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#portrait du jour…50

F a 45 ans. On se rencontre dans le cadre du travail, au tout début de ma reconversion. Il dirige une structure, qui emploie deux de mes petits protégés.

Quand j’arrive au rendez-vous, ni l’un ni l’autre ne sont là, et je me sens contrariée, et intimidée aussi. Mais il est gentil, et parle avec une voix tellement posée et basse, que cela me nécessite une attention particulière et redonne un peu de douceur à mon humeur. Bizarrement, il me met rapidement en confiance, et j’oublie que je ne suis qu’une débutante face à un directeur, qui maîtrise bien mieux son sujet que moi.

Le milieu est un petit milieu, et nous nous reverrons, forcément, de manière plus ou moins régulière. Il fait partie des gens du microcosme que j’apprécie. J’aime à échanger avec lui.

F parle toujours doucement. J’imagine que cela met en confiance les naufragés de la vie qui arrivent chez lui pour trouver un emploi. Il garde sur le visage un demi sourire engageant à la confession, ou du moins à la conversation. On ressent le respect et l’affection que lui témoignent ses salariés, et qu’il leur rend bien. Humanité, humanisme.

Au fil des accompagnements, il embauchera S dont je ne vous ai pas encore parlé, et N, qui a fait l’objet du premier portrait.

Au travers de ces histoires de vie qui nous touchent tous les deux, je découvre un directeur investi, mais surtout un homme dont la sensibilité fait fortement écho à la mienne. Quand je lui apprends ce qui est arrivé à N (cf portrait n°1), et que nous n’avions su voir ni l’un ni l’autre, il mêle sa culpabilité à mes remords. Touchés, comme si nous étions responsables de toute la misère du monde, malheureux de n’avoir rien vu venir, et d’avoir été incapables de l’accompagner… Bousculée comme dans une tempête, c’est vers lui que je me tourne pour partager mes émotions, mon impuissance.

F aime les gens. Il les observe de loin, un peu en retrait et comme fasciné par leur capacité à s’adapter à leur environnement. Il écoute, avec une attention aiguisée, ce qui se dit autour de lui, et aussi ce qui ne se dit pas. Il décode, déchiffre et ressent l’Autre. Il s’imprègne et retient chaque détail qui pourrait être utile à son interlocuteur, plus tard, quand celui-là sera en capacité d’analyser et d’avancer. On sent dans ses écrits la prévenance qu’il éprouve pour les personnes qui l’entourent, quelles qu’elles soient. F écrit, plutôt bien, et parle de ces parcours chaotiques, qu’il croise régulièrement au détours d’une embauche ou d’une amitié.

A une époque où les valeurs de partage et de bienveillance sont malmenées et observées d’un œil bien critique, F a pris le parti d’être une personne gentille. Le cœur sur la main, les étoiles dans les yeux, il entre en empathie avec tous ceux qu’il croise, même s’ils ne font ni pas vers lui, ni compromis. Il plie, se courbe et garde de douces attentions pour eux, se remémorant les meilleurs souvenirs partagés, ou l’objectif qu’il s’est fixé.Je l’admire souvent pour cette capacité à ne jamais râler, tout en se laissant atteindre malgré tout. C’est rare un homme qui ne rougit pas de laisser briller ses yeux quand il est touché, quand les émotions débordent. Il a vécu ses propres drames, des blessures à jamais ouvertes qu’il ne tente pas de cacher. Pour réussir à faire de ses faiblesses une vraie force, il les assume, les porte, et tente de les remplir avec de belles choses. Il est ému par un son, par une image, par une attention. Il le dit, le montre, avec la simplicité et l’enthousiasme que seuls les grands enfants ont su garder.F est le genre d’homme à danser dans sa cuisine, à chanter dans sa voiture, à courir sous la pluie et à dessiner des fleurs à la craie sur le goudron. Il est du genre à aider le pauvre, et le moins pauvre. A pardonner les erreurs de ses salariés, et celles de ses amis. Il est du genre à prendre une décision de dernière minute, parce qu’elle donnera le sourire à quelqu’un, et à renoncer à une autre, pour éviter des larmes inutiles.Il a cette vision du monde et de ses habitants que je partage. Il y a du beau en chaque lieu, en chaque personne, il suffit de vouloir le voir.

« On rencontre beaucoup de visages dans le monde, mais certains dans eux pénètrent dans notre esprit presque à notre insu. Ce n’est pas à cause de leur beauté qu’ils s’imposent à nous mais plutôt à cause d’une autre qualité. Dans la plupart des visages, la nature humaine ne transparaît pas, mais il s’en trouve cependant où cette qualité mystérieuse, intérieure, se manifeste spontanément. Alors ce visage-là se fait remarquer entre mille autres et s’imprime tout à coup dans l’esprit. » (Rabindranath Tagore).

