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Libère toi de tes chaînes

Libère toi de tes chaînes.

Libère toi de tes chaînes même si tu as peur. 

Syndrome de Stockholm. Tu es enfermée dans tes croyances limitantes, dans ce que tu penses être confortable pour toi. Tu es simplement dans ta zone de confort.

Un job qui ne te convient plus tellement, mais qui rapporte suffisamment pour payer des factures, une relation qui ne te satisfait pas mais qui t’offre une stabilité, un mode de fonctionnement avec tes enfants qui te chagrine mais que tu maîtrises bien, des phobies ridicules qui te pourrissent la vie.

Le changement, c’est effrayant, même si tu le décides toi-même.

Et pourtant, savoir bouleverser ses habitudes, reconnaître ce qui se passe au plus profond de soi et accepter de se mettre en mouvement peut-être salutaire.

Je lis actuellement « L’Alchimiste » de Paulo Coehlo, et si je vous en parle aujourd’hui, c’est qu’il résonne très fort en moi. L’Alchimiste, c’est une histoire de légende personnelle et de signes à lire et écouter. C’est une histoire de réalisation personnelle.

Il est difficile dans notre société actuelle de se réaliser, difficile de se dire qu’on a le droit de réussir, et que la réussite n’est pas la même pour tous. 

I have a dream…

Chacun ses rêves, chacun ses aspirations dans la vie. Nous ne serons pas tous des Martin Luther King ou des Simone Veil. Evidemment. Mais chacun peut apporter sa pierre, et porter son propre dessein.

Si vous vous niez trop longtemps, vous vous verrez vous étioler.

Nous n’avons qu’une seule vie, et nous ne savons pas combien de temps elle durera. Autant en tirer le meilleur, voir le verre à moitié plein. Vous me connaissez un peu maintenant, je suis une optimiste, une révoltée, une guerrière en Doc Marteens.

J’ai rencontré, écouté, lu des dizaines de familles, des dizaines de personnes qui n’avaient pas eu une vie toute lisse, toute facile. Et dans ce lot de témoignages parfois douloureux, ceux qui m’ont émue le plus profondément sont ceux qui bien que très réalistes montraient une philosophie de vie résolument insouciante.

Des petits riens et des gros projets. Ceux qui ont su transformer les épreuves pour en faire de magnifiques réalisations. Je pense à cet arbre planté en mémoire d’un enfant perdu, je pense à mon amie qui a ouvert son entreprise, fidèle à ses valeurs, je pense à cet homme qui a traversé l’Europe pour donner une meilleure vie à sa famille, je pense résilience, je pense accomplissements…

Ce qui nous empêche de bouger, ce qui nous paralyse, c’est la peur. Il y a peu, j’ai lu cette citation « Il n’y a que 2 émotions qui parlent, soit l’amour soit la peur ».

La peur favorise l’immobilisme.

La peur de l’échec est la plus prégnante. Evidemment, quand la situation n’est pas parfaite, pas extraordinaire, pas satisfaisante mais pas non plus délétère, on prend toujours le risque d’avoir pire. De se planter. Je vous ai déjà dit qu’il n’y a qu’en se plantant qu’on pousse ? Mandela disait  » Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j’apprends !« . Et si nous prenions le risque d’apprendre ?

Changer pour obtenir moins que ce que l’on avait est un risque, c’est un fait. Ou une histoire de point de vue. Lorsque j’ai décidé de changer de métier il y a maintenant 3 ans j’ai perdu de l’argent sur ma fiche de paye. J’ai perdu de l’argent, mais j’ai gagné bien plus important. J’étais en adéquation avec moi-même et j’en ai ressenti une puissance incroyable. Sans parler des horaires de travail plus adaptés à une vie de famille sereine.

La peur d’être jugé. Ah le regard des autres… On y est tous plus ou moins sensible, personne ne peut affirmer en étant tout à fait franc qu’il se fiche de savoir ce qu’en disent les autres. Certains changements, certains mouvements entraînent des conséquences, c’est indéniable et inéluctable. Tout est lié, votre mouvance emmène la mouvance d’un ou plusieurs autres.

Cette société déraille, tout tourne autour des conventions, et du pouvoir. On en oublie l’essentiel. 

L’émotion est l’essentielle. Celle qui vibre, qui s’exprime, qui crie, qui perle au coin des yeux, qui gonfle le cœur et donne des ailes, celle qui tortille le ventre, celle que vous gardez pour vous ou que vous partagez avec un être qui vous ressemble ou qui vous rassemble…

Aux enfants, on apprend la maîtrise de soi. Seuls les enfants sont vrais pourtant. Ils vous jettent leurs colères, leurs chagrins et leurs joies à la figure. Ils aiment tout entiers, ils répugnent, ils n’ont pas de demie mesure, ils ne trichent pas. Ils ne mendient pas le pouvoir, ils ont le vrai pouvoir. Il suffit de regarder la jeune Greta Thunberg et son visage d’ange déterminé.

Les enfants savent. Ils savent que l’émotion qui ne s’exprime pas s’oublie. 

Les enfants apprennent la peur du jugement en grandissant, en même temps qu’ils apprennent à juger aussi, en même temps qu’ils oublient leurs rêves les plus fous.

Et toi, tu voulais quoi quand t’étais petit  ?

Demande-toi ce qui te fait peur ?

Comme il est aisé d’avoir peur quand on est « aidant ». Quand on est l’aidant de son enfant, quand on connait la fragilité liée au handicap, qu’il est facile de freiner, et de s’oublier aussi.  Et pourtant, si vous y prenez garde, si vous en prenez soin, vous pouvez préserver l’essentielle chez lui. Le handicap a tant à nous apprendre en termes de combats pour ses rêves, en termes de réalisations modestes ou fantastiques, en termes d’expression de l’émotion, en termes de société et de mouvance à enclencher.  Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il faut que ça change, que le handicap soit mieux « inclus » puisque l’inclusion est le mot à la mode.

Il est grand temps de nous libérer de nos chaînes. Quelles qu’elles soient. De prendre une grande inspiration et de sauter dans le vide, avec ou sans filet. Il est temps de nous reconnecter à nous mêmes, à nos émotions et à celles des autres. Il n’y a pas de caste, pas de hiérarchie, et il ne doit pas y avoir de jugement. Vous êtes là où vous devez être, et si cette place vous étouffe, vous seul pouvez prendre la décision d’en changer. Change ce qui peut l’être, accepte ce qui ne peut pas l’être….orion

Oui, c’est difficile, on ne va pas se mentir.

Mais vous aurez à y gagnez des papillons sous la peau, des étoiles dans les yeux, une sincérité dans ce que vous êtes, une reconnaissance par ceux qui sont comme vous, une sérénité et une vraie plénitude.

Et vos petits extraordinaires sauront vous montrer la voie. Ils font partie des signes, ils sont des signes, c’est une évidence. Et si vous savez prendre le temps de les écouter, ils ne seront plus jamais limitants. Ils seront même votre moteur.

 

 

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#Portrait du jour…52

Il s’appelle C et il est fragile.

Dans ses yeux, ce que je lis ce sont les restes de l’enfance qui refusent de partir. Mais pas une enfance joyeuse, heureuse, non, il a les yeux tristes d’un petit garçon délaissé, usé, d’un vieux petit garçon en fait.

Il multiplie les couacs pour se rendre détestable, à l’instar d’un sale gosse capricieux. Il joue avec son employeur, avec les recruteurs, avec moi aussi. Il défie, sans cesse, le menton belliqueux et la mèche rebelle.

Que défie-t-il au fond ? L’autorité ? Je n’en ai pas. Je ne suis pas là pour ça. Et pourtant, quand il se plante exprès, j’enrage. J’ai bien dit  qu’il n’y a qu’en se plantant qu’on pousse en atelier la dernière fois, là il pousse le bouchon un peu trop loin, et il ne s’appelle pas Maurice.

Entre mise au point et froncement de sourcils, je devine une faille que je ne trouve pas. Des semaines de brassement d’air, un vrai ventilateur.

Et je m’en veux de lui en vouloir, après tout, il est maître de sa vie, et je ne peux que tenter de lui donner des clefs. Libre à lui de les utiliser ou non. Je ne peux m’attribuer ses difficultés, au même titre que je ne pourrai pas non plus m’attribuer ses succès.

