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Comme un petit rayon de soleil

Hello…

C’est drôle, je ne sais pas par où commencer, je me sens un peu intimidée, un peu illégitime et pourtant…

Pourtant je suis née avec un stylo dans la main. Même si je faisais les o à l’envers en maternelle, (et encore aujourd’hui je crois), j’ai toujours eu un rapport fusionnel avec les lignes, avec l’écrit, avec le lu…

Et moi, j’ai écrit un livre.

Je revois la gosse que j’étais, celle qui en rêvait, un peu moquée par ses camarades de classe de collège et je lui dis « t’as gagné ».

J’ai mis 32 ans à saisir la plume, et une année de plus à envoyer mon manuscrit à des éditeurs.

C’est dur de se confronter aux critiques, ou plus vraisemblablement au silence…

L’édition est un long, très long chemin.

Je me rappelle en avoir imprimer 10. Et attendu. Un an. Rien.

J’ai recommencé, la certitude chevillée au corps que ce livre valait la peine que je me batte pour qu’il soit lu.

Et recommencé une dernière fois, par mail, à 3 maisons bien choisies.

Visiblement plus que bien. Merci à celles et ceux qui ont cru en moi, aux éditeurs pour qui je sortais de la ligne mais qui m’ont encouragée quand même, et aux soutiens incroyables que peuvent être les amies.

Alors Emilie, t’as écrit quoi au final? Une comédie, un polar ?

Je vais vous parler de résilience.

La résilience c’est transformer ce qui pourrait s’annoncer à priori comme une épreuve pour la transcender.

Le handicap a changé ma vie, et m’a changée moi aussi.

J’ai écrit cette histoire de résilience, de handicap, d’errance de diagnostic, de peur et de joie mêlée. J’y ai mis mon amour, mes tripes, mes peines et l’immense bonheur que la vie m’inspire aujourd’hui. Je n’ai pas voulu écrire un truc sucré, j’ai voulu écrire la vraie vie, la nôtre. Je voulais un livre gai et joyeux.

Je l’ai relu il y a peu, et j’ai réussi à me tirer des larmes à moi même. Raté pour la joie? Je ne pense toujours pas. Beaucoup d’émotions mélangées en tous cas.

Comme un petit rayon de soleil, c’est l’histoire d’une petite fille venue chambouler mon monde trop rangé mais aussi de deux petits garçons qui sont de merveilleux porteurs de lumière sur mon chemin. C’est l’histoire d’un non diagnostic, puisque je mettais un point final à ce livre à l’aube de ses 7 ans, et qu’il en a fallu 8 pour savoir (le tome 2 le tome 2 !!! ) dans un monde qui ne sait pas dire les maux, c’est une bataille pour la vie, pour l’amour, pour l’espoir, la rage d’être heureux, quelles que soient les embûches…

Comme un petit rayon de soleil c’est un peu mon 4ème enfant, celui qui m’a aidé à accoucher de mes émotions.

Il sortira pour de vrai début 2019, et ce sont les mots de mon éditrice ce matin qui ont fait perlé les larmes sur mes paupières… Y avait le mot magnifique dedans. J’ai chialé…

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Tous tout seul…

Deux fois en deux jours que j’entends ce cri de détresse de parents :

 » Je crie toute la journée »; « les enfants c’est dur ».

Non, vous ne criez pas toute la journée, c’est physiquement impossible, oui les enfants c’est dur,  et être parent, si c’est le rôle d’une vie, ce n’est pas un rôle aisé…

Pourquoi est-ce si dur ?

Parce que nous sommes seuls face à nos enfants. Et comme l’exprimait très bien un papa, ce n’est pas habituel dans le monde, ce n’est pas la norme partout, loin s’en faut.

J’en ai déjà parlé dans mon dernier article sur la communication non violente, l’isolement des parents est un fléau.

Gardons en tête une chose, c’est pire pour les parents d’enfants handicapés, et pour les parents handicapés eux-même.

