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Différence, et empathie

Tout d’abord, j’aimerai prendre le temps de définir l’intelligence différente.

Vous le savez, j’ai une petite fille exceptionnelle, extraordinaire mais dont l’intelligence ne rentre pas dans les cases habituelles. Ma petite fille de 9 ans, si elle sait  reconnaître toutes les lettres de l’alphabet, ne sait par exemple pas écrire, et peine en graphisme. 

Par exemple. 

Il y a aussi à l’inverse, des enfants de 3 ans qui maîtrisent la lecture et les dinosaures sur le bout des doigts, mais ne rentrent eux non plus pas dans le moule. Arborescence.

Ce qui rassemble ces extrêmes, c’est certainement l’intelligence du cœur. Cette fantastique capacité à aimer en entier, à ressentir l’autre sans barrière, ce qui est parfois compliqué pour nous, parents, au niveau de la gestion des émotions.

Je vous ai déjà parlé de l’hypersensibilité ici. Aujourd’hui, je vous parle de l’empathie, parce que je suis convaincue que ces enfants à l’intelligence différente sont plus empathiques que les autres.

L’empathie, qu’est-ce-que c’est? 

C’est la faculté de se mettre à la place de l’autre, de savoir ce qu’il ressent.

C’est pour cela que Rayond’soleil a toujours un mot gentil pour une personne triste, qu’elle a toujours un geste tendre envers celui qui souffre, et qu’elle exprime beaucoup de sentiments.

C’est aussi pour cela que ces enfants sont ce qu’on appelle des « éponges ». Ils savent. Ils ne savent pas comment, mais ils savent intuitivement dans quel état émotionnel vous pouvez être.

Inutile d’espérer leur cacher une grosse colère ou un pic d’angoisse…Ils sauront. Alors autant mettre des mots sur vos émotions : furieux contre votre patron, triste parce que mamie est malade, inquiet pour une autre raison, joyeux, excité, optimiste…Et ne trichez pas avec eux, sans quoi vous allez créer une perte de confiance en eux

Mettez des mots pour ne pas créer de fausses idées dans la tête de vos enfants à l’intelligence du cœur parce que s’ils savent comment vous êtes en dedans, ils ne sont pas pour autant des mages, des liseurs d’avenir. Ils ne peuvent donc pas deviner pourquoi vous êtes dans cet état.

Ils vont élaborer des stratégies pour entrer en contact avec vous, pour vous permettre de dire ce que vous ressentez, mais ils ne vont pas pouvoir vous permettre de donner la cause de votre souffrance ou votre bien-être si vous ne coopérez pas un petit peu. C’est pourquoi votre petit empathique va vous pousser à bout s’il ressent une colère ou un chagrin. Ou bien, il sera excité, s’il sent que quelque-chose se trame, ou triste, si une personne de son entourage est triste, sans pouvoir se l’expliquer.

Ces petits doués d’un 6ème sens si on peut dire, peuvent ressentir ce don d’une façon formidable si vous les aidez à le valoriser. Ce qui ne coule pas de source dans notre société aseptisée et normative. (oui j’en veux un peu aux normes et aux codes qui nous privent de la richesse de la différence).

Car le petit empathique va pleurer avec Paddington quand il est triste, puis hurler de terreur dans le cinéma, pour avoir les yeux qui brillent, et la petite larme qui coule quand tout finit bien. Il va aller chercher le bon en chacun  d’entre nous, et tentera l’interaction dans n’importe quelle situation. Le pépé à l’air égaré, le petit enfant au regard perdu, la caissière aux yeux tristes. Les empathiques sont plus sensibles aux émotions dites négatives qu’aux émotions dites positives…Par exemple, quand elle sent quelqu’un de triste, Rayond’soleil lui touche le bras et lui demande « Ça va toi ? »

Ils sont également naturellement attirés par l’art…Peinture, sculpture, tout a un sens pour eux. Rayond’soleil, son art préféré, c’est la musique. Elle est subjuguée dès les premières notes et malgré une élocution ardue, elle connait par cœur des dizaines de chansons, allant de Stromae à Renaud.