Il est parfois bien difficile de rester bienveillante. Je sens que c’est ma propre frustration qui s’exprime, ma propre impuissance. Il me faut beaucoup d’énergie pour réussir à me repositionner.

C n’est pas, n’est plus un enfant. Mais il est toujours à vif, et si je souhaite l’accompagner, je dois l’aider à panser ses plaies. Difficile mission face à un gosse boudeur, j’ai parfois l’impression de retrouver le mutisme de mon adolescent…

Et comme avec un ado, la patience est de mise. C va se confier, lâchant ici et là des petites bombes. Ce que je prends pour des provocations sont des aveux déguisés et je prends la mesure de la souffrance qu’il ressent.

Difficile de la recevoir vraiment malgré tout, il en rajoute tellement dans ses propos qu’il n’est pas simple de trier la blague de la vérité. Je vais vite apprendre qu’il se cache derrière l’humour, et que tout est tristement vrai, douloureusement vrai, tellement douloureusement qu’il n’évoque le passé qu’en le tournant en dérision et de préférence en groupe.

Handicap physique, handicap sensoriel, handicap mental, handicap psychique, handicap social et maintenant handicap enfantin.

Il n’y a pas de mot pour décrire. Il n’y a pas de mot pour écrire. Il n’y pas toujours de justice, pas toujours d’amour, pas toujours de considération pour les sentiments de l’enfance, pas toujours de respect, pas toujours de soin, pas toujours d’adéquation.

Comment se relever, comment se construire, comment imaginer sa vie d’adulte alors que l’enfant n’a pas pu pousser sereinement ? Comment avancer quand tout n’est qu’obstacle ?

C se nourrit de ses rêves d’adolescent parce qu’il n’arrive pas à faire le deuil d’une enfance joyeuse, il n’arrive pas à se dire que c’est ça, la vie. Il se raccroche à ce qu’il peut pour ne pas affronter le noir de la nuit, il s’attache à ne pas grandir tout à fait pour revivre ce qu’il a manqué, il s’englue dans l’impossible pour ne pas sombrer, pour ne pas affronter…

Quel est mon rôle sinon de le comprendre et de recevoir ce qu’il accepte de donner ? L’aider à grandir ? Cela dépasse mes fonctions… Je l’aiguille, je réoriente. Et en attendant, je vais continuer à faire de mon mieux, même si ce n’est pas son mieux à lui…

 

 

 

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Les mystères de la vie

Elle a 10 ans, et toutes ses dents, sauf celles que le dentiste a arraché la dernière fois sous anesthésie générale parce qu’elles étaient trop abîmées et qu’elle ne tolérait pas d’ouvrir la bouche.

Elle a 10 ans, et un caractère bien trempé, mais tellement charmante qu’on l’oublierait presque.

Elle a 10 ans, et je vois arriver la puberté, lancée comme un cheval au galop.

Elle va avoir des nénés, elle n’arrête pas de me le dire. Je le sais, je n’ai jamais fait l’autruche n’est ce pas. Elle va avoir des nénés et « soutien gorge comme maman ». Comme toutes les petites filles, elle a hâte.

Je la regardais hier matin, jouant avec mon maquillage, mettant le bazar dans la salle de bain, en traînant partout dans la maison (si quelqu’un a retrouvé mon khôl, merci de me faire un signe) et étalant quelques paillettes sur ses yeux, s’assurant d’un air contrit  » C’est là?  » et j’ai senti mon coeur se gonfler dans ma poitrine.

Ma toute petite devient une presque adolescente.

Elle guette comme les autres fillettes des formes qui pourraient bien arriver, des poils sous ses bras, et elle s’affirme en termes de tenues vestimentaires.

Et moi, j’ai réalisé, que bientôt elle aurait sûrement ses règles. Ne prenez pas cet air dégouté. Les règles sont quelque chose de naturel.

« Maman c’est quoi les règles ? » m’a un jour demandé mon Avalanche.

 » Le corps des femmes en âge d’avoir des bébés prépare un petit coussin pour accueillir cet éventuel bébé, et si la femme ne fait pas de bébé, alors le corps évacue ce coussin. Les muscles se contractent, et la femme saigne. Parfois ça fait mal au ventre, parfois pas. »

C’est NA-TU-REL. Ce n’est pas sale. On respire. Quiconque a une fille va certainement y être confronté.

