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Tous tout seul…

Deux fois en deux jours que j’entends ce cri de détresse de parents :

 » Je crie toute la journée »; « les enfants c’est dur ».

Non, vous ne criez pas toute la journée, c’est physiquement impossible, oui les enfants c’est dur,  et être parent, si c’est le rôle d’une vie, ce n’est pas un rôle aisé…

Pourquoi est-ce si dur ?

Parce que nous sommes seuls face à nos enfants. Et comme l’exprimait très bien un papa, ce n’est pas habituel dans le monde, ce n’est pas la norme partout, loin s’en faut.

J’en ai déjà parlé dans mon dernier article sur la communication non violente, l’isolement des parents est un fléau.

Gardons en tête une chose, c’est pire pour les parents d’enfants handicapés, et pour les parents handicapés eux-même.

Stigmatisés, traumatisés par les liens sociaux délités, ces parents doivent faire face à une double difficulté : ils voguent de suivi en suivi, et ils se retrouvent bien seuls dans les salles d’attente.

Plus d’ami du tout parfois: ils ont fui (comme le disait hier une maman: devant les crises de  son enfant) effrayés peut-être par cette confrontation avec une difficile réalité, le handicap n’arrive pas qu’aux autres, la roulette russe de  la maladie génétique peut s’arrêter sur n’importe qui et votre enfant en est la preuve vivante et douloureuse…

La famille est bien plus occupée qu’avant. Avec le recul de l’âge de la retraite et la migration des populations (même à l’intérieur du pays) les conditions familiales ont évolué et ne sont plus les mêmes qu’avant. Seules deux générations vivent habituellement sous le même toit en France aujourd’hui (vous et vos enfants) , cette situation offrant peu de répit à des jeunes parents parfois épuisés, souvent démunis.

Encore une fois, le handicap se surajoute à la situation fragile de la parentalité.

Beaucoup de parents ne peuvent plus travailler, et la perte de lien social s’en retrouve augmentée.

Alors que faire me direz-vous ?

Sûrement pas rien.

Je crois qu’il faut renouer avec la solidarité, promouvoir les associations de périnatalité et de péri-parentalité, leur donner les clefs aussi pour qu’elles puissent répondre et s’adapter aux situations qui sortent de l’ordinaire, leur donner plus de lumière, plus d’espace.

Créer des cercles de paroles bienveillants, dans lesquels les parents pourront dire tout ce qui ne se dit pas sur la toile de peur de se faire lyncher publiquement, d’avouer l’inavouable, de dire la peur, le stress, la fatigue et le découragement….

Mais aussi de dire l’amour qui remonte toujours dans nos cœurs pour nous permettre de nous lever encore un matin.

Une main tendue dans la tourmente est toujours meilleure que le pied qui vous enfonce la tête sous l’eau. Savoir dire comme c’est dur nécessite un immense courage qui se doit d’être reconnu par tous…Pour pouvoir être ensuite transformer en impulsion!

je pense que Porter les petits bonheurs, Portage et Handicap, qui est le nom complet de notre association, va s’ouvrir à ce type d’événements, des groupes de paroles pour accompagner encore mieux les familles…Qu’en pensez-vous ?

 

 

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Porter à l’hôpital…

Handicap ou non, porter son enfant à l’hôpital peut s’avérer une nécessité pour lui ou pour nous.

La peur, la douleur, l’appréhension sont autant de raison de ne faire qu’un pour subsister dans ce monde qui n’est pas le nôtre et que nous pouvons ressentir comme hostile.

Je me souviens avec la sueur dans le dos des paroles de la puéricultrice alors que je venais de mettre au monde Calme de lune:

« Mais Madame, vous ne pouvez pas porter votre bébé dans le couloir. »

Alors là, elle m’en avait bouché un coin, je n’ai pas osé braver l’interdit et je n’ai jamais eu d’explication.

Deux ans d’expérience plus tard, j’arrivais à la maternité avec dans ma valise beaucoup de nourriture, et une écharpe Jeportemonbébé. Et qu’on vienne me chatouiller pour voir!

Là encore, quand il s’est agi de sortir du service pour aller passer une échographie, le même couplet: on ne porte pas son bébé. Bon ben tant pis, ils n’avaient qu’à déplacer le service en mater car je ne la poserai nulle part. Résistance.

Depuis, les mentalités ont évolué. On emmène très souvent l’enfant jusqu’à la porte du bloc opératoire, et les parents sont de plus en plus facilement acceptés en salle de soins. Bien entendu, rien n’est parfait et le temps manque souvent.

