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Nos relations avec les soignants…

Alors nous, les parents d’enfants extras, on a notre staff technique. Une ribambelle de soignants: les médecins: le généraliste, le pédiatre, le généticien, l’orthopédiste, le cardiologue, le phoniatre (ah ah qui le connait?) , le chirurgien maxillo-facial, l’ophtalmologue, l’ ORL, le neurologue, Liste non exhaustive (je crois que j’ai fait le tour des « nôtres » )
et les para (pas chute, pas pluie, (quoique)mais médicaux): le psychomotricien, l’ergothérapeute, le kinésithérapeute, l’éducateur spé ou de jeunes enfants, l’orthophoniste, l’orthoptiste, l’ostéopathe et dans notre cas l’AVS et la prof de danse qui ont toutes deux été très investies. 
Ça en fait du monde n’est ce pas?
Alors forcément, il y en a certains qu’on voit souvent, et d’autres moins. Certains avec qui on se dit qu’on serait amis dans d’autres circonstances, et d’autres à qui on a envie de faire manger le bureau, sans se départir de notre doux sourire.
Mon précédent texte, concernant la nouvelle psychomotricienne de Rayond’soleil a soulevé, ici et ailleurs, des réactions de professionnel(le)s qui s’avouent étonnés de cette peur du jugement qui nous tenaille parfois, face aux soignants qui entourent nos enfants. Alors déjà, c’est bien dans les yeux des psychomotriciennes qui nous ont épaulés que j’ai vu le moins de jugement concernant, entre autre, le portage. J’ai l’impression qu’on ne choisit pas sa profession par hasard…
Pourquoi notre relation est-elle si complexe?

1.les mauvaises expériences:

Malheureusement, comme il y a de bons et de mauvais humains, il y a les bons et les mauvais soignants. Ceux qui aiment se prendre pour le messie, qui SAVENT mieux que vous, pauvre être décérébré et crétin qui n’avez pas fait toutes les études que lui a fait, et qui en plus osez poser des questions.

On sent que c’est l’expérience qui parle.

Vrai faux-pédiatre, si tu me lis, je te pardonne. Je te pardonne ton mépris, et tes mots qui m’ont tellement écorché le cœur. J’aimerai que tu grandisses un peu, et que tu sois enfin à notre hauteur, et à celle de nos enfants. En attendant, je te plains, ta vie doit être triste. Tu n’es pas seul tu sais, avant toi, j’ai rencontré une soit disant pro, qui m’a dit que si Rayond’soleil ne marchait toujours pas, fallait pas que je m’étonne, avec mes écharpes. Genre, ce n’est pas parce qu’elle ne marchait pas que je portais, mais l’inverse. Logique.

 

 

 

               2. Nous sommes inquiets:

Et qui peut nous jeter la pierre. On a cet enfant, qui n’évolue pas comme les autres…Les beaux jours, on crane un peu, le conformisme c’est surfait, mais les autres, on doit bien avouer qu’on crève de trouille. Si on n’a pas de diagnostic, ou si on a un diagnostic de maladie rare, on n’a aucun moyen de savoir comment ça va évoluer pour notre enfant. Alors oui, on se mange les ongles. Puis grâce au Dieu Google, on a accès à plein de choses que vous pouviez nous cacher avant. « On cherche telle maladie, mais je ne vous développe les symptômes que si c’est ça ». Et nous, on court bêtement sur Orphanet. Et on pleure.

On est à l’affût de mille et une astuces pour faire progresser nos petits, pour améliorer la qualité de leur vie, on cherche de nouvelles techniques de rééducation, on essaie de s’entourer, parfois même, on se forme à vos côtés. Et là, on avance vraiment main dans la main!