Je ne m’imagine pas tellement lui parler de la cup, et lui montrer comment la plier. J’avoue qu’avec son niveau de motricité, au secours. Pis en cas de renversement, je vois arriver le sketch, déjà qu’elle hurle quand le chat ronronne…

Ne grimacez pas, la cup, c’est la vie.

Bon, je me pose évidemment mille questions. J’ai trouvé une solution qui pourrait nous convenir, j’imagine qu’il va falloir commander des trucs d’avance, et lui en parler un peu. Elle a écouté l’explication, mais c’est resté bien abstrait pour elle…

Dans la suite logique, se posera la question du maquillage et de l’épilation. Elle a voulu tester en douce mon épilateur une fois, elle n’y est pas revenue. J’ai eu une discussion éclairée ce week-end sur ce thème là, et cela me fait réfléchir. Estime de soi tout ça…Mais est-ce que cela passe par la traque du poil ? Je ne sais pas. Cela va passer par un certain mimétisme, et là forcément, je joue un rôle primordial. Elle risque donc évidemment de couiner une fois ou l’autre…

Enfin, et je vous connais, vous allez tomber de vos chaises, mais elle aura un jour l’âge de faire l’amour. Et se posera naturellement la question d’aborder le désir et la contraception, parce que le consentement c’est déjà fait. Alors là, j’avoue que j’ai l’impression d’avoir des siècles avant d’y voir arriver, l’âge moyen du premier rapport sexuel en France étant de 17.6 ans mais bon, comme c’est une moyenne, je préfère m’y prendre un peu trop tôt pour réfléchir. Il parait que le film « Mon amoureux »

Films et documentaires

est très bien fait et pousse à la réflexion. Il fait partie de mes pistes de travail sur moi-même. Evidemment que personne n’a envie d’envisager la sexualité de son enfant. (et son épilation non plus! ) mais il est également évident que nous avons une responsabilité particulière d’information, et encore plus avec nos jeunes touchés par le handicap. Ils ont le droit comme tout le monde.

Alors, bon je vais déjà aller m’occuper de trouver des culottes de règles taille 12 ans, et je réfléchirai au reste ensuite, mais ça mérite de se poser la question, non ?

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#portrait du jour…49

S je le rencontre il y a peu de temps, lors d’une session de recrutement.

Il fait bonne impression, on sent qu’il a envie, même si il est plutôt du genre à être très empêché.

Je lis le dossier envoyé par son conseiller. Addiction en voie de traitement, si tant est que les addictions puissent se traiter, handicap, séparation.

La totale, ou presque.

S est petit, et comme il se tasse sur la chaise, il parait minuscule, et sa posture reste celle d’un enfant. Il regarde principalement ses mains, ou ses pieds, mais rarement les gens (mon collègue et moi-même) qui sont en face de lui.

Il s’agite quand on évoque son parcours de vie. C’est difficile, et on sent qu’il est mort de peur.

C’est de l’insertion, chacun a sa chance, et si nous ne le prenons pas, je me demande bien qui le fera. La main que nous lui tendons sera peut-être salvatrice pour lui. C’est de l’insertion, c’est notre job d’essayer.

Nous avons l’impression que l’addiction est derrière lui, que le pire est passé, qu’il accepte bien son handicap, en tous les cas qu’il vit avec. Déficience visuelle, mais il y a déjà des adaptations pour ça là où nous le recrutons, alors pourquoi ne pas tenter.

S commence donc un lundi, comme toute l’équipe, sur un support tout neuf qui va lui coller une trouille bleue.

Petite équipe et bel esprit en ce début de parcours. Et pourtant, rapidement son mal-être va devenir palpable. Alors que j’interviens pour la première fois sur l’accompagnement moins d’une semaine après, il m’annonce qu’il ne souhaite pas rester.

J’essaie de le convaincre, mais il avoue avoir envie de boire chaque jour, tant le stress est élevé. Il passe une heure avec moi, le visage baissé sur ses mains qu’il pétrit sans relâche.

Il me parle un peu de sa vie, de son homosexualité jamais vraiment avouée, jamais vraiment acceptée. Je me dis intérieurement qu’il cumule un peu. L’homosexualité n’est pas grave, n’est pas un frein ni une malédiction, et pourtant il la vit comme telle. C’est une réelle douleur. Pourtant il partage la vie d’un homme depuis longtemps, mais rien à faire, il n’assume tellement pas qu’ils ne vivent pas ensemble malgré les 10 ans d’amour qui les unissent…

Il continue de se livrer, encouragé par les silences qui lui laissent de la place.

Il finira aveugle, la maladie qui atteint ses yeux est irréversible et dégénérative. Il le sait, et ça non plus, il ne l’accepte pas du tout. C’est pour lui une souffrance de me l’évoquer. Ses mains se remettent à trembler, il a un pauvre sourire. J’ai toujours aimé cette expression: « un pauvre sourire ». C’est celui qui tente en vain de cacher le chagrin, les frustrations. Ce n’est pas un sourire au rabais, bien au contraire, c’est celui qui est mû par l’effort incroyable que fait l’humain pour masquer aux autres ce qui l’anime vraiment.

S est sous traitement pour ses addictions, mais elles ne sont pas maîtrisées. De son propre aveu, elles ne l’ont jamais été et ne le seront jamais vraiment…Les médicaments qu’il prend pour les endiguer le rendent parfois plus malade qu’une bonne cuite, il se sent perdu. C’est comme une ligue contre lui, contre la volonté qu’il a de s’en sortir même un peu.

S a quitté son poste malgré nos efforts pour le retenir, pour le rassurer, pour le raccrocher.

Des parcours de vie accidentés, il y en a d’autres dans l’équipe qu’il laisse derrière lui. Mais il se mettait en danger.

C’est de l’insertion, et on se devait d’essayer de lui laisser une chance, mais surtout pas d’insister au risque de le mettre encore plus en difficulté qu’il ne l’était. Accepter nos limites et nos erreurs de jugement fait aussi partie du métier !

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#portrait du jour…48

K est déjà un presque jeune homme.

Il est fort, il est jeune, il est beau mais il ne sent pas le sable chaud…

Du haut de son adolescence, il est une leçon à lui tout seul. Doux et gentil, il a su traverser quelques épreuves de vie déjà bien difficiles.

Il a connu la violence, sous des formes diverses, et l’a renversée sans jamais y répondre par une nouvelle violence. Il a su s’affirmer, se positionner malgré son très jeune âge. Il a du dénoncer, raconter, le regard décidé de celui qui a vécu des choses, et qui ne les inventent pas. Avec sa voix claire de petit garçon, ses mains potelées juste sorties de la toute petite enfance, il a grandi d’un seul coup, comme ça, sans prévenir.

Il a connu des joies intenses comme tous les enfants, comme seuls les enfants d’ailleurs savent les vivre et les apprécier. Il a ri à gorge déployée, il a salué des progrès, il a tapé dans ses mains et il est tombé de vélo. Il s’est écorché les genoux et les coudes, il est remonté autant de fois qu’il avait pu choir, il a fait des plongeons même si ça chatouille le ventre, il a appris 1000 sports.

Il a connu le bonheur d’être l’aîné, et la déception de ne pas pouvoir jouer au ballon de suite avec ce bébé tout neuf, ni même avec celui d’après.

Il a connu la différence et l’art de vivre avec, de s’y faire ou de ne pas s’y faire. Il l’a toujours connue, ou presque, et il l’a toujours intégrée comme classique.

K a une petite sœur handicapée, et c’est sa force. Il était un fraternant dans l’âme. L’envie de couver, l’envie de câliner, le besoin d’aimer et de protéger. Il a su trouver son équilibre auprès de cette petite fille fragile, et chétive. Il a grandi avec à l’esprit qu’on peut être famille à part et heureuse quand même.

K grandit, et il s’investit de son mieux auprès des autres.

Avec sa sœur, il reste un grand frère farceur et facétieux, mais il sait aussi l’aider et la tirer vers le haut, avec un naturel désarmant, avec le cœur sur la main.

Avec son frère, il est celui qui montre le chemin, la voie à suivre, sans jamais trop s’éloigner de la justesse, et de la justice. Il joue, ronchonne, chamaille, mais est un réel aimant…

Avec les autres, tous les autres, il est gentil. Vraiment. Solidaire, empathique, et investi. Il aide les copains d’école et encourage ceux du sport, avec sincérité.

