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Les petites cases

Les jolies petites cases, rassurantes, classifiantes.

Celles qui nous dictent les comportements à adopter, celles qui nous enferment dès la toute petite enfance.

Il ne fait pas ses nuits, à 3 mois? Elle tête encore (!!!) à 12 ? Il marche déjà à 11 mois, pas encore à 15…

Déjà tout petit, il faut se conformer, entrer dans la moyenne. Ni basse, ni haute, tant qu’à faire. Pour ne déranger personne.

Vient ensuite l’école, où dès 3 ans il FAUT savoir vivre en société. C’est marrant, moi qui pensais bêtement que la vie en société pouvait s’apprendre là bas. Nan mais vous inquiétez pas, pour résoudre le problème de ces enfants complètement asociaux, JeanMichMich notre ministre a décidé qu’ils iraient TOUS à l’école (enfin non je crois qu’on reste à peu près sur une instruction obligatoire comme pour leurs aînés, mais je me demande ce qu’on apprend à des mouflets hauts comme 3 pommes sinon la vie, et euh avouons qu’on parle uniquement des 3% qui n’y allaient pas et que personne ne surveille jamais hein!!) avec les sous de vos maires, qui n’en avaient déjà plus !

Bon je m’égare mais les réformes successives qui brassent de l’air, enfoncent des portes ouvertes au lieu de réellement s’attaquer au sujet de fond (Cette INCLUSION que nous réclamons à corps et à cri depuis 100000 ans, au moins) m’énervent. Et si on parlait des 70% d’enfants autistes qui n’ont pas accès à l’école maternelle ? Oui 70 !!!!

79% seulement des enfants handicapés entre 3 et 6 ans pris en charge sont scolarisés. (21 % d’oubliés de JeanMichMich) et sur ce chiffre seuls 55% le sont à temps plein même en primaire….

Continuons. Si votre enfant est excellent en lecture mais traîne les pieds en calcul (ou l’inverse), on n’oubliera pas de vous dire qu’il est « en retard », dès le CP. Par contre s’il est en avance, on va vous accuser tranquillou de l’entraîner à la maison, et oh, il sort du cadre, le bougre !

Idem pour les passions dévorantes. La lutte devient le centre de sa vie, c’est bizarre non ? Comme l’histoire, et tout un tas de choses moins conventionnelles que le foot, il serait cool de garder à l’esprit que les passions des enfants c’est le foot pour les garçons et les poupées pour les filles. Zut à la fin, vous voulez en faire des originaux ou quoi ?

Je vous raconte pas mon propre malaise d’avoir été un garçon manqué pendant des années. J’aimais les voitures téléguidées et les cabanes dans les arbres, une vraie marginale. Tellement je me sentais rabaissée dans ce mot « manquée » que je racontais que je m’appelais Alexandre et que j’essayais de pisser debout. Bon ça n’a pas tenu au delà de la puberté comme stratagème, et j’ai été une fille du coup. Saleté de société binaire.

Restez, parce que j’ai pas fini !

Faut être moyen dans cette société. Rentrer dans une case.

Une jolie case qui te lâche pas non plus quand tu es un adulte. Tu dois être responsable. Ne joues pas, ne ris pas trop fort, fais la fête mais pas trop. Laisse tes émotions le plus profondément enfouies au fond de toi. Ne crie pas quand t’es fâché, ne dis pas quand t’es pas d’accord, ne pleure pas quand t’es triste, ne crie pas de joie ou de surprise. Tu m’étonnes que mon Avalanche sois déjà pris du syndrome de Peter Pan, moi aussi j’en veux.

Ne sois pas trop grosse, mais ne sois pas trop maigre. Pas trop sexy, et assez musclé quand même. Viril et aussi fragile.

Moyen en tout….

Le boulot ne t’épargne pas lui non plus avec ses propres cases, suite logique de tout ce qu’on t’a fait subir avant…Sois un bon petit soldat, rentre dans le rang et sois soumis aussi. C’est pour ton bien. Bosse et tais toi. Sois comme les autres. Sois créatif  mais pas trop quand même, ne bouscule pas l’ordre établi et ferme bien ta bouche surtout. Puis rappelle toi que si tu sors de la case, quelqu’un d’autre peut y rentrer à ta place. Bon petit soldat parfaitement interchangeable.

Et si la vraie révolte était dans la tolérance ?  Si la vraie richesse était dans la différence justement ? Je suis pas un bisounours (ah vous aviez vu ? ) et je sais qu’on ne peut pas être d’accord sur tout.