Concernant notre expérience récente, une amygdalectomie pour Avalanche en novembre, et les soins dentaires de Rayond’soleil hier. Donc deux enfants « grands » qui ont profité du portage post opératoire en sling

Pourquoi porter? Pour produire des endorphines, plein d’endorphines qui vont soulager la douleur et apaiser le petit porté. Pour renifler son odeur après une longue séparation aussi (nous aussi on a fabriqué plein de stress, et on a envie de se sentir mieux!!).

Ce qui nous freine? La peur d’être regardés de travers par l’équipe médicale. D’être pris pour des fous. Perso, le regard des gens, je m’en moque un peu. Parfois, on a aussi peur de prendre une réflexion, et là, j’ai peu de clefs, parce que soit je mords, soit je me tais, ce qui dans un cas comme dans l’autre n’est pas pédagogue pour deux sous.

J’essaie de plus en plus souvent de militer portage grâce à ma casquette de présidente, et de sensibiliser les équipes en amont des hospitalisations possibles. Cela me surprend toujours, mais ils sont plutôt compréhensifs quand ils comprennent aussi leur intérêt (le calme déjà!).

Concernant les deux dernières expériences, le portage a été bien accueilli par les deux équipes (puisque deux hôpitaux différents, sinon ce n’est pas drôle!).

L’équipe ORL a posé quelques questions, et dit à Avalanche qu’on devait être bien au creux de maman.

Hier, c’était une équipe spécialisée handicap. J’avoue que nous l’avons descendue dans son lit, et qu’ensuite, c’est le médecin qui l’a portée, enroulée dans un drap chaud(et les fesses à l’air!). Je suis allée jusqu’à la porte du bloc, et elle n’avait pas peur, et pas mal non plus.

Je sais que le médecin l’a gardée dans ses bras le temps de l’endormir, et que Zaza l’a tenue contre elle quand elle s’est réveillée, qu’on lui a laissé ôter elle-même les capteurs de rythme cardiaque, et qu’on l’a câlinée un peu beaucoup. Je suis descendue dès qu’elle s’est réveillée, accompagnée par Lénaïc, le brancardier.

Elle a été choyée, chouchoutée, et elle est devenue comme toujours la coqueluche de l’équipe en un demi clin d’œil. On m’a demandé si un diagnostic était posé sur ses maux avec beaucoup d’intérêt et de gentillesse, et on lui a fait 2000 bisous avant de me la rendre.

Remontée en chambre, elle avait un peu mal, et le goût du sang sur ses lèvres, elle « voulait moi » et elle ne voulait pas rester au lit, mais ne tenait pas tellement debout. Alors je l’ai naturellement installée en sling, et nous avons arpenté les couloirs durant une vingtaine de minutes (20 minutes sur une épaule à 33 kilos, c’est mon maximum!) sous le regard parfois un peu étonné des soignants, mais souvent attendri finalement.

Attendris ils étaient. Mais comment ne pas l’être quand on la voit, le visage enfoui dans mon cou, son petit nez frémissant de plaisir, les bras enlaçant ma nuque, caressant mon épaule et les yeux mi-clos, quand 5 minutes plus tôt, elle exprimait son mal-être?

Aucune réflexion. J’ai regretté de ne pas avoir pensé à prendre les flyers et le livret de l’association. Nous avons remercié tout le monde. Pour la bienveillance, pour les câlins, pour la patience aussi… Et nous sommes rentrées main dans la main à la maison, sereines, même si elle avait un peu les joues gonflées.

D’ailleurs, à l’instant, le service vient de m’appeler pour prendre des nouvelles de la demoiselle. C’est la première fois que cela nous arrive. « J’appelle pour savoir si tout va bien, si elle n’a pas mal, et si elle a bien dormi… » Ils lui font des bisous, et n’espèrent pas la revoir dans de telles conditions.

Comme quoi, des fois ça se passe bien aussi…

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Quand Portage et Handicap rencontre Gayelle…

Bonjour à tous!

Vous me connaissez, je ne suis jamais en rade de nouvelles idées, je crois que je prendrai le temps de vous parler plus tard de tout ça, car ça s’éclaircit dans ma tête…

Il y a quelques semaines, j’annonçais à mes enfants que quand javais l’âge de Calme de lune, je répondais « écrivaine » quand on me demandai ce que je voulais faire comme métier, et que ce rêve de môme allait se réaliser, avec la sortie de mon livre en février prochain! Je vous en parlerai plus longuement dans un prochain billet, parce que vous méritais de tout savoir !