Il est engagé dans une association et même si c’est celle de sa mère, je trouve que c’est une belle preuve que l’humanité peut se décider tout petit…Il fait ce qu’il peut avec sa timidité naturelle et son envie de faire quelque chose. Il a appris des compétences pour pouvoir être utile, il se donne, il donne de son temps, il ne rechigne presque jamais.

Il grandit cet enfant, et il devient un jeune homme. Il devient plus grand que sa mère, tant physiquement qu’émotionnellement et c’est tellement beau que je ne pouvais pas le garder pour moi.

Bien évidemment, il râle parfois, fait l’intéressant, souvent, mais il est spontané, terriblement humain et il est de très bonne volonté. C’est déjà quelqu’un de bien, et il est encore si petit…

Bien évidemment, vous avez reconnu mon Calme de Lune, posé, lumineux, qui prend les photos, porte les sacs, m’accompagne partout malgré l’adolescence. Vous aurez reconnu ce grand garçon qui me suit sur chaque formation, chaque atelier, chaque rencontre. Qui fait de son mieux pour être à la hauteur de ses propres défis.

Ce jeune homme que j’aime de tout mon cœur et admire de toutes mes forces….

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#portrait du jour 44

S partage ma vie depuis près de 10 ans.

Elle a connu mes 3 enfants, et je pense qu’elle a aimé et aime encore chacun d’entre eux.

Elle n’est pas sur les réseaux sociaux, elle a eu une vie loin d’ici avant, avant nous. Elle est animatrice au périscolaire.

C’est elle qui accueille les chères têtes blondes, brunes et rousses le matin, qui gère le repas de midi et qui récupèrent ces mêmes petits mômes version épuisée et donc surexcitée le soir, pour les accompagner jusqu’à l’heure des parents.

Elle parle fort, avec son accent pas auvergnat. Elle les remue parfois, elle secoue les parents avec son franc parler.

Elle est là, irremplaçable S tous les matins ou presque et tous les soirs ou presque.

Elle pose des pansements sur les petits bobos, aide les plus jeunes à s’habiller, prépare le goûter en leur laissant un maximum d’autonomie, rassure les uns, câline les autres, et pour finir, elle est un appui sans faille au moment si délicat des devoirs.

S elle est un pilier pour les petits, une amie pour les plus grands.

Mon grand m’a dit qu’elle avait été assistante sociale, quand elle n’habitait pas encore en Auvergne et franchement, quand je la regarde toute en délicatesse mesurée, je me dis que c’est sûrement vrai.

Elle a une réserve incroyablement empreinte d’amour avec les enfants. Elle n’a jamais relever le handicap de Rayond’soleil sinon au moment de se battre pour qu’elle puisse être accueillie.

Elle fait des heures supplémentaires pour les parents retardataires, sans jamais râler, ou faire peser une quelconque culpabilité sur eux. Le matin, elle est toujours de bonne humeur, a toujours un mot gentil pour nous, les lève-tôt, ne nous regarde jamais comme les monstres qui abandonnent leur progéniture à une heure indue, ne nous avoue jamais si ladite progéniture lui a fait vivre un enfer, même quand eux avouent sans scrupule. Elle se contente de hausser les épaules en souriant, et ses yeux disent « tout est pardonné ».

S est une fée du quotidien, une héroïne sans cape, mais avec des feutres, une gentille chef de camp aux milles idées pour dégourdir nos petits, et aux milles autres pour les occuper. Elle joue au ballon en été et invente des milliers d’activités manuelles, celles là même qui m’horripilent, parce que c’est toujours moins beau que sur le modèle, que tu mets 10 fois plus de temps que prévu, que ton môme te regarde avec espoir et toi, au fond de toi tu sais que tu vas pas assurer… S assure. Même quand c’est moche à la fin, et même quand elle doit y passer tous les soirs (la soirée découpage, la soirée collage, la soirée peinture, la soirée finitions…) elle garde le smile.

Les mômes l’adorent, c’est un juste retour. On ne récolte que ce que l’on sème. Elle sème des graines de joie, elle récolte du bonheur.

A l’heure où certains travaillent pour payer leurs factures, S bosse avec son coeur. Avec son âme.

