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Ecrire…

Ecrire est un art difficile.

Difficile, oui mais vital pour moi. 

Pourtant, à chaque fois que je décide de poser les mots, et bien qu’ils coulent sans que je ne les y invite, sans que je ne puisse les retenir, je me sens rongée par l’angoisse. 

Est-ce que vous qui me lisez n’allez pas être lassés ? Déçus ?

Ces angoisses deviennent exacerbées par le sujet de mes écrits, le handicap, celui de ma fille et la façon dont il se place et se pose dans notre famille. 

J’ai toujours peur d’en faire trop, ou pas assez.

Ecrire c’est difficile, écrire juste, aux yeux de tous, est impossible.

On m’a déjà reproché d’enjoliver notre réalité, je crois que c’est ce qui a permis à l’iceberg de l’anxiété de pointer, et a révélé à mes yeux aveugles cette trouille de ne pas être vraie…

Bizarrement pourtant, avant chaque rencontre, chaque atelier, chaque session de formation, j’ai surtout peur d’en avoir fait trop. Peur que les gens trouvent que Rayond’soleil n’est pas « si handicapée que ça » et que je ne sois pas légitime à vous parler du handicap.

Et je sais que ces craintes sont ridicules. 

Chaque handicap est différent, et forcément ressenti d’une manière différente d’une famille à l’autre.

Les difficultés, les mélancolies, et les batailles que le handicap de notre fille a soulevés au cours de sa vie auprès de moi sont forcément légitimes. J’y réponds avec mes cartes, celles que la vie m’a données. 

Je les mets en mots, toutes ces peines, tous ces regrets mais aussi toutes ces joies et tout cet amour. 

Elle a fondamentalement changé ma vie, et ma vision de la vie en général. 

Elle m’a donné de nouvelles armes, je suis une autre moi depuis qu’elle est venue me bousculer. Plus forte, et sûrement plus fragile à la fois.

Alors, vous qui me lisez, pensant parfois que notre vie est dure, et parfois que notre vie est belle, sachez que chaque jour, à chaque nouvel article posté, c’est un morceau de moi que je vous donne. Que ce morceau m’interroge. Qu’il me brûle à chaque fois de savoir ce que vous en pensez. 

J’aime écrire pour les échanges que cela procure, même quand ils restent implicites.

Je vais rarement chercher mes auteurs préférés sur le net. Je me contente d’un pouce sous les publis de bloggeurs qui m’ont touchées au coeur. Pourtant parfois, une larme s’étire quand l’un d’entre vous me met à son tour un petit mot, comme un morceau de lui…

Vous l’aurez compris, on a une rencontre mercredi, et je flippe de décevoir ceux qui viendront. J’ai toujours cette part d’humilité qui me rappelle d’où je (re)viens, et je crois que c’est plutôt positif…

A quelques mois de la sortie de mon premier livre, j’ai autant envie qu’il soit largement lu, que de me terrer jusqu’à ce que quelqu’un me déloge de ma grotte, de peur encore que vous ne soyez déçus, ou même impassibles. Que vous ne le lisiez pas, qu’il ne serve pas à ce que je voulais, qu’il ne résonne pas…

Ma vie change, elle est mouvante…

Portage et Handicap est voué à  évoluer, avec moi, avec elle. Je ne sais pas comment, mais de belles choses nous attendent, tous. DSC_0053.JPG

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Peur…

 » J’ai peur ! »

Bien sûr qu’elle a peur.

Nous sommes grimpés tout en haut. Nous avons d’abord pris le téléphérique, c’était un peu impressionnant tout ce vide sous nos pieds, mais elle a accepté l’idée, mine un peu inquiète mais sourire aux lèvres. Elle s’est lancée dans l’aventure, sa petite main au creux de la mienne.

Puis, chemin escarpé ou non, nous voulions voir les montagnes tout autour. Il a fallu monter. Une main chacun, les encouragements des frères et des copains. Les cailloux roulaient un peu sous nos semelles, et malgré le vent frais, nos joues étaient roses, mais nous sommes arrivés tout en haut du sommet du monde, essoufflés et fiers.