La réaction des enfants dépassait mes souhaits les plus profonds, avec de leur côtés une envie sincère de me lire. Mais voilà, j’avais écrit un livre pour adultes, qu’ils ne trouveraient pas à la bibliothèque de l’école.

Ni une ni deux, la graine était plantée.

Sauf que si je sais écrire, je ne sais pas dessiner.

J’avais donc besoin d’un partenaire, quelqu’un qui me suivrait sur le thème et dans une nouvelle aventure! Quelqu’un qui partagerait mes valeurs et accepterait de dessiner mon histoire.

Toujours peu sûre de moi, j’ai lancé une demande, persuadée de faire un flop, ou de me trouver face à des illustrateurs que je devrais payer, et donc de devoir abandonner l’idée dans l’œuf, car je n’en avais pas les moyens, et je voulais vraiment bosser à 4 mains.

Comme toujours, j’ai été surprise de l’engouement face à l’idée…

J’ai encore une fois dû faire un choix, ce qui est très dur pour moi, car j’ai cette impression que dire non, c’est renier un peu du travail de l’artiste, et tuer la bonne volonté des personnes en face de moi. A tous ceux à qui j’ai dit non, je suis désolée! 

Gayelle et moi, ça a été comme une évidence.

Elle avait la douceur et la délicatesse, elle a sûrement su me toucher. Je la lisais déjà sur la toile, je n’avais pas eu ses livres entre les mains. On s’est encouragées mutuellement à réfléchir, mais je crois que dès les premiers mots, on savait que peu importe comment nous irions plus loin ensemble…

Gayelle écrit ses histoires, mais elle a accepté sans sourciller de me laisser raconter la mienne, de me laisser dire le handicap aux enfants comme j’ai l’habitude de le faire avec les miens, sans tabou ni fausse pudeur. Dès le début, on finissait les phrases de l’autre, ou on se disait pareil. 

Ça sent un peu l’amitié qui démarre à des centaines de kilomètres…

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Elle nous a bien captées…

Alors, je ne sais pas si je serai à votre hauteur, si vous lirez mes textes à vos enfants, ni même comment nous sortirons ce livre (via la voie classique ou via le crowfunding) mais un jour nous serons les mamans de ce nouveau bébé, et je crois que j’en suis déjà fière, et fébrile!

J’ai avancé sur le texte à vitesse grand V. J’ai présenté des ébauches à un jury intransigeant, qui a pas aimé la première version que j’ai dû entièrement repenser.

Je ne sais ni quand ni comment, mais je sais bien pourquoi… Parce que le handicap doit avoir plus de place dans notre société, c’est à celle de demain qu’il faut déjà s’adresser 😉 

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une frayeur en entrée?

Je vous plante le décor mais je vous préviens par avance, c’est un article brut d’émotions, et empli d’angoisse et de culpabilité mais que j’ai tenu à écrire parce que cela n’arrive pas qu’aux autres, et je n’espère ni indulgence ni insulte…

24 Décembre 2017, marché de Noël corrézien. Il fait bon et doux. 

Opérée lundi 18 (je vous raconterai plus tard) j’ai encore les points, et les gaz de la coélio me font mal aux côtes mais je gère plutôt bien. Ma sœur est un double-cheese, entendez par là qu’elle porte deux bébés, qui semblent pressés d’arriver, donc elle a été mise au repos forcé. Du coup, on a fait la route, et en ce 24 Décembre doux et festif, on a décidé d’aller au marché de Noël.

Nous sommes 3 adultes, l’Amoureux, Doudou (ma maman) et moi, pour 4 enfants, les miens, et Cromignone, ma nièce âgée de 3 ans.

Chalets qui vendent des produits artisanaux aux alentours de la très belle église au cœur du centre ville, décorations qui brillent, barbe à papa…Tout est là pour passer des heures pleines de magie avant d’aller se coucher pour attendre un vieux barbu traîné par des rennes…

Nous passons un long moment sur le Carrousel, voiture de pompier, chevaux, les enfants ont les yeux qui brillent, et les adultes la tête qui tourne. 

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Nous cherchons le père Noël, des fois qu’il soit encore dans les parages… Nous mangeons une barbe à papa, et des churros. 

Nous regardons les ados qui escaladent le mur artificiel, en regrettant que les baudriers soient trop grands…

Nous attendons longtemps pour les marrons chauds. Les deux plus petits, Avalanche et Cromignone courent sur la place au milieu des autres familles, et je ne les lâche pas des yeux. Rayond’soleil est près de moi, et discute avec le vendeur de marrons. 