Cette sensibilité accrue et à part est-elle une déficience ?

Je ne le crois pas. Je pense que l’empathie est une arme de solidarité massive. Que mis bout à bout, les signes de sympathie déclenchés par l’empathie sont de formidables vecteurs de mieux vivre et de mieux-être.

Je crois par contre, qu’il faut apprendre à gérer l’empathie, histoire de ressentir l’autre sans se ressentir comme l’autre, toute la nuance de l’équilibre étant là, ténue, mais bel et bien là.

Ressentir l’autre, c’est savoir comment il est à l’intérieur au moment où notre regard se porte sur lui. Se ressentir comme l’autre, c’est se laisser gagner par les émotions de l’autre, et donc s’effacer, et s’oublier. Ressentir l’autre est utile, c’est une force de communication inépuisable ; se ressentir comme l’autre, c’est prendre le risque de laisser les émotions lourdes prendre le pas sur tout le reste.

Comment faire ? Je n’ai pas de clef toute trouvée. Je suis une empathique née. J’ai appris à en faire ma botte secrète. A écouter mon intuition, et j’encourage mes enfants à faire de même. Comment ?

  • Vivre ses propres émotions à fond. Je le redis, on a le DROIT de pleurer devant un film, ou en lisant un livre, et de laisser les autres le voir.

  • Sentir les autres, les toucher, les écouter.

  • Ne pas les conseiller mais les accueillir. C’est important de ne pas parasiter l’émotion de l’autre. Si l’autre se sent inquiet, mais moi confiant, je ne peux pas le nier. Nous ne sommes pas tous égaux face aux situations. Il a le droit de ne pas se sentir comme moi.

  • Ne pas les absorber mais les accueillir. Je dois avoir suffisamment confiance en mon propre jugement. Si on reprend l’exemple du dessus : je dois avoir confiance en mon jugement pour rester confiant quand l’autre est inquiet.

  • Ne pas refouler les mouvements de sympathie. Et dans une société qui s’axe sur la force de caractère, difficile de se montrer « gentil » sans être catalogué « mauviette » (si si je vous jure). Alors ici on est gentils les uns avec les autres et on trouve normal de l’être avec quiconque en montre le besoin. Cela nous permet aussi de se donner l’occasion de ressentir l’autre.

Alors autant être franche, être parent d’un empathique qui a le droit de l’être n’est pas de tout repos. Tempête de colère face à une injustice, torrent de larmes (pour l’enterrement de J.Hallyday par exemple, Avalanche a pleuré car les gens étaient tristes) mais aussi joie de vivre intense et communicative.

Mais je préfère mille fois qu’ils aient le droit de l’être, plutôt qu’ils refoulent tout cela et soient obligés de composer avec à l’âge adulte.

Rayond’soleil croque la vie à pleines dents. Pourtant, si un jour je suis triste, elle « éponge ». Alors je fais de mon mieux pour être franche sans lui faire peur. De mettre des mots simples sur ce qui me chamboule parfois…

En conclusion, l’empathie est l’intelligence du cœur, et c’est une chance dans la différence de nos loulous extraordinaires, j’espère vous en avoir convaincu…

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Mélancolie…

Vous le connaissez ce petit pincement au cœur ? Celui qui vous tombe dessus quand vous vous n’y attendez pas ? C’est le plus mesquin celui-là…
Bon voilà, des fois je pose mon armure et je laisse un peu de mélancolie m’envahir. C’est drôle, ça arrive souvent à l’approche de mon anniversaire (oui oui je prends les bisous les cadeaux les cartes bancaires pour me remonter le moral MDR). Comme si le handicap me faisait plus peur à chaque fois que je vieillis. Parce que sinon, j’ai pas peur d’avoir des rides ou des cheveux blancs, j’ai un peu l’habitude 😉
Non je crois que c’est la peur pour elle qui me colle le blues quand arrive la prochaine bougie.