 

 

 

 

               3. On vous confie ce qui nous est le plus cher:

Notre enfant, sa santé et ses progrès. On attend énormément de vous. On attend des résultats, faut pas se leurrer. On sait que c’est dur, et long. On le sait que dans votre duo (et je parle plutôt pour les paramédicaux) c’est lui qui devra fournir le plus d’efforts pour progresser, et vous le plus d’inventivité pour l’aider à le faire. Mais c’est tellement compliqué de s’en remettre à quelqu’un d’autre! Bon sang comme c’est dur de vous laisser faire, surtout au début. On sait qu’on doit vous faire confiance, et pourtant, on a envie d’un droit de regard. Souvent, la rééducation se fait sans nous, on bilante rapidement à la fin, mais on ne voit rien de ce que vous faites avec eux. Votre salle est un endroit obscur pour nous, surtout que notre enfant est parfois ravi de cet aparté avec vous! On aimerait bien être des petites souris pour voir ce qu’il s’y passe. Rayond’soleil adore la motricité, moins la kiné. Néanmoins, elle travaille bien quand je ne suis pas là, et il est plus simple pour les professionnels d’avancer sans moi. Alors je lis beaucoup dans les salles d’attente. On apprend à lâcher-prise, petit à petits, soyez patients avec nous. 

 

 

4. On est les premiers pros de NOTRE enfant:

Sans vouloir vous vexer, ni cracher sur vos études, nous sommes les premiers pros de la maladie de notre enfant et de ses symptômes. J’ai bien conscience qu’il existe une certaine proportion de parents peu impliqués, ou peut-être défaillants, voire pire, toxiques, mais ils ne sont pas la majorité. Nous fréquentons votre petit patient tous les jours, je crois qu’on le connait bien. On est au fait de tout ce qu’il aime et déteste, de ce qu’il est capable de faire à la maison ,de son degré d’autonomie à l’instant T, de ses goûts et dégoûts. Ce que vous avez appris sur le handicap, nous, on le vit au quotidien. Donc, on veut bien vous accorder notre confiance, pour l’aider à avancer mais vous devez aussi nous faire confiance. Bien entendu que, seuls, on ne peut pas y arriver. Si on doit faire une métaphore, le handicap est une voiture, nous( le couple parents/enfant)  sommes le volant, et vous le carburant. Sans vous, nous bloquons. Sans nous, vous ne vous dirigez pas aussi bien. 

 

 

 

5. On est parfois chiants: 

Mais il faut savoir nous pardonner. On est chiants oui. On veut tout savoir (et rien payer!). On culpabilise. On a mis au monde un enfant hors norme, et on se demande parfois pourquoi. On le conduit toute la semaine à diverses séances de rééducation, à divers rendez-vous médicaux, et on s’en veut grave de lui infliger ça. On regarde les autres mômes de son âge, on compare, et on s’en veut une nouvelle fois de ressentir cette pointe de nostalgie au fond de notre coeur. On vous harcèle de questions, on veut aider. On veut aider… A réparer la situation, à le porter le plus loin possible. Je sais que c’est difficile pour vous de nous intégrer. On vous prend un temps pas croyable. Mais croyez le ou non, c’est pour le bien de l’équipe. Parce que si on sait comment vous bossez, on peut le faire aussi. Même 10 minutes par jour, comme ça, l’air de rien. Vous le savez que ça les aide nos loulous extras! On sait aussi que vous manquez de temps justement. Comment faire? Comment nous apprendre les 2 ou 3 astuces nécessaires? Nos conseiller des lectures? Enregistrer des tutos? On inventerait une chaîne sur Youtube, je pourrai filmer. Comme ça, on ferait difficulté par difficulté. 

Tant que cette chaîne n’existe pas, je pense, que pour les suivis réguliers, on devrait réserver une séance par trimestre pour que vous nous donniez vos astuces. Pour qu’on partage, sur ce que vous avez mis en place, et pourquoi. Je crois qu’on est en droit de savoir. On peut comprendre, suffit de se mettre à notre portée 😉 

 

 

6. La communication:

On profiterait de cette séance pour parler. Parce que le dialogue encourage la confiance. Des deux côtés. On en profitera pour faire le point sur les progrès constatés de chaque côté. Ça nous fait un bien fou. A tous je pense. Vous constatez pendant ces discussions qu’on apprécie votre boulot, vraiment, et nous, on entend du bien de notre enfant. Et ça n’a pas de prix pour nous. On partagerait aussi nos astuces de parents, les difficultés rencontrées avec notre enfant, par vous ou par nous, et on chercherait des solutions. C’est ce qui s’est passé à chaque fois que j’ai rencontré un des paras qui s’occupent de ma puce. A cœur ouvert, sans crainte, on a partagé et échangé, dans un immense respect. 