Nous repartons en direction des chalets, les enfants sont dispersés mais nous sommes 3, et nous maîtrisons. Tantôt l’un, tantôt l’autre revient vers moi, qui détiens les précieux marrons au goût d’enfance!

Rayond’soleil s’arrête plus que de raison vers une boîte à livres, et je lui rappelle de ne pas s’arrêter sans nous prévenir, qu’il y a foule. Les petits courent et grimpent sur les bancs, je rappelle alors à Avalanche d’aller doucement, sa cousine est plus petite. La principale intéressée me jette un « je suis graaaaande moi! ». Nous avons ralenti le pas.

Rayond’soleil me réclame un marron chaud. Je baisse les yeux sur mon épluchage. 

10 secondes.

Quand je les relève, il me manque un pompon.  » Elle est où Rayond’soleil ? ». Pointe d’angoisse. 

Les deux autres adultes regardent autour d’eux.

Je l’imagine derrière le bosquet, mais rien. 

Il est 17h…

Sans nous concerter, nous saisissons chacun un des enfants restants  par la main et partons en courant, chacun dans une direction différente. Les rues partent en étoile depuis la place de l’église. 

J’ai mal au ventre. Je suis avec Avalanche, d’un pragmatisme absolu:

« on va la retrouver maman, parce qu’elle peut pas rester là, elle va avoir froid, pis elle mourrait de faim aussi. T’inquiète pas maman. » Je lui souris mais le cœur n’y est pas. 

Passe une minute. Puis deux. Trois.

Je fouille l’église. Je laisse Avalanche à ma mère. J’imagine le pire, c’est allé si vite que ça ne lui ressemble pas. Quelqu’un l’aura prise par la main. J’inspire fort.

Je vais la retrouver, saine et sauve.

Je me le répète comme un mantra. 

La musique sur la place. Je la connais bien ma petite perchée, la musique l’attire, si elle est partie d’elle-même, c’est forcément là-bas que je la trouverai. J’y cours.

Elle n’y est pas, mon cœur est tombé au fond de mon estomac. 

5 minutes, personne ne l’a retrouvée. L’inquiétude marque les traits de tous les visages. Cromignone crie  » Rayond’soleil, j’ai perdu Rayond’soleil, je cherche ma cousine!!! ».

Moi j’ai arrêté de l’appeler. J’ai pris le téléphone en hurlant à ma mère « J’appelle les flics… »

Je vais la retrouver saine et sauve…

Je cours à travers les rues alors que l’agent reste calme.

-A quelle heure l’avez-vous perdue?

-17h à peu de choses près. 

-Son âge? Une description? 

  • Bientôt 9 ans. Elle est petite pour son âge, environ 1m25, 1m30 maxi. Elle a une parka bleue marine qui passe sous ses fesses, un jean rose et des bottes. Elle a un bonnet blanc à pompon, motifs rouges et bleus. Elle porte des lunettes rouges, elle a les yeux bleus-gris, un tout petit nez et les joues rondes…Sa démarche est atypique.

Ma voix est mécanique, je garde la tête froide, je reste concentrée sur l’objectif, la retrouver saine et sauve. 

-Elle connaît son prénom et son nom, mais ne saura pas donner mon téléphone, elle a un handicap, elle a un handicap et elle doit commencer à avoir peur. 

Les larmes montent mais je les refoule. Nous sommes 3 adultes à remuer ciel et terre, et l’agent vient de me dire qu’il mettait sa brigade sur le coup, et que les premiers qui la retrouvaient appelleraient les autres.

Je vais la retrouver, saine et sauve…

17h09, j’ai un message sur mon répondeur. Je continue de courir. Les rues sont piétonnes sur plusieurs centaines de mètres, mais j’ai peur qu’elle ait dépassé les barrières. J’ai mal au ventre, mais je n’y pense pas. 

Je vois que le message est de ma mère au moment où j’entends la longue plainte de Rayond’soleil. 

Nous sommes tous revenus au point de départ quasiment en même temps. Elle est là, en face de moi, elle hurle sa peur.

Je me jette à genoux, et la serre contre moi, avec Cromignone et Avalanche. Je pleure. Tout le monde nous regarde mais je m’en fous. Nos larmes se mêlent à celles de Calme de lune qui n’a plus rien de calme. 

Nous prenons tous la violence de ces 10 dernières minutes qui nous ont parues une éternité. Tous sauf Avalanche, qui nous dira plus tard « qu’il savait qu’on allait la retrouver, ça ne pouvait pas être autrement ». 

