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Sale débile !

 Débile.

Adjectif , signifie faible, sans force, chétif. Ou stupide, idiot.

Comme s’il ne suffisait pas de lancer le mot comme une injure, on y associe souvent le  sale. Oui, le débile n’est jamais propre.

Ce n’est pas la seule injure qui me heurte violemment.

Les joyeux « grosse triso » « pauvre mongole » sont tout aussi meurtriers. Remarquez les adjectifs associés là encore.

Meurtriers oui.

Le handicap mental est le handicap le plus tabou dans notre société. 

On compatit avec la femme en fauteuil, on sourit, ému, en voyant ces parents apprendre le langage des signes pour communiquer avec un enfant sourd, on connaît par cœur le travail des chiens-guide d’aveugle.

Même si on ne se sent pas à l’aise face à ces différents handicaps, on arrive toujours à trouver la ressource en nous pour l’empathie, et la compassion. Ou presque.

Face au handicap mental, c’est la peur qui prévaut.

Allez, soyez franc. Un sournois mélange de terreur et de moquerie facile.

Face à un groupe de personnes handicapées mentales, qui font du bruit, qui vivent leurs émotions à 2000 pourcents, sans tabou, quelle est la réaction ? Oui, c’est bien ça : on détourne les yeux, on s’éloigne un peu.

On a un peu peur de la contagion.

La bienséance dit qu’on exprime discrètement ses ressentis. Alors les cris de joie, de peur, les rires sonores, les gestes brusques…On n’en a pas l’habitude.

Ça nous dérange un peu tout ce bruit, alors qu’on essaie de faire taire nos enfants, non ?

Non.

En plus, le porteur de handicap mental est moins productif. C’est un fait avéré.

Il l’est moins. Moins efficient. Dans notre société, il sera considéré comme un boulet.

Au meilleur des cas, on va lui trouver une place sur un poste répétitif, on espérera une place en ESAT. On ne le voit pas, on ne l’entend pas. Le moins possible.

Je n’aime pas cette idée.

Dans les temps reculés, on l’appelait « idiot du village« . Les gens riaient de lui, mais  il y avait toujours quelqu’un pour garder un œil dessus, et il était bon an, mal an, intégré à la vie dudit village.

Aujourd’hui…

Aujourd’hui, quand on évoque la déficience mentale face au couple de parents abasourdis, on essaie de la quantifier.

Pas tout de suite non. Ça va venir insidieusement. Les parents se raccrochent à ce qu’ils peuvent en plus…

Mais on va aller de faible à sévère.

Sévère…. On évalue un âge mental chez l’enfant, avec plus ou moins de bienveillance. Quand je dis plus, c’est quand on va aussi aller voir du côté du quotient émotionnel, sans se satisfaire du fameux QI.

Qui dit QI élevé ne dit pas forcément bonheur. 

Qui dit QI faible ne dit donc pas forcément malheur, si ?

Pour nombre de parents, si !

Au moins pour le temps de l’acceptation.

La honte. Avoir un enfant « attardé » est difficile à assumer. On parle pudiquement de retards, comme s’ils allaient finalement rattraper le reste des troupes.

Je n’ai pas honte. Je n’ai pas besoin de compassion. Et elle non plus d’ailleurs ! 

Rayond’soleil n’a pas les acquisitions des enfants de son âge. Pas les capacités. Elle a 9 ans et ne lit pas. C’est d’ailleurs un sujet sensible pour mon cadet qui lit depuis quelques temps en cachette…Ce n’est qu’un exemple. Ce n’est pas grave.

Je me dis que la technologie compensera certains manques, mais j’en parlerai plus tard, j’ai la plume fertile en ce moment.

Je me dis surtout que Rayond’soleil a d’autres capacités. Des capacités d’amour et d’intelligence de cœur. Elle donne, comme nombre de personnes diagnostiquées avec ce fameux « handicap intellectuel », un peu fourre tout.

Bien sûr que c’est un handicap. Bien sûr que je me fais du souci pour son avenir.

Bien sûr que je me bats. Pour elle, pour son autonomie, pour faire évoluer les mentalités et éveiller les consciences ! 

On ne vivra pas longtemps heureux dans cette société de l’hyper productivité, et je rêve d’une vie où les Rayond’soleil travailleront auprès des gens « normaux » pour leur montrer comme la vie est belle ! Je rêve d’un futur où nous nous mêlerons les uns aux autres dans le respect. je rêve de ce monde où les mots qui décrivent une maladie ne seront plus des injures.

Bien sûr cet article est un plaidoyer pour les personnes handicapées intellectuellement.

C’est aussi une cabale contre les injures faciles balancées sur les réseaux sociaux.

Gros tas, sale mongole, idiote, abruti. Toi-même ? Non, pas toi-même. Car la trisomie est une maladie, la mongolie un pays, et le reste me passe au dessus. La peine doit être bien grande, et le mal-être et la solitude bien profonds pour pouvoir déverser autant de haine à des inconnus.

