0

le dépassement de soi

Le dépassement de soi, c’est accomplir des choses dont on ne se sentait pas capable de prime abord.

Pour certains, ce sera accomplir de grandes choses, pour d’autres sortir dans la rue.

Rayond’soleil c’est mon exemple à moi de dépassement de soi. Hier, elle a encaissé une rando de 6 kms. Alors forcément, même si elle est rentrée avec le sourire de celle qui a poussé jusqu’au bout, les larmes n’étaient pas loin. Les larmes pour ne pas monter l’escalier, pour ne pas mettre son pyjama, pour faire ceci, ou cela. Jusqu’à ce que je lui dise « Tu es fatiguée, n’est ce pas? Tu t’es dépensée, mais tu es fatiguée! ». Ce n’était qu’une constatation, mais cela lui a fait un bien fou.

Le salaire du dépassement de soi, au delà de faire grandir notre propre estime de soi, c’est aussi la reconnaissance dans le regard de l’autre.

Quand j’ai créé ce blog, c’était mon dépassement de moi. Je suis une personne extrêmement timide. Et susceptible. Exposer ici mon style d’écriture, et mes sentiments, mes états d’âme, c’était m’exposer doublement. A la critique, mais aussi aux regards. Finalement, je ne reçois que de rares commentaires négatifs, ou méchants, et c’est tant mieux. Je ne sais pas si j’aurai su accepter. Je crois que ce sont mes enfants qui m’en ont donné la force. Cette petite fille pas ordinaire, et ses frères, tout aussi exceptionnels à mes yeux, m’ont aidée à grandir, et à m’exposer aux jugements qu’ils soient positifs ou négatifs. Quand j’ai fait le bilan de ma vie professionnelle il y a peu, j’ai décidé de tout faire pour me reconvertir. Ce qui implique de prendre des risques et de m’exposer, une nouvelle fois. Réponse tout bientôt. Mon dossier vaut-il le coup d’être lancé? On verra. Moi j’y crois. J’ai accompli plus de choses en peu de temps, qu’en toute une vie. Je me sens toute neuve, et malgré les pépins de santé, pleine d’envies. Des envies nées de ce dépassement que j’ai dû m’imposer pour avancer. 

Certains d’entre vous n’ont pas encore trouvé la force d’avancer, et de dépasser les limites que vous vous êtes fixées tout seul. C’est toute seule que je n’ai pas osé écrire avant. Toute seule que j’ai sabordé mes études, toute seule que je me suis enfermée dans le rôle d’observatrice, toute seule toute seule toute seule. Vous ne le pensez pas, mais vous êtes la clef

Quand je vois ma fille marcher avec autant de joie, car c’est de la joie, alors je me dis que le combat sur la vie était gagné d’avance. Quel exemple! La volonté dont nos enfants savent faire preuve est étonnante. Ils se foutent pas mal de ne pas réussir tout de suite. L’essentiel est d’avoir essayé. Et essayé encore. Pour certains les essais seront nombreux, mais ils n’abandonnent pas. Pour peu que vous apportiez la reconnaissance nécessaire, ils n’abandonnent pas. Parce que le plus frustrant, c’est de ne pas voir l’effort récompensé. On peut ne pas atteindre l’objectif, ne pas réussir à avancer, si quelqu’un nous dit « c’est chouette ce que tu as fait! », alors, l’échec n’en est plus un, et devient un essai. 

Je me questionne beaucoup sur les punitions/récompenses en ce moment. Et si, au lieu de sanctionner les mauvais comportements, on renforçait les bons? Si on ignore le comportement indésirable, il ne perdure pas dans le temps. Honnêtement, ça demande un self-contrôle incroyable. Mais ça paye vite! j’essaie de l’appliquer. Le truc d’Avalanche pour me faire tourner chèvre, c’est de refuser de s’habiller le matin. Alors je commence par lui, et s’il rechigne, je le plante dans sa chambre en pyjama, en disant « tant pis, je vais gérer ta sœur, soit tu t’habilles, soit tu vas à l’école en pyjama! » Et vu que sa sœur est déjà partie à l’école avec le déguisement qu’elle refusait de quitter, il sait que je peux le faire. Lâcher-prise, ça s’appelle. Et le lâcher-prise, ça demande un gros, gros dépassement de soi, et des conventions sociales établies. Revenons à notre petit mouton. Il s’habille fissa depuis, et coopère le matin. Je le félicite à chaque fois. Comme je félicite Rayond’soleil à chaque fois qu’elle essaie de mettre ses chaussettes. C’est anodin pour moi, mais c’est un truc de fou pour elle de mettre ses chaussettes. Ça demande une coordination et une concentration que JE n’imagine pas, parce que c’est automatique pour moi. Quand elle saura mettre ses chaussettes, je la pousserai un pas plus loin: il faudra apprendre à attacher les fermetures éclairs, les boutons…Un pas après l’autre. Sa récompense quand elle s’habille? Un tchek: comprenez: une tape dans la main ouverte, une tape poing fermé, et un pschiiiit le pouce en arrière. Dérisoire? Pour vous! Pour elle, c’est de la reconnaissance. Son salaire! Ce qui la pousse à franchir les barrières que la société voudrait lui imposer. Le tchek ne fonctionne pas pour tout, on adapte bien entendu à la hauteur de l’effort fourni. 