Nous nous sommes gavés les yeux de la vue, et les poumons de l’air pur. Elle s’est assombrie un peu. L’angoisse de la descente. Une main chacun, mais les larmes n’étaient pas loin. L’Amoureux, sauveur invétéré de sa princesse, l’a saisie à bras, et a fait ainsi, son chargement sur une épaule (ou presque), les dix premiers mètres.

C’est pas comme si j’avais pris un porte-bébé, just in case.

Il est resté au fond du sac.

Elle a fini la descente à pied, pas rassurée. Mais elle l’a finie !

Je lui ai dit « Quel courage ma puce ! ». Elle a secoué la tête. Elle avait pleuré. Elle n’était donc pas tellement d’accord.

Alors, je lui ai glissé au creux de l’oreille ces mots que j’aimerai vous dire à tous:

 » Le vrai courage ce n’est pas de n’avoir peur de rien. Le vrai courage c’est d’avoir peur, mais d’avancer quand même !  »

Quelle que soit la situation, nous avons le droit d’avoir peur, et de puiser le courage au fond de nous pour essayer d’avancer.

J’avais peur de ne pas être à la hauteur de la maternité, et encore moins de celle de la maternité parallèle. Peut-être que mes enfants ne m’ont pas laissé d’autres choix que d’avancer. J’avais peur que la vie me la prenne, mais j’avais tellement envie, besoin qu’elle ait une vie heureuse avant tout…

Rayond’soleil a peur. Peur de tomber dans les cailloux, peur de retomber en vélo, peur quand elle n’a pas pied, peur d’être séparée de moi, de nous et de bien d’autres choses…

Le vrai courage, c’est de remonter sur son vélo 10 minutes après la chute, c’est me faire confiance en s’agrippant à mon dos sans brassard pour s’éloigner du bord du lac, c’est se dépasser à chaque instant, chaque jour pour atteindre des sommets, c’est réussir à profiter de la semaine en classe de mer.

Le handicap n’est pas un frein au courage.

Je ne connais personne d’aussi volontaire qu’elle. Je l’admire ma toute petite championne.

Quand je l’entends rire à s’en tordre les boyaux, les larmes me montent presque toujours aux yeux.

J’ai l’enfant la plus courageuse du monde. Elle affronte cette vie à part, que la société lui rend difficile, avec une joie de vivre inégalée.

Oui t’as peur Rayond’soleil, mais tu sais tellement bien faire avec…

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Tenir sa main…

Tenir sa main. Longtemps, en serrant fort ses petits doigts.

La porter, le plus loin possible.

Comme j’aime le dire, lui donner un trousseau de clefs assez conséquent, et peut-être lui montrer comment s’en servir.

Faire avec, et pas à sa place.

Puis faire de moins en moins. La tenir du bout des doigts, la pousser juste en soufflant dans son dos.

Ne plus être à côté, mais derrière.

Lâcher sa main.

Pour un temps du moins.

La petite fille a grandi. Jour après jour, elle se détache.

Ah oui, c’est dur.

La laisser partir toute une semaine. Prendre sur soi pour ne pas appeler la maîtresse, avant le départ.

Respirer fort son odeur. Avoir confiance. En l’adulte qui accompagne mais surtout en ELLE. Croire qu’elle saura faire sans moi, vivre sans moi. Au moins un moment.

Lui insuffler cette foi en elle-même et en ses capacités à triompher. A en sortir vainqueuse (oui je sais on dit pas vainqueuse, m’en fous, je suis dans la journée je fais ce que je veux !), à revenir grandie.

La laisser essayer même quand je ne suis pas sûre qu’elle y arrivera, et y croire pour deux parce que si je n’y crois pas, personne ne le fera.

Lui laisser prendre son envol, avec le sourire et la bonne humeur, même si mon cœur est en mille morceaux.

C’est important pour chaque enfant d’avoir des temps privilégiés sans leurs parents.

