0

#portrait du jour…41

Il est assis en face de moi, et il m’énerve aujourd’hui.

Mais alors il m’énerve ! Il est insupportable ce matin, c’est viscéral. L a 44 ans, il est accompagné depuis quelques mois.

Il était arrivé au premier entretien me disant que dès qu’il aurait une voiture il pourrait bosser. Je me souviens avoir pensé « Ou pas ». Parce que c’est ce qu’on pense parfois, sans rien y trouver de méchant, de rabaissant. Je me suis dit que lorsqu’on habite en ville, on peut travailler sans voiture. Que j’accompagne évidemment plein de gens qui le font.

Comme ce type de discours cache presque toujours autre chose, et que ce n’est pas vraiment au premier entretien que tu mets les gens face à leurs paradoxes, je me suis tue, et j’ai noté ce détail dans un coin de ma tête.

Et ce matin, il me provoque. Sur les étrangers, sur les barbus, les « vous savez quoi mais si les autres là ». Je me rappelle son prénom, il ne s’appelle pas Georges, ni Samuel. Je le regarde dubitative. Son nom est à consonance italienne, mais bon, les italiens qui vivent en France sont parfois racistes… Si si j’en connais je vous jure.

La discrimination, le racisme, ça me hérisse. Alors il m’énerve. Je ne sais même pas pourquoi il tient des propos aussi abjects, si ce n’est que les barbus lui ont pris son travail. Quel travail, c’est un mystère. Il ne m’en a jamais parlé avant, je reste silencieuse, mais je bous intérieurement.

Je suis sur le point d’exploser quand je me reprends. Une lumière traverse mon esprit:  » Vous êtes musulman. »  Ce n’est pas une question. Il est musulman, je le sais, je viens de m’en rappeler.

Il s’arrête net. Evidemment qu’il l’est. Il n’explique pas ses mots et embraye directement sur la discrimination dont peuvent faire l’objet les minorités.

Je cherche la caméra. Il n’y en a pas. Alors je l’écoute. Simplement. En faisant du mieux que je peux pour ne pas juger ou laisser ma propre colère prendre le dessus.

Il me fait un speech entier sur la discrimination. Tout y passe. Il est aux antipodes complets de ce qu’il me disait 10 minutes plus tôt. Il lit l’incrédulité sur mon visage (oui je veux bien être impassible mais j’ai des limites) et l’interprète de travers. Bien sûr, je m’appelle Emilie, je suis blanche, je ne porte pas le voile et j’ai moins de 45 ans, je ne connais pas les discriminations.

Dans le fond, il a raison. J’ai une conscience aiguë de ma position de privilégiée. Bien évidemment, j’ai dû me bagarrer pour être là où j’en suis aujourd’hui, accepter des jobs moins stimulants ou très éloignés de ma vision du monde. Mais je ne connais pas les bancs de Pôle Emploi. Je n’ai presque jamais été au chômage. J’ai de la chance. Je le sais. J’ai fait face à la discrimination malgré tout, mais effectivement pas au même degré.

Tout est question de perception.

Je ramène la discussion à lui. Maladroitement, j’y parviens. Il a un trou de 4 ans dans son CV et je veux qu’il m’explique, c’est le moment, il est prêt.

Il avait un poste qu’il adorait. Et il devait être pérennisé. Selon lui, il aurait été évincé du recrutement suite au racisme de deux membres de l’équipe. Selon lui, il aurait été victime de discrimination à l’embauche à cause de sa couleur de peau, de son origine, et de sa religion.

Evidemment, je ne peux pas prendre position sur une situation vieille de 5 ans et dont je n’ai aucune des clefs.

Alors je continue de l’écouter. Et j’essaie de lui faire prendre conscience que sa colère n’a jamais été apaisée. Il a dû quitter, et mal quitter en plus, un poste dans lequel il s’est projeté. Il en a gardé une haine des employeurs et une méfiance systématique envers de potentiels collègues qui se lisent sur son visage et entravent la suite. Il tique. Il a raison non ? Je ne sais pas, je ne suis pas là pour juger ça. Il affirme qu’il en est sorti. De ?

