L’allaitement de l’enfant différent.

    Chaque allaitement est une histoire unique, entre les parents et leur bébé. Chaque histoire ne peut se comparer à aucune autre, et dans le domaine de la différence, je crois que le seul mot qui pourrait résumer l’allaitement, c’est le mot combat . C’est donc le mien que j’avais envie de partager avec vous en ce premier jour de la semaine mondiale de l’allaitement maternel.

Rayond’soleil est née par un beau matin d’hiver. 3 kilos à terme, un bébé somme toute de poids moyen. Bon après mon maxi premier, j’avais le sentiment qu’elle était minuscule mais ce n’était pas grave. Elle a de suite rampé vers mon sein, et pris sa première tétée en peau à peau en salle d’accouchement. Idyllique. Nous sommes restées en peau à peau longtemps, puisque je l’avais demandé dans mon projet de naissance qui a été entièrement respecté, blotties l’une contre l’autre sous une couverture jaune. Je me souviens ses cheveux noirs, je me souviens qu’elle m’a fait pipi dessus ( et bien pire ) aussi!

Dans ma valise de maternité, mon écharpe de portage bien sûr mais aussi Marie Thirion. Enfin pas elle, son livre bien entendu, » L’allaitement de la naissance au sevrage ». Ma béquille, au cas où je flancherai sous le regard désapprobateur d’une auxiliaire de puériculture pas sympa (il n’y en a qu’une dans la mater où ma fille a vu le jour mais comme je suis un chat noir…). On m’a filé des tisanes, on m’a fichu la paix. Le surlendemain de mon accouchement, je me suis carapatée en signant une décharge et je suis rentrée chez moi. Je ne le savais pas, mais tous les parents qui signent une décharge, font l’objet d’un petit signalement à la PMI, qu’ils aient prévu une hospitalisation à domicile(comme moi) ou non. Et ce petit signalement, cette petite ligne rouge dans mon dossier, va sauver mon allaitement, en mettant sur ma route une infirmière puéricultrice, Isabelle. J’aurai pu refuser la proposition de la PMI de passer nous voir, moi et mon bébé, une fois par semaine, au terme de mon hospitalisation avec la sage femme qui m’avait suivie. Mais cette petite fille m’impressionnait un petit peu, je ne savais pas me l’expliquer.

    Rayond’soleil et moi, on a eu un allaitement compliqué à plusieurs points de vue. 

Elle était un bébé fatigué. Elle dormait beaucoup, beaucoup trop. Parfois elle se réveillait pour téter mais s’endormait au bout de quelques minutes au meilleur des cas. Le lait gras, elle n’en voyait que rarement la couleur. J’avais beau la stimuler, la chatouiller, lui parler, rien…

Elle tétait mal. En fait j’avais un REF (Réflexe d’Ejection Fort) qu’elle ne maîtrisait pas du tout.

Bien plus tard, nous avons découvert une Intolérance aux Protéines de Lait de Vache (la totale!).

    Donc à j15 Rayond’soleil n’avait toujours pas repris le moindre gramme.

Isabelle a préféré penser qu’elle n’avait pas perdu plus. Elle m’a interdit d’avoir une balance à la maison. Elle m’a interdit de la peser avant et après la tétée. Elle a séché mes larmes d’impuissance devant ce bébé qui ne grossissait pas. Ma fille avait perdu 300 gr. La limite des 10% de son poids était atteinte à j3. 12 Jours plus tard, nous étions toujours à 2kg700. J’étais effondrée, j’avais beau lire Marie Thirion, et le relire, j’étais perdue. Isabelle a donc décider qu’on devait employer les grands moyens. Elle m’a rassurée, je produisais du lait, je n’avais qu’à voir les fuites énormes sur mes t-shirts, mais ma fille n’en profitait pas suffisamment car ses tétées étaient trop courtes. Pour l’aider, j’allais devoir tirer mon lait. Pas pour lui donner au biberon, non, mais pour vider une partie du pré-lait. Je n’ai pas tiré au lait, pour ne pas renforcer mon REF, mais à la main. A j33 très exactement, Rayond’soleil a enfin dépassé les 3 kg! Confettis!

Avec le temps, nous avons appris à gérer le REF ensemble: elle tétait un peu, le temps de faire monter le lait, puis nous laissions le lait couler sur un lange tant qu’il giclait en jet. Elle est restée frêle longtemps. Tétant peu mais souvent. A 6 mois, lorsqu’à bout de nerf, j’ai tapé du poing sur la table et exigé un rendez vous chez un gastrologue, elle tