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Différence, et empathie

Tout d’abord, j’aimerai prendre le temps de définir l’intelligence différente.

Vous le savez, j’ai une petite fille exceptionnelle, extraordinaire mais dont l’intelligence ne rentre pas dans les cases habituelles. Ma petite fille de 9 ans, si elle sait  reconnaître toutes les lettres de l’alphabet, ne sait par exemple pas écrire, et peine en graphisme. 

Par exemple. 

Il y a aussi à l’inverse, des enfants de 3 ans qui maîtrisent la lecture et les dinosaures sur le bout des doigts, mais ne rentrent eux non plus pas dans le moule. Arborescence.

Ce qui rassemble ces extrêmes, c’est certainement l’intelligence du cœur. Cette fantastique capacité à aimer en entier, à ressentir l’autre sans barrière, ce qui est parfois compliqué pour nous, parents, au niveau de la gestion des émotions.

Je vous ai déjà parlé de l’hypersensibilité ici. Aujourd’hui, je vous parle de l’empathie, parce que je suis convaincue que ces enfants à l’intelligence différente sont plus empathiques que les autres.

L’empathie, qu’est-ce-que c’est? 

C’est la faculté de se mettre à la place de l’autre, de savoir ce qu’il ressent.

C’est pour cela que Rayond’soleil a toujours un mot gentil pour une personne triste, qu’elle a toujours un geste tendre envers celui qui souffre, et qu’elle exprime beaucoup de sentiments.

C’est aussi pour cela que ces enfants sont ce qu’on appelle des « éponges ». Ils savent. Ils ne savent pas comment, mais ils savent intuitivement dans quel état émotionnel vous pouvez être.

Inutile d’espérer leur cacher une grosse colère ou un pic d’angoisse…Ils sauront. Alors autant mettre des mots sur vos émotions : furieux contre votre patron, triste parce que mamie est malade, inquiet pour une autre raison, joyeux, excité, optimiste…Et ne trichez pas avec eux, sans quoi vous allez créer une perte de confiance en eux

Mettez des mots pour ne pas créer de fausses idées dans la tête de vos enfants à l’intelligence du cœur parce que s’ils savent comment vous êtes en dedans, ils ne sont pas pour autant des mages, des liseurs d’avenir. Ils ne peuvent donc pas deviner pourquoi vous êtes dans cet état.

Ils vont élaborer des stratégies pour entrer en contact avec vous, pour vous permettre de dire ce que vous ressentez, mais ils ne vont pas pouvoir vous permettre de donner la cause de votre souffrance ou votre bien-être si vous ne coopérez pas un petit peu. C’est pourquoi votre petit empathique va vous pousser à bout s’il ressent une colère ou un chagrin. Ou bien, il sera excité, s’il sent que quelque-chose se trame, ou triste, si une personne de son entourage est triste, sans pouvoir se l’expliquer.

Ces petits doués d’un 6ème sens si on peut dire, peuvent ressentir ce don d’une façon formidable si vous les aidez à le valoriser. Ce qui ne coule pas de source dans notre société aseptisée et normative. (oui j’en veux un peu aux normes et aux codes qui nous privent de la richesse de la différence).

Car le petit empathique va pleurer avec Paddington quand il est triste, puis hurler de terreur dans le cinéma, pour avoir les yeux qui brillent, et la petite larme qui coule quand tout finit bien. Il va aller chercher le bon en chacun  d’entre nous, et tentera l’interaction dans n’importe quelle situation. Le pépé à l’air égaré, le petit enfant au regard perdu, la caissière aux yeux tristes. Les empathiques sont plus sensibles aux émotions dites négatives qu’aux émotions dites positives…Par exemple, quand elle sent quelqu’un de triste, Rayond’soleil lui touche le bras et lui demande « Ça va toi ? »

Ils sont également naturellement attirés par l’art…Peinture, sculpture, tout a un sens pour eux. Rayond’soleil, son art préféré, c’est la musique. Elle est subjuguée dès les premières notes et malgré une élocution ardue, elle connait par cœur des dizaines de chansons, allant de Stromae à Renaud.

Cette sensibilité accrue et à part est-elle une déficience ?

Je ne le crois pas. Je pense que l’empathie est une arme de solidarité massive. Que mis bout à bout, les signes de sympathie déclenchés par l’empathie sont de formidables vecteurs de mieux vivre et de mieux-être.

Je crois par contre, qu’il faut apprendre à gérer l’empathie, histoire de ressentir l’autre sans se ressentir comme l’autre, toute la nuance de l’équilibre étant là, ténue, mais bel et bien là.

Ressentir l’autre, c’est savoir comment il est à l’intérieur au moment où notre regard se porte sur lui. Se ressentir comme l’autre, c’est se laisser gagner par les émotions de l’autre, et donc s’effacer, et s’oublier. Ressentir l’autre est utile, c’est une force de communication inépuisable ; se ressentir comme l’autre, c’est prendre le risque de laisser les émotions lourdes prendre le pas sur tout le reste.

Comment faire ? Je n’ai pas de clef toute trouvée. Je suis une empathique née. J’ai appris à en faire ma botte secrète. A écouter mon intuition, et j’encourage mes enfants à faire de même. Comment ?

  • Vivre ses propres émotions à fond. Je le redis, on a le DROIT de pleurer devant un film, ou en lisant un livre, et de laisser les autres le voir.

  • Sentir les autres, les toucher, les écouter.

  • Ne pas les conseiller mais les accueillir. C’est important de ne pas parasiter l’émotion de l’autre. Si l’autre se sent inquiet, mais moi confiant, je ne peux pas le nier. Nous ne sommes pas tous égaux face aux situations. Il a le droit de ne pas se sentir comme moi.

  • Ne pas les absorber mais les accueillir. Je dois avoir suffisamment confiance en mon propre jugement. Si on reprend l’exemple du dessus : je dois avoir confiance en mon jugement pour rester confiant quand l’autre est inquiet.