Je crois que c’est exactement ce qui frappe chez F. L’humanité. L’Humanisme. Et cette capacité à apprécier chaque instant offert par la vie, à s’en émerveiller comme un enfant, à sublimer les mauvais moments pour les transformer en quelque chose d’acceptable, à profiter des bons comme s’ils étaient un cadeau surprise et à se laisser surprendre, par les belles rencontres, par une attention, par un geste doux et tendre, par un visage, par un mot, par tout ce qui fait que la vie est vie, que le monde est monde…

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#portrait du jour…32

Elle s’appelle M, et vit le handicap depuis qu’elle est toute môme.

Elle m’a raconté la genèse du truc, mais finalement, ce que j’en retiens, c’est sa formidable capacité d’adaptation.

M ne peut presque pas se servir de l’un de ses bras.

C’est drôle, parce qu’avant qu’elle ne m’en parle, je n’avais pas fait attention. Pourtant, bien sûr son bras est frêle, puisqu’il n’y a pas beaucoup de muscles. Mais comme elle tient toujours ses cahiers avec, comme on voit en premier ses grands yeux brillants de vie, comme elle a toujours un mot gentil pour tous les gens qu’elle croise, même le matin, même avant d’être passée par la machine à café, son bras, on ne le voit pas.

Même quand on est un peu observateur.

M est une collègue, c’est pour ça que je publie son portrait pendant le week-end, elle va peut-être oublier de lire, elle va peut-être oublier de m’en parler.

Elle est drôle et gentille. Au sens noble de la gentillesse. On bafoue souvent le mot et on a tendance à regarder de haut les gens gentils, à les traiter en faibles. La gentillesse est pour moi la plus belle des qualités et une force incroyable.

 » Elle est super ta robe !  » ,  » Ça te va bien cette coupe ! » ,  » Vous avez l’air en forme ce matin ! » , « Beau boulot ». Elle repeint les murs du bureau en couleurs, avec bonne humeur, par sa simple présence et avec ses jolis mots.

C’est drôle, elle m’a manquée quand elle était pas là.

Enfin drôle non, naturel. Les gens qui distribuent la bonne humeur, c’est précieux. D’autant plus quand on sait à quel point la vie a pu être difficile. Compliquée. Douloureuse.

Les opérations qui se sont succédées , qui lui faisaient mal, qui n’ont pas eu les résultats escomptés en plus…

Le regard des autres, parfois terrible, hostile, moqueur. Elle n’en parle pas, il se devine derrière le voile sur les yeux.

La place à se faire, dans la vie de tous les jours. Dans le travail aussi, pas toujours simple.

On imagine que difficilement tout ce que peut impliquer un handicap comme le sien.

La voiture à adapter, et les adaptations qui coûtent très cher, l’inquiétude de ses parents, sa propre inquiétude.

On l’évoque quand je reçois une demande sur la page de l’association. Une maman enceinte, qui ne peut se servir de l’un de ses bras et panique un peu concernant sa future maternité. Elle aussi a eu quelques sueurs froides quand elle attendait sa fille.

Elle a un peu de recul et elle me dit  » Tu sais on y arrive. On ne peut pas de toutes façons, alors on fait autrement… » . Elle a porté sa fille, sans trop de difficultés, a réussi à la baigner, la nourrir, la sangler dans le siège auto, comme tout le monde ou presque malgré tous les films qu’elle s’est fait avant la naissance.

Bien sûr qu’il y a des moments de galère, elle ne va pas mentir. Mais elle a une chouette vie, et maintenant un petit bonhomme, dont elle arrive à s’occuper toute seule aussi, est venu agrandir la famille. Et elle gère, l’un et l’autre, et les deux ensemble.

Et elle distribue l’optimisme, me dit que je peux la mettre en contact avec des parents angoissés si jamais j’en ai besoin, qu’elle témoignera même si c’est pas forcément son truc.

Avec moi, elle parle ouvertement, me donne des astuces, c’est frais, c’est instructif. J’aime bien prendre les conseils, me nourrir de ce que les gens vivent pour évoluer, diversifier mes conseils, améliorer ma pratique.

Ce qui est chouette, c’est que je n’avais pas vu, elle est tellement sur-adaptée que je n’avais pas vu. JE trouve ça merveilleux et magique. Parce que personne ne s’y attarde et qu’on voit en premier sa personnalité.

MAGIQUE M, merci. Pour les compliments, merci pour les mains serrées, merci pour l’espoir donné, merci pour les clins d’œil, merci pour les partages, et surtout, surtout merci pour TA gentillesse. Tu vas me manquer tu sais…

 

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#portrait du jour…9

A est une soignante. Une soignante à part, une vraie, de celles qui tiennent leur cœur au chaud de leur poitrine pour ne pas montrer à tous les enfants à quel point elle les aime.

Parce qu’elle le sait bien, elle ne sera qu’éphémère dans leurs jeunes vies. Le suivi est temporaire.

Elle sait qu’elle doit marcher sur un fil. Les enfants doivent l’apprécier parce que les enfants sont comme ça, ils avancent mieux avec quelqu’un qui les fait vibrer un peu plus fort. Mais ils ne doivent pas trop s’attacher à elle, parce qu’ils devront affronter l’après.

Entre pudeur et encouragements, A est un repère. Elle reste à sa place de professionnelle comme elle peut.

Elle sait qu’elle peut compter sur la vie pour lui montrer que parfois, on peut légèrement sortir du cadre, surtout quand l’accompagnement touche à sa fin.

Elle porte les petits un peu plus loin, un peu plus haut, et rassure leurs parents, du mieux qu’elle peut.

A sait trouver les mots qui mettent un pansement sur les plaies des papas et mamans perdus qui errent trop souvent dans sa salle de motricité. Posément, et avec mesure, elle pose des mots sur leurs maux, elle ne cherche pas à réparer les douleurs, elle ne fait pas de chichis, pas de mensonge. Elle dit les choses.

A a aussi appris à ne pas se laisser embobiner par de charmants petits Rayond’soleil aux tâches de rousseur sur leur mignon trognon petit nez. Parce que la complaisance n’a plus rien à voir avec la bienveillance. Parce qu’elle a une forte conscience de leurs possibilités. Parce que parfois, on peut les laisser abuser un peu, mais pas trop souvent, que ce n’est pas rendre service.

Je ne peux pas dire d’elle qu’elle est une main de fer dans un gant de velours. Elle est douceur, compréhension.

Que ce soit avec les enfants qu’elle accompagne, ou avec ceux qui croisent son chemin, elle voit l’enfant avant tout. Elle ne voit pas le comportement gênant, elle ne voit pas le problème, elle imagine la solution.

C’est dur de se dire qu’on aime un soignant, jusqu’à ce que le soignant devienne un ami.

S’il est certain qu’on est plus prompte à râler quand on ne les comprend ces soignants, il me paraît juste et nécessaire de dire quand ils sont bons, généreux.

Quand A a tourné la page de plusieurs années d’accompagnement de Rayond’soleil, je savais qu’on y arriverait sans elle, parce qu’elle serait toujours là. Quelques mois auparavant, je suffoquais, je paniquais. Comment pourrai-je faire confiance à quelqu’un d’autre ? Comment trouverai-je le soutien ? Elle m’a rassurée sur la suite, elle m’a assuré un soutien sans commune mesure.

Je suis pas du genre à faire de grandes déclarations, alors je dépose ça là, parce que je sais qu’elle lit…

A va bientôt connaître la joie d’un joli bébé, et elle verra voler en éclat toute sa confiance. Elle en a une conscience aiguë depuis le début de sa grossesse. Elle ne passe pas de l’autre côté de la barrière, du mauvais côté du bureau, mais ce sera son tour d’être en demande, de vouloir être rassurée, cajolée, affirmée en tant que mère. Elle a juste plus de clefs…

Alors félicitations, par un peu d’avance, et à tout vite….

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Porter à l’hôpital…

Handicap ou non, porter son enfant à l’hôpital peut s’avérer une nécessité pour lui ou pour nous.

La peur, la douleur, l’appréhension sont autant de raison de ne faire qu’un pour subsister dans ce monde qui n’est pas le nôtre et que nous pouvons ressentir comme hostile.

Je me souviens avec la sueur dans le dos des paroles de la puéricultrice alors que je venais de mettre au monde Calme de lune:

« Mais Madame, vous ne pouvez pas porter votre bébé dans le couloir. »

Alors là, elle m’en avait bouché un coin, je n’ai pas osé braver l’interdit et je n’ai jamais eu d’explication.

Deux ans d’expérience plus tard, j’arrivais à la maternité avec dans ma valise beaucoup de nourriture, et une écharpe Jeportemonbébé. Et qu’on vienne me chatouiller pour voir!

Là encore, quand il s’est agi de sortir du service pour aller passer une échographie, le même couplet: on ne porte pas son bébé. Bon ben tant pis, ils n’avaient qu’à déplacer le service en mater car je ne la poserai nulle part. Résistance.

Depuis, les mentalités ont évolué. On emmène très souvent l’enfant jusqu’à la porte du bloc opératoire, et les parents sont de plus en plus facilement acceptés en salle de soins. Bien entendu, rien n’est parfait et le temps manque souvent.

Concernant notre expérience récente, une amygdalectomie pour Avalanche en novembre, et les soins dentaires de Rayond’soleil hier. Donc deux enfants « grands » qui ont profité du portage post opératoire en sling

Pourquoi porter? Pour produire des endorphines, plein d’endorphines qui vont soulager la douleur et apaiser le petit porté. Pour renifler son odeur après une longue séparation aussi (nous aussi on a fabriqué plein de stress, et on a envie de se sentir mieux!!).

Ce qui nous freine? La peur d’être regardés de travers par l’équipe médicale. D’être pris pour des fous. Perso, le regard des gens, je m’en moque un peu. Parfois, on a aussi peur de prendre une réflexion, et là, j’ai peu de clefs, parce que soit je mords, soit je me tais, ce qui dans un cas comme dans l’autre n’est pas pédagogue pour deux sous.

J’essaie de plus en plus souvent de militer portage grâce à ma casquette de présidente, et de sensibiliser les équipes en amont des hospitalisations possibles. Cela me surprend toujours, mais ils sont plutôt compréhensifs quand ils comprennent aussi leur intérêt (le calme déjà!).

Concernant les deux dernières expériences, le portage a été bien accueilli par les deux équipes (puisque deux hôpitaux différents, sinon ce n’est pas drôle!).

L’équipe ORL a posé quelques questions, et dit à Avalanche qu’on devait être bien au creux de maman.

Hier, c’était une équipe spécialisée handicap. J’avoue que nous l’avons descendue dans son lit, et qu’ensuite, c’est le médecin qui l’a portée, enroulée dans un drap chaud(et les fesses à l’air!). Je suis allée jusqu’à la porte du bloc, et elle n’avait pas peur, et pas mal non plus.

Je sais que le médecin l’a gardée dans ses bras le temps de l’endormir, et que Zaza l’a tenue contre elle quand elle s’est réveillée, qu’on lui a laissé ôter elle-même les capteurs de rythme cardiaque, et qu’on l’a câlinée un peu beaucoup. Je suis descendue dès qu’elle s’est réveillée, accompagnée par Lénaïc, le brancardier.

Elle a été choyée, chouchoutée, et elle est devenue comme toujours la coqueluche de l’équipe en un demi clin d’œil. On m’a demandé si un diagnostic était posé sur ses maux avec beaucoup d’intérêt et de gentillesse, et on lui a fait 2000 bisous avant de me la rendre.

Remontée en chambre, elle avait un peu mal, et le goût du sang sur ses lèvres, elle « voulait moi » et elle ne voulait pas rester au lit, mais ne tenait pas tellement debout. Alors je l’ai naturellement installée en sling, et nous avons arpenté les couloirs durant une vingtaine de minutes (20 minutes sur une épaule à 33 kilos, c’est mon maximum!) sous le regard parfois un peu étonné des soignants, mais souvent attendri finalement.

Attendris ils étaient. Mais comment ne pas l’être quand on la voit, le visage enfoui dans mon cou, son petit nez frémissant de plaisir, les bras enlaçant ma nuque, caressant mon épaule et les yeux mi-clos, quand 5 minutes plus tôt, elle exprimait son mal-être?

Aucune réflexion. J’ai regretté de ne pas avoir pensé à prendre les flyers et le livret de l’association. Nous avons remercié tout le monde. Pour la bienveillance, pour les câlins, pour la patience aussi… Et nous sommes rentrées main dans la main à la maison, sereines, même si elle avait un peu les joues gonflées.

D’ailleurs, à l’instant, le service vient de m’appeler pour prendre des nouvelles de la demoiselle. C’est la première fois que cela nous arrive. « J’appelle pour savoir si tout va bien, si elle n’a pas mal, et si elle a bien dormi… » Ils lui font des bisous, et n’espèrent pas la revoir dans de telles conditions.

Comme quoi, des fois ça se passe bien aussi…

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Différence, et empathie

Tout d’abord, j’aimerai prendre le temps de définir l’intelligence différente.