Il a coulé. Il a sacrément coulé quand il n’a pas eu le poste. Il a fini de tout gâcher. Il a perdu sa voiture à ce moment là (défaut d’assurance). C’est pour ça qu’il cristallise sa recherche d’emploi sur le fameux véhicule. Tout a toujours une explication.

Il se pense victime de discrimination parce qu’il n’a pas tourné la page. Je ne suis pas la mieux placée pour l’aider.

Je l’avais orienté sur un autre suivi, qu’il a abandonné rapidement.

Il m’a énervé ce matin, et ensuite, je l’ai un petit peu compris…

 

Publicités
0

#portrait du jour…37

S est une femme de 37 ans. Elle « cherche » un emploi.

Et c’est vrai qu’elle y met du cœur en apparence.

Je jette un œil à ses suivis. 30 mois. 30 mois et plusieurs débuts de quelque chose, rapidement avortés.

Je ne sais pas ce qui me parle, ce qui me touche chez elle.

S est turque. Elle porte le hijab, et dans notre pays, c’est un frein supplémentaire à l’emploi des femmes.

On en parle librement, je n’essaie pas de convaincre les femmes que je rencontre que le port du voile est à proscrire. Déjà parce que je m’en fous personnellement de ce qu’elles portent sur la tête, ensuite parce que ça leur appartient plus qu’à moi quand même.

Je vous vois arriver avec vos « et la liberté de la fâmmmmmmmmmme ?!!! ».

Ben justement, leur liberté c’est de porter ce qu’elles veulent. Je ne vous refais pas le couplet de la jupe trop longue ou trop courte, du pantalon trop moulant, du jogging qui fait négligée, du maquillage qui fait pouf….

Le voile, il n’y a que les concernées pour en parler vraiment, et décider en leur âme et conscience s’il est pour elles le signe de l’influence d’un patriarcat ou de leur propre émancipation.

Pour moi, le voile, la croix, même combat. Chacun son corps.

D’ailleurs, S me le dit, derrière son khôl noir, que moi je ne sais pas ce que ça représente pour elle. Normal, je ne suis pas elle. Et je ne crois pas en son Dieu. Je respecte sa croyance, et c’est là le moins que je puisse faire.

Elle porte des Adidas avec sa jupe et a le visage très fin. Elle est jolie, mais ce que la société voit en premier, c’est son voile. C’est comme ça. Et mon rôle, c’est de lui dire que ce voile, ce bête morceau de tissu, cristallise la haine, attise les amalgames. Je m’en veux à chaque fois. A chaque fois, elle sourit, et me dit que tant pis.

Mais je sens quelque chose de plus profond. Il lui faudra 6 mois pour parler, à mots couverts, de son mari. Des raisons qui font qu’elle veut partir, de celles qui font qu’elle reste encore.

Il n’est pas vraiment violent, il est inutile. Inutile. Feignant. C’est à l’encontre de leur culture et de ses valeurs profondes à S.

Ce mari qui traîne du lit au canapé toute la journée, ce mari qui ne travaille pas, ce mari qui n’aide pas avec les enfants, ce mari qui dilapide le peu d’argent qu’ils ont lui sort par les yeux.

Le divorce, bien sûr qu’elle y a pensé. Ce n’est pas très bien vu, mais elle s’en sait capable. Mais, elle a deux enfants, pas encore bien grands.

Alors elle s’arrange avec la vérité, elle bricole avec ce qui la dégoûte, elle avance chaque jour un peu plus sans lui. Elle fait tout pour se sortir des tracas dans lesquels il entraîne toute sa famille. Elle se bat, elle trouve des petites combines et moi je la vois s’enliser.

Quel est mon rôle dans cette histoire ? Je lui ai refilé le flyers du centre d’information du droit des femmes. Il y a des juristes là-bas qui sauront l’aider quand elle sera décidée. En attendant je l’écoute, c’est déjà bien.

La vie va lui jouer un mauvais tour, dont elle saura se servir pour grandir. Son mari se retrouve infirme suite à un accident. Elle va devenir son aidante. Elle va aussi en profiter pour lui rendre la monnaie de sa pièce.

Elle me le raconte à chaque entretien avec cette malice habituellement propre aux enfants. Rassurez-vous, elle ne le torture pas, elle n’est pas méchante S ! Mais elle le laisse bien se débrouiller pour ce qu’il arrive à faire (c’est à dire pas grand chose) et elle ne perd pas tellement de temps à le plaindre. Et elle se détache, aussi sûrement que doucement.