Concernant les médecins… Ici, notre généraliste est un interlocuteur privilégié. On peut aborder tous les sujets, sans tabou. Elle nous soutient, nous épaule, sèche mes larmes au besoin, et traduit les courriers de ses confrères. Je pense qu’il FAUT absolument avoir un médecin référent auquel on voue une totale et absolue confiance. A vous qui n’avez pas toujours été épargnés par le corps médical, entre erreur de diagnostic et pronostics catastrophiques concernant votre enfant, ce phare au milieu de la tempête est indispensable. Je pense au médecin de famille, car c’est lui que vous fréquentez le plus. Mais à l’ère d’internet, certains spécialistes se montrent abordables, et parfois, adorables. Ce ne sont pas tous des monstres imbuvables, loin de là.(même s’ils existent, les imbuvables!) 

Il ne faut pas oublier que nous sommes dans l’humain.  Et comme dans tous les rapports humains, il y a parfois des quiproquos, des malentendus, des mauvaises surprises, mais il y a aussi et surtout de belles rencontres. Des gens qui vous portent à bout de bras quand vous croyez que vous êtes au fond du trou, des personnes qui protègent votre Loulou, des professionnels grandement impliqués dans ses progrès, jusqu’à en avoir des larmes au fond des yeux. On oublie parfois que médecins et paramédicaux sont des gens comme nous, avec aussi des bonnes et mauvaises journées. 

Nos relations, nos émotions sont exacerbées, car elles ont toutes en point de mire un enfant, le notre, que vous suivez plus ou moins régulièrement. Pour toutes ces raisons, ce n’est pas toujours facile d’avoir le recul nécessaire. On a envie de bien faire, parfois on a même envie de vous plaire. On a peur d’être jugés, parce qu’on l’a déjà été. Mais on est tellement reconnaissants aussi. On ne vous le dit pas toujours, la pudeur l’emporte, mais MERCI d’avoir choisi ce métier, d’aimer nos enfants cabossés par la vie, de les guider, et de nous guider. Rayond’soleil est un aimant à bonnes personnes, donc j’ai eu la chance de rencontrer des professionnels formidables, investis, passionnés (et quelques idiots, mais on ne va pas se souvenir d’eux). Je garde le contact avec certains d’entre eux qui, parce qu’elle grandit, ne la suivent plus. J’ai rencontré des médecins très qualifiés, et très humbles, des gens qu’on aurait bien vu au coin du feu pour l’histoire du soir, Rayond’soleil juchée sur leurs genoux; des médecins rassurants,par leur sérénité, et leur immense expérience. Beaucoup de gens qui croient en un monde plus beau, en un monde plus doux pour tous les Rayond’soleil. Alors, même si je garde des réserves, sachez, vous tous qui entourez ma fille, que je vous fais confiance, je vous confie sa santé, moi je me garde la responsabilité de son bonheur, même si on a juste envie d’être impliqués dans votre domaine, afin d’optimiser les progrès, qui eux même optimiseront le bonheur! On forme une drôle d’équipe, mais, pour le moment, on s’en sort tous pas si mal…

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la photo parait Hs, mais dans ces pros qui sont des amis, nous avons Mymy, la prof de danse, qui est une amie chère à nos coeurs.

 

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Les vacances

Elles arrivent. 

Qui?

Les VACANCES!!!

Je les appréhende toujours un peu. Parce que, sortie de sa routine, Rayond’soleil angoisse terriblement et reviennent en force les rengaines « on fait quoi? Et après, et après et après… »

Ah le Après. Vide de sens, anxiogène, répétitif. 

Au début, je cadrais au maximum TOUTES les activités, mais bonjour la décompression. Tous les matins debout à heure fixe, nous essayions de faire des activités plus ou moins rituelles: 9h balade à la fraîche, 10h peinture, 11h préparation du repas… Cela n’a pas duré pour deux raisons:

  1. c’est très chiant de vivre en vacances comme dans une colonie. 

  2. J’aime pas les trucs chiants. 

Du coup, il nous a fallu trouver des astuces pour qu’elle ne soit pas stressée par le vide potentiel de sa longue journée de vacances, sans que cela n’exige une organisation pénible pour la famille. Parce que quand elle est angoissée, elle se pince, pose mille fois la même question, et que les garçons ont aussi envie de faire ce qui leur plait sans avoir à respecter un quelconque emploi du temps. On planifie des trucs importants comme une virée à la piscine ou une sortie spéciale, mais la promenade impromptue reste…impromptue. 