Nous restons enlacées là par terre à pleurer au moins aussi longtemps que nous avons été séparées…

Le fin mot de l’histoire, c’est que toute handicapée qu’elle est, elle s’est aperçue qu’elle nous avait perdus de vue et s’est approchée d’une dame pour lui demander:

« Elle est où  maman? ».

La dame l’a emmenée là où les musiciens jouaient et ils ont fait un appel. Rayond’soleil n’a pas cédé au stress, et a patiemment donné son prénom, à une adulte qu’elle a choisie. Puis elle a attendu que quelqu’un entende son appel. 

Cromignone courait dans une rue adjacente en criant  » Rayond’soleil, au secours j’ai perdu ma cousine » ma mère et Avalanche sur les talons, quand ils ont été arrêtés par un monsieur qui avait entendu l’appel. 

J’ai eu la peur de ma vie. Nous étions 3 adultes, et nous avons focalisé sur les enfants qui vont vite, sur les enfants qui courent et grimpent sans nous méfier de celle qui d’ordinaire est si peu téméraire.

Quand j’ai marqué l’arrêt, elle a dû continuer sans s’en rendre compte. Les yeux sur son marron, je ne l’ai pas vue disparaître. Pendant 10 minutes, j’ai pensé qu’on me l’avait prise en étouffant cette voix là pour me hurler à l’intérieur « Je vais la retrouver, saine et sauve ». 

Perdre un enfant dans la foule, ça n’arrive pas qu’aux autres. J’ai rappelé le commissariat, tout le monde était soulagé. J’ai pleuré toute la nuit. 

Culpabilité et descente d’angoisse. Mon ventre a saigné aussi, comme pour se rappeler un peu plus de cette douleur qui s’y était installée, là où 9 ans plus tôt, elle était bien à l’abri… 

En rentrant à la maison, nous étions tous épuisés mais tellement émus d’être tous ensemble qu’on s’est blottis les uns contre les autres longtemps. Elle a dormi avec ma mère et elle m’a manqué. Je les ai tous embrassés si souvent en ce jour de Noël que j’ai usé leurs joues et que mon Avalanche m’appelle « la voleuse de bisous ». Les enfants en ont reparlé à froid, on a tous essayé d’exorciser et ils ont dépassé le traumatisme.

Je vous écris ça avec les mains qui tremblent et la vue brouillée. J’ai commandé des bracelets et des badges d’identification (oui les deux, on n’est jamais trop prudents finalement), même si je pense qu’elle aura plus de mal à nous fausser compagnie, et qu’elle sera plus vigilante elle aussi. Nous sommes loin d’être des parents qui s’en foutent de leurs mômes, on est des loups, une tribu, on les lâche peu, on fait attention, et pourtant, il aurait suffit de 10 malheureuses secondes pour que notre vie bascule définitivement si nous ne l’avions pas retrouvée. Internet se plait souvent à épingler ce genre de choses et pourtant j’ai pris en pleine face la réalité de la vie, 10 secondes, je l’ai lâchée des yeux si peu de temps et pourtant. Je la veille, et pourtant. 

Pourtant. 

Le positif de cette péripétie, parce qu’il faut réussir à le trouver en chaque chose, c’est que nous, les adultes avons su garder notre sang froid, et que elle, la petite fille perdue a su trouver quelqu’un et lui expliquer la situation malgré ses difficultés d’élocution. 

Je n’ai pas vu cette dame qui a accueilli et surement tranquillisé ma puce et je n’ai donc pas pu la remercier, mais je compte sur vous pour partager cet article, en espérant que la magie des réseaux sociaux opèrent et que cette personne puisse lire ces quelques mots: Merci, du fond du coeur. Vous nous avez offert le plus doux des cadeaux de Noël cette année… Mon Rayond’soleil se souviendra de vous, et nous également! 

Je vous souhaite à tous de magnifiques fêtes de fin d’année, gardez l’œil ouvert et alerte…Je l’ai dit, je n’attends pas qu’on me dise que ce n’est pas ma faute, je suis sa mère, c’est ma faute. L’histoire se termine bien, heureusement. 

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Mélancolie…

Vous le connaissez ce petit pincement au cœur ? Celui qui vous tombe dessus quand vous vous n’y attendez pas ? C’est le plus mesquin celui-là…
Bon voilà, des fois je pose mon armure et je laisse un peu de mélancolie m’envahir. C’est drôle, ça arrive souvent à l’approche de mon anniversaire (oui oui je prends les bisous les cadeaux les cartes bancaires pour me remonter le moral MDR). Comme si le handicap me faisait plus peur à chaque fois que je vieillis. Parce que sinon, j’ai pas peur d’avoir des rides ou des cheveux blancs, j’ai un peu l’habitude 😉
Non je crois que c’est la peur pour elle qui me colle le blues quand arrive la prochaine bougie.