L’adage, on ne récolte que ce que l’on sème prend ici tout son sens.

0

#portrait du jour…22

Il attend nos rendez-vous avec impatience.

Je le sais parce qu’il me l’a dit.

J’essaie toujours de mettre de la distance, beaucoup de distance et surtout de ne donner aucun faux espoirs.

Dans un accompagnement, les sentiments n’ont pas leur place. C’est plus qu’une règle, c’est un état d’esprit. Même les émotions ne doivent jamais transparaître. Bien sûr que certaines histoires nous touchent, on n’est pas des machines non plus, mais il y a une posture professionnelle à tenir…

C’est un peu plus difficile de leur côté forcément. Comme les enfants qui sont en thérapie avec A, ils avancent mieux quand ils m’apprécient.

Le tout est de réussir à leur faire entendre qu’ils bossent pour eux, pas pour moi. Comme mes enfants à l’école. Le tout est de les rendre autonomes, les laisser libres.

C’est compliqué pour lui parce qu’il est seul. Vraiment seul. La solitude, c’est la plaie du siècle.

Il a toujours été seul, sauf dans sa tête en somme. Depuis tout petit, il va d’hôpital en psychiatre.

Et de famille d’accueil en rejet.

Il ne se rend pas compte de la pression qu’il m’a collée sur le dos, à me dire que j’étais son seul repère ici. Je fais de mon mieux pour ne pas l’être, pour l’encourager à développer d’autres relations solides et de confiance.

Je jongle entre sa maladie, et les particularités qui y sont liées, et ses recherches d’emploi. Quoi qu’il advienne, je dois tout mettre en oeuvre pour qu’il trouve un équilibre.

La funambule c’est moi du coup.

Et il fait des efforts pour ne pas sombrer. Et je passe le relais aussi souvent que nécessaire à plus compétent que moi pour l’aider.

Il se maintient du mieux qu’il peut. Il refuse toujours de voir la réalité en face, c’est comme ça, je ne suis pas une spécialiste de la maladie mais j’imagine qu’il ne maîtrise pas tout.

Je tente d’être une sorte d’aiguilleur au milieu de toutes les personnes qui l’accompagnent et qu’il rejette tour à tour. Il paraît qu’il peut être violent, moi, je ne l’ai jamais vu ainsi.

Drôle de métier. Drôle de vie. On a parfois l’impression que le sort s’acharne contre certain, et la seule différence, le seul handicap, n’explique pas tout.

D’abandon en abandon, il a forgé une sorte de carapace, agrémentée d’addictions diverses, et d’une colère sourde contre les autres, qui l’ont tant abusé et rejeté.

Pourquoi il me confie tout ça à moi, je ne sais pas, peut-être parce que je me garde bien de le juger, peut-être parce que l’humour noir est ma défense préférée quand je ne sais pas trop quoi dire, toujours est-il qu’il me fait confiance.

Et que j’en suis responsable maintenant. Un peu. Que je dois tout faire pour qu’il soit moins isolé, parce que l’accompagnement a toujours une fin, et que ça ne devra pas être la fin du monde. La fin de son monde. Juste une continuité, en espérant qu’elle se fasse sur une réussite plutôt que sur un échec…

0

#portrait du jour…16

Il en a traversé des épreuves M. La trentaine peu assurée, il tremblote et ne me regarde jamais en face, comme s’il avait peur que je lui explose au visage…

Bon, faut avouer, il cumule un peu en termes de prédisposition aux discriminations.

Quand je prends mon poste, cela fait déjà plusieurs années qu’il est accompagné.

Pas de permis de conduire, une reconnaissance en qualité de travailleur handicapé et des casseroles qu’il traîne depuis l’enfance.

Au début, il ne veut pas parler de trop. Il se braque vite quand je pose des questions. Il est en colère. Après tout le monde.

Il m’en faut de la patience pour obtenir sa confiance, et quelques confidences.

La maltraitance en institut d’abord. C’est pour cela qu’il refuse tout net mes propositions de le positionner en entreprise adaptée.

Les petits contrats qui s’enchaînent, parce que les employeurs peu regardant ont trouvé une bonne poire toujours disponible.

La tutelle qui l’étouffe, maintenant qu’il gagne sa vie…

La promesse faite à son père sur son lit de mort enfin.

M ne sait pas lire. C’est une honte pour lui, un échec cuisant qu’il garde de l’enfance. Une souffrance sans nom, il n’a jamais réussi à apprendre à l’école. Il en a tellement envie.

Pour prouver aux enfants moqueurs que lui aussi il peut ! Pour le montrer aux maîtres intransigeants aussi !

C’est drôle les mécanismes qu’il a mis en place pour masquer ce handicap. Il faisait mine de lire, il surfait sur internet avec son smartphone dans la salle d’attente, et si le texte à lire était long, il avait oublié ses lunettes, ou avait une migraine.

Je m’en suis doutée au bout de quelques mois, sans pouvoir en avoir la certitude chevillée au corps suffisamment profondément pour lui poser la question.

Vous trouvez que c’est une question qui ne se pose pas ? Je réponds  » Pas d’accord ! » et ce n’est pas mon côté rebelle en carton qui parle. Je pense qu’on peut poser toutes les questions du monde pour peu qu’on le fasse avec respect et délicatesse, et qu’elles aient un autre but que de simplement satisfaire notre curiosité.

Il finit par m’en parler l’émotion plein la voix. Il n’a jamais réussi malgré les efforts fournis. On a à peu près le même âge. Il se voit encore comme un gosse dans les yeux de son père. Père décédé donc. A qui il a promis qu’il y arriverait.

Je pourrai lui dire que s’il avait promis de tout mettre en oeuvre pour y arriver, il n’aurait pris aucun risque de trahir sa promesse. Mais je me tais. C’est tellement important pour lui…Tellement. Et ce n’est pas mon histoire. Je suis suffisamment humble pour me taire et garder mon avis pour moi.

Alors, deux fois par semaine depuis des mois, il prend des cours. Cours qui risquent de s’arrêter faute de financement. Impuissance. Injustice.

Il rage dans mon bureau, se rebelle. Enfin ! Il vit, il vibre. Je peux voir ses forces et ses faiblesses, et c’est ainsi que je pourrai le mieux l’accompagner.

Il a continué les cours, bon an mal an. Il a avancé, lutté contre ses démons, pris des revanches sur la vie, et fait des projets. Il a traversé des épreuves, et prouvé qu’on pouvait croire en lui. Il a défié les pronostics.

L’histoire ne dit pas si M a réussi à apprendre à lire et a pu tenir sa promesse. C’est aussi cela mon métier, savoir accepter qu’on ne connait pas toute l’histoire, qu’on est là pour un temps bien défini et que tout s’arrête quand la personne a toutes les clefs nécessaires à son autonomie.

M a trouvé un emploi pérenne. Je sais qu’il s’est accroché, je sais qu’il aura tout donné pour réussir.

Parce que cette promesse, et sa réalisation lui permettrait de passer dans le monde des adultes.

0

Action pour les Aidants

Le 10 septembre, imprimez la lettre pour le Président et envoyez-la à l’Elysée pour qu’il en reçoive plein en même temps et que cela interpelle ses équipes !

Pour ne plus être réduit au silence, venez contribuer à cette action !

L’action des aidants c’est le 10 septembre, pour que qu’il n’y ait plus de promesse non tenue et plus aucun sans solution ! Il est temps de changer les choses !

Les journaux souhaitant relayer l’action sont invités à nous joindre par mail ou téléphone

portageethandicap@sfr.fr

06 68 48 59 14

Voici le lien pour charger et imprimer la lettre :

https://drive.google.com/file/d/1bKTeuTN1kDPOMxfPiGLAOiFmwll-g0pu/view?usp=drivesdk

1

Insertion professionnelle…et enfant handicapé !

L’insertion professionnelle.

Mon métier.

Parent d’enfant handi.

Ma vie. En partie.

Du coup, j’avais envie de vous parler de l’insertion professionnelle, socioprofessionnelle même, voire juste sociale, des parents d’enfants en situation de handicap.

S’insérer.

Parce qu’on s’est éloigné. Bien sûr, au début, on n’y pense même pas.