Je crois que c’est un réel enjeu pour les enfants en situation de handicap. Un pari sur leur avenir.

Bien sûr que c’est difficile de se dire qu’elle va peut-être être mal sans moi, qu’elle me manque comme si on m’avait arraché un bout de ma joie pour l’emmener avec elle, que j’aimerai savoir ce qu’elle fait, peut-être l’aider, la rassurer dans les moments où elle aura peur, où elle va flancher.

MAIS.

Mais que c’est gratifiant pour elle d’y arriver sans moi. De se laver, de s’habiller, de s’endormir, de jouer. De vivre les colos de son frère. Comme si. Comme si tout était normal.

De partager une chambre avec ses popines.

De déjeuner avec son amoureux. De voir la mer sans son cocon.

Et moi ? J’envisage et je spécule.

Elle va devenir une adulte. Et son indépendance se joue dès à présent.

Oui c’est dur, elle est si petite. Mais elle grandit si vite aussi.

La laisser s’émanciper n’est pas une option. Je dois faire ce travail de lâcher prise dès maintenant et lui laisser couler les fondations de son autonomie aujourd’hui si je veux que demain elle vole avec ses propres ailes.

Je mourais, je le crois, avant elle, et il n’est pas question que son monde s’effondre avec ma mort. Ce n’est pas glauque, je ne suis pas pessimiste. Réaliste. Elle a à la louche 25 ans de moins que moi, c’est dans l’ordre des choses. Elle ne sera pas une charge si elle peut voler, même de travers !

Alors elle est partie en classe de mer, et je me suis sincèrement réjouie pour elle.

Surtout quand elle a dit qu’elle n’avait pas trop pensé à moi…comment_effectuer_la_maladie_d_un_proche_a_son_enfant_670.jpg

 

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Tous tout seul…

Deux fois en deux jours que j’entends ce cri de détresse de parents :

 » Je crie toute la journée »; « les enfants c’est dur ».

Non, vous ne criez pas toute la journée, c’est physiquement impossible, oui les enfants c’est dur,  et être parent, si c’est le rôle d’une vie, ce n’est pas un rôle aisé…

Pourquoi est-ce si dur ?

Parce que nous sommes seuls face à nos enfants. Et comme l’exprimait très bien un papa, ce n’est pas habituel dans le monde, ce n’est pas la norme partout, loin s’en faut.

J’en ai déjà parlé dans mon dernier article sur la communication non violente, l’isolement des parents est un fléau.

Gardons en tête une chose, c’est pire pour les parents d’enfants handicapés, et pour les parents handicapés eux-même.

Stigmatisés, traumatisés par les liens sociaux délités, ces parents doivent faire face à une double difficulté : ils voguent de suivi en suivi, et ils se retrouvent bien seuls dans les salles d’attente.

Plus d’ami du tout parfois: ils ont fui (comme le disait hier une maman: devant les crises de  son enfant) effrayés peut-être par cette confrontation avec une difficile réalité, le handicap n’arrive pas qu’aux autres, la roulette russe de  la maladie génétique peut s’arrêter sur n’importe qui et votre enfant en est la preuve vivante et douloureuse…

La famille est bien plus occupée qu’avant. Avec le recul de l’âge de la retraite et la migration des populations (même à l’intérieur du pays) les conditions familiales ont évolué et ne sont plus les mêmes qu’avant. Seules deux générations vivent habituellement sous le même toit en France aujourd’hui (vous et vos enfants) , cette situation offrant peu de répit à des jeunes parents parfois épuisés, souvent démunis.

Encore une fois, le handicap se surajoute à la situation fragile de la parentalité.

Beaucoup de parents ne peuvent plus travailler, et la perte de lien social s’en retrouve augmentée.

Alors que faire me direz-vous ?

Sûrement pas rien.

Je crois qu’il faut renouer avec la solidarité, promouvoir les associations de périnatalité et de péri-parentalité, leur donner les clefs aussi pour qu’elles puissent répondre et s’adapter aux situations qui sortent de l’ordinaire, leur donner plus de lumière, plus d’espace.