Je n’utilise plus que de loin en loin les réseaux sociaux, je ne m’y retrouve plus. On a tendance à voler vers l’entre-soi pour ne plus se confronter à ceux qui ne sont pas comme nous. Et si on a vraiment besoin d’appartenance, parce que c’est humain, je pense qu’il est dangereux de ne plus côtoyer que des personnes qui sont et pensent comme nous. Parce que cela ferme l’esprit. Et laisse la part belle aux cases justement, cases que je déteste, cases qui m’étouffent, m’enferment, et rendent la vie binaire. Homme/femme, Faible/fort, gentil/méchant, normal/anormal.

Les discriminations j’en peux plus, et elles sont encouragées par les réseaux, on le voit tous les jours !  On n’aime pas les homos, pas les femmes, pas les étrangers, pas les handicapés, pas les pauvres et pas les riches non plus. Ce n’est pas nouveau cette peur de l’autre, ce qui l’est c’est que la parole soit décomplexée au point que les gens l’affichent sur leurs murs. Hier, dans mon émission favorite il se disait que ce qui s’écrit sur les réseaux doit pouvoir se dire lors d’un dîner par exemple. J’irai plus loi, ça doit pouvoir s’afficher en 4 par 3 devant votre maison. Réfléchissez mieux.

Je suis différente. Différente de ma voisine, de mon boulanger, différente de ma collègue, de mon fils, de mon mari et de tous les autres humains.

On m’a demandé en dédicace la semaine passée ce qu’était la normalité et j’ai répondu que c’était une case dans laquelle on voulait absolument faire entrer tout le monde au pied de biche et je le pense. Je ne veux pas être normale. Je ne veux pas être enfermée dans une case et surtout, surtout je ne veux pas qu’on considère ma fille comme anormale. Vous pourriez penser que cela me fait de la peine mais non. Cela me met dans une rage folle. Elle FAIT PARTIE de la société elle aussi. Elle a le pouvoir de la changer. Tous les êtres « différents » que nous sommes l’ont. Bougeons-nous !

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Alors je me lance un nouveau défi en plus du projet photo, parce que je crois que je suis hyperactive en plus de pas être toute seule dans ma tête, c’est d’aller prôner la beauté de la différence partout où on voudra bien m’accueillir.

Parce que la différence de Rayond’soleil m’a faite grandir, m’a rendue plus belle (en dedans) j’ai envie de le partager avec les Autres.

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Différence, et empathie

Tout d’abord, j’aimerai prendre le temps de définir l’intelligence différente.

Vous le savez, j’ai une petite fille exceptionnelle, extraordinaire mais dont l’intelligence ne rentre pas dans les cases habituelles. Ma petite fille de 9 ans, si elle sait  reconnaître toutes les lettres de l’alphabet, ne sait par exemple pas écrire, et peine en graphisme. 

Par exemple. 

Il y a aussi à l’inverse, des enfants de 3 ans qui maîtrisent la lecture et les dinosaures sur le bout des doigts, mais ne rentrent eux non plus pas dans le moule. Arborescence.

Ce qui rassemble ces extrêmes, c’est certainement l’intelligence du cœur. Cette fantastique capacité à aimer en entier, à ressentir l’autre sans barrière, ce qui est parfois compliqué pour nous, parents, au niveau de la gestion des émotions.

Je vous ai déjà parlé de l’hypersensibilité ici. Aujourd’hui, je vous parle de l’empathie, parce que je suis convaincue que ces enfants à l’intelligence différente sont plus empathiques que les autres.

L’empathie, qu’est-ce-que c’est? 

C’est la faculté de se mettre à la place de l’autre, de savoir ce qu’il ressent.

C’est pour cela que Rayond’soleil a toujours un mot gentil pour une personne triste, qu’elle a toujours un geste tendre envers celui qui souffre, et qu’elle exprime beaucoup de sentiments.

C’est aussi pour cela que ces enfants sont ce qu’on appelle des « éponges ». Ils savent. Ils ne savent pas comment, mais ils savent intuitivement dans quel état émotionnel vous pouvez être.

Inutile d’espérer leur cacher une grosse colère ou un pic d’angoisse…Ils sauront. Alors autant mettre des mots sur vos émotions : furieux contre votre patron, triste parce que mamie est malade, inquiet pour une autre raison, joyeux, excité, optimiste…Et ne trichez pas avec eux, sans quoi vous allez créer une perte de confiance en eux

Mettez des mots pour ne pas créer de fausses idées dans la tête de vos enfants à l’intelligence du cœur parce que s’ils savent comment vous êtes en dedans, ils ne sont pas pour autant des mages, des liseurs d’avenir. Ils ne peuvent donc pas deviner pourquoi vous êtes dans cet état.