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L’autre jour, je flânais (je vous ai dit qu’avec ma nouvelle vie pro je pouvais flâner ? Punaise le pied !) bref, je flânais (hiii) donc dans une boutique de basket, lorsque j’ai entendu une jeune fille de 12 ou 13 parler :
« Elles font vintage maman ? (parlant des célèbres pompes aux 3 bandes)
– Oui ma chérie, ne t’inquiète pas, elles sont vintage, et te vont très bien.
– Y en avait des comme ça quand t’avais mon âge ? (avec la lueur d’espoir dans les yeux). »
Scène somme toute hyper banale de shopping mère/fille et de complicité.
J’ai souri, et je me suis rembrunie. Rayond’soleil, je dois me rendre à l’évidence, ne me posera jamais cette question.
Elle vit dans l’instant. Elle s’en fout de quand j’étais gamine, et encore plus des baskets. Elle n’aime pas le shopping.
J’aurai pu faire durer la mélancolie, dresser la liste de tout ce qu’elle ne fera pas.
Bon vous me connaissez. J’ai gardé cette idée un peu dure dans un coin de ma tête. J’ai accepté le sentiment qu’elle m’inspirait. J’ai laissé les larmes monter et redescendre. J’ai accueilli.
Puis j’ai pensé que ce qui fait son caractère unique, c’est aussi tout ce qu’elle ne fera pas, ou qu’elle fera et que les autres ne feront jamais. Rayond’soleil se fout de mon passé mais s’inquiète toujours de ma journée, et qu’elle soit en marge d’un monde capitaliste et consumériste ne doit pas être source de chagrin mais de fierté. Du moment que son pied passe dedans, elle se moque bien de la chaussure… C’est ainsi.
Notre complicité naît ailleurs : dans les massages que je lui fais et qu’elle me rend. Ou dans ses cadeaux si simples, et si doux. Dans chacun de ses progrès que je remarque. Dans ses mains qui s’abandonnent dans mon cou quand je la porte.
Avec le temps, on accepte ce chemin de traverse. Mais ce même temps me fait peur et j’ai parfois le droit de me donner le droit de le poser là, tout en douceur, en gardant les yeux et l’esprit ouverts, pour qu’elle puisse avancer sans trop se cogner.
Parce qu’être parent d’enfant handicapé, c’est devoir très tôt préparer l’après soi, je trouve qu’il est important de savoir dire j’ai peur, mais je t’aime, petit Rayond’soleil, petit enfant unique, et je te fais confiance, et j’ai foi en la Vie.

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Bad mood

Mardi soir, je suis allée chercher tes frères à l’école, mon Rayond’soleil. Parce que j’avais un rendez-vous juste avant, j’étais en avance. Dans la cour de l’école, j’ai observé les enfants.

Il faisait froid mardi. Le vent mordait mon cou que je n’avais pas pris soin de couvrir, nous sommes fin avril, c’est le printemps. Avril, ne découvre pas ton cœur d’un fil. 

Je me suis retrouvée là, transie de froid, observant ces enfants qui ont partagé tes premières années d’écolière. J’ai tout de suite remarqué le Blond, qui a été ton amoureux, et ton chevalier servant pendant 3 ans. La claque. Le Blond n’a plus une dent, et surtout, il a grandi, sacrément. Tes copines étaient là, elles aussi. C’était l »heure des TAP, l’heure des jeux. Je cherchais Calme de lune des yeux, et soudain une sale pensée est venue se glisser sournoisement dans mon esprit. Tu pourrais être assise là.

J’ai senti comme un poids sur mes épaules, comme de la buée au fond de mes yeux, comme si j’avais avalé un caillou, de travers en plus. 

Sous mon regard, se déroulait ce que tu n’étais pas. Je me suis sentie projetée en arrière soudain, les quelques semaines qui ont suivies la rentrée. 