Créer des cercles de paroles bienveillants, dans lesquels les parents pourront dire tout ce qui ne se dit pas sur la toile de peur de se faire lyncher publiquement, d’avouer l’inavouable, de dire la peur, le stress, la fatigue et le découragement….

Mais aussi de dire l’amour qui remonte toujours dans nos cœurs pour nous permettre de nous lever encore un matin.

Une main tendue dans la tourmente est toujours meilleure que le pied qui vous enfonce la tête sous l’eau. Savoir dire comme c’est dur nécessite un immense courage qui se doit d’être reconnu par tous…Pour pouvoir être ensuite transformer en impulsion!

je pense que Porter les petits bonheurs, Portage et Handicap, qui est le nom complet de notre association, va s’ouvrir à ce type d’événements, des groupes de paroles pour accompagner encore mieux les familles…Qu’en pensez-vous ?

 

 

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Porter à l’hôpital…

Handicap ou non, porter son enfant à l’hôpital peut s’avérer une nécessité pour lui ou pour nous.

La peur, la douleur, l’appréhension sont autant de raison de ne faire qu’un pour subsister dans ce monde qui n’est pas le nôtre et que nous pouvons ressentir comme hostile.

Je me souviens avec la sueur dans le dos des paroles de la puéricultrice alors que je venais de mettre au monde Calme de lune:

« Mais Madame, vous ne pouvez pas porter votre bébé dans le couloir. »

Alors là, elle m’en avait bouché un coin, je n’ai pas osé braver l’interdit et je n’ai jamais eu d’explication.

Deux ans d’expérience plus tard, j’arrivais à la maternité avec dans ma valise beaucoup de nourriture, et une écharpe Jeportemonbébé. Et qu’on vienne me chatouiller pour voir!

Là encore, quand il s’est agi de sortir du service pour aller passer une échographie, le même couplet: on ne porte pas son bébé. Bon ben tant pis, ils n’avaient qu’à déplacer le service en mater car je ne la poserai nulle part. Résistance.

Depuis, les mentalités ont évolué. On emmène très souvent l’enfant jusqu’à la porte du bloc opératoire, et les parents sont de plus en plus facilement acceptés en salle de soins. Bien entendu, rien n’est parfait et le temps manque souvent.

Concernant notre expérience récente, une amygdalectomie pour Avalanche en novembre, et les soins dentaires de Rayond’soleil hier. Donc deux enfants « grands » qui ont profité du portage post opératoire en sling

Pourquoi porter? Pour produire des endorphines, plein d’endorphines qui vont soulager la douleur et apaiser le petit porté. Pour renifler son odeur après une longue séparation aussi (nous aussi on a fabriqué plein de stress, et on a envie de se sentir mieux!!).

Ce qui nous freine? La peur d’être regardés de travers par l’équipe médicale. D’être pris pour des fous. Perso, le regard des gens, je m’en moque un peu. Parfois, on a aussi peur de prendre une réflexion, et là, j’ai peu de clefs, parce que soit je mords, soit je me tais, ce qui dans un cas comme dans l’autre n’est pas pédagogue pour deux sous.

J’essaie de plus en plus souvent de militer portage grâce à ma casquette de présidente, et de sensibiliser les équipes en amont des hospitalisations possibles. Cela me surprend toujours, mais ils sont plutôt compréhensifs quand ils comprennent aussi leur intérêt (le calme déjà!).

Concernant les deux dernières expériences, le portage a été bien accueilli par les deux équipes (puisque deux hôpitaux différents, sinon ce n’est pas drôle!).

L’équipe ORL a posé quelques questions, et dit à Avalanche qu’on devait être bien au creux de maman.

Hier, c’était une équipe spécialisée handicap. J’avoue que nous l’avons descendue dans son lit, et qu’ensuite, c’est le médecin qui l’a portée, enroulée dans un drap chaud(et les fesses à l’air!). Je suis allée jusqu’à la porte du bloc, et elle n’avait pas peur, et pas mal non plus.