Comment alors canaliser cette angoisse?

  1. Faire un emploi du temps. Ça parait paradoxal, mais si elle peut visualiser des trucs importants, ça lui donne un repère dans le temps. Exemple le mercredi sortie piscine notée. On le fait semaine par semaine, puisque, ne nous leurrons pas, après une virée piscine seule avec les 3 monstres, je pense que je n’aurai pas spécialement récupéré pour la semaine suivante! Néanmoins, et dans la mesure où elle part aussi sans moi, on va le faire sur un grand support, ou elle visualisera le temps qu’il reste avant de partir, et le nombre de dodos sans maman. 

  2. La montre madame Irma dont je vous ai parlé permet de lui donner une idée du temps. Il faut ABSOLUMENT qu’on la retrouve avant l’été!

  3. Regarder ensemble la météo, et de fait lister les activités envisageables selon le temps prévu: soleil=parc ou piscine, pluie= découpage et Reine des neiges.

  4. Garder un certain rituel quand même: manger à heures fixes, préparer le repas avec elle vu qu’elle adore ça. Manger systématiquement dehors s’il fait beau, et dedans s’il pleut, ça aide aussi. Faire ses exercices de souffle et de motricité fine pendant la sieste de son petit frère. Se jeter dans la piscine juste avant le goûter et n’en sortir qu’à l’heure d’allumer le barbecue.  Bref, garder un semblant de cadre rassurant. 

  5. L’écouter. Je sais qu’elle progresse d’année en année sur tous les plans, et notamment celui de l’angoisse. (Moi aussi 😉 ) Du coup, je m’adapte continuellement à ce qu’elle peut supporter. C’est une petite fille qui ne tolère pas l’inactivité, ni l’ennui. Comme je n’aime pas la voir s’enfermer dans son monde, je reste vigilante. Et dès que c’est trop d’oisiveté pour elle, je propose une activité (allez, file vider le lave vaisselle! Je rigole à peine!)

  6. Cela nous amène à la 6 ème astuce: L’inclure dans les tâches ménagères. Vacances ou pas, la maison doit être aspirée, lavée et le linge un peu plié. Alors elle aspire sa chambre pendant que je nettoie la salle bain. Double bonus: elle s’autonomise sur certains points (je ne repasse jamais derrière elle, c’est fait dans la mesure de ses possibilités, et personne ne mourra s’il y a des moutons sous son lit!) et ça l’occupe, et comme on se débarrasse du ménage le matin, ça cadre un peu. 

Alors je sais que certains de vos enfants NE PEUVENT pas : aider, être inclus, se concentrer sur la météo. Ce n’est pas grave. Chaque jour après l’autre. On répète, la météo, la plus petite chose qui puisse l’aider un peu. On progresse à petits pas, à leurs côtés. On devient inventif, on apprend à se satisfaire de la plus petite minute passée dans le calme et la sérénité. Rayond’soleil fait de la relaxation à l’école, le vendredi après-midi. Depuis trois semaines, elle arrive (parfois) à se détendre. Depuis trois mois, je pratique le yoga tous les jours. Je pense inclure le yoga aux activités rituelles, mais j’ai envie que les garçons participent. Je vais le glisser juste avant le repas. 15 minutes pour eux. Je vais m’offrir « Calme et attentif comme une grenouille » L’idée c’est de travailler (Rayond’soleil risque de régresser si on coupe tout travail pendant plus d’une semaine) l’orthophonie, la motricité fine et globale (balade à pieds, à vélo, on ne fait pas de motricité « en salle » pendant les vacances). On a du matériel: tapis de gym, bilibos (petits et grands), des briques en mousse, des balles à picots, des cerceaux. On fait des parcours dans le jardin, ou dans le salon si les orages s’en mêlent. Mais on ne routinise pas le travail. On doit s’amuser surtout, beaucoup, et s’ennuyer un peu. C’est ce qui est le plus difficile pour elle finalement. Ne pas savoir quoi faire, alors qu’elle est toujours hyper stimulée tout au long de l’année. 