Je lui ai toujours remis chacun de mes enfants avec une confiance absolue. Absolue. Et je n’ai jamais eu à angoisser au moment de les récupérer. Je sais qu’elle joue son rôle à merveille et il me paraît juste de venir saluer tout ce qu’elle met en oeuvre pour que nos enfants se sentent bien et que beaucoup prennent malheureusement pour acquis. Non, elles ne sont pas toutes aussi bien que S, oui F est super elle aussi, et tout aussi investie, non ce n’est pas un dû, oui, réalisez votre chance.

Le monde obscur du handicap m’a appris une chose, c’est reconnaître les belles personnes quand j’en croise. Et S comme F sont de belles personnes.

Merci. Pour Calme de lune, Avalanche et un tout petit peu plus pour Rayond’soleil. Merci pour les carrés de chocolat, les câlins, les pansements, les yeux froncés même s’ils rigolent, les encouragements et tellement tout le reste…

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#portrait du jour…43

A est une maman de 4 enfants.

Des cernes sous les yeux, presque jusqu’au cou. Elle est mince, presque maigre, et comme elle se tasse le long des murs, comme elle se recroqueville sur sa chaise, on pourrait presque en oublier qu’elle existe.

Elle parle tellement doucement, tellement…En fait elle chuchote.

Elle travaille sur un chantier d’insertion depuis peu après des années à ne plus exister. Des années d’une vie de domestique ou presque. Elle est un soutien sans faille pour son mari, qui se repose totalement sur elle, elle gère les 4 enfants.

A arrive au tout début de ma nouvelle carrière, et c’est sûrement autre chose que le hasard qui la dépose sur ma route.

Elle a un enfant en situation de handicap dont la scolarité a été très difficile. Il est aujourd’hui éloigné de l’éducation nationale. Il va dans un établissement spécial. Elle s’inquiète, elle n’arrive pas à déléguer suffisamment. Difficile de lâcher prise, de passer la main. Elle a très peur de revivre des moments difficiles. Je fais le lien avec une association locale.

Elle a toujours eu l’habitude de tout maîtriser, de tout organiser, de s’occuper de tout le monde tout le temps.

A s’est oubliée. Complètement. Son mari a fait une formation, et elle a continué de tout prendre en main en le soutenant du mieux qu’elle le pouvait. Elle a subi les weekend à accompagner les enfants d’une activité à l’autre, à attendre au bord du terrain. Les semaines à faire le taxi, le linge, le ménage, les papiers, les repas. Sans gratitude, sans reconnaissance. Elle s’est usée, beaucoup.

A s’est oubliée. Elle arrive là sans trop savoir si elle peut faire autre chose que ça, s’occuper des siens.

Elle n’a pas vu de coiffeur depuis des années, les magasins de vêtements depuis au moins aussi longtemps. Elle porte un jean de son mari et un t-shirt publicitaire. Elle ne me regarde jamais dans les yeux, et je sens que rien que me parler est une torture. Elle a l’air tellement perdue.

Au fil des semaines, elle se révèle et commence à tisser des liens avec ses collègues. Première victoire pour elle qui avait rompu tout lien social depuis si longtemps. Je l’entends discuter, chambrer et même parfois rire… Ça me fait tout drôle, mais indéniablement, ça fait du bien de voir son visage s’éclairer.

L’accompagnement va d’abord l’aider à prendre soin d’elle. A mettre en place des stratégies pour avoir du temps pour elle. Elle n’a aucune autre difficulté : elle a le permis, elle n’a pas d’addiction, elle est jeune (si assurez vos qu’être vieux est une difficulté sur le marché de l’emploi), elle est intelligente.

Mais tout ça, elle l’a complètement occulté. Elle est devenue une sorte d’abnégation à elle toute seule, une négation de la vie.

Alors, elle va devoir renaître. Cela passe par de bons et de mauvais moments. Par des questionnements difficiles et des repositionnement. Mais la finalité est toujours la bonne : se retrouver soi, s’aimer un peu plus, s’accepter et accepter que le monde tourne aussi sans nous, mais qu’il tourne aussi grâce à nous.

A va y arriver avec brio, elle va savoir choisir sa voie et maintenir le cap, coûte que coûte…