Je sais que le médecin l’a gardée dans ses bras le temps de l’endormir, et que Zaza l’a tenue contre elle quand elle s’est réveillée, qu’on lui a laissé ôter elle-même les capteurs de rythme cardiaque, et qu’on l’a câlinée un peu beaucoup. Je suis descendue dès qu’elle s’est réveillée, accompagnée par Lénaïc, le brancardier.

Elle a été choyée, chouchoutée, et elle est devenue comme toujours la coqueluche de l’équipe en un demi clin d’œil. On m’a demandé si un diagnostic était posé sur ses maux avec beaucoup d’intérêt et de gentillesse, et on lui a fait 2000 bisous avant de me la rendre.

Remontée en chambre, elle avait un peu mal, et le goût du sang sur ses lèvres, elle « voulait moi » et elle ne voulait pas rester au lit, mais ne tenait pas tellement debout. Alors je l’ai naturellement installée en sling, et nous avons arpenté les couloirs durant une vingtaine de minutes (20 minutes sur une épaule à 33 kilos, c’est mon maximum!) sous le regard parfois un peu étonné des soignants, mais souvent attendri finalement.

Attendris ils étaient. Mais comment ne pas l’être quand on la voit, le visage enfoui dans mon cou, son petit nez frémissant de plaisir, les bras enlaçant ma nuque, caressant mon épaule et les yeux mi-clos, quand 5 minutes plus tôt, elle exprimait son mal-être?

Aucune réflexion. J’ai regretté de ne pas avoir pensé à prendre les flyers et le livret de l’association. Nous avons remercié tout le monde. Pour la bienveillance, pour les câlins, pour la patience aussi… Et nous sommes rentrées main dans la main à la maison, sereines, même si elle avait un peu les joues gonflées.

D’ailleurs, à l’instant, le service vient de m’appeler pour prendre des nouvelles de la demoiselle. C’est la première fois que cela nous arrive. « J’appelle pour savoir si tout va bien, si elle n’a pas mal, et si elle a bien dormi… » Ils lui font des bisous, et n’espèrent pas la revoir dans de telles conditions.

Comme quoi, des fois ça se passe bien aussi…

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Quand Portage et Handicap rencontre Gayelle…

Bonjour à tous!

Vous me connaissez, je ne suis jamais en rade de nouvelles idées, je crois que je prendrai le temps de vous parler plus tard de tout ça, car ça s’éclaircit dans ma tête…

Il y a quelques semaines, j’annonçais à mes enfants que quand javais l’âge de Calme de lune, je répondais « écrivaine » quand on me demandai ce que je voulais faire comme métier, et que ce rêve de môme allait se réaliser, avec la sortie de mon livre en février prochain! Je vous en parlerai plus longuement dans un prochain billet, parce que vous méritais de tout savoir !

La réaction des enfants dépassait mes souhaits les plus profonds, avec de leur côtés une envie sincère de me lire. Mais voilà, j’avais écrit un livre pour adultes, qu’ils ne trouveraient pas à la bibliothèque de l’école.

Ni une ni deux, la graine était plantée.

Sauf que si je sais écrire, je ne sais pas dessiner.

J’avais donc besoin d’un partenaire, quelqu’un qui me suivrait sur le thème et dans une nouvelle aventure! Quelqu’un qui partagerait mes valeurs et accepterait de dessiner mon histoire.

Toujours peu sûre de moi, j’ai lancé une demande, persuadée de faire un flop, ou de me trouver face à des illustrateurs que je devrais payer, et donc de devoir abandonner l’idée dans l’œuf, car je n’en avais pas les moyens, et je voulais vraiment bosser à 4 mains.

Comme toujours, j’ai été surprise de l’engouement face à l’idée…

J’ai encore une fois dû faire un choix, ce qui est très dur pour moi, car j’ai cette impression que dire non, c’est renier un peu du travail de l’artiste, et tuer la bonne volonté des personnes en face de moi. A tous ceux à qui j’ai dit non, je suis désolée! 