  • Ne pas refouler les mouvements de sympathie. Et dans une société qui s’axe sur la force de caractère, difficile de se montrer « gentil » sans être catalogué « mauviette » (si si je vous jure). Alors ici on est gentils les uns avec les autres et on trouve normal de l’être avec quiconque en montre le besoin. Cela nous permet aussi de se donner l’occasion de ressentir l’autre.

Alors autant être franche, être parent d’un empathique qui a le droit de l’être n’est pas de tout repos. Tempête de colère face à une injustice, torrent de larmes (pour l’enterrement de J.Hallyday par exemple, Avalanche a pleuré car les gens étaient tristes) mais aussi joie de vivre intense et communicative.

Mais je préfère mille fois qu’ils aient le droit de l’être, plutôt qu’ils refoulent tout cela et soient obligés de composer avec à l’âge adulte.

Rayond’soleil croque la vie à pleines dents. Pourtant, si un jour je suis triste, elle « éponge ». Alors je fais de mon mieux pour être franche sans lui faire peur. De mettre des mots simples sur ce qui me chamboule parfois…

En conclusion, l’empathie est l’intelligence du cœur, et c’est une chance dans la différence de nos loulous extraordinaires, j’espère vous en avoir convaincu…

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Détache-moi…

Ah l’attachement… Le phénomène d’attachement à son enfant se construit dès la grossesse. Parfois, l’enfant qui naît différent provoque un cataclysme dans sa famille, parfois c’est la maladie qui s’en charge. Le handicap, la peur…On pense souvent qu’on s’attache difficilement à ces enfants là… Mon amie Aline s’est entendue dire il y a peu  « on s’y attache QUAND MÊME, hein? » de la part d’une dame, parlant du fils d’Aline justement là, dans son fauteuil, ne perdant pas une miette de la discussion.

QUAND MÊME. Heureusement qu’on s’y attache. L’enfant parfait, tout ça quoi.

C’est parfois plus difficile, c’est vrai. Au lieu de s’émerveiller des progrès de nos trésors, on est là, à mettre en place un suivi parfois digne d’un sportif de haut niveau, à courir les salles d’attente, à s’angoisser en cachette.

Puis la vie s’apaise au moins un peu. On rentre dans la routine. Notre routine. Pas la même que celle des autres familles, mais une routine quand même…

Entre temps, on n’a pas du tout fait gaffe que ce petit être exceptionnel, on s’y est attaché exactement comme à son frère avant lui. On a pratiqué les mêmes gestes, on l’a couvé du même regard.

Alors oui, des fois, on se laisse happer, et là encore, je le redis, il y a le portage pour renforcer ce lien parfois si fragile, pour compléter le trio parents/enfant, pour réparer quelque chose qui s’effiloche, pour compenser ce dont on se sent dépossédé. Par exemple, privée de sommeil, incapable de calmer les longues crises nocturnes de Rayond’soleil, je suis devenue une chouette. Une porteuse de nuit. Lovée à la verticale, mon bébé se laissait enfin aller… Privée de près de 6 semaines de grossesse pour mon Avalanche, je l’ai porté contre mon cœur, m’enivrant de cette sensation douce, et chaude. Chacun y trouve son compte. Parfois on compense un allaitement impossible à poursuivre, parfois on se dit qu’à hauteur d’homme notre petit change de perspective, lui qui ne marchera jamais…

Et puis, alors qu’on pensait avoir vu le bout du tunnel émotionnel, on s’entend dire « lâche la un peu, elle est grande, faut que tu apprennes à t’en détacher! ».WOW.

Ceux là même qui jugeaient qu’on aurait pu se fouler un peu plus sur l’attachement nous reprochent rapidement d’étouffer nos enfants, de les surprotéger, de les couver.

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Grimpe petite fille, et va toucher le ciel!!

Alors détache-moi maman…

C’est facile à dire, moins à faire. Déjà quand on a un enfant qui va bien, on peine à lui laisser des libertés. Comment exprimer mon sentiment ce samedi, quand pour la première fois j’ai laissé Calme de lune voguer entre ses amis et la maison, alors que moi même je n’y étais pas? Où se trouve la limite du raisonnable? Quelle latitude avais-je à 10 ans? Sûrement plus grande que la sienne mais ne lui répétez surtout pas! Je me souviens des après midi passées loin de ma mère, de la consigne de passer un coup de fil à 15h précises quand je restais seule à la maison avec ma frangine. Pourtant, Calme de lune est l’un des enfants de sa bande à obtenir le plus de libertés. En Finlande, les enfants sont jugés suffisamment raisonnables pour rester seuls sans nounou dès l’âge de 9 ans. En France, cela fait figure d’exception. Quand on dit qu’il part en colonie, on nous regarde comme des monstres. J’imagine que certains parents nous trouvent complètement irresponsables de le laisser circuler seul, sans surveillance.

Avalanche aimerait aller seul à la boulangerie. Je le laisse faire (elle est sur le palier) sachant que je le vois rentrer et sortir depuis le portail (normal la boulangerie est VRAIMENT ma voisine) mais lui ne le sait pas. Rayond’soleil y gagne un peu d’autonomie dans ce petit village où tout le monde sait qui elle est. Dimanche, tout le monde se demandait qui accompagnait leur Rayond’soleil au marché. On ne peut pas l’enlever, sans que cela se sache très rapidement!!! Mais si nous vivions en ville? Serai-je aussi à l’aise avec les demandes toujours plus folles de mes enfants?

Aller à l’école seul.

Traverser la rue sans me donner la main.

Monter en haut de la cage à écureuil toute seule, sans mon aide.

Monter le toboggan de la piscine et me demander de l’attendre en bas.

Je ne sais pas. J’ai vu il y a peu une étude disant que le périmètre des enfants a été considérablement réduit en 10 ans.

Je suis une maman louve, mais zen. Mes petits expérimentent leurs corps sous mon regard bienveillant (même si mon rythme cardiaque connait parfois quelques manqués, notamment grâce à Avalanche) et vont souvent jusqu’à la limite de ce qu’ils peuvent faire, la repoussant chaque fois d’avantage. Jamais je ne dis « n’escalade pas, tu vas tomber. » Je tempère parfois Avalanche, mais je motive les deux autres à se dépasser, surtout Rayond’soleil qui ne doit pas rester sur ses acquis.

La psy de l’école m’a dit qu’elle était quand même drôlement autonome pour une petite fille porteuse de handicap. On pousse. Elle n’est pas autonome par plaisir personnel, mais parce qu’on a envie qu’elle se débrouille le plus possible. Alors Rayond’soleil, de grès ou non, s’habille seule (j’attache ses vêtements, on est pas des monstres), se lave seule, se sèche plus ou moins seule, elle mange toute seule, et débarrasse son assiette. La règle numéro 6 de la maison étant que chacun participe aux tâches (parce que la règle 5 dit qu’on est une équipe) elle a sa part à faire. Bien sûr, on y oppose des attentes réalistes. Bien sûr que si c’est un des petits qui passe le balais sous la table, on ne s’attend pas à pouvoir manger par terre. On espère ainsi leur inculquer des automatismes, à elle aussi bien qu’aux autres. Faire son lit le matin, se laver les mains quand elles sont sales, mettre la table quand il est midi, porter le linge dans la panière de linge quand il est tâché. Si elle s’en saisit, ça sera un pas de plus vers sa vie sans nous. On l’envoie aussi jouer avec les autres enfants plutôt que de se greffer aux adultes, on la repousse un peu, parfois, on se trouve un peu cruels mais finalement, loin des gâteaux apéros, loin du cœur, elle s’amuse dans un groupe d’enfants…

Est-ce que leur apprendre l’autonomie est un processus de détachement?

Moi, je ne sais pas.

Je suis toujours très attachée à ma maman. A mon amoureux. A ma frangine. A tout un tas de monde.

Je serai tout à fait capable de vivre sans tous ces gens. Je serai surement un peu moins heureuse, tout bêtement.

Alors j’ai pas du tout envie de la lâcher, ma petite fille perchée. J’ai envie de la guider, de plus en plus loin de moi, depuis une position de plus en plus en retrait d’elle, mais surement pas de la détacher.

Le corps médical, les instituteurs aussi, la société porte un regard sévère sur nous, les parents. On fait de notre mieux. On se trompe, on apprend. Il n’y a pas d’école de la parentalité, encore moins de la parentalité différente. On ne s’y attendait pas, ça nous est tombé dessus comme ça, par hasard. Attention, un beau hasard, fait de belles rencontres si on y prête un peu attention, mais un hasard pas toujours simple à encaisser. Alors on a le droit de ne pas avoir envie de les laisser trop vite à des inconnus. De visiter trois fois la classe. De demander avec anxiété si tout s’est bien passé en notre absence. Comprenez, pendant longtemps, on a été sa seule référence stable à ce petit loup, on est son premier expert. Facile de nous enjoindre de les laisser s’envoler, facile de prendre l’air décomplexé quand on a essayé ( et réussi) au moins une fois à le faire. Mais c’est tellement difficile de laisser nos enfants prendre leur premier envol, alors quand en plus de ça le handicap s’en mêle (s’emmêle?) on grimpe encore un palier. 

Je sais qu’un jour ils quitteront le nid. J’appréhende hein, mon plus beau rôle c’est d’être leur maman. L’arrivée de Rayond’soleil a bouleversé la donne. J’ESPÈRE qu’elle va quitter le nid, pour voler de ses propres ailes un jour. Non promis, je ne la retiendrai pas, malgré l’angoisse qui me submerge quand j’y pense. Saura-t-elle se servir de la gazinière, faire ses lacets, remplir un chèque et veiller ses comptes? Pensera-t-elle à payer son loyer, à se laver les mains, à balayer son sol? 

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Suis ta propre route, tes propres rails

Détache-moi maman…

C’est tellement facile à écrire et complexe à imaginer dans une société aussi élitiste et nombriliste que la notre. J’ai pas envie de lui construire un avenir qui ne verrait que par moi. Je dois élargir son cercle, et au début, ça n’a pas été simple. Pourtant Rayond’soleil attire les belles personnes. Ce matin, on m’a dit qu’il n’y avait pas de hasard, je crois que c’est vrai. Ma p’tite fille magnétique et magique a su se construire auprès de gens qui ont su aimer sa différence, sublimer ses capacités. 

Détache-moi maman…

Faire les bons choix, même s’ils font peur. Confier son enfant si fragile, cet enfant qui parfois a failli mourir sous nos yeux, cet enfant qu’on porte à bout de bras depuis des mois, des années.

Détache-moi maman…

Pourquoi maman? Parce que c’est souvent aux mamans qu’on reproche cette relation fusionnelle. Sans l’Amoureux pour percer notre bulle, je ne sais pas si j’aurai eu autant de force, la force de la laisser s’éloigner. Malgré l’émerveillement que créé cette indépendance, aurai-je eu le courage de prendre les risques? J’ai souvent eu l’impression de sauter dans le vide sans savoir si j’avais bien attaché mon parachute. 

Détache-moi maman, parce que le risque d’être heureux vaut la peine de tenter notre chance…Si se détacher veut dire leur donner une certaine liberté, autonomie, indépendance, à leur niveau, leur degré, le meilleur possible, pour leur apprendre à s’en sortir peut-être un peu sans nous alors je dis ok, détachons-nous, mais aimons nous en! Aimons-nous en le plus possible…

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Aussi libre que tu sois, je ne me lasserai jamais de plonger mon nez dans ton cou… Aimons-nous

 

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La semaine contre la VEO, la bienveillance, tout ça tout ça…

C’est la semaine de la non violence éducative. 