Stigmatisés, traumatisés par les liens sociaux délités, ces parents doivent faire face à une double difficulté : ils voguent de suivi en suivi, et ils se retrouvent bien seuls dans les salles d’attente.

Plus d’ami du tout parfois: ils ont fui (comme le disait hier une maman: devant les crises de  son enfant) effrayés peut-être par cette confrontation avec une difficile réalité, le handicap n’arrive pas qu’aux autres, la roulette russe de  la maladie génétique peut s’arrêter sur n’importe qui et votre enfant en est la preuve vivante et douloureuse…

La famille est bien plus occupée qu’avant. Avec le recul de l’âge de la retraite et la migration des populations (même à l’intérieur du pays) les conditions familiales ont évolué et ne sont plus les mêmes qu’avant. Seules deux générations vivent habituellement sous le même toit en France aujourd’hui (vous et vos enfants) , cette situation offrant peu de répit à des jeunes parents parfois épuisés, souvent démunis.

Encore une fois, le handicap se surajoute à la situation fragile de la parentalité.

Beaucoup de parents ne peuvent plus travailler, et la perte de lien social s’en retrouve augmentée.

Alors que faire me direz-vous ?

Sûrement pas rien.

Je crois qu’il faut renouer avec la solidarité, promouvoir les associations de périnatalité et de péri-parentalité, leur donner les clefs aussi pour qu’elles puissent répondre et s’adapter aux situations qui sortent de l’ordinaire, leur donner plus de lumière, plus d’espace.

Créer des cercles de paroles bienveillants, dans lesquels les parents pourront dire tout ce qui ne se dit pas sur la toile de peur de se faire lyncher publiquement, d’avouer l’inavouable, de dire la peur, le stress, la fatigue et le découragement….

Mais aussi de dire l’amour qui remonte toujours dans nos cœurs pour nous permettre de nous lever encore un matin.

Une main tendue dans la tourmente est toujours meilleure que le pied qui vous enfonce la tête sous l’eau. Savoir dire comme c’est dur nécessite un immense courage qui se doit d’être reconnu par tous…Pour pouvoir être ensuite transformer en impulsion!

je pense que Porter les petits bonheurs, Portage et Handicap, qui est le nom complet de notre association, va s’ouvrir à ce type d’événements, des groupes de paroles pour accompagner encore mieux les familles…Qu’en pensez-vous ?

 

 

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RIP la dignité….

L’autre matin, je suis arrivée au bureau avec la boule dans la gorge et les yeux humides.
J’avais entendu à la radio cette affaire sidérante.

Jean et sa femme, Marie, 80 printemps au compteur, ont été débarqués de leur croisière en Italie dès le deuxième jour.
Je me suis d’abord dit que les deux octogénaires avaient dû rejouer Arsène Lupin, et j’ai eu envie de sourire. La suite m’a collée un sacré mal de bide, et une nausée dont je peine encore à me défaire.
Jean a eu le malheur de demander un badge pour identifier Marie, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Comprenez bien, les portes des cabines ne ferment pas à clef. Quiconque connaît un tant soit peu Alzheimer sait que les personnes se perdent, dorment mal, sont vite désorientées.
La compagnie MSC Croisière a donc décidé grâce à son formidable médecin de débarquer les deux retraités. Encore une fois, il a fallu que la médecine soit décevante.

C’est quoi qui tourne pas rond ici ?

Il faut demander des aménagements avant. Comment Jean aurait pu deviner que les cabines ne fermaient pas ?

Où est l’humanité dans l’histoire ? On les a descendus du bateau, et on n’a même pas réglé le taxi !

C’est quoi ce monde ?

Ce monde où si tu es malade, tu sors !

Ce monde où des hôpitaux refusent de réparer leurs erreurs et où on laisse un vieux monsieur sans prise en charge pour une escarre de l’autre monde ?