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L’autre jour, je flânais (je vous ai dit qu’avec ma nouvelle vie pro je pouvais flâner ? Punaise le pied !) bref, je flânais (hiii) donc dans une boutique de basket, lorsque j’ai entendu une jeune fille de 12 ou 13 parler :
« Elles font vintage maman ? (parlant des célèbres pompes aux 3 bandes)
– Oui ma chérie, ne t’inquiète pas, elles sont vintage, et te vont très bien.
– Y en avait des comme ça quand t’avais mon âge ? (avec la lueur d’espoir dans les yeux). »
Scène somme toute hyper banale de shopping mère/fille et de complicité.
J’ai souri, et je me suis rembrunie. Rayond’soleil, je dois me rendre à l’évidence, ne me posera jamais cette question.
Elle vit dans l’instant. Elle s’en fout de quand j’étais gamine, et encore plus des baskets. Elle n’aime pas le shopping.
J’aurai pu faire durer la mélancolie, dresser la liste de tout ce qu’elle ne fera pas.
Bon vous me connaissez. J’ai gardé cette idée un peu dure dans un coin de ma tête. J’ai accepté le sentiment qu’elle m’inspirait. J’ai laissé les larmes monter et redescendre. J’ai accueilli.
Puis j’ai pensé que ce qui fait son caractère unique, c’est aussi tout ce qu’elle ne fera pas, ou qu’elle fera et que les autres ne feront jamais. Rayond’soleil se fout de mon passé mais s’inquiète toujours de ma journée, et qu’elle soit en marge d’un monde capitaliste et consumériste ne doit pas être source de chagrin mais de fierté. Du moment que son pied passe dedans, elle se moque bien de la chaussure… C’est ainsi.
Notre complicité naît ailleurs : dans les massages que je lui fais et qu’elle me rend. Ou dans ses cadeaux si simples, et si doux. Dans chacun de ses progrès que je remarque. Dans ses mains qui s’abandonnent dans mon cou quand je la porte.
Avec le temps, on accepte ce chemin de traverse. Mais ce même temps me fait peur et j’ai parfois le droit de me donner le droit de le poser là, tout en douceur, en gardant les yeux et l’esprit ouverts, pour qu’elle puisse avancer sans trop se cogner.
Parce qu’être parent d’enfant handicapé, c’est devoir très tôt préparer l’après soi, je trouve qu’il est important de savoir dire j’ai peur, mais je t’aime, petit Rayond’soleil, petit enfant unique, et je te fais confiance, et j’ai foi en la Vie.

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Admirable?

Souvent, dans vos commentaires, vos petits messages privés qui me font toujours du bien, ou dans les commentaires d’autres blogs que je suis, revient ce qualificatif : Admirable… Et souvent, ce qualificatif, ce compliment, me pose question…

 

Alors que j’accueille sans problème les compliments, sur l’association, sur la super idée que c’était, sur la générosité des monitrices, et notre gentillesse commune, j’ai plus de mal avec ce « je t’admire, je ne sais pas si je pourrai ».

 

Ne fuyez pas! Je ne crache pas dans la soupe, et je vous remercie. Je vous trouve mignonnes même (ou mignons, mais je crois que les hommes sont plus rares.). Seulement, je tenais à dire que je suis persuadée que, si, vous feriez pareil. Si, vous iriez danser sur la piste avec votre fille perdue. Si vous iriez vous battre à ses côtés, pour qu’elle soit acceptée. Si, vous iriez dire merde à l’atsem qui trouve votre petit dernier trop remuant, sans se poser aucune question sur le contexte! Bien sûr que si! Il faut être confrontée à la situation pour savoir. Je vous assure, je ne suis pas quelqu’un d’exubérant, je n’aime pas attirer l’attention, mais pour eux, je ferai tomber tous les murs. 