Votre enfant est peut être porteur d’un handicap. C’est triste. Mais ce n’est pas pour autant qu’il sera malheureux. C’est ce que la société veut faire croire. Non, on n’est pas heureux qu’en bonne santé. Nos enfants ont une force incroyable. Je vais vous raconter un truc: ma fille a un copain, le petit M. En début d’année, M. ne supportait pas que je le regarde. Il criait et pleurait. Puis on s’est apprivoisé, tranquillou. (oui il ne reste que moi pour dire tranquillou…) Lundi, il m’a offert un dessin, et ce matin, il m’a fait un bisou, furtif, mais un bisou quand même. Pour M. c’est se dépasser que d’accepter le contact physique. Je ne l’ai pas vu aussi joyeux qu’en ce moment depuis le début de l’année.

Alors le dépassement de soi, prend de multiples formes: essayer de se redresser sur le bras, faire  20 minutes de Pilates chaque jour, se tenir debout, faire une randonnée sans aide mécanique, monter un dossier, suivre un régime plus ou moins stricte, apprendre à s’aimer juste un petit peu, tenter de déchiffrer le prénom des copains, écrire le sien, tout mener de front, sourire même quand la vie n’est pas rose, mettre ses chaussettes, enfiler les manches de son pull…

On est tous différents, et rien de ce qu’on entreprend ne devrait être insignifiant pour les autres. On devrait apprendre à ouvrir nos cœurs suffisamment pour que l’empathie y ait toute sa place. Alors on saurait reconnaître l’effort fourni, et faire ce petit geste qui va emmener la personne encore plus haut, un pas plus loin que ce dont elle pensait être capable. 

 DSC_0340

Publicités
7

Un enfant sur mon dos…

Très bientôt, je n’aurai plus d’enfant sur mon dos.

J’aimerai dire que cela ne me fait rien, mais c’est faux. C’est un fait, ça ne me réjouit pas plus que ça, ça ne me peine pas autant que l’on pourrait le croire.

Avalanche va sur ses trois ans, avec tout ce que ça implique d’indépendance et d’autonomie. C’est mon dernier bébé, mon tout-petit. Il marche de plus en plus, il espace de plus en plus ses moments de portage, exactement comme il a pu le faire avec les tétées l’année dernière… Petit à petit, si progressivement que je ne me suis pas rendue compte tout de suite qu’il était sevré. Je me suis levée un jour, tentant de me souvenir de quand datait sa dernière vraie tétée, puis sa dernière tétée câlin…Je sais qu’il me reste encore un peu de temps. Il a des petites jambes qui se fatiguent vite, et aussi libre qu’il soit, il aime jouir de son statut de petit dernier. Un enfant sur mon dos, un enfant à la main et un jour, un enfant qui voudra aller à l’école sans moi. Bien sûr j’en suis nostalgique. Je ne les ai pas fait pour qu’ils restent tout contre moi, cela va sans dire et je suis heureuse de le voir si bien dans ses baskets. Comme avec l’allaitement, la fin viendra de lui, parce que je ne souhaite pas lui imposer quoique ce soit. Et que je sais que c’est dans l’ordre des choses. Calme de lune a quitté mon dos dans sa troisième année, nous avons une belle relation lui et moi, nous n’avons pas besoin d u portage pour ça. Le portage comme moment de câlins laisse sa place à d’autres marques de tendresse. Avalanche va se sevrer du portage, il débute bientôt une nouvelle vie. Je n’ai pas de chagrin, je le regarde évoluer sereinement et je suis bien contente de voir qu’il va bien et n’aura pas besoin de moi pour se déplacer encore bien longtemps.