Je suis triste qu’il y ait une semaine de la non-violence.

Ca fait longtemps que j’ai pas écrit qui fait débat. Je suis d’humeur…Massacrante! Alors je vous préviens, si c’est pour venir me taxer de bobo, de hippie, de laxiste, je vous arrête, j’ai pas envie de me battre. 

Chacun pense ce qu’il veut ok. Mais si battre sa femme, c’est la violence conjugale, battre son môme c’est de la violence parentale. Ca ne souffre pas d’objection. Donc à moins que vous ne considériez normal de taper sur tout ce qui vous contrarie, (et là je vous suggère de consulter avant de devoir aller en prison) ouvrez vos chakras, et détendez vous, on n’est pas là pour juger, mais pour discuter ensemble, de comment on peut devenir un parent qui ne malmène pas son enfant.

J’ai eu Calme de lune il y a de cela 9 ans. J’avais des rêves plein la tête, et j’avoue que j’ai eu un bol monstre, mon Calme de lune est un petit garçon facile. Trop facile même. On bosse dur avec lui, parce qu’il n’exprime presque jamais de colère, et je sais que s’il fait ça, c’est qu’il a des peurs. Rayond’soleil est arrivée deux ans plus tard. Beaucoup d’angoisses ont plané au dessus de sa petite tête chétive, et là encore, la non violence éducative a été assez facile. Mis à part les crises de rage qu’elle a pu me faire des années durant, les pleurs intarissables des 6 premiers mois, elle ne m’a pas « remuée ». Avec Avalanche, c’est une autre paire de manches. Perturbateur, frondeur, colérique, intense dans toutes ses émotions, cet enfant m’a énormément déstabilisée. Nombre de fois, j’ai eu envie de lui coller une calotte, qu’il s’arrête enfin!

Alors la non violence éducative, qu’est ce que c’est? Et surtout, pourquoi trouvons nous cela si difficile?

La non violence c’est le fait de ne pas se montrer violent. Jusque là, c’est facile, notre société a su brimer et juguler l’agressivité naturelle de l’homme, en imposant des codes sociaux.

Sauf que ce n’est pas du tout le cas dès lors qu’on parle d’éducation. Justement, on estime que battre son enfant n’est pas grave, il faut bien qu’on se fasse respecter non de non! Puis, il faut le dire, arrêter de réagir par la violence, avec des fessées ou des gifles n’est pas chose facile.

J’explique: quand, à bout de nerf, vous giflez votre enfant, c’est un réflexe. Si vous menacez pendant 10 minutes, et que vous finissez par le faire, c’est du conditionnement. On a presque tous pris des claques et des fessées, et si j’écris aujourd’hui, et que vous lisez, c’est qu’on n’en est pas morts hein! C’est l’argument choc des pro-fessée: on en est pas mort. Mais d’autres si. Oui oui, je vois arriver le débat. Entre mettre une fessée et battre son enfant à mort, il y a… Il y a quoi? Un engrenage? Un pétage de plomb plus explosif que les autres? Si on s’autorise à violenter un enfant, on a plus de risques d’aller trop loin que quelqu’un qui se l’interdit. 

On a déjà eu du bol, nous les trentenaires(coucou les copines quarantenaires :p ) parce que nos parents avaient abandonné les coups de martinet et les coups de ceinture( pour la plupart) et ne recouraient à la fessée qu’en ultime recours, signe déjà d’une évolution dans les mentalités.  Si je me souviens des fessées que j’ai reçues? Oui, elles n’étaient pas fréquentes, mais je ne peux pas dire que je les avais bien méritées, ni que j’en ai retiré un quelconque enseignement. J’ai eu la chance d’avoir une maman présente, et aimante, avec qui je pouvais dialoguer aisément (même si je m’y suis mise tard, au dialogue). Je sais aujourd’hui la pression mise sur les parents concernant l’éducation. Si j’ai déjà frapper un de mes enfants? Oui, je suis un être humain, et parfois ça m’est arrivé de craquer. Si j’ai honte? Oui, bien entendu! J’aurai du réagir autrement. C’était de bêtes tapes sur les fesses, mais quel intérêt? Alors qui suis-je pour donner des leçons? Personne, d’ailleurs, je n’en donne pas. Je suis convaincue du bien fondé de la non violence éducative, je suis convaincue aussi de grandir avec mes enfants, d’apprendre à être une maman bienveillante, au gré de mes expériences. Mes aînés ont un passif du côté de leur père qui fait que je m’interdis tout geste brusque. C’est l’extrême qui m’a fait prendre conscience que non, même pas une petite tape. Ce n’est pas possible, ça devrait être illégal.

Les automatismes font que je crie encore pas mal, la pleine conscience du pourquoi et du comment fait que je m’en rends de plus en compte rapidement compte. J’ai beaucoup plus de raisons de hurler sur les clients pénibles ou sur mon chef que sur mes enfants. Déjà parce que mes enfants, je les aime, alors que les sus-cités, ben pas tellement! Et puis, ils me font confiance. Et je suis responsable de leur intégrité physique. Crier, ou dire des choses méchantes peut être dévastateur pour un enfant. (estime de soi, repli…)

Quand on ne frappe pas son enfant, mais qu’on lui apprend les choses dans la tolérance et l’amour, on gagne son respect. Quand on lui impose les règles en le contraignant physiquement à obtempérer, on lui inspire la peur, la douleur, parfois le rejet, mais pas le respect! Je ne respecte pas celui que je crains, et je ne crains pas forcément celui que je respecte. L’enfant qui reçoit des coups va juste apprendre à dissimuler ses bêtises, ses fautes. Mes enfants se dénoncent facilement quand ils ont repeint un mur, ou cassé un pot de fleur, ou eu une mauvaise note. Parce que, si effectivement je me fâche pour le mur, je sors la pelle et la balayette pour le pot de fleur, et je cherche la raison de la mauvaise note (a-t-il appris sa leçon, l’a-t-il comprise, ai-je fait assez d’efforts moi même pour lui permettre de comprendre la leçon?), ils savent tous que la punition ne fait pas mal.