Happés par le quotidien, les séances qui s’empilent, c’est même pas envisageable. Les connaissances disparaissent du paysage, les amis prennent de la distance. Alors le travail…

Vous avez mis au monde une exception. Vous l’aimez. Cette exception vous prend une grande partie de votre temps.

Pas, ou peu, de crèche, pas de nounou, pas d’école…PAS PAS PAS.

Vous vous heurtez à tant de murs, tant d’impossibles, que la seule solution pour vous c’est de prendre soin.

Aidants.

Vous n’aviez pas envie, souvent, vous ne saviez même pas que ça existait.

Votre monde se met à tourner autour de votre enfant.

Vous ne vouliez pas, et pourtant.

Parfois, votre patron vous a gentiment demandé de partir. Ou de faire un effort « tu comprends, tous ces RDV, ça nous arrange pas. »

Ah. Comme si cela vous arrangeait, vous. Comme si voguer d’un cardiologue à un généticien était le lot commun des parents.

Aidants mal aidés.

J’ai écrit à Monsieur le Président (gare à celui qui l’appelle Manu, il est voué à une humiliation publique) qui n’a pas daigné me répondre. Notre sort n’intéresse pas. Nous sommes trop peu visibles. Pourtant l’insertion, c’est primordial.

Qui m’aide ? Ou plutôt, qui nous aide.

C’est vrai que je parle un peu de ce que j’ai connu. D’une époque pas si lointaine où mon monde tournait autour d’elle.

Une reconversion plus tard, armée jusqu’aux dents, la rage féroce au bide d’avoir ma place dans cette société malgré les bâtons dans les roues, j’arrive à concilier ma vie de femme, et ma vie professionnelle.

Elle a fait de moi une femme à part.

Je dois travailler plus que les autres, c’est ainsi. Parce que j’ai toujours un RDV. Ici ou là-bas. Parce que je parcoure le département, et parfois au delà pour assurer son suivi.

Que font les mères qui ne peuvent pas se le permettre ? Les pères ?

Rayond’soleil a sa place à l’école.

Que font les parents qui voient leurs minots écartés de celle-ci, qui attendent sur les longues listes de IME, des SESSAD ? Qui n’ont pas ou peu de prise en charge ? Donc pas de temps pour eux ? Qui assument tous les rôles, tous les jours…

Parfois, j’aimerai souffler.

Avoir une demi-journée à Royat tonic. Et je repense à ces parents qui aimeraient avoir une demi-journée pour voir des gens. Juste voir des gens, sans blouse blanche, ni stéthoscope. Voir des gens sans gérer la crise de leur enfant, sans se soucier de lui. Une vie normale, même juste 3 heures.

Ça m’apprend l’humilité vous voyez !

Moi j’ai le temps. Je fais ma semaine, bon an mal an. Parfois je ne mange pas pour récupérer des heures, pour les engranger. Parfois je réponds aux mails depuis la salle d’attente, je lis des rapports.  J’ai de la chance. Même si c’est dur.

Même si à chaque fois que je demande une heure pour l’ophtalmo, la kiné, le compte rendu psychologue, la réunion ESS, j’ai l’impression d’abuser, de demander encore un service, de mettre tout le monde dans la panade, de me trouver en porte-à-faux. J’ai déjà entendu un « tu bosses jamais » lancé sur le ton de la rigolade. Mais qui sonnait si vrai que je n’ai pas réussi à le trouver drôle.

Je vois les moyens qu’on a, et ceux qui manquent. Je connais les dispositifs, et les contraintes. Je sais ce qui manque.

Alors messieurs les politiques, à quand de vraies décisions en faveur de nous, les familles, les aidants ? On ne vous parle pas d’argent, ni de bricolage, mais de considération ! De contrats aménagés. D’humain quoi.

D’Humain. C’est trop demander n’est ce pas dans le monde d’aujourd’hui. Hyper mondialisation, libéralisation, hyper productivité, hyper effectivité.

Moi, je rêve d’un monde où tous les parents auraient une vraie place, même petite. De structure d’insertion ouverte à l’absentéisme, de patrons conciliants qui comprendraient, de structures d’accueil ponctuel, temporaire. D’accommodations qu’on pourrait imaginer normales.

J’en ai marre de cette montagne infranchissable qu’on appelle l’emploi.

Alors Manu, on en parle ou tu es trop occupé à sermonner les collégiens ?