Ce monde où les enfants handicapés sont privés de classe de mer ?

Ce monde où si t’es pas pareil t’es mal….?

Punaise. Mais révoltez-vous ! Révoltez-nous !

Car demain qui sera débarqué de la croisière ?

Ma fille, handicapée ?

J’ai réfléchi, je ne préviens jamais personne de son handicap. Pour quoi faire ?

Le handicap ne définit pas Rayond’soleil, comme Alzheimer ne définit pas Marie.

Jean est un mari avant d’être un aidant, comme je suis une mère avant d’être accompagnante.

Peut-être avait-il eu envie de faire une croisière avant de n’avoir tout à fait perdu celle qui fût sa femme.

Quel gâchis…

C’est quoi cette honte ? RIP la dignité !

C’est quand qu’on commence à s’insurger ?

J’ai peur que si on attend trop, tous les différents seront visés. Les malades, les handicapés, les LGBT, les gens d’une autre couleur, d’une autre nationalité….

Je veux pas monter dans ce train là moi.

C’est quoi ce monde ? J’en veux pas. Je le laisse et je veux me battre pour un quelque-chose de meilleur, un endroit où Jean n’aurait pas payé 900 balles pour rentrer chez lui sans même un mot d’excuse de la MSC ! Un monde où Rayond’soleil aura sa place, la vraie, la bonne. Un monde où les médecins seraient tous comme notre docteur Cath, doux et bienveillants. Un monde pluriel, divers, et emplis d’amour plus que de peur.

Tu viens ?

 

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Kermesse magique

La fête de l’école, c’est l’événement de l’année pour Rayond’soleil. Et les garçons aiment nous suivre aussi! L’an dernier, j’avais emmené un copain de Calme de lune, un peu inquiète quand même de le confronter à notre monde, et comme pour me montrer à quel point mes enfants savent choisir leurs amis, il s’était éclaté…

Faut dire que l’école met le paquet: Kermesse, tirage au sort, spectacle de musique…

A tous les stands, des cadeaux, et de la créativité.

Les adultes de l’établissement sont déguisés, les enfants sont excités…

Cette école à part m’a invitée à sa kermesse juste avant que Rayond’soleil ne l’intègre.

J’avais un peu peur, tous ces enfants n’allaient-ils pas me renvoyer quelque chose qui me ferait peur pour l’avenir?

J’ai vite ouvert mon esprit. Heureusement pour moi!

Et nous en sommes à la 4ème kermesse. C’est gai, c’est coloré, ça sent bon le chocolat et ça fait du bruit.

Les enfants de l’école « classique » sont invités et présents en nombre. C’est ce qui m’a le plus frappé la première fois et qui continue de m’émerveiller à chaque nouvelle représentation, car c’est aussi bien réglé qu’une pièce de théâtre.

Je salue le melting-pot, la mixité sociale, culturelle, je salue les sourires et les rires, je salue les efforts de chacun pour que ce moment soit réussi et reconnu comme le plus beau de l’année. Les travailleurs de l’ESAT d’à côté sont là aussi pour présenter leur travail.

Chacun se mêle sans prêter garde à la différence qui ne saute pas aux yeux tant elle est réussie et intégrée. Personne ne regarde avec insistance.

Je ne pense pas pouvoir retranscrire ce qui se joue en moi à chaque fois, ni même l’ambiance. Je n’ai pas assez de talent.

Cette année, ce qui m’a le plus marquée c’est l’initiation au cirque qui a tant plus à Avalanche et à Rayond’soleil, c’est cette dernière qui sautillait partout avec son ‘Moureux à elle, et le spectacle de danse des ados, qui y ont mis tant de cœur et d’amour, qu’ils brillaient comme des soleils. Oui, ces ados exceptionnels ont bossé trois chorégraphies et l’une d’entre eux m’a particulièrement touchée: elle virevoltait, lançant sa silhouette à gauche, à droite, se propulsant en l’air, un sourire gravé sur ses lèvres. Une autre plus loin a perdu le fil, mais personne n’a remarqué tant ce qui était présent c’est l’envie, et la gaieté qui se dégageait du groupe.