Mille et un regrets m’animaient alors, comme quand ton cœur balance entre un j’ose et un j’ose pas. Choisir un chemin de traverse n’a jamais été chose aisée. L’avantage de l’éducation nationale, c’est que c’est un choix des masses: on ne se pose pas de questions, on va à l’école c’est normal, tout le monde le fait. Enfin, à bien y réfléchir, presque tout le monde. Il y a les home-schoolers (oui l’anglais c’est branchouille), il y a aussi les oubliés du système (je le pousse le coup de gueule? Non pas aujourd’hui) et il y a les autres solutions. Montessori, Steiner et aussi les écoles spécialisées, bonnes et mauvaises. Les chemins de traverse, les petites routes de campagne, bien loin de tout ce qu’on connait, de tout ce qu’on nous a appris à voir comme modèle d’enseignement. Apprendre à compter en faisant un gâteau, j’avais beau y croire dur comme fer, j’étais déstabilisée, paralysée par la peur d’avoir fait le mauvais choix. 8 mois plus tard, l’eau a coulé sous les ponts…Avril, ne découvre pas ton cœur d’un fil. 

Tu ne joues pas dans cette cour là, avec le Blond, et les copines de maternelles. Rayond’soleil brille un peu plus loin. Oh elles ne t’oublient pas, et lui non plus, puisqu’ils viennent toujours me demander comment tu vas, et que certaines t’invitent encore à jouer chez elles. Tu n’apprends pas les mêmes choses qu’eux, ni au même rythme. 

Je pestes contre moi même et cette nostalgie qui tente de s’insinuer en moi. Pourquoi suis-je toujours là, à douter?

Tu n’es pas comme tous ces enfants, je crois qu’on le sait tous. Mais la conformité, est-ce vraiment si important? 

Le vent chassant les nuages, le soleil est venu lécher ma peau nue, dissipant le malaise en moi. Je me suis redressée, j’ai rempli mes poumons d’air frais. Et j’ai pensé à tout ce que tu es, et au chemin parcouru depuis la rentrée. J’ai rapidement visionné intérieurement les vacances qui venaient de se terminer, et j’ai su. 

En septembre, tu étais timide et réservée, tu avais peur de l’eau, tu ne faisais pas de vélo, tu avais beaucoup d’angoisses, tu comptais jusqu’à 5 et tu écrivais uniquement ton L. 

Avril, tu sautes dans la piscine, tu fais des balades en tricycle, et tu y es presque au deux-roues! Tu sais dompter le temps, et exprimer toutes tes craintes, toutes tes émotions. Les couchers sont enfin toujours faciles, tu te raisonnes, tu sais lire des mots, et même quelques phrases simples. T’es partie en mini camp sans moi, et t’as adoré ça! Tu as une vraie passion pour la danse, un sens de l’humour bien développé, et tu restes la chouchou de tous ceux qui ont la chance de te croiser.

  Avril, je découvre, mon cœur, que tu n’as pas perdu le fil!

Alors, moDSC_1093 (Copier)n cœur s’est allégé. J’ai pensé que tu n’étais pas comme tous ces enfants, mais que finalement, c’était plutôt cool. Je sais que tu m’as choisie, il y a 8 ans, quand tu t’es lovée au creux de mon ventre. Tu m’as choisie moi, pour que je relève le défi, que j’enfile mes PATAUGAS et que je me tape les sentiers rocailleux avec le sourire, en chantant du Téléphone à plein poumons (sauf quand Avalanche me demande pourquoi le prince charmant est parti avec la belle au bois dormant, ce qui, avouons le, me fait un peu perdre le fil!), ou alors du Louane, ça dépend de tes envies. J’en ai fait du chemin en dix ans. Je suis fière de ce que j’ai accompli en tant que maman. Je ne suis pas parfaite, mais je crois que je fais les bons choix (tu le vois comme j’ai du mal à être catégorique ).Tu n’es pas comme tous ces enfants qui jouent au facteur n’est pas passé. Quand j’ai vu le Blond fondre en larmes, parce que la Chipie lui avait fait un sale coup, je me suis aussitôt dit que tu ne ferais pas une telle crasse. Tu es profondément gentille, et empathique, et peut-être un peu naïve sur les humains. Mince, tu es comme moi, idéaliste et humaniste…On n’est pas sorties de l’auberge, mais enfiles ta cape, on va aller sauver le monde! Pis tes frères non plus, ils sont pas comme tous les enfants. Ils sont, eux aussi, spéciaux. Ils sont mon oxygène, mon essence, mon but, le moyen et la fin. On s’en fout pas mal de pas être « comme tout le monde ». On est la famille Chouette, et y a pas plus cool.

Un jour, A., ta Personne Spéciale à toi, m’a dit « Votre travail, c’est qu’elle soit heureuse. » Et ça, je peux te dire que j’y arrive. Tu ES heureuse. 