Vous le savez, j’ai une petite fille exceptionnelle, extraordinaire mais dont l’intelligence ne rentre pas dans les cases habituelles. Ma petite fille de 9 ans, si elle sait  reconnaître toutes les lettres de l’alphabet, ne sait par exemple pas écrire, et peine en graphisme. 

Par exemple. 

Il y a aussi à l’inverse, des enfants de 3 ans qui maîtrisent la lecture et les dinosaures sur le bout des doigts, mais ne rentrent eux non plus pas dans le moule. Arborescence.

Ce qui rassemble ces extrêmes, c’est certainement l’intelligence du cœur. Cette fantastique capacité à aimer en entier, à ressentir l’autre sans barrière, ce qui est parfois compliqué pour nous, parents, au niveau de la gestion des émotions.

Je vous ai déjà parlé de l’hypersensibilité ici. Aujourd’hui, je vous parle de l’empathie, parce que je suis convaincue que ces enfants à l’intelligence différente sont plus empathiques que les autres.

L’empathie, qu’est-ce-que c’est? 

C’est la faculté de se mettre à la place de l’autre, de savoir ce qu’il ressent.

C’est pour cela que Rayond’soleil a toujours un mot gentil pour une personne triste, qu’elle a toujours un geste tendre envers celui qui souffre, et qu’elle exprime beaucoup de sentiments.

C’est aussi pour cela que ces enfants sont ce qu’on appelle des « éponges ». Ils savent. Ils ne savent pas comment, mais ils savent intuitivement dans quel état émotionnel vous pouvez être.

Inutile d’espérer leur cacher une grosse colère ou un pic d’angoisse…Ils sauront. Alors autant mettre des mots sur vos émotions : furieux contre votre patron, triste parce que mamie est malade, inquiet pour une autre raison, joyeux, excité, optimiste…Et ne trichez pas avec eux, sans quoi vous allez créer une perte de confiance en eux

Mettez des mots pour ne pas créer de fausses idées dans la tête de vos enfants à l’intelligence du cœur parce que s’ils savent comment vous êtes en dedans, ils ne sont pas pour autant des mages, des liseurs d’avenir. Ils ne peuvent donc pas deviner pourquoi vous êtes dans cet état.

Ils vont élaborer des stratégies pour entrer en contact avec vous, pour vous permettre de dire ce que vous ressentez, mais ils ne vont pas pouvoir vous permettre de donner la cause de votre souffrance ou votre bien-être si vous ne coopérez pas un petit peu. C’est pourquoi votre petit empathique va vous pousser à bout s’il ressent une colère ou un chagrin. Ou bien, il sera excité, s’il sent que quelque-chose se trame, ou triste, si une personne de son entourage est triste, sans pouvoir se l’expliquer.

Ces petits doués d’un 6ème sens si on peut dire, peuvent ressentir ce don d’une façon formidable si vous les aidez à le valoriser. Ce qui ne coule pas de source dans notre société aseptisée et normative. (oui j’en veux un peu aux normes et aux codes qui nous privent de la richesse de la différence).

Car le petit empathique va pleurer avec Paddington quand il est triste, puis hurler de terreur dans le cinéma, pour avoir les yeux qui brillent, et la petite larme qui coule quand tout finit bien. Il va aller chercher le bon en chacun  d’entre nous, et tentera l’interaction dans n’importe quelle situation. Le pépé à l’air égaré, le petit enfant au regard perdu, la caissière aux yeux tristes. Les empathiques sont plus sensibles aux émotions dites négatives qu’aux émotions dites positives…Par exemple, quand elle sent quelqu’un de triste, Rayond’soleil lui touche le bras et lui demande « Ça va toi ? »

Ils sont également naturellement attirés par l’art…Peinture, sculpture, tout a un sens pour eux. Rayond’soleil, son art préféré, c’est la musique. Elle est subjuguée dès les premières notes et malgré une élocution ardue, elle connait par cœur des dizaines de chansons, allant de Stromae à Renaud.

Cette sensibilité accrue et à part est-elle une déficience ?

Je ne le crois pas. Je pense que l’empathie est une arme de solidarité massive. Que mis bout à bout, les signes de sympathie déclenchés par l’empathie sont de formidables vecteurs de mieux vivre et de mieux-être.

Je crois par contre, qu’il faut apprendre à gérer l’empathie, histoire de ressentir l’autre sans se ressentir comme l’autre, toute la nuance de l’équilibre étant là, ténue, mais bel et bien là.

Ressentir l’autre, c’est savoir comment il est à l’intérieur au moment où notre regard se porte sur lui. Se ressentir comme l’autre, c’est se laisser gagner par les émotions de l’autre, et donc s’effacer, et s’oublier. Ressentir l’autre est utile, c’est une force de communication inépuisable ; se ressentir comme l’autre, c’est prendre le risque de laisser les émotions lourdes prendre le pas sur tout le reste.

Comment faire ? Je n’ai pas de clef toute trouvée. Je suis une empathique née. J’ai appris à en faire ma botte secrète. A écouter mon intuition, et j’encourage mes enfants à faire de même. Comment ?

  • Vivre ses propres émotions à fond. Je le redis, on a le DROIT de pleurer devant un film, ou en lisant un livre, et de laisser les autres le voir.

  • Sentir les autres, les toucher, les écouter.

  • Ne pas les conseiller mais les accueillir. C’est important de ne pas parasiter l’émotion de l’autre. Si l’autre se sent inquiet, mais moi confiant, je ne peux pas le nier. Nous ne sommes pas tous égaux face aux situations. Il a le droit de ne pas se sentir comme moi.

  • Ne pas les absorber mais les accueillir. Je dois avoir suffisamment confiance en mon propre jugement. Si on reprend l’exemple du dessus : je dois avoir confiance en mon jugement pour rester confiant quand l’autre est inquiet.

  • Ne pas refouler les mouvements de sympathie. Et dans une société qui s’axe sur la force de caractère, difficile de se montrer « gentil » sans être catalogué « mauviette » (si si je vous jure). Alors ici on est gentils les uns avec les autres et on trouve normal de l’être avec quiconque en montre le besoin. Cela nous permet aussi de se donner l’occasion de ressentir l’autre.

Alors autant être franche, être parent d’un empathique qui a le droit de l’être n’est pas de tout repos. Tempête de colère face à une injustice, torrent de larmes (pour l’enterrement de J.Hallyday par exemple, Avalanche a pleuré car les gens étaient tristes) mais aussi joie de vivre intense et communicative.

Mais je préfère mille fois qu’ils aient le droit de l’être, plutôt qu’ils refoulent tout cela et soient obligés de composer avec à l’âge adulte.

Rayond’soleil croque la vie à pleines dents. Pourtant, si un jour je suis triste, elle « éponge ». Alors je fais de mon mieux pour être franche sans lui faire peur. De mettre des mots simples sur ce qui me chamboule parfois…

En conclusion, l’empathie est l’intelligence du cœur, et c’est une chance dans la différence de nos loulous extraordinaires, j’espère vous en avoir convaincu…

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Et toi, c’est quoi ton cartable?

  Quelques semaines avant la rentrée, j’avais contacté Tann’s, la célèbre marque de cartable qui a marqué mon enfance, avec l’immanquable « t’as ton Tann’s?! » J’en avais assez des sac à dos licence, qui ne tenait pas la moitié de l’année! J’ai décidé de prendre 3 cartables de qualité, pour cette rentrée hors du commun…

Je leur ai lancé un défi: me trouver un cartable costaud, pas trop lourd, qui ne glisserait pas des épaules frêles et tombantes de Rayond’soleil, qu’elle pourrait accrocher à son fauteuil sans qu’il ne frotte les roues, et ultime condition, qu’elle puisse ouvrir seule, malgré sa maladresse!

La réponse de Tann’s n’a pas tardé: ils me conseillaient un sac petit modèle, plutôt format cartable, le modèle CP/CE1, qui devrait sans problème pouvoir la suivre un bon moment… Avec ses 860 gr, il n’est pas lourd, et ils laissent le choix du modèle à la jeune fille, proposant de l’envoyer en test… La classe à Dallas! Merci à Marine, de chez Tann’s qui a été absolument gentille et merveilleuse avec nous 😉

DSC_0822 (Copier)Rayond’soleil a choisi ce modèle là: violet et rose, avec sa petite fleur sur le côté, elle en tombe amoureuse immédiatement et j’ai beau lui remontrer plusieurs fois les autres (pas pour la faire changer d’avis, mais pour être sûre!) elle n’en démord pas… Allez c’est parti!

En quelques jours de (longue) attente, le facteur sonne enfin à la porte (non elle n’est pas patiente!). Elle saute de joie avant même d’ouvrir le paquet, et passera les semaines suivantes à parler de son super cartable à tout le monde! La rentrée est encore loin ,qu’importe, elle s’en sépare plus!