Chaque année, un groupe de percus du coin, les Batucada, vient jouer dans la cour. Les ados ont continué à danser au milieu des percus sous les yeux fascinés de mon Avalanche. Prise dans le rythme, même moi j’ai dansé, mal mais je m’en fichais.

Le prof de musique a sonné le rappel des troupes, et Rayond’soleil, trop fière d’embringuer son frère, est partie en courant derrière T. l’une de ses éducs préférée, pour un mini concert improvisé.

Chacun y met sa patte, chacun y met un bout de son cœur, de la directrice à la secrétaire, chacun joue le jeux, et j’ai encore une fois regretté de ne pas y être allée déguisée moi aussi pour encore mieux me fondre dans la masse. Chacun fait son maximum pour que la fête soit belle, et réussie, et même l’orage menaçant a préféré attendre la fin du bal pour éclater, ne laissant tomber que quelques gouttes rafraîchissantes dans l’après-midi, histoire de ne pas hâter les fêtards vers la sortie.

J’avais envie d’un petit texte pour vous dire merci à tous pour cette journée de bonheur. Je ne vous rends pas hommage car aucun mot ne saurait suffire, vous seuls savez tout ce qui se cache derrière les tentes, et la musique, et vous seuls avez su rendre cet endroit qui me faisait si peur en un havre de paix, pour mon Rayond’soleil et pour toute la famille…

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Porter à l’hôpital…

Handicap ou non, porter son enfant à l’hôpital peut s’avérer une nécessité pour lui ou pour nous.

La peur, la douleur, l’appréhension sont autant de raison de ne faire qu’un pour subsister dans ce monde qui n’est pas le nôtre et que nous pouvons ressentir comme hostile.

Je me souviens avec la sueur dans le dos des paroles de la puéricultrice alors que je venais de mettre au monde Calme de lune:

« Mais Madame, vous ne pouvez pas porter votre bébé dans le couloir. »

Alors là, elle m’en avait bouché un coin, je n’ai pas osé braver l’interdit et je n’ai jamais eu d’explication.

Deux ans d’expérience plus tard, j’arrivais à la maternité avec dans ma valise beaucoup de nourriture, et une écharpe Jeportemonbébé. Et qu’on vienne me chatouiller pour voir!

Là encore, quand il s’est agi de sortir du service pour aller passer une échographie, le même couplet: on ne porte pas son bébé. Bon ben tant pis, ils n’avaient qu’à déplacer le service en mater car je ne la poserai nulle part. Résistance.

Depuis, les mentalités ont évolué. On emmène très souvent l’enfant jusqu’à la porte du bloc opératoire, et les parents sont de plus en plus facilement acceptés en salle de soins. Bien entendu, rien n’est parfait et le temps manque souvent.

Concernant notre expérience récente, une amygdalectomie pour Avalanche en novembre, et les soins dentaires de Rayond’soleil hier. Donc deux enfants « grands » qui ont profité du portage post opératoire en sling

Pourquoi porter? Pour produire des endorphines, plein d’endorphines qui vont soulager la douleur et apaiser le petit porté. Pour renifler son odeur après une longue séparation aussi (nous aussi on a fabriqué plein de stress, et on a envie de se sentir mieux!!).

Ce qui nous freine? La peur d’être regardés de travers par l’équipe médicale. D’être pris pour des fous. Perso, le regard des gens, je m’en moque un peu. Parfois, on a aussi peur de prendre une réflexion, et là, j’ai peu de clefs, parce que soit je mords, soit je me tais, ce qui dans un cas comme dans l’autre n’est pas pédagogue pour deux sous.

J’essaie de plus en plus souvent de militer portage grâce à ma casquette de présidente, et de sensibiliser les équipes en amont des hospitalisations possibles. Cela me surprend toujours, mais ils sont plutôt compréhensifs quand ils comprennent aussi leur intérêt (le calme déjà!).

Concernant les deux dernières expériences, le portage a été bien accueilli par les deux équipes (puisque deux hôpitaux différents, sinon ce n’est pas drôle!).

L’équipe ORL a posé quelques questions, et dit à Avalanche qu’on devait être bien au creux de maman.

Hier, c’était une équipe spécialisée handicap. J’avoue que nous l’avons descendue dans son lit, et qu’ensuite, c’est le médecin qui l’a portée, enroulée dans un drap chaud(et les fesses à l’air!). Je suis allée jusqu’à la porte du bloc, et elle n’avait pas peur, et pas mal non plus.

Je sais que le médecin l’a gardée dans ses bras le temps de l’endormir, et que Zaza l’a tenue contre elle quand elle s’est réveillée, qu’on lui a laissé ôter elle-même les capteurs de rythme cardiaque, et qu’on l’a câlinée un peu beaucoup. Je suis descendue dès qu’elle s’est réveillée, accompagnée par Lénaïc, le brancardier.

Elle a été choyée, chouchoutée, et elle est devenue comme toujours la coqueluche de l’équipe en un demi clin d’œil. On m’a demandé si un diagnostic était posé sur ses maux avec beaucoup d’intérêt et de gentillesse, et on lui a fait 2000 bisous avant de me la rendre.

Remontée en chambre, elle avait un peu mal, et le goût du sang sur ses lèvres, elle « voulait moi » et elle ne voulait pas rester au lit, mais ne tenait pas tellement debout. Alors je l’ai naturellement installée en sling, et nous avons arpenté les couloirs durant une vingtaine de minutes (20 minutes sur une épaule à 33 kilos, c’est mon maximum!) sous le regard parfois un peu étonné des soignants, mais souvent attendri finalement.

Attendris ils étaient. Mais comment ne pas l’être quand on la voit, le visage enfoui dans mon cou, son petit nez frémissant de plaisir, les bras enlaçant ma nuque, caressant mon épaule et les yeux mi-clos, quand 5 minutes plus tôt, elle exprimait son mal-être?

Aucune réflexion. J’ai regretté de ne pas avoir pensé à prendre les flyers et le livret de l’association. Nous avons remercié tout le monde. Pour la bienveillance, pour les câlins, pour la patience aussi… Et nous sommes rentrées main dans la main à la maison, sereines, même si elle avait un peu les joues gonflées.

D’ailleurs, à l’instant, le service vient de m’appeler pour prendre des nouvelles de la demoiselle. C’est la première fois que cela nous arrive. « J’appelle pour savoir si tout va bien, si elle n’a pas mal, et si elle a bien dormi… » Ils lui font des bisous, et n’espèrent pas la revoir dans de telles conditions.

Comme quoi, des fois ça se passe bien aussi…

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Dure journée ?