Rappelez-vous toujours que derrière l’écran, il y a une personne. Avec ses joies et ses malheurs, avec des émotions. Qu’elle sache lire ou que son smartphone lui fasse la lecture, elle prend vos mots avec toute la violence que seul son vécu peut moduler ou amplifier.

Elle n’a pas demandé à lire ces choses.

Longtemps, je ne me suis pas pensée armée pour faire face à ses injures qui stigmatise toute une partie de la population. (encore moins que pour les autres injures, lesquelles déjà me laissaient souvent un arrière goût amer, et une volonté farouche de démontrer que non je n’étais pas « insérez l’insulte de votre choix« .)

Et j’ai pris conscience que ces mots violents balancés comme des bombes à retardements n’étaient que le symbole du vide argumentaire de la personne qui se cache derrière son agressivité. Elle multiplie les attaques, ne fournit aucun étayement de ses propos, se nourrissant de ce qui heurte, de ce qui choque. Volontairement provocante, elle masque ainsi la pauvreté, si bien de son discours que de ses émotions, qu’elle peine à déchiffrer.

Armée de ma plume telle une épée, j’ai compris que mes mots étaient mon plus beau, et le plus fort, des boucliers. Je ne m’en sers pas pour blesser gratuitement. J’évite toujours de répondre sous le coup de la colère, et je me rappelle le paragraphe précédent, pour éprouver un peu d’empathie pour ces personnes.

Alors, non ma fille n’est pas une sale débile. Elle est propre. La plupart du temps du moins. Elle a l’innocence rare de l’enfance. Et je ne tremblerai pas pour son avenir tant que les générations à venir seront sensibilisées, éduquées. Pour nous, adultes, c’est trop tard, mais nos enfants sont des graines de demain.

Apprenons leur à aimer le handicap quel qu’il soit, à l’accepter, à se mélanger avec. Apprenons leur à peser leurs mots, à les tourner 7 fois sur leur clavier.

Apprenons leur à sonder leur cœur et à reconnaître leurs émotions pour qu’ils puissent dire « ce que tu dis me remet en question et me fait peur car c’est une donnée inconnue pour moi ».

Au prochain qui me traitera de débile, je tendrai la main, et on plus beau sourire, le plus naïf, le plus doux, je me souviendrai des beaux yeux gris-bleu de Rayond’soleil, de sa gentillesse, de sa force innée, de son empathie, de sa bienveillance, de tout ce qu’elle est capable d’entendre et d’encaisser avec son indéfectible optimisme et je lui répondrai juste « merci ».

Parce que tous les sourires du monde finiront un jour par effacer les « sale débile ! ».

 

 

 

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Différence, et empathie

Tout d’abord, j’aimerai prendre le temps de définir l’intelligence différente.

Vous le savez, j’ai une petite fille exceptionnelle, extraordinaire mais dont l’intelligence ne rentre pas dans les cases habituelles. Ma petite fille de 9 ans, si elle sait  reconnaître toutes les lettres de l’alphabet, ne sait par exemple pas écrire, et peine en graphisme. 

Par exemple. 

Il y a aussi à l’inverse, des enfants de 3 ans qui maîtrisent la lecture et les dinosaures sur le bout des doigts, mais ne rentrent eux non plus pas dans le moule. Arborescence.

Ce qui rassemble ces extrêmes, c’est certainement l’intelligence du cœur. Cette fantastique capacité à aimer en entier, à ressentir l’autre sans barrière, ce qui est parfois compliqué pour nous, parents, au niveau de la gestion des émotions.

Je vous ai déjà parlé de l’hypersensibilité ici. Aujourd’hui, je vous parle de l’empathie, parce que je suis convaincue que ces enfants à l’intelligence différente sont plus empathiques que les autres.

L’empathie, qu’est-ce-que c’est? 

C’est la faculté de se mettre à la place de l’autre, de savoir ce qu’il ressent.

C’est pour cela que Rayond’soleil a toujours un mot gentil pour une personne triste, qu’elle a toujours un geste tendre envers celui qui souffre, et qu’elle exprime beaucoup de sentiments.

C’est aussi pour cela que ces enfants sont ce qu’on appelle des « éponges ». Ils savent. Ils ne savent pas comment, mais ils savent intuitivement dans quel état émotionnel vous pouvez être.

Inutile d’espérer leur cacher une grosse colère ou un pic d’angoisse…Ils sauront. Alors autant mettre des mots sur vos émotions : furieux contre votre patron, triste parce que mamie est malade, inquiet pour une autre raison, joyeux, excité, optimiste…Et ne trichez pas avec eux, sans quoi vous allez créer une perte de confiance en eux

Mettez des mots pour ne pas créer de fausses idées dans la tête de vos enfants à l’intelligence du cœur parce que s’ils savent comment vous êtes en dedans, ils ne sont pas pour autant des mages, des liseurs d’avenir. Ils ne peuvent donc pas deviner pourquoi vous êtes dans cet état.