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Sur cette photo prise sur le site internet on peut voir la fermeture du sac, qui n’est pas une boucle, il suffit d’appuyer dessus pour ouvrir…)

 

 

 


Premier constat, il est costaud et bien fini. Les bretelles et la partie en contact avec le dos de l’enfant sont bien molletonnées, ce cartable semble confortable! La partie plastifiée dessous est une bonne idée avec une minette qui ne fait pas vriament attention à l’endroit où elle pourrait le poser… Bref voyons si ce cartable rempli MES conditions!

condition 1) : facile à accrocher au fauteuil! Que ce soit par les bretelles ou par la poignée, aucun souci pour l’attacher aux poignées du fauteuil, ou à son dossier! Même si, en toute honnêteté, nous nous servons peu du fauteuil, je me suis dis que c’était important de pouvoir avoir cette option là! Il ne frotte pas les roues, mais pensons tout de même à ranger les sangles qui pourraient se prendre dans les rayons (vive les flasques!)!

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Condition 2) Bien tenir sur ses petites épaules! Réussie aussi! Il ne glisse absolument pas, même si j’ai l’impression qu’elle ne le « remplit » pas encore tout à fait.

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Condition 3) et pas la moindre, qu’elle puisse l’ouvrir seule. J’avoue que lorsque j’ai vu la fermeture en forme de ceinture, j’ai eu peur, car elle aurait pu l’ouvrir mais pas le fermer, et ce que je désire avant tout c’est son autonomie… En fait, il y a une fermeture par « pression ». Je ne sais pas expliquer alors je vous mets la photo où l’on devine la fermeture:

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Ma puce a dû s’entraîner pour réussir à l’ouvrir seule, mais surtout à bien viser pour le refermer. Lorsqu’on a des soucis en motricité fine, tout est question d’habitude, et en quelques jours d’entraînement acharné et décidé, elle était totalement prête et autonome pour sa rentrée! Si j’en crois les bêtises qu’elle fait dans le bus avec son petit camarade (du genre gribouiller le cahier, ou vider toutes les étiquettes de lecture…) je dirai qu’elle arrive bien à l’ouvrir!

 

 

Alors merci tann’s! Vous avez fait une heureuse avec ce cartable, et votre gentillesse me touche car je sais bien que vous n’avez pas vraiment besoin de moi pour vous faire de la pub!

Calme de lune a choisi ce modèle là, juste retour des choses 😉

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Il en est content également, c’est le plus grand modèle, il est plutôt costaud mon loulou, et il est entré au CE2… Il râle car cette année, ses copains se sont mis au cartable à roulettes, mais je suppose qu’à quasi9ans on est jamais content .

 

 

Finissons sur une bouille d’amour, ravie de son cartable! DSC_0940 (Copier)

 

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Pinkini Création

Mon histoire, notre histoire, avec Pinkini, débute au début de l’année 2014, à la suite d’un rdv de génétique, qui avait encore soulevé 1000 questions sans répondre à aucune… J’avais contacté Virgnie, au hasard de mes recherches internet concernant la conversion d’écharpe. Je n’utilisais plus ma Lana Soleil (!!), à cause de l’hypotonie de mon Rayond’soleil!

 

                           Pinkini, c’est qui?

Derrière la marque Pinkini, il y a Virginie, maman porteuse de 4 enfants et passionnée aux doigts de fée…Et au coeur gros comme ça!

Elle coud, elle coud beaucoup…Des sacs de portage, ou non, des manteaux, de portage,de grossesse ou non (j’aime le modèle elfique!), des sarouels, des hauts d’allaitements, des fringues pour enfants toutes personnalisées et des conversions d’écharpes (en sling,en préfo, en meitai…). Elle a aussi son propre modèle de meitai ,le fameux Babyvouac, déposé et homologué!

Le succès est tel, que Virginie procède désormais par tirage au sort. Mais lorsque je lui envoie un mail, en ce jour pluvieux de février, je ne le sais pas encore…

Lorsque je sors donc de mon rdv, une notif m’informe que Virginie a répondu. Effectivement, elle peut convertir mon écharpe…Si je suis tirée au sort. C’est la douche froide. Ma fille est trop grande pour la majeure partie des préfor11150465_837160456357925_9133419071216292451_n (Copier)més, et sans moyens de portage adéquat, nous allons continuer de galérer… Je n’ai pas encore créer Portage et Handicap mais je suis déjà convaincue d’une chose…Le tissu écharpe est le meilleur soutien pour le dos chamallow de ma fille. Sur un coup de tête, j’explique brièvement ces choses là à Virginie, lui demandant de me recommander quelqu’un de confiance qui pourrait nous faire un préformé pour début juin, et je joins une photo de ma fille, je ne sais pas pourquoi.