Gayelle et moi, ça a été comme une évidence.

Elle avait la douceur et la délicatesse, elle a sûrement su me toucher. Je la lisais déjà sur la toile, je n’avais pas eu ses livres entre les mains. On s’est encouragées mutuellement à réfléchir, mais je crois que dès les premiers mots, on savait que peu importe comment nous irions plus loin ensemble…

Gayelle écrit ses histoires, mais elle a accepté sans sourciller de me laisser raconter la mienne, de me laisser dire le handicap aux enfants comme j’ai l’habitude de le faire avec les miens, sans tabou ni fausse pudeur. Dès le début, on finissait les phrases de l’autre, ou on se disait pareil. 

Ça sent un peu l’amitié qui démarre à des centaines de kilomètres…

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Elle nous a bien captées…

Alors, je ne sais pas si je serai à votre hauteur, si vous lirez mes textes à vos enfants, ni même comment nous sortirons ce livre (via la voie classique ou via le crowfunding) mais un jour nous serons les mamans de ce nouveau bébé, et je crois que j’en suis déjà fière, et fébrile!

J’ai avancé sur le texte à vitesse grand V. J’ai présenté des ébauches à un jury intransigeant, qui a pas aimé la première version que j’ai dû entièrement repenser.

Je ne sais ni quand ni comment, mais je sais bien pourquoi… Parce que le handicap doit avoir plus de place dans notre société, c’est à celle de demain qu’il faut déjà s’adresser 😉 

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une frayeur en entrée?

Je vous plante le décor mais je vous préviens par avance, c’est un article brut d’émotions, et empli d’angoisse et de culpabilité mais que j’ai tenu à écrire parce que cela n’arrive pas qu’aux autres, et je n’espère ni indulgence ni insulte…

24 Décembre 2017, marché de Noël corrézien. Il fait bon et doux. 

Opérée lundi 18 (je vous raconterai plus tard) j’ai encore les points, et les gaz de la coélio me font mal aux côtes mais je gère plutôt bien. Ma sœur est un double-cheese, entendez par là qu’elle porte deux bébés, qui semblent pressés d’arriver, donc elle a été mise au repos forcé. Du coup, on a fait la route, et en ce 24 Décembre doux et festif, on a décidé d’aller au marché de Noël.

Nous sommes 3 adultes, l’Amoureux, Doudou (ma maman) et moi, pour 4 enfants, les miens, et Cromignone, ma nièce âgée de 3 ans.

Chalets qui vendent des produits artisanaux aux alentours de la très belle église au cœur du centre ville, décorations qui brillent, barbe à papa…Tout est là pour passer des heures pleines de magie avant d’aller se coucher pour attendre un vieux barbu traîné par des rennes…

Nous passons un long moment sur le Carrousel, voiture de pompier, chevaux, les enfants ont les yeux qui brillent, et les adultes la tête qui tourne. 

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Nous cherchons le père Noël, des fois qu’il soit encore dans les parages… Nous mangeons une barbe à papa, et des churros. 

Nous regardons les ados qui escaladent le mur artificiel, en regrettant que les baudriers soient trop grands…

Nous attendons longtemps pour les marrons chauds. Les deux plus petits, Avalanche et Cromignone courent sur la place au milieu des autres familles, et je ne les lâche pas des yeux. Rayond’soleil est près de moi, et discute avec le vendeur de marrons. 

Nous repartons en direction des chalets, les enfants sont dispersés mais nous sommes 3, et nous maîtrisons. Tantôt l’un, tantôt l’autre revient vers moi, qui détiens les précieux marrons au goût d’enfance!

Rayond’soleil s’arrête plus que de raison vers une boîte à livres, et je lui rappelle de ne pas s’arrêter sans nous prévenir, qu’il y a foule. Les petits courent et grimpent sur les bancs, je rappelle alors à Avalanche d’aller doucement, sa cousine est plus petite. La principale intéressée me jette un « je suis graaaaande moi! ». Nous avons ralenti le pas.