Toi aussi tu la connais cette journée horrible que tu as débutée en renversant ton café sur ce jean qui te va si bien, et que du coup tu as passée avec celui qui au choix te boudine ou laisse entrevoir ta culotte dès que tu te penches parce qu’il est dix fois trop grand ? Celle durant laquelle 3 de tes rendez-vous t’ont posé un lapin, ton boss t’a sorti la réflexion pourrie qui va mal, et où ton amoureux était pas bien ?
Cette journée qui reste comme les précédentes, assujettie au monde qui ne tourne vraiment pas rond ? Israël et la Palestine qui s’entretuent, le gouvernement qui continue de tirer les derniers de cordée tout en bas, le Zadiste qui a perdu une main, les migrants morts en mer dont tout le monde sauf une poignée minoritaire se fout, les homosexuels que l’on insulte, les lycéens qui se mobilisent tous seuls pour lutter contre le cyber harcèlement, une énième fusillade entre adolescents en Amérique, Trump qui est toujours président et qui finalement ne va pas se réconcilier avec son ami Coréen, les étudiants, les fonctionnaires, les cheminots dans la rue pour défendre des acquis remis en cause, les chômeurs encore montrés du doigts, et des aides sociales que l’on annonce en baisse, avec la bouche en cœur ? Tu l’as vécue toi aussi cette journée où allumer la radio provoque une averse dans tes yeux ?
Cette journée qui te fait te dire tout bas que tu n’es pas prête pour ce monde, que c’est trop de colère, trop de chagrins, trop.
Trop peu d’espoir pour l’avenir aussi ?
Cette journée où malgré les graines que tu essaies de semer chaque matin, tu n’as rien vu pousser ?
Où le tout te paraît si lourd à porter que tu en as mal aux épaules et où tu te dis « vivement l’heure du lit » tant tout a l’air insurmontable.
Puis tu rentres chez toi, et malgré la pluie, ils ont leurs bottes et ils sautillent dans les flaques avec l’innocence que seuls eux peuvent connaître ! Ton aîné te lance enjoué « Eh, il pleut des bornes ! » et tu penses au dernier livre de Grimaldi en sentant la pression s’alléger comme si un nuage venait laver un peu de ton chagrin. Ton petit est couvert de boue de la tête aux pieds, ou pas loin, et il a tant ri quand les premières gouttes sont tombées sur son nez que tu n’as pas pu t’empêcher de rire aussi. Tu as ri, ri comme pour oublier, comme pour montrer au monde qui va mal que tu peux aller bien sans lui, mais pas sans eux.
T’as pris ta douche avec plein de monde dans la salle de bain oubliant toute pudeur ou intimité et tu as mangé leurs piaillements comme une maman poule, puisant dans leurs énergies si positives la tienne. Vous avez mangé des trucs au kepchup, et tu as vu la foi dans les yeux de ta petite fille différente. La foi en l’avenir, la foi en les grands, la foi en toi. Tu te sens un peu honteuse du coup d’avoir imaginé baisser les bras.
Tout le monde parle en même temps, et tout le monde veut son câlin. Tu te dis qu’heureusement que tu as un lit en 160 comme ça on peut tous rester serrés. Puis ils vont au lit, enfin dans le leur quoi ! Toi, tu finis ta journée, t’as encore cette sensation un peu crasse, mais un peu moins.
Puis quand tu montes te coucher, tu ne peux pas t’en empêcher. Tu rentres dans leurs chambres comme un Sioux. Tu te déplaces en silence, tu humes leur odeur dans la pièce, tu écoutes leur respiration, leurs ronflements. Tu t’approches, le cœur battant dans la pénombre. Tu ne veux pas les réveiller, et pourtant, tu aimerais tellement qu’ils ne dorment pas finalement, qu’ils te donnent encore un peu d’insouciance, d’inconscience.
Ta main s’avance presque malgré toi. Ils ont les yeux clos, ils sont tellement beaux, magnifiques dans leur quiétude, sereins. Leur peau est douce sous tes doigts qui s’attardent. Tes yeux s’emplissent de larmes, mais ce n’est plus une averse, c’est l’amour qui déborde de ton cœur, de ton corps, la gratitude de les avoir, la reconnaissance pour tout ce qu’ils sont tous les 3 ensemble et séparément.
Tu vas te coucher sereine, en paix. T’es prête à abattre des montagnes, t’es parée pour la suite, t’as plus peur de pas être à la hauteur, tu sais que de toutes les façons, tu n’as pas le choix, tu ne peux pas les décevoir, tu vas devoir retourner planter le mieux pour leur demain et tu te sens tellement forte que dans tes rêves t’es une guerrière en armure !
A tous ceux et à toutes celles qui connaissent des journées difficiles, je vous conseille de ne pas oublier de prendre votre dose de repli sur vous et les vôtres en rentrant à la maison, de vous couper du dehors et de vous concentrer sur ce qui rayonne chez vous, quoi que soit ce qui rayonne, quels que soient vos soucis et difficultés. De vous pardonner les moments de faiblesse aussi, comme le feriez avec n’importe lequel de vos amis en détresse, parce que changer le monde, c’est dur, et ça ne se fait pas tout seul donc vous avez le droit de flancher aussi parfois… C’est l’Amour qui nous tient, lui qui ME fait avancer même quand j’ai peur, même quand je doute…