J’aimerai arriver à ne plus punir. Pour l’instant, je n’y arrive pas avec Avalanche. Il a tant de choses à apprendre, et tant de caractère que je ne sais pas comment gérer. En cas de crise colérique de l’un de nous deux, je sors de la pièce pour passer mon agressivité plus loin (en rageant, en tapant dans un coussin, en chantant DIAM’S). Si j’en arrive à brailler plus fort que lui, je sais que j’ai échoué dans la résolution du conflit. Je ne suis pas zen, je ne suis pas parfaite, il m’arrive même d’être dure et de passer des soirées entières à m’en vouloir d’avoir mal géré un problème. 

 

Et si la bienveillance commençait par soi même?

Je crois que j’ai trouvé la clef pour des rapports plus sains avec les enfants. Déjà, se détacher du regard des autres est primordial. Quand on juge un enfant qui pique une crise pour avoir une sucette, on entrevoit 1 minute de la vie de la famille, rien de plus. Et ce n’est pas parce que le parent cède qu’il est laxiste, le petit a peut-être eu une injection pour ses soins, un épisode douloureux à l’école, la perte d’un animal de compagnie, bref 1001 raisons de péter un câble, d’autant que son cerveau est immature et ne sait pas gérer la frustration. Quand on voit une mère de famille hurler sur sa fille de 4 ans et lever la main, on ne sait pas si elle n’a pas eu à subir d’autres épreuves dans sa journée. L’empathie bon sang, c’est la clef!

Et on n’est jamais bien servi que par soi même. Donc j’ai décidé d’être bienveillante avec moi même. Oui, je suis imparfaite, mais je pense que ça leur mettrait pas mal de pression à mes mômes si je faisais tout toujours parfaitement! Mais je sais reconnaître mes erreurs et chercher des solutions. Par exemple, je déteste voir bouder mon fils aîné. Je ne sais pas pourquoi, mais autant je suis à l’aise avec les colères monumentales du Terrible two du dernier, je ne sais pas réagir aux bouderies. Enfin, ça c’était la semaine dernière. Parce que j’ai réfléchi, et je me dis que je n’ai qu’à l’encourager à parler. Et que je ne dois pas juger ses raisons. Oui, je me casse en deux pour qu’ils passent de supers moments, on fait des milliers de choses qu’ils aiment et ils devraient se prosterner devant un autel à ma gloire. Mais il a 9 ans, et il a le droit d’être contrarié par ce que je vais considérer comme une broutille. Ca ne remet pas en cause les efforts que j’ai fait avant, ça ne veut pas dire que sa journée est nulle ou que je suis une mauvaise mère ou lui un mauvais fils. Quand j’ai décidé de ne pas me sentir agressée, visée par ses bouderies, j’ai pu les accueillir plus simplement, et me passer du sermon « tu te gâches la journée à tirer une tête de 6 pieds de long, et tu me pourris la mienne. »(suite auquel j’ai pleuré toute la soirée, parce qu’il avait pleurer aussi).  Il a le droit de ne pas être content, et ce n’est pas ma faute. Peut être est-ce lié, ou non, mais il boude moins (et s’exprime plus). 

Alors attention, être bienveillant avec soi même et reconnaître ses erreurs et s’en excuser ne vous empêche pas de tendre vers la bienveillance. Frapper son enfant et s’excuser après n’a aucun sens si vous recommencez chaque jour, chaque semaine, ou à chaque bêtise. 

Se poser et analyser les situations où votre enfant vous met hors de vous (faites ça le soir quand il dort, petit conseil, parce qu’en pleine crise ça ne servira à rien!!) pourra vous aider. 

D’ailleurs, on devrait voir les bêtises comme des expériences. Nous, on y arrive de plus en plus, parce qu’on a Rayond’soleil et qu’elle nous a bien ouvert l’esprit cette fillette là! Si vous attrapez votre enfant en train de faire une expérience, vous ressentez quoi? De l’amusement. Vous êtes amusé et émerveillé par ses progrès. Bien sûr, quand il multiplie les expériences, c’est fatiguant. J’essaie de ne pas punir les enfants, mais de réparer les bêtises. On ramasse la terre ensemble, on essuie le lait sur le carrelage ensemble. Parfois c’est vrai, on punit. Le mot de trop, l’insolence de trop, ou la morsure (rarissime mais qui arrive encore parfois) de trop. Je ne veux pas d’enfants parfaits, comme eux ne veulent pas de parents parfaits. On a tous le droit à l’erreur, tous le droit de mal faire, mais on ne devrait pas avoir le droit de faire mal, pas à l’enfant qui n’a que nous comme repère, modèle,protecteur…

Je serai demain à la Maison de chez nous à Vichel, pour animer une après midi sur la bienveillance éducative. Même si je suis convaincue que j’ai des progrès à faire, je sais aussi que je peux vous aider à mener une réflexion calme et en pleine conscience des difficultés que nous pouvons rencontrer, nous parents. N’hésitez pas à réagir à cet article, à me dire que ce cela remue en vous (ou pas) et à venir à notre rencontre demain si vous êtes dans le coin!

http://lamaison.cheznous.coop/evenement/gouter-dechanges-autour-de-la-bienveillance-educative/

 

On finit par une vieille photo de tireuses de langues, parce que vous n’imaginez pas comme n était contents quand elle a enfin su tirer la langue! (vivement qu’elle sache cracher tiens!)

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Le handicap de l’enfant, et la blessure narcissique du parent…

Le handicap de son enfant est un sujet souvent douloureux. La situation, qu’elle soit clairement définie par un diagnostic, ou encore relativement floue, en cas d’errance, est le plus souvent difficile à accepter.

On parle d’un travail de deuil, de l’enfant parfait, de l’enfant qui nous ressemble.

J’ai lu un très joli livre il y a quelques années, livre que je vous recommande à tous:

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On y parle des souffrances que cet enfant inflige malgré lui à ses parents, mais aussi et surtout du regard de notre société sur le handicap.

Je peste souvent en disant qu’on cache nos handicapés, et nos vieux. (oui je dis pas personne âgée, Calme de lune me le fait bien remarquer, mais nos vieux, c’est affectueux!). Je me suis demandée pourquoi.

Ce livre a un brin éclairé ma lanterne. Et je vais partager avec vous ce que moi je crois.

Je crois que l’enfant en situation de handicap effraie. Je ne dis pas qu’ils sont moches à faire peur, loin de là, je n’ai jamais vu une aussi belle petite fille que la mienne… Si si regardez:

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Elle est belle, et vos enfants sont beaux. Seulement, ils ne rentrent pas dans la norme, la normalité, imposée par notre société.

Pour les autres, vos amis, votre famille, les inconnus dans la rue, vos enfants sont le rappel vivant et violent que ça n’arrive pas qu’aux autres.

Quand on imagine un bébé à venir, on n’imagine pas qu’il sera malade. Parfois on le découvre à l’échographie, et on a le choix de garder ou non cet enfant. Parfois c’est le choc à la naissance, et enfin, on peut finir par le découvrir des mois plus tard.

Alors forcément, dans l’attente d’un enfant, ou non, voir un enfant en fauteuil, ou un enfant porteur de trisomie, ou un enfant avec des prothèses auditives…nous rappelle que l’enfant parfait n’existe pas, et que le handicap peut frapper n’importe qui, n’importe quand.

Ensuite votre enfant peut aussi avoir des troubles du comportements. Les gens vous regardent de haut, vous l’avez forcément mal élevé. Il n’est pas envisageable de prime abord que votre enfant ait des troubles autistiques, une hyperactivité, voir même un haut potentiel intellectuel (qui peut donner de grosses crises de colère aussi!). Non, vous êtes le fautif. Puis, on n’a pas toujours envie d’expliquer à la vieille mémé aux lèvres pincées que non, ce n’est pas un caprice, mais que Loulou ne comprend pas, ne parle pas, et donc crie, et balance ses poings. On sort épuisé de ce genre de confrontation. Jugé, sali, en larmes parfois.

Les soignants qui nous infantilisent et passent outre nos avis, et nos émotions ne vont pas aider à guérir la blessure narcissique. Ils sont trop peu souvent empathiques. Ils oublient qu’ils ne font pas face à un trouble, ou à un handicap, mais à une personne touchée par le handicap, et au centre d’une famille. Combien de familles bénéficient d’un suivi de fratrie? D’aide psychologique? Combien de médecin se prennent pour Dieu et balaient d’un revers de la main les propositions, les peines et les désirs des familles? Une fois l’annonce faite, le quotidien mis en place, que reste-t-il à ces parents parfois démunis?

On ne va pas se voiler la face, la première ligne, c’est nous. Les plus meurtris de l’histoire, ce sont les parents. On a mis au monde un enfant pas comme les autres. Pourquoi? Qu’a-t-on fait de mal? On se repasse chaque minute de la grossesse, voire des mois qui l’ont précédée. On revoit chaque aliment ingurgité, chaque rhume. On scrute la famille pour voir si une tante éloignée n’était pas comme ça elle aussi? On se demande si on paye quelque chose, si on expie une faute… (et c’est encore plus vrai pour les familles croyant en un quelconque dieu, j’ai du bol de ne croire qu’en nous).

Puis on s’y fait, ou pas. Certains parents vont toujours souffrir du handicap. D’autres feront front. Plus ou moins bien selon les périodes.

J’admire les uns et les autres.

Le plus douloureux à accepter pour moi, ça a été le handicap intellectuel. Les mots « débile, idiote » lancés dans les cours de récré de mon enfance me sont revenus en pleine tronche. Rayond’soleil n’est pas débile, ni idiote. Mais je sais que c’est cette image qu’elle pourrait véhiculer, et j’avoue que c’est ce qui me soucie le plus. Les moqueries, elle est toujours passée au travers pour le moment. Alors mon but à moi, c’est de la porter le plus loin possible. Quand je la vois commencer à déchiffrer des petites phrases, et écrire son prénom en grand, je me dis qu’on va y arriver. Je sais qu’elle a une intelligence différente. Elle ne fera pas math sup’, je ne veux pas en faire un ingénieur, mais je sais qu’elle est intelligente, et pas débile. Elle a une intelligence de coeur bien supérieure à la moyenne. Mais j’ai quand même dû accepter le fait qu’elle ne suivrait pas le circuit scolaire normal, et qu’il y a peu de chance de fêter son bac. J’ai dû redéfinir mes priorités.

Pour d’autres parents, c’est la perte (ou la non acquisition) de la marche qui sera difficile à gérer émotionnellement.

D’autres encore, la douleur chronique…J’ai pleuré à chaque fois qu’elle m’a dit souffrir d’un endroit ou de l’autre. L’impuissance face à la douleur, c’est horrible, invivable, insupportable…

Personne n’est plus malheureux que le voisin. On ne peut pas quantifier la peine selon le degré de handicap. Et ce n’est pas parce que le handicap est plus léger qu’il est plus facile à accepter (oui je dis beaucoup accepter, alors que je sais que certains d’entre vous n’accepteront jamais)!