Concernant Rayond’soleil, le constat est plus délicat. Le portage câlin est bien là, le portage nécessité aussi. Mais elle devient grande, lourde, et mon corps admet certaines limites. Alors je me prépare, à ce que bientôt, tout bientôt, il n’y ait plus aucun enfant sur mon dos. Ce sera un gros tournant dans notre vie, ce passage de la « normalité » à autre chose.

Mais pour continuer le parallèle avec l’allaitement, le portage d’un enfant différent met le corps à l’épreuve, psychiquement également, cela repousse nos limites. Sans même aller jusqu’à parler du regard des autres ou du manque de tact du corps médical quant au portage de l’enfant handicapé, il n’est pas simple de s’y retrouver. Je veux dire par là, que parfois on y perd son énergie, on y laisse des plumes. Le bénéfice est bien entendu énorme, si on doit faire la balance avec le sacrifice, mais tout de même. Le handicap est parfois tellement usant.

L’adaptabilité du corps humain, bien que fantastique ne suffit pas toujours. J’ai eu la chance de porter ma fille pendant 6 ans et demi, nous épargnant ainsi l’utilisation de moyens plus spécifiques et garantissant une vie « normale » à notre famille. La dune du Pyla, les balades en forêt, les chemins escarpés pour visiter les ruines d’un vieux château, tant de balades qui n’auraient pas étaient possibles avec un fauteuil.

Rayond’soleil avoisine les 22 kg. Mon dos souffre, mais aussi mes genoux et mes hanches. Je ne suis pas encore tout à fait prête à abandonner le portage, synonyme de liberté. Mais je m’y prépare. Parce que bientôt, il ne me sera plus possible de trouver un moyen de portage assez grand ni assez soutenant. Parce que 22 kilos hypotoniques, ce n’est pas non plus 22 kg lambda…Parce que mon corps va me dire stop, qu’importe ce qu’en pensera mon coeur.

Alors oui, bientôt je n’aurai plus d’enfant sur mon dos et je devrai vivre avec un fauteuil roulant rose au quotidien. Je m’y fais tout doucement. J’ai accepté son arrivée l’année dernière, après quelques nuits blanches et beaucoup de larmes, je l’avoue. C’est comme ça. On lui a collé des décalcos, je vous en ai parlé, c’est une amie chère à mon coeur qui nous les a envoyé. Elle nous les a envoyé il y a 8 mois et demi, je les ai collé en juillet… Parce que l’idée chemine, parce qu’on va dire que je suis en phase de transition peut-être. On a une très belle couverture au nom de Rayond’soleil aussi, pour les mois d’hiver rigoureux de nos contrées Auvergnates. Elle a de belles étoiles roses et c’est une autre amie chère qui lui a cousue…

Je sais aussi que, sans ce fauteuil, elle ne profite pas autant de nos sorties. Qu’elle le dose plus facilement que le portage qu’elle affectionne tant. Parce qu’il faut aussi savoir faire la distinction entre sa fatigue et son envie de coocooner.

Mais j’ai encore un peu de chagrin à abandonner la normalité. Alors je me réserve le droit de porter aussi longtemps qu’on le pourra, elle et moi. Au moins pour monter en haut du phare d’Oléron, ou au sommet des pyramides d’Egypte, ou pour faire un treck en Australie si ça nous chante. Je me réserve le droit de la porter sur mon dos, même sans porte-bébé, pour traverser les longues plages de l’Atlantique et ramasser des coquillages.

Bien sûr, quand cette page là sera définitivement tournée, pour nous, je resterai là, pour vous. Parce que je peux ne plus porter et savoir vous aider quand même. Parce que je reste persuadée que l’entraide ne suppose pas d’y trouver un intérêt personnel autre que le sentiment d’avoir fait ce qu’il fallait faire. Et ce qu’il faut faire, c’est donner accès au portage à tous les parents et enfants qui désirent y avoir accès.

En attendant je profite de ces instants précieux, pour elle, pour lui et pour moi. Parce que j’ai toujours su que le portage ne serait pas éternel, et que j’ai pris conscience en septembre 2014, seulement, de à quel point il était précieux! Alors à vous tous qui portez, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, enfin, avec facilité ou avec quelques accidents de parcours, profitez! Et n’hésitez pas à demander de l’aide…

portagedos