Ils vont élaborer des stratégies pour entrer en contact avec vous, pour vous permettre de dire ce que vous ressentez, mais ils ne vont pas pouvoir vous permettre de donner la cause de votre souffrance ou votre bien-être si vous ne coopérez pas un petit peu. C’est pourquoi votre petit empathique va vous pousser à bout s’il ressent une colère ou un chagrin. Ou bien, il sera excité, s’il sent que quelque-chose se trame, ou triste, si une personne de son entourage est triste, sans pouvoir se l’expliquer.

Ces petits doués d’un 6ème sens si on peut dire, peuvent ressentir ce don d’une façon formidable si vous les aidez à le valoriser. Ce qui ne coule pas de source dans notre société aseptisée et normative. (oui j’en veux un peu aux normes et aux codes qui nous privent de la richesse de la différence).

Car le petit empathique va pleurer avec Paddington quand il est triste, puis hurler de terreur dans le cinéma, pour avoir les yeux qui brillent, et la petite larme qui coule quand tout finit bien. Il va aller chercher le bon en chacun  d’entre nous, et tentera l’interaction dans n’importe quelle situation. Le pépé à l’air égaré, le petit enfant au regard perdu, la caissière aux yeux tristes. Les empathiques sont plus sensibles aux émotions dites négatives qu’aux émotions dites positives…Par exemple, quand elle sent quelqu’un de triste, Rayond’soleil lui touche le bras et lui demande « Ça va toi ? »

Ils sont également naturellement attirés par l’art…Peinture, sculpture, tout a un sens pour eux. Rayond’soleil, son art préféré, c’est la musique. Elle est subjuguée dès les premières notes et malgré une élocution ardue, elle connait par cœur des dizaines de chansons, allant de Stromae à Renaud.

Cette sensibilité accrue et à part est-elle une déficience ?

Je ne le crois pas. Je pense que l’empathie est une arme de solidarité massive. Que mis bout à bout, les signes de sympathie déclenchés par l’empathie sont de formidables vecteurs de mieux vivre et de mieux-être.

Je crois par contre, qu’il faut apprendre à gérer l’empathie, histoire de ressentir l’autre sans se ressentir comme l’autre, toute la nuance de l’équilibre étant là, ténue, mais bel et bien là.

Ressentir l’autre, c’est savoir comment il est à l’intérieur au moment où notre regard se porte sur lui. Se ressentir comme l’autre, c’est se laisser gagner par les émotions de l’autre, et donc s’effacer, et s’oublier. Ressentir l’autre est utile, c’est une force de communication inépuisable ; se ressentir comme l’autre, c’est prendre le risque de laisser les émotions lourdes prendre le pas sur tout le reste.

Comment faire ? Je n’ai pas de clef toute trouvée. Je suis une empathique née. J’ai appris à en faire ma botte secrète. A écouter mon intuition, et j’encourage mes enfants à faire de même. Comment ?

  • Vivre ses propres émotions à fond. Je le redis, on a le DROIT de pleurer devant un film, ou en lisant un livre, et de laisser les autres le voir.

  • Sentir les autres, les toucher, les écouter.

  • Ne pas les conseiller mais les accueillir. C’est important de ne pas parasiter l’émotion de l’autre. Si l’autre se sent inquiet, mais moi confiant, je ne peux pas le nier. Nous ne sommes pas tous égaux face aux situations. Il a le droit de ne pas se sentir comme moi.

  • Ne pas les absorber mais les accueillir. Je dois avoir suffisamment confiance en mon propre jugement. Si on reprend l’exemple du dessus : je dois avoir confiance en mon jugement pour rester confiant quand l’autre est inquiet.

  • Ne pas refouler les mouvements de sympathie. Et dans une société qui s’axe sur la force de caractère, difficile de se montrer « gentil » sans être catalogué « mauviette » (si si je vous jure). Alors ici on est gentils les uns avec les autres et on trouve normal de l’être avec quiconque en montre le besoin. Cela nous permet aussi de se donner l’occasion de ressentir l’autre.

Alors autant être franche, être parent d’un empathique qui a le droit de l’être n’est pas de tout repos. Tempête de colère face à une injustice, torrent de larmes (pour l’enterrement de J.Hallyday par exemple, Avalanche a pleuré car les gens étaient tristes) mais aussi joie de vivre intense et communicative.

Mais je préfère mille fois qu’ils aient le droit de l’être, plutôt qu’ils refoulent tout cela et soient obligés de composer avec à l’âge adulte.

Rayond’soleil croque la vie à pleines dents. Pourtant, si un jour je suis triste, elle « éponge ». Alors je fais de mon mieux pour être franche sans lui faire peur. De mettre des mots simples sur ce qui me chamboule parfois…

En conclusion, l’empathie est l’intelligence du cœur, et c’est une chance dans la différence de nos loulous extraordinaires, j’espère vous en avoir convaincu…

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