Rayond’soleil me réclame un marron chaud. Je baisse les yeux sur mon épluchage. 

10 secondes.

Quand je les relève, il me manque un pompon.  » Elle est où Rayond’soleil ? ». Pointe d’angoisse. 

Les deux autres adultes regardent autour d’eux.

Je l’imagine derrière le bosquet, mais rien. 

Il est 17h…

Sans nous concerter, nous saisissons chacun un des enfants restants  par la main et partons en courant, chacun dans une direction différente. Les rues partent en étoile depuis la place de l’église. 

J’ai mal au ventre. Je suis avec Avalanche, d’un pragmatisme absolu:

« on va la retrouver maman, parce qu’elle peut pas rester là, elle va avoir froid, pis elle mourrait de faim aussi. T’inquiète pas maman. » Je lui souris mais le cœur n’y est pas. 

Passe une minute. Puis deux. Trois.

Je fouille l’église. Je laisse Avalanche à ma mère. J’imagine le pire, c’est allé si vite que ça ne lui ressemble pas. Quelqu’un l’aura prise par la main. J’inspire fort.

Je vais la retrouver, saine et sauve.

Je me le répète comme un mantra. 

La musique sur la place. Je la connais bien ma petite perchée, la musique l’attire, si elle est partie d’elle-même, c’est forcément là-bas que je la trouverai. J’y cours.

Elle n’y est pas, mon cœur est tombé au fond de mon estomac. 

5 minutes, personne ne l’a retrouvée. L’inquiétude marque les traits de tous les visages. Cromignone crie  » Rayond’soleil, j’ai perdu Rayond’soleil, je cherche ma cousine!!! ».

Moi j’ai arrêté de l’appeler. J’ai pris le téléphone en hurlant à ma mère « J’appelle les flics… »

Je vais la retrouver saine et sauve…

Je cours à travers les rues alors que l’agent reste calme.

-A quelle heure l’avez-vous perdue?

-17h à peu de choses près. 

-Son âge? Une description? 

  • Bientôt 9 ans. Elle est petite pour son âge, environ 1m25, 1m30 maxi. Elle a une parka bleue marine qui passe sous ses fesses, un jean rose et des bottes. Elle a un bonnet blanc à pompon, motifs rouges et bleus. Elle porte des lunettes rouges, elle a les yeux bleus-gris, un tout petit nez et les joues rondes…Sa démarche est atypique.

Ma voix est mécanique, je garde la tête froide, je reste concentrée sur l’objectif, la retrouver saine et sauve. 

-Elle connaît son prénom et son nom, mais ne saura pas donner mon téléphone, elle a un handicap, elle a un handicap et elle doit commencer à avoir peur. 

Les larmes montent mais je les refoule. Nous sommes 3 adultes à remuer ciel et terre, et l’agent vient de me dire qu’il mettait sa brigade sur le coup, et que les premiers qui la retrouvaient appelleraient les autres.

Je vais la retrouver, saine et sauve…

17h09, j’ai un message sur mon répondeur. Je continue de courir. Les rues sont piétonnes sur plusieurs centaines de mètres, mais j’ai peur qu’elle ait dépassé les barrières. J’ai mal au ventre, mais je n’y pense pas. 

Je vois que le message est de ma mère au moment où j’entends la longue plainte de Rayond’soleil. 

Nous sommes tous revenus au point de départ quasiment en même temps. Elle est là, en face de moi, elle hurle sa peur.

Je me jette à genoux, et la serre contre moi, avec Cromignone et Avalanche. Je pleure. Tout le monde nous regarde mais je m’en fous. Nos larmes se mêlent à celles de Calme de lune qui n’a plus rien de calme. 

Nous prenons tous la violence de ces 10 dernières minutes qui nous ont parues une éternité. Tous sauf Avalanche, qui nous dira plus tard « qu’il savait qu’on allait la retrouver, ça ne pouvait pas être autrement ». 