J’ai fini par accepter. Me moquer du regard des autres, et me fixer chaque jour de nouveaux objectifs.  Je m’aide de ce livre, conseillé par Za, du blog de Za. Parce que l’autonomie sera donc la priorité de nous 51BfX-1kSTL._AA160_tous, parents d’enfants en situation de handicap quel qu’il soit.

Redéfinir les priorités, se fixer des points atteignables chaque jour. Prendre un jour après l’autre, relativiser.

Il sert à toute la famille, dans la bienveillance. J’aimerai que les instits en fassent autant, mais y a du boulot dans notre système scolaire habituel. La bienveillance, on en est bien loin. La maîtresse de Avalanche pense systématiquement qu’il est en faute dès qu’il a un accrochage avec un copain. Parce qu’il est un peu vif. Il n’a pas le droit à la parole.

Pour Rayond’soleil, le personnel de l’école est dans la bienveillance, et pousse les enfants gentiment, mais fermement au dépassement de soi.

Rayond’soleil est une petite fille exceptionnelle, anormale oui. Je n’ai pas peur des mots. Mais je ne la vois pas comme un fléau ou une punition, et je n’aimerai pas qu’elle croit que je la pense ainsi. Elle m’a appris beaucoup sur moi, et sur les autres, sur le handicap en général, et sur la façon d’aborder les autres, différents de moi. Je suis plus ouverte, plus décidée, plus forte, plus sûre. Je suis prête à affronter la vie maintenant.

Vous allez me dire que c’est facile, ses jours ne sont pas comptés, elle marche, et elle est heureuse. Je répondrai que j’ai pas le droit d’être malheureuse si la première concernée ne l’est pas. « Rayond’soleil est pas pareille, mais elle n’est pas handicapée ». Ce sont ses propres mots. Moi je l’aime ma ptite fille pas pareille! J’aurai aimé que sa vie ne soit pas faite de rdv multiples, de rééducation et de possibles moqueries, mais si elle y va en souriant, c’est que tout ça, c’est sa norme à elle.

N’oubliez jamais, que le plus dur, c’est  pour vous…Et je sais que vous êtes courageux, combatifs et que vous allez déplacer des montagnes pour vos bijoux…

5

Dormir ensemble…

Vous dormez avec elle?!!!

Euh nan, je vous jure je suis innocente. « Elle » a une nuit et une demie journée. Elle est blottie contre moi, calée par le coussin d’allaitement. La puéricultrice me fustige du regard. Bien sûr, elle a vu que je m’étais endormie. Et elle m’engueule. Je lui donne de mauvaises habitudes, je pourrais la faire tomber. Ben justement, est-ce qu’on ne pourrait pas remonter la barrière de lit, ça m’arrangerait. Refus net et catégorique, ce bébé va dans son berceau. Elle s’approche de moi. « Je crois que ce bébé va rester dans mes bras, et que vous allez sortir, pour ne plus revenir. Relisez mon projet de naissance, je souhaite qu’il soit respecté. » Je suis restée calme, la descente d’hormones n’est pas entamée, je me sens en pleine forme, et ma fille, si petite, si fragile, va rester contre moi. Une autre personne rentre lorsque je sonne, elle relève la barrière de lit. 

4 ans plus tard, je tiens un autre bébé contre mon sein. La sage femme me remonte sans rien demander la barrière de lit, et cale le bébé avec le coussin d’allaitement. Même maternité, évolution des mentalités concernant le cododo. Je pourrai vous raconter la mésaventure avec une autre sage-femme, qui voulait compléter mon fils, à 4h du matin, le 4ème jour, et que j’ai menacé en hurlant et en pleurant de coller par un mur, mais j’ai un peu de dignité, et puis je suis là pour parler de cododo….

Rayond’soleil est différente. je l’ai vu tout de suite. Pas les médecins mais qu’importe. Calme de lune dormait plutôt bien en sortie de mater. J’aimais l’avoir près de moi, mais il ne demandait pas trop de contacts. 

Elle ne voulait que moi. Elle se collait à moi. Ce bébé si petit, si hypotonique trouvait malgré tout le moyen de ramper, pour coller son nez à mon sein. Assez rapidement, elle a préféré dormir sur moi,  et a débuté alors le combat de la mère contre la fatigue. La puéricultrice de la PMI passait pour la peser (Rayond’soleil a mis 30 jours pour retrouver son poids de naissance). Les premiers temps, je cachais notre lit. J’avais démonté les barreaux d’un coté de son lit, et l’avait collé au mien. J’avais fixé les deux à l’aide d’une patte de métal. Bref, du bricolage. Marquée par les paroles entendues à la mater, je cachais notre nid, pour éviter les réflexions. Ce qui est marrant, c’est que la puer avait remarqué qu’il n’y avait pas de lit bébé à la maison…Elle a fini par me poser la question, et, un peu honteuse, je lui ai montré. Elle a trouvé ça super, et n’a pas eu de mots malveillants. 

Je crois qu’elle m’a redonné confiance. Je n’avais pas à avoir honte de dormir avec ma fille. Si je dois être honnête, cela a duré presque deux ans. Pour Avalanche, à peine 6 mois, car je le réveillais dans mon sommeil. Il a fini par aller partager la chambre de son frère. Aujourd’hui, ils ont décidé de recododoter. Parce qu’Avalanche a l’imaginaire fertile, et il se fait plein d’histoire qui font peur, et se trouve rassuré par les bras protecteurs de Calme de lune; Parce que ce dernier est un peu trouillard aussi. Parce que les humains ne sont pas fait pour dormir seuls tout bêtement. Quand elle se réveille tôt, Rayond’soleil aime venir se glisser entre l’Amoureux et moi, et là bien au chaud, elle se rendort paisiblement. Hier à la sieste, je me suis endormie contre Avalanche qui cauchemardait, et Rayond’soleil a fini par venir s’enrouler contre son petit frère, elle aussi. 

Aux personnes qui m’ont dit « tu n’as pas peur qu’ils s’habituent » parlant d’eux petits, ou même aujourd’hui, je réponds « S’habituer à quoi? A être aimés? Câlinés? Choyés? Rassurés? Non je n’en ai pas peur, je veux qu’ils soient des adultes solides, qui se savent dignes d’être aimés, câlinés, choyés et rassurés, je veux qu’ils sachent qu’ils peuvent compter sur nous, et les uns sur les autres. »

La réponse qu’on me fait alors, est surprenante « Mais non pas ça, s’habituer à dormir avec toi! » . Sérieux les gens, vous connaissez beaucoup de gaillards de 17 ans qui viennent dormir avec maman toutes les nuits? Oui voilà, c’est comme le portage, à un moment, ça s’arrête!

Qu’a apporté le cododo à ma petite fille particulière? La chaleur qu’elle n’était pas capable de produire elle même sans gaspiller son énergie, l’assurance que j’étais là, moi son unique repère les premiers mois. Une réponse rapide à ses besoins, de nourriture mais aussi et surtout de contact. Elle ne dormait pas seulement avec moi, mais contre moi, et cela répondait certainement à ses angoisses. Elle avait besoin que j’englobe ses jambes sur mon bras qui passait dans son dos. J’ai appris bien plus tard que c’était la fameuse angoisse de morcellement dont souffrent les nourrissons et qui peuvent perdurer chez les enfants en situation de handicap .

Et à moi? Cela m’a apporté l’occasion de dormir un peu, à une époque où le sommeil était très compliqué. 

J’aime m’endormir contre eux, enfouir mon nez dans leur cou tout chaud, et me shooter à leur odeur. C’est bête, je sais que ça aura une fin. On ne fait que de l’occasionnel. Samedi dernier, quand mon Avalanche m’a dit d’une petite voix après son second vomito « ze veux dormir contre touuuuuuaaaa. », je n’ai pas résister. 

J’aime assumer aussi. Je connais des dizaines de parents qui ne cododotent pas! Nooooooooooooooooon. Enfin sauf…sauf quand le petit est malade, sauf quand on arrive pas à rendormir la petite la nuit (et c’est souvent mine de rien), quand on est trop crevés, quand on a trop bossé et qu’on s’est pas beaucoup vus, bah oui ça compte pas, hein! Pourquoi? Pourquoi on a tant de mal à assumer? 

Parce que le cododo est très mal considéré par le corps médical, risque d’étouffement, travers psychologiques (!!!). Le cododo bien pratiqué, n’est pas dangereux*. L’autre argument, que j’ai encore vu passer il y a peu, c’est que cela entrave les relations entre les parents, par relations, entendez sexuelles bien sûr. L’article en question, machiste et datant surement du XV ème siècle disait même  » que la présence de l’enfant dans le lit empêche le père d’avoir accès à sa femme. »Accès à sa femme? GLOUPS. Bon je vais pas donner mon avis là dessus, mais n’empêche, accès à sa femme…Au secours. Sans aller jusque là, certaines personnes n’ont pas hésité à me demander, le sourire en coin, comment on faisait. Bah on faisait ailleurs, autrement… :p Honnêtement, les lits c’est fait pour dormir hein! Puis, il y a enfin le sous entendu nauséeux de l’inceste, c’est un autre débat, dans lequel je ne souhaite pas me lancer. Parce que je n’ai pas envie d’avoir la nausée. Mais s’il fallait partager le lit de l’enfant pour en abuser, je pense que ça se saurait. Je n’irai pas plus loin dans cette réflexion là. 

Culturellement parlant, on a mis nos enfants à distance quand on a commencé à être assez aisé pour avoir une pièce pour manger, et plusieurs pièces pour dormir. Le cododo reviendrait alors à accepter une sorte de pauvreté. Finalement tout ce qui ramène à un peu de simplicité, et au maternage, renvoie à une société moins riche, matériellement parlant: tu allaites parce que tu n’as pas les moyens de payer le lait en boîte, tu dors avec ton bébé parce que cela t’économise un lit, tu le portes parce que la dernière poussette vaut un rein, et que ton drap là ça coûte pas cher. Des à priori que les gens ont du mal à surpasser, encore plus quand l’enfant est différent. Et pourtant, toutes ces petites choses apportent tellement à la relation parent/enfant. Attention, je ne dis pas que des parents qui poussent, biberonnent et ont leur chambre aiment moins leur enfant, ou ont une relation pauvre. Je dis juste qu’on peut se donner le droit de partager le lait, le lit, les jambes du parent 😉 

C’est difficile de materner un enfant en situation de handicap. Déjà parce qu’on voit plus de médecins, donc on a plus de risques d’avoir un jugement. Mais aussi parce que ses besoins sont plus intenses, beaucoup plus. C’est éprouvant pour le corps, et pour la tête. Le regard des gens, qui n’arrange rien, pèse également, on en revient toujours là…

Pour vivre heureux vivons cachés? Non, j’ai pas envie! Parce que je me sens bien quand je tiens un de mes crapauds contre moi. Parce que je reste convaincue que ça a apporté de l’équilibre à Rayond’soleil, de la confiance en elle, et aux autres. Et que j’ai furieusement envie que d’autres parents, d’enfants handicapés ou en pleine santé, s’autorisent à partager le sommeil de leur enfant!

  • le cododo doit être pratiqué avec prudence. On ne partage pas le sommeil de son enfant si on a bu, si on fume, s’il n’a pas un espace à lui. De même qu’on ne le fait pas dormir au bord du lit, sans protection contre les chutes, et qu’il ne dort pas sous les couvertures! Bref, on prend des précautions!

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    Photo datant d’il y a longtemps, avec petits bourrelets de maman…et de bébé! Rassurez vous on dormait pas dans le hamac au jardin, on avait un vrai lit dedans aussi!!