Mymy, ta prof de danse, te trouve épanouie, et resplendissante. Rayond’soleil, ça te va bien comme surnom. Tu brilles. Ta maîtresse ne tarit pas d’éloges, d’ailleurs personne n’est avare de compliments te concernant. L’ergo trouve que tu es de bonne volonté, que le potentiel ne demande qu’à se développer. Bref, tu avances, peu importe la manière. 

La cloche a sonné, les garçons se sont jetés sur moi comme s’ils ne m’avaient pas vue depuis des siècles, et on est rentrés pour goûter. Tu es arrivée plus tard, par le bus, et j’ai vu le Brun t’embrasser avant que tu ne descendes saluer le Chauffeur et que tu ne me sautes au cou, oui tu sautes, ça y est, les deux pieds décollent en même temps, c’est dingue! J’ai dit au Brun qu’on embrasse pas les filles devant la belle-mère et il s’est bien marré. Mon cœur est aussi léger que l’air doux de mai (si si il faut y croire!). Je sais qu’on a pris la bonne décision, il ne pouvait pas en être autrement!

Tu me surprendras toujours, tu m’affirmes, tu t’affirmes, tu es drôle et douce, et tu es la plus chouette des petites filles. Qui sait, peut-être que c’est moi qui t’ait choisie il y a 8 ans, inconsciemment. Les choses n’arrivent jamais par hasard…Et moi je crois que la raison ne peut pas être mauvaise. Allez je te colle pas la honte, je te dis pas que je t’aime devant tout le monde, mais tu le sais, j’ai dessiné un cœur sur la buée de la vitre du bus ce matin, pour être encore un peu avec toi sur le chemin de ton école… Tout comme j’ai glissé un mot dans un des cahiers de ton grand frère, et grapiller un dernier bisou dans la classe de ton petit frère. A chacun sa petite attention du jour…

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 ps à vous qui me lisez, ce billet d’humeur comme j’aime les appeler, représente ce que j’aime le plus faire, écrire avec mon coeur, mon coeur que j’apprends à sonder. L’écriture pour mettre à plat mes émotions, pour vous toucher du bout du doigt comme j’effleure le clavier, pour vous parler, vraiment et sincèrement. N’hésitez pas à me dire ce que vus pensez de ce genre d’écrits. La bise

2

Bruxelles…

Aujourd’hui, je suis allée chercher mon Avalanche juste après la cantine.
Rentrés à la maison, nous nous sommes allongés dans mon lit, et il s’est paisiblement endormi, la main sur ma joue.
Alors, alors j’ai retenu les larmes qui ne demandent qu’à couler depuis ce matin.
Je me demande quel monde on va leur laisser. Un monde en guerre, où la peur régnera en maître sur leur vie? La haine de l’autre, la survie?
Épaule contre épaule, j’ai entendu sa respiration sereine. Et j’ai pensé à toutes ces choses qui font que leur vie est encore douce malgré tout ca.
Profitez mes amours ,encore un moment. De nos courses poursuites, balles à la main; de nos longs moments silencieux, main dans la main, devant un gros navet régressif, de vos doigts collants de confiture, des premiers rayons du soleil qui caresse vos visages enfouis dans l’herbe, des flaques de boue dans lesquelles vous roulez, des chamailles avec les copains, des nuits partagées entre frères, des fous rires pour un oui pour un non, profitez de votre insouciance.
Je n’allume pas la télévision sur une autre chaîne que canal à la demande aujourd’hui, j’ai trop peur de compromettre vos mines réjouies.
Encore traumatisé par les attentats de Paris, Calme de lune ne monte pas à l’étage tout seul. Comment lui parler ce soir? Je me sens minable, j’esquive…Que faire? Pourquoi?
J’ai une énorme pensée pour tous nos amis Belges, pour les familles de nouveau endeuillées. J’ai une énorme pensée pour la Turquie, pour le Burkina Faso, pour la Syrie,qui vit dans la terreur depuis si longtemps.
Je répète depuis des mois que je ne veux pas avoir peur. Je ne suis ni Paris ni Bruxelles, je ne suis ni blanche ni noire, je ne suis ni chrétienne ni musulmane. Je veux être espoir et humanité contre malheur et peur, je veux être humanisme contre barbarisme.
Je retourne chez les bisounours, on se mate un bon gros navet pour la 8eme fois d’affilée, et je ne l’ai jamais autant apprécié.
💖 sur vous et vos familles. Portez le monde au bout de vos bras, il en a bien besoin.
Ps: j’avais envie d’illustrer l’insouciance….

 

Photo de Portage et handicap.