Nous restons enlacées là par terre à pleurer au moins aussi longtemps que nous avons été séparées…

Le fin mot de l’histoire, c’est que toute handicapée qu’elle est, elle s’est aperçue qu’elle nous avait perdus de vue et s’est approchée d’une dame pour lui demander:

« Elle est où  maman? ».

La dame l’a emmenée là où les musiciens jouaient et ils ont fait un appel. Rayond’soleil n’a pas cédé au stress, et a patiemment donné son prénom, à une adulte qu’elle a choisie. Puis elle a attendu que quelqu’un entende son appel. 

Cromignone courait dans une rue adjacente en criant  » Rayond’soleil, au secours j’ai perdu ma cousine » ma mère et Avalanche sur les talons, quand ils ont été arrêtés par un monsieur qui avait entendu l’appel. 

J’ai eu la peur de ma vie. Nous étions 3 adultes, et nous avons focalisé sur les enfants qui vont vite, sur les enfants qui courent et grimpent sans nous méfier de celle qui d’ordinaire est si peu téméraire.

Quand j’ai marqué l’arrêt, elle a dû continuer sans s’en rendre compte. Les yeux sur son marron, je ne l’ai pas vue disparaître. Pendant 10 minutes, j’ai pensé qu’on me l’avait prise en étouffant cette voix là pour me hurler à l’intérieur « Je vais la retrouver, saine et sauve ». 

Perdre un enfant dans la foule, ça n’arrive pas qu’aux autres. J’ai rappelé le commissariat, tout le monde était soulagé. J’ai pleuré toute la nuit. 

Culpabilité et descente d’angoisse. Mon ventre a saigné aussi, comme pour se rappeler un peu plus de cette douleur qui s’y était installée, là où 9 ans plus tôt, elle était bien à l’abri… 

En rentrant à la maison, nous étions tous épuisés mais tellement émus d’être tous ensemble qu’on s’est blottis les uns contre les autres longtemps. Elle a dormi avec ma mère et elle m’a manqué. Je les ai tous embrassés si souvent en ce jour de Noël que j’ai usé leurs joues et que mon Avalanche m’appelle « la voleuse de bisous ». Les enfants en ont reparlé à froid, on a tous essayé d’exorciser et ils ont dépassé le traumatisme.

Je vous écris ça avec les mains qui tremblent et la vue brouillée. J’ai commandé des bracelets et des badges d’identification (oui les deux, on n’est jamais trop prudents finalement), même si je pense qu’elle aura plus de mal à nous fausser compagnie, et qu’elle sera plus vigilante elle aussi. Nous sommes loin d’être des parents qui s’en foutent de leurs mômes, on est des loups, une tribu, on les lâche peu, on fait attention, et pourtant, il aurait suffit de 10 malheureuses secondes pour que notre vie bascule définitivement si nous ne l’avions pas retrouvée. Internet se plait souvent à épingler ce genre de choses et pourtant j’ai pris en pleine face la réalité de la vie, 10 secondes, je l’ai lâchée des yeux si peu de temps et pourtant. Je la veille, et pourtant. 

Pourtant. 

Le positif de cette péripétie, parce qu’il faut réussir à le trouver en chaque chose, c’est que nous, les adultes avons su garder notre sang froid, et que elle, la petite fille perdue a su trouver quelqu’un et lui expliquer la situation malgré ses difficultés d’élocution. 

Je n’ai pas vu cette dame qui a accueilli et surement tranquillisé ma puce et je n’ai donc pas pu la remercier, mais je compte sur vous pour partager cet article, en espérant que la magie des réseaux sociaux opèrent et que cette personne puisse lire ces quelques mots: Merci, du fond du coeur. Vous nous avez offert le plus doux des cadeaux de Noël cette année… Mon Rayond’soleil se souviendra de vous, et nous également! 

Je vous souhaite à tous de magnifiques fêtes de fin d’année, gardez l’œil ouvert et alerte…Je l’ai dit, je n’attends pas qu’on me dise que ce n’est pas ma faute, je suis sa mère, c’est ma faute. L’histoire se termine bien, heureusement. 

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