Et quand vraiment l’angoisse est trop forte, et qu’elle bloque, elle sait qu’elle trouvera toujours mes bras pour épancher ses peurs, mon dos réconfortant pour porter ses craintes. Le portage comme anxiolytique, c’est un concept à développer! Mais une chose est sûre, quand elle est braquée, prostrée, ou hurlante, c’est LA réponse imparable. Si un endroit la stresse plus que de raison (raison vue par moi, qui diffère donc de la sienne), le portage reste l’outil idéal pour l’aider à passer le cap. Et en vacances, quand toutes les expériences sont permises et possibles, on s’en sert plus qu’à l’accoutumée. Pas forcément longtemps, mais au moins le temps qu’elle accepte l’idée. Puis, faut avouer que ça prend moins de place que le fauteuil, surtout si on ne s’en sert finalement pas 😉

Et vous, vos astuces anti-stress des vacances, c’est quoi?13406861_288950614779086_6220458994432228318_n

 

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L’adolescence…

Mon fils aîné sait comment on fait les bébés. La vache, la claque que j’ai pris. D’où, à 9 ans, on sait tout des mystères de l’amour physique hein? J’ai face à moi un ado en devenir. Tantôt enfant émerveillé, tantôt adolescent blasé et boudeur. Je me marre à le regarder grandir, ses bras déjà trop longs, ses baskets taille 39, et sa coupe en brosse que je dois coiffer chaque matin. Calme de lune a décidé de rester célibataire pour l’instant, de jouer à la PS avec ses potes (sans boire de la bière), il montre surement ses fesses dans le bus qui le ramènent des tournois de rugby aussi… Je n’appréhende pas tellement l’adolescence, la maison remplie de chaussettes qui puent, et les mobs garées devant mon garage. J’imagine qu’on continuera de parler de tout, lui et moi, aussi librement qu’aujourd’hui, qu’il saura me dire que j’abuse, ou qu’il a besoin de moi. Il me mettra en colère parce qu’il rentrera en retard à sa première permission de minuit, et je chercherai encore et toujours à deviner le prénom de son amoureuse, qu’il se bornera à me cacher. On parlera contraception, et respect de l’autre. Il ne me posera pas de questions sur les poils qui poussent (qu’il exhibera fièrement dans les vestiaires!) ni sur le sexe et ses pratiques, je contrôlerai l’utilisation qu’il fera de son smartphone, et le demanderait en ami sur Facebook, il n’osera pas refuser, mais d’ici là, pas grave Snapchat sera déjà dépassé et j’aurai l’air d’un dinosaure sur les nouvelles plateformes que je ne connaîtrai pas, forcément. On a déjà installé par précautions le contrôle parental sur les écrans connectés qu’il utilise, mais c’est un préado docile et respectueux des règles. A mon avis, ça sera une autre paire de manches avec Avalanche, même si on m’a dit il y a peu que plus le terrible two est corsé, et plus l’adolescence sera cool. Rendez-vous dans dix ans. M’est avis qu’il fera le mur en escaladant le toit, que son oncle gendarme le ramènera à la maison par la peau des fesses après qu’il ait roulé à contre-sens sur l’autoroute en mobylette. Mais je peux me tromper. Il sera peut-être devenu doux comme un agneau, il ous demandera la permission de sortir, et ne fera pas de bêtises qui le mettraient en danger. Il aura lui aussi tout plein de copains qui chaussent du 43, et qui puent des pieds (comment ça tous les garçons ne puent pas des pieds?!), il mettra des lunettes de soleil, même quand il pleuvra.

Et Rayond’soleil alors? Vous voyez la gamine de la pub SFR « QUI C’EST QU’A REPASSé MON JEAAAAAAAAAAAAAAANNNNNNNNNNNNNNNNN!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! » hum, ouais je vois bien ça. Elle a fait des gros progrès en langage, elle sait ce qu’elle veut et ne veut pas.

Je lui apprends à mettre du parfum dans son cou pour sentir bon, et de la crème sur ses joues quand il gèle (oui on est pas très assidus sur la crème) comme à ses frères. Elle n’aura pas de grands pieds. (Avalanche va la rattraper niveau pointure) Elle n’aimera pas mettre des robes, parce que c’est pas pratique. Aimera-t-elle toujours son tutu? Elle passera des heures dans sa chambre à écouter de la musique, et on frappera à sa porte en disant « Baisse le son! » . Il faudra l’emmener au concert du dernier groupe à la mode avec sa copine V. Elles baveront au sens propre comme au figuré sur les jeunes chanteurs coiffés en brosse. Elle finira par retomber amoureuse d’un des copains de Calme de lune. 