En fait, je n’ai pas d’autre choix. Je refuse de laisser tomber, je refuse que ça soit moins bien parce que je ne m’en sens pas capable. Le véritable courage, serait d’avoir choisi. Je n’ai pas choisi. J’ai accepté facilement le handicap, peut-être parce que je n’avais pas fantasmé ma fille. J’ai pris les armes tout de suite, je ne suis pas passée par une phase de résignation, ou de résilience. J’ai cheminé avec elle, c’est tout. Si on m’avait posé la question, je n’aurai sûrement pas choisi le handicap, mais si on me demandait aujourd’hui, je n’échangerai ma fille pour rien au monde. Donc, non, je ne suis pas courageuse. J’aurai eu peur de l’inconnu, peur de ne pas savoir, de ne pas pouvoir. Grâce à elle, forcée par elle, j’ai découvert que je savais, que je pouvais, et que je ne m’en sortais pas si mal.

Je ne suis pas courageuse, par contre je suis forte. Je sais que bien des parents souffrent beaucoup. Je ne souffre pas souvent. Vous venez lire ma page pour retrouver votre sourire, notre sourire. Toutes dents dehors, on a préféré sortir notre amour en étendard. Je refuse de m’apitoyer sur le sort d’une enfant qui sourit presque tout le temps! Parce que des fois, elle souffre, des fois elle est en colère, mais le plus souvent, elle prend les aléas de la vie avec un optimisme qui force le respect! Toute notre famille refuse de vivre le handicap de Rayond’soleil comme un chagrin. C’est une différence, une route à part, qui nécessite d’employer des trésors d’imagination pour que chacun ait sa part d’attention. Alors, on fait les fous, on fait le cheval en allant à l’école, on supporte notre mal de dos, on va travailler en ronchonnant, on fait des massages et on invente un spa dans la salle de bain, on se tire la langue et on mange des bonbons avant de passer à table. On grapille du bonheur partout où on en trouve, pour ne pas nous laisser dépasser par le découragement qui pourrait nous saisir. 

J’aurai pu en faire moins. J’aurai pu me passer de l’association. J’en suis bien consciente. Mais vous, vers qui vous seriez vous tournés? Bien entendu, cela me donne du travail. Mais tous vos petits mots, les photos que je reçois, les cartes qui m’arrivent par la poste (hiii j’adore le courrier!)m’apportent beaucoup d’amour et de satisfaction. J’en parlais avec une amie l’autre jour, je n’ai pas besoin d’un job trippant! Parce que ma vie est trippante. Pleine de joie, et de rires d’enfants. De parties de labyrinthe à 7h du matin, de course en fauteuil roulant, de petits progrès qui changent toutes les perspectives, et de petites graines de bonheur semées dans vos vies à vous par le biais de Portage et Handicap! 

Mais, je suis humaine. Il y a des jours où je suis lassée, fatiguée. Mais comment perdre l’espérance (oui!) face au sourire plein d’amour de la vie de Rayond’soleil? Cette enfant est la volonté et la bonté incarnées. Comment perdre l’envie face aux bons mots de Calme de lune, et à sa clairvoyance? Comment perdre l’entrain face à l’énergie de mon petit Avalanche? Quand mes 3 enfants semblent si bien dans leur drôle de famille, j’estime que j’ai rempli mon contrat. Ni plus ni moins; Car c’est bien là mon travail, les rendre heureux, les porter le plus loin possible, mettre du baume sur leurs chagrins et faire germer en eux l’idée d’un monde plus doux, plus beau, empathique et solidaire. Pour le moment, je crois que je m’en tire plutôt bien. 

Donc non, je ne suis pas courageuse, je tire ma force de leurs sourires, je me laisse bercer par leur enthousiasme face à la vie, et je suis sûre qu’avec un peu de bonne volonté, celle de voir la bouteille toujours à moitié pleine, on en est tous capables! Ce sont eux, qui sont admirables, moi, je me suis contentée de les suivre!

 

Joie/Paix/Amour… Passez de belles fêtes…

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Je regarde cette photo, et je vois à quel point elle tire mieux la langue aujourd’hui…