Merci à Evelyne pour la photo…

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Quand Portage et Handicap rencontre Gayelle…

Bonjour à tous!

Vous me connaissez, je ne suis jamais en rade de nouvelles idées, je crois que je prendrai le temps de vous parler plus tard de tout ça, car ça s’éclaircit dans ma tête…

Il y a quelques semaines, j’annonçais à mes enfants que quand javais l’âge de Calme de lune, je répondais « écrivaine » quand on me demandai ce que je voulais faire comme métier, et que ce rêve de môme allait se réaliser, avec la sortie de mon livre en février prochain! Je vous en parlerai plus longuement dans un prochain billet, parce que vous méritais de tout savoir !

La réaction des enfants dépassait mes souhaits les plus profonds, avec de leur côtés une envie sincère de me lire. Mais voilà, j’avais écrit un livre pour adultes, qu’ils ne trouveraient pas à la bibliothèque de l’école.

Ni une ni deux, la graine était plantée.

Sauf que si je sais écrire, je ne sais pas dessiner.

J’avais donc besoin d’un partenaire, quelqu’un qui me suivrait sur le thème et dans une nouvelle aventure! Quelqu’un qui partagerait mes valeurs et accepterait de dessiner mon histoire.

Toujours peu sûre de moi, j’ai lancé une demande, persuadée de faire un flop, ou de me trouver face à des illustrateurs que je devrais payer, et donc de devoir abandonner l’idée dans l’œuf, car je n’en avais pas les moyens, et je voulais vraiment bosser à 4 mains.

Comme toujours, j’ai été surprise de l’engouement face à l’idée…

J’ai encore une fois dû faire un choix, ce qui est très dur pour moi, car j’ai cette impression que dire non, c’est renier un peu du travail de l’artiste, et tuer la bonne volonté des personnes en face de moi. A tous ceux à qui j’ai dit non, je suis désolée! 

Gayelle et moi, ça a été comme une évidence.

Elle avait la douceur et la délicatesse, elle a sûrement su me toucher. Je la lisais déjà sur la toile, je n’avais pas eu ses livres entre les mains. On s’est encouragées mutuellement à réfléchir, mais je crois que dès les premiers mots, on savait que peu importe comment nous irions plus loin ensemble…

Gayelle écrit ses histoires, mais elle a accepté sans sourciller de me laisser raconter la mienne, de me laisser dire le handicap aux enfants comme j’ai l’habitude de le faire avec les miens, sans tabou ni fausse pudeur. Dès le début, on finissait les phrases de l’autre, ou on se disait pareil. 

Ça sent un peu l’amitié qui démarre à des centaines de kilomètres…

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Elle nous a bien captées…

Alors, je ne sais pas si je serai à votre hauteur, si vous lirez mes textes à vos enfants, ni même comment nous sortirons ce livre (via la voie classique ou via le crowfunding) mais un jour nous serons les mamans de ce nouveau bébé, et je crois que j’en suis déjà fière, et fébrile!

J’ai avancé sur le texte à vitesse grand V. J’ai présenté des ébauches à un jury intransigeant, qui a pas aimé la première version que j’ai dû entièrement repenser.

Je ne sais ni quand ni comment, mais je sais bien pourquoi… Parce que le handicap doit avoir plus de place dans notre société, c’est à celle de demain qu’il faut déjà s’adresser 😉