Le handicap dans tout cela?

Il va me compliquer la tâche, on va pas se mentir. Je vais devoir lui expliquer ce que sont les règles, et comment mettre une cup (bon ok je rigole, au début on achètera des serviettes hygiéniques!). Quelle sera sa compréhension à ce moment là? On ne peut pas prédire de l’évolution de Rayond’soleil. Je sens qu’elle a du potentiel, et elle m’a surprise plus d’une fois, mais j’avoue, j’ai la trouille! Grave. Je me rappelle mes premières règles, la façon dont j’étais chamboulée, alors que je savais exactement ce qui m’arrivait…

Et comment je vais lui parler de sexe? Lui apprendre que non c’est non, que peut être c’est pas oui, et qu’il ne faut pas faire confiance trop facilement? C’est pas toujours facile de bien éduquer nos garçons, et de protéger nos filles, mais avec un coeur aussi pur que le sien, c’est encore plus compliqué. Je lis des choses effroyables venant de la part de parents de personnes souffrant de handicap quel qu’il soit. J’ai entendu une mère dire « qu’elle avait peur que sa fille ait des relations sexuelles, qu’elle ne le tolérerait pas, et qu’en plus elle n’avait pas eu le droit de la stériliser. » J’ai été profondément choquée par ces paroles. Avons nous le droit, nous parents, de nous immiscer dans la vie intime de nos enfants, sous prétexte qu’ils souffrent d’une déficience? Je ne le crois pas. Nous sommes là pour accompagner au mieux, pour expliquer les choses, pour leur présenter les moyens de contraception adapté à leur âge, et à leur compréhension. Bien entendu, je ne souhaite pas qu’elle tombe enceinte à 15 ans, mais cela aurait été valable pour n’importe lequel de mes enfants, la différence c’est que les garçons ne voient pas leur ventre glonfé (oui glonfé! au grand dam de mon Avalanche!). Donc prévention, comme pour les autres! On reparlera de ses peut-être futurs enfants dans un autre billet, un autre jour…

Quel sera son désir d’émancipation? Sera-t-elle une ado peureuse, enfouie dans les jupons de maman, ou sera-t-elle assez autonome pour avoir envie de sortir et de faire la fête sans moi? Comment moi je vais le vivre? Je dois déjà la laisser partir chaque matin en bus, et là, elle part en classe verte. Elle va se coucher dans un dortoir, sans avoir eu mon bisou ni celui de l’Amoureux, elle n’aura pas fait la licorne qui vole jusqu’à son lit. Elle va survivre, j’en suis convaincue. Mais moi? (je rigole, j’aurai la tête dans le guidon avec les gars, à peine le temps d’y penser!!) On ne peut rien prédire de son évolution, et ça m’angoisse puissante dix. Saura-t-elle lire, et le cas échéant, les technologies seront-elles suffisamment avancées pour qu’elle puisse utiliser facebook sans être lectrice? 

Comment va-t-elle supporter la rééducation en cette période rebelle? Je la connais ma Reine des neiges, elle sait charmer son monde. Aura-t-elle toujours cette envie de plaire, ou sera-t-elle du genre à tout envoyer balader? Pourtant, je ne m’avance pas trop en disant qu’elle aura encore besoin d’orthophonie, et de kinésithérapie. Au moins. 

Et malgré tous ces questionnements éprouvants, je garde foi en l’avenir. Parce que je l’ai déjà dit, elle franchit des caps comme ça, sans prévenir, elle grandit, et elle m’entraîne avec elle. Elle ne prend pas l’autoroute mais elle suit son bonhomme de chemin. J’ai hâte qu’on aille faire du shopping toutes les deux, et qu’elle me dise que cette robe me fait un gros cul (Avalanche ne sait pas lire, j’ai le droit d’écrire cul du coup!). J’imagine ses idylles et ses béguins furtifs d’adolescentes, je pense déjà aux heures qu’elle passera suspendue au téléphone.

Limite j’ai hâte de voir mes trois ados se liguer pour une augmentation de l’argent de poche, ou militer parce que c’est une dictature dans cette maison! Je les imagine engagés pour toutes les causes, passionnés, et surtout, toujours aussi soudés.

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Peut-on parler du calme avant la tempête?