, mais bel et bien là.

Ressentir l’autre, c’est savoir comment il est à l’intérieur au moment où notre regard se porte sur lui. Se ressentir comme l’autre, c’est se laisser gagner par les émotions de l’autre, et donc s’effacer, et s’oublier. Ressentir l’autre est utile, c’est une force de communication inépuisable ; se ressentir comme l’autre, c’est prendre le risque de laisser les émotions lourdes prendre le pas sur tout le reste.

Comment faire ? Je n’ai pas de clef toute trouvée. Je suis une empathique née. J’ai appris à en faire ma botte secrète. A écouter mon intuition, et j’encourage mes enfants à faire de même. Comment ?

  • Vivre ses propres émotions à fond. Je le redis, on a le DROIT de pleurer devant un film, ou en lisant un livre, et de laisser les autres le voir.

  • Sentir les autres, les toucher, les écouter.

  • Ne pas les conseiller mais les accueillir. C’est important de ne pas parasiter l’émotion de l’autre. Si l’autre se sent inquiet, mais moi confiant, je ne peux pas le nier. Nous ne sommes pas tous égaux face aux situations. Il a le droit de ne pas se sentir comme moi.

  • Ne pas les absorber mais les accueillir. Je dois avoir suffisamment confiance en mon propre jugement. Si on reprend l’exemple du dessus : je dois avoir confiance en mon jugement pour rester confiant quand l’autre est inquiet.

  • Ne pas refouler les mouvements de sympathie. Et dans une société qui s’axe sur la force de caractère, difficile de se montrer « gentil » sans être catalogué « mauviette » (si si je vous jure). Alors ici on est gentils les uns avec les autres et on trouve normal de l’être avec quiconque en montre le besoin. Cela nous permet aussi de se donner l’occasion de ressentir l’autre.

Alors autant être franche, être parent d’un empathique qui a le droit de l’être n’est pas de tout repos. Tempête de colère face à une injustice, torrent de larmes (pour l’enterrement de J.Hallyday par exemple, Avalanche a pleuré car les gens étaient tristes) mais aussi joie de vivre intense et communicative.

Mais je préfère mille fois qu’ils aient le droit de l’être, plutôt qu’ils refoulent tout cela et soient obligés de composer avec à l’âge adulte.

Rayond’soleil croque la vie à pleines dents. Pourtant, si un jour je suis triste, elle « éponge ». Alors je fais de mon mieux pour être franche sans lui faire peur. De mettre des mots simples sur ce qui me chamboule parfois…

En conclusion, l’empathie est l’intelligence du cœur, et c’est une chance dans la différence de nos loulous extraordinaires, j’espère vous en avoir convaincu…

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Hypersensibilité…ce n’est pas une tare

Etre hypersensible… Ce n’est pas une tare, mais cela donne une perspective peu commune à la vie de celui qui l’est!

Je vais dire que je suis plutôt bien placée pour en parler. Ma psy l’a évoqué tout doucement, tout gentiment, à notre tout premier entretien. En rajoutant que j’étais quand même drôlement solide comme nana, comme si j’allais rejeter la première partie de la phrase. Je crois que moi, au final, j’ai toujours plus ou moins su. 

Alors on va commencer par le commencement, c’est mieux, et ça vous aidera à comprendre, ou du moins à effleurer du bout du doigt ce que peut être la vie de  l’hypersensible.

Souvent les 5 sens sont aiguisés. En temps normal par exemple, j’ai une excellente vue. 12/10 à chaque œil, j’aurai pu être pilote de chasse! (oui 12 sur 10 ça existe, c’est un truc de fou). J’ai précisé en temps normal, parce que je sens bien que mon œil gauche, encore convalescent, n’est pas aussi acéré que son voisin. J’ai la même sorte de dysoralité que ma fille: je ne supporte pas les goûts trop prononcés, je n’aime pas toutes les textures. Bien sûr, je ne suis pas dépistée, mais lorsque l’orthophoniste un peu folle ( voir ici ) en a parlé pour Rayond’soleil, ça a fait tilt chez moi. Je ne suis pas une chieuse, je souffre d’un syndrome (et toc les copains, je ne suis pas chieuse!). Niveau odorat, même constat, et je suis très rapidement incommodée par les odeurs, jusqu’à devoir changer de pièce parfois. Je ne supporte pas tous les tissus, ni tous les métaux, je suis très sensible aux variations de température, et je coupe toutes les étiquettes, de tous mes vêtements. J’ai besoin d’être serrée fort par les gens que j’aime, je ne supporte pas qu’un inconnu rentre dans mon périmètre vital! La première fois que j’ai rencontré Ju, elle m’a serrée contre elle, et j’ai failli me trouver mal. Depuis j’aime Ju et je suis contente qu’elle me serre fort! Je suis gênée par tous les bruits répétitifs, au point de me sentir très très mal, comme hors de moi, quand un bruit m’indispose (coucou le voisin chelou qui fait ronfler la voiture à 6h du matin!!). Je sors de mes gonds, la colère m’envahit, je suis incapable de la contrôler.  En bref, tous les sens en alerte, du matin jusqu’au soir…

J’ai une imagination débordante, qui me tient souvent éveillée la nuit. Je me fais au choix des scénarios catastrophes, ou des articles pour le blog, la nuit, dans ma tête. C’est pratique, le matin, je n’ai plus qu’à le coucher sur le clavier. Bon c’est fatigant aussi! J’anticipe un maximum de situations, pour ne pas être prise au dépourvu, lorsque nous planifions quelque-chose en famille. Bon j’anticipe surtout tout ce qui pourrait arriver!

Je sursaute facilement, et c’est le grand jeux de toute ma famille de joyeux psychopathes. Ils se cachent dans la maison, en me prévenant avant qu’ils vont me faire peur. Et plus je m’y attends, et plus je sursaute fort. C’est très drôle pour eux. Moi, je suis sûre d’une chose, je ne suis pas cardiaque!

Mais être hypersensible c’est avant tout être quelqu’un de très émotif. Alors bien sûr, on le cache, parce que les émotions sont mal vues dans notre société. Qui n’a jamais entendu « Calme toi » ou « Ca sert à rien de pleurer » ou « Ris moins fort. » L’hypersensible déteste la violence, que ce soit dans la vie ou dans les films. Impossible pour moi d’aller voir un film d’horreur au cinéma (je le sais, j’ai essayé, il y a longtemps, et j’ai fui en plein milieu du film…). Les conflits dans le monde m’épuisent, les larmes d’un enfant font monter les miennes, un témoignage douloureux va me hanter pendant 3 jours. Les attentats, où qu’ils soient me terrorisent. Parce que je m’imagine à la place des personnes visées, mais aussi à la place de leur famille.

Je suis aussi toujours persuadée d’être la cause de toutes les humeurs de tout le monde. Humeur que je ressens sans que personne n’ait besoin de mes les dire. Et comme du coup, on me les dit pas, je suis persuadée que c’est ma faute (surtout si l’humeur en question est mauvaise!). Une parano de chaque instant, qui me fait me sentir mal 70% du temps. Ma collègue répond sèchement à un SMS, mon Amoureux est fermé comme une huître, mon aîné boude dans son coin, et c’est la fin de mon monde. J’analyse, je cherche, je fouille ma mémoire à la recherche du mot de travers…Épuisant comme situation. Comme je ne fais pas partie des 30% d’hypersensibles extravertis, j’ai d’énormes difficultés à soulever les problèmes. J’ai du mal à supporter qu’on puisse ne pas m’apprécier, et pourtant je le ressens quasi immédiatement si j’ai la personne en face de moi, par tous les détails de son attitude face à moi. Il est plus facile de me berner par clavier interposés, mais tôt au tard, je saurai. Je supporte difficilement les critiques, je n’aime pas me sentir jaugée, je n’aime pas les concours non plus. Je déteste les bagarres, les combats verbaux et contrarier ou peiner les gens. 

C’est à dire qu’au delà de cette émotivité à juguler en permanence, j’éprouve beaucoup d’empathie. Je perçois les émotions des autres, et je ne peux pas m’empêcher de me brancher sur leur fréquence, et de zapper la mienne! Ça fonctionne même avec les personnes qui ne sont pas spécialement sympa avec moi, j’en connais au moins une qui, si elle me lit, va se reconnaître: m’a pourri la vie pendant des mois, et pourtant, j’ai tendu la main quand je l’ai sentie si malheureuse tout en sachant pertinemment que je pourrai m’asseoir sur un quelconque renvoi d’ascenseur…Et ça, ça m’énerve. Trop gentille, diront les uns, trop bête, diront les autres. Toujours est-il que je suis comme ça, parce que ressens la détresse, et plus que ça, je la vis. Donc je dois aider. Sinon je culpabilise( oui carrément!)

J’ai lu récemment que les hypersensibles étaient souvent engagés au service des autres…Du coup je me suis questionnée, notamment pendant que je faisais mon bilan professionnel, sur l’évidence de travailler dans le social. Mais justement, cette hypersensibilité, j’ai trouvé que ce serait un frein, parce que je ne peux pas toujours comprendre les réactions des autres, même si je les perçois. Et finalement, je suis revenue là dessus, parce que mon amour pour l’Autre a été le plus fort… On se refait pas! J’ai du choisir avec une extrême réflexion LE métier qui conviendrait le mieux, et j’ai fini par trouver…

Alors être hypersensible, c’est être en éveil tout le temps, être branché aux autres en permanence, même quand on ne voudrait pas, même quand ça nous touche finalement. Mais c’est aussi une force, celle de savoir comment aider…Cela a été une force pour moi, mais aussi parfois, je m’en suis retrouvée bien embêtée. Notamment dans le parcours de Rayond’soleil. Que faire quand on capte que le médecin face à nous ne sait pas, avant même qu’il ait pu nous le dire? Que dire à cet autre qui ne ressent pas vraiment ce qu’on souhaite lui faire passer, et qui du coup nous prend de haut, presque immédiatement? Savoir ce que ressent le corps médical, saisir les subtilités de son comportement, force ou handicap? Cela nous a aidé à choisir son école. Nous nous sommes basés sur notre ressenti, et dès la première seconde, je me suis sentie bien, au chaud (j’ai senti du chaud, vraiment) dans cette nouvelle école. Ce qui n’a pas du tout été le cas dans l’autre que nous avions visitée (là j’ai surtout senti l’envie de m’enfuir en fait, et si l’Amoureux n’avait pas tenu ma main si fort, je pense que j’aurai pu le faire). Cette sensibilité, je l’ai, je dois composer avec, alors autant qu’elle serve à ma fille. Elle me permet de m’adapter rapidement à mes interlocuteurs, et d’adopter une attitude en fonction. Autoritaire, à l’écoute…Peu importe, un vrai caméléon. Et cela nous permet d’obtenir des réponses à nos questionnements, c’est l’essentiel. 

 Ma sensibilité est mise au service de ma famille, même si elle est parfois éprouvante pour eux aussi, ce besoin d’être rassurée souvent est lourd pour eux, mais elle permet une bonne communication avec les intervenants extérieurs, plus simple quand les sentiments ne sont pas impliqués. Je pense que Portage et Handicap est l’aboutissement de mon hyper-empathie, au final, je canalise mon besoin de venir en aide aux autres comme cela. C’est plutôt chouette quand même. 

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