La réponse ne se fait pas attendre, l’histoire de Rayond’soleil touche Virginie. Elle se donne un délai de réflexion. Je réponds rapidement que je n’ai pas expliqué les choses pour attirer une quelconque pitié, mais bel et bien pour solliciter son aide et trouver une solution pour nous. Elle n’a pas pitié, mais la bouille de ma miss l’a faite craquer…Alors elle réfléchit, et promet de me donner une réponse dans les jours qui suivent. Ce qui se passe dans ma tête est indéfinissable. Je suis contente qu’elle soit charmée par ma puce, je sais que c’est fréquent, qu’on l’aime, qu’elle attire ou aimante, souvent les bonnes personnes. Quand je dis bonnes personnes, je veux aussi dire les personnes bonnes. Les gens gentils, profondément bienveillants. Avec les autres, il se creuse souvent une sorte de fossé…Bizarre.

Un mail le vendredi suivant me fait sauter de joie. Virginie va convertir ma Lana, mais je devrai être patiente. Elle sera prête début juin, pas avant, car elle m’offre un passe droit. Peu m’importe, je sais que je passerai de belles vacances grâce à elle, et j’ai confiance, le porte-bébé sera prêt à l’heure.

Je me rappelle des mots qu’elle utilise, de sa gentillesse et de sa bienveillance. Des photos du travail en cours et du travail terminé. Elle me parle de ma fille et de l’aura qu’elle sait exercer. Elle y voit une part mystérieuse et sympa de sa différence, j’aime bien l’idée. Lorsqu’il est fini, en avance, elle me dit que son aîné l’a trouvé lumineux…Et moi j’ai trouvé le surnom de la petite fille qui va en bénéficier. Avec notre Pinkini, on part faire les folles à la ville, pour montrer à quel point on est bien quand on est libres!!!

 

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On retrouve une amie, qui a elle aussi, reçu son Pinkini(la première sur le tirage au sort, une tigresse, la Lucky Lukette de la souris!!) et on fait des tas de photos, juste pour le plaisir des yeux.

En grandissant, Rayond’soleil devient lourde, et je me rends compte qu’on aurait pu prendre du double rembourrage. Qu’à cela ne tienne, cette fois j’achète une Kokadi Merlin, dont je suis tombée amoureuse et j’obtiens une place à la régulière. Le résultat est magnifique…

 

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On porte en famille, on Pinkiporte même!!! Le petit profite du Soleil et la grande devient magique en Merlin… J’ai même demandé des options de ouf, une poche pour mon portable, et la réversibilité du porte-bébé, puisque c’est aussi ce qui fait le charme de la Merlin.

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Mais voilà, j’ai beaucoup de porte-bébés, et un jour le soleil sert moins souvent. Et une amie, dont le fils souffre d’une maladie douloureuse me contacte. Je viens de créer Portage et Handicap, il me reste une chute de Lana. Je lui prête donc mon premier Pinkini, avec une pointe de nostalgie…Mais quand je découvre le sourire de son fils…Je le lui cède et Virginie refait un Soleil…. Franchement qui aurait résisté à ce regard magnifique? Qui aurait pu dire à ce petit bonhomme, que non non et non, il fallait le rendre? Pas question de le décevoir.

La suite n’appartient qu’à lui et à sa maman, j’espère juste que cela les soulage encore un peu de temps à autre.

 

 

 

 

 

 

J’ai mis longtemps à écrire cet article. Parce que la qualité de la conversion n’est pas du seul fait de la couturière, mais bel et bien également de l’écharpe et de son degré de rodage. Sur un même patron, deux préformés provenant d’écharpes différentes vont se comporter totalement différemment . Cela n’enlève rien aux qualités d’écoute et de partage de Virginie. J’espère un jour tester son Babyvouac, mais il n’est pas facile à trouver en occasion, et elle est déjà bien chargée de travail pour que je m’abstienne de lui demander de m’en faire un exprès…Ses porte-bébés sont d’une qualité irréprochable, les coutures justes parfaites et je sais qu’elle peut même faire des fantaisies sur les ceintures. Lorsque j’ai fondée l’association, elle m’a proposé d’ouvrir de temps à autre des places aux membres dans la galère. Bien entendu, cela suppose des délais parfois un peu long, mais lorsque l’on a une date et un projet, j’ai tendance à dire que peu importe… Alors Virginie, j’sais bien que je te l’ai déjà dit mais MERCI… Surtout, ne changes rien!

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