Ils vont élaborer des stratégies pour entrer en contact avec vous, pour vous permettre de dire ce que vous ressentez, mais ils ne vont pas pouvoir vous permettre de donner la cause de votre souffrance ou votre bien-être si vous ne coopérez pas un petit peu. C’est pourquoi votre petit empathique va vous pousser à bout s’il ressent une colère ou un chagrin. Ou bien, il sera excité, s’il sent que quelque-chose se trame, ou triste, si une personne de son entourage est triste, sans pouvoir se l’expliquer.

Ces petits doués d’un 6ème sens si on peut dire, peuvent ressentir ce don d’une façon formidable si vous les aidez à le valoriser. Ce qui ne coule pas de source dans notre société aseptisée et normative. (oui j’en veux un peu aux normes et aux codes qui nous privent de la richesse de la différence).

Car le petit empathique va pleurer avec Paddington quand il est triste, puis hurler de terreur dans le cinéma, pour avoir les yeux qui brillent, et la petite larme qui coule quand tout finit bien. Il va aller chercher le bon en chacun  d’entre nous, et tentera l’interaction dans n’importe quelle situation. Le pépé à l’air égaré, le petit enfant au regard perdu, la caissière aux yeux tristes. Les empathiques sont plus sensibles aux émotions dites négatives qu’aux émotions dites positives…Par exemple, quand elle sent quelqu’un de triste, Rayond’soleil lui touche le bras et lui demande « Ça va toi ? »

Ils sont également naturellement attirés par l’art…Peinture, sculpture, tout a un sens pour eux. Rayond’soleil, son art préféré, c’est la musique. Elle est subjuguée dès les premières notes et malgré une élocution ardue, elle connait par cœur des dizaines de chansons, allant de Stromae à Renaud.

Cette sensibilité accrue et à part est-elle une déficience ?

Je ne le crois pas. Je pense que l’empathie est une arme de solidarité massive. Que mis bout à bout, les signes de sympathie déclenchés par l’empathie sont de formidables vecteurs de mieux vivre et de mieux-être.

Je crois par contre, qu’il faut apprendre à gérer l’empathie, histoire de ressentir l’autre sans se ressentir comme l’autre, toute la nuance de l’équilibre étant là, ténue, mais bel et bien là.

Ressentir l’autre, c’est savoir comment il est à l’intérieur au moment où notre regard se porte sur lui. Se ressentir comme l’autre, c’est se laisser gagner par les émotions de l’autre, et donc s’effacer, et s’oublier. Ressentir l’autre est utile, c’est une force de communication inépuisable ; se ressentir comme l’autre, c’est prendre le risque de laisser les émotions lourdes prendre le pas sur tout le reste.

Comment faire ? Je n’ai pas de clef toute trouvée. Je suis une empathique née. J’ai appris à en faire ma botte secrète. A écouter mon intuition, et j’encourage mes enfants à faire de même. Comment ?

  • Vivre ses propres émotions à fond. Je le redis, on a le DROIT de pleurer devant un film, ou en lisant un livre, et de laisser les autres le voir.

  • Sentir les autres, les toucher, les écouter.

  • Ne pas les conseiller mais les accueillir. C’est important de ne pas parasiter l’émotion de l’autre. Si l’autre se sent inquiet, mais moi confiant, je ne peux pas le nier. Nous ne sommes pas tous égaux face aux situations. Il a le droit de ne pas se sentir comme moi.

  • Ne pas les absorber mais les accueillir. Je dois avoir suffisamment confiance en mon propre jugement. Si on reprend l’exemple du dessus : je dois avoir confiance en mon jugement pour rester confiant quand l’autre est inquiet.

  • Ne pas refouler les mouvements de sympathie. Et dans une société qui s’axe sur la force de caractère, difficile de se montrer « gentil » sans être catalogué « mauviette » (si si je vous jure). Alors ici on est gentils les uns avec les autres et on trouve normal de l’être avec quiconque en montre le besoin. Cela nous permet aussi de se donner l’occasion de ressentir l’autre.

Alors autant être franche, être parent d’un empathique qui a le droit de l’être n’est pas de tout repos. Tempête de colère face à une injustice, torrent de larmes (pour l’enterrement de J.Hallyday par exemple, Avalanche a pleuré car les gens étaient tristes) mais aussi joie de vivre intense et communicative.

Mais je préfère mille fois qu’ils aient le droit de l’être, plutôt qu’ils refoulent tout cela et soient obligés de composer avec à l’âge adulte.

Rayond’soleil croque la vie à pleines dents. Pourtant, si un jour je suis triste, elle « éponge ». Alors je fais de mon mieux pour être franche sans lui faire peur. De mettre des mots simples sur ce qui me chamboule parfois…

En conclusion, l’empathie est l’intelligence du cœur, et c’est une chance dans la différence de nos loulous extraordinaires, j’espère vous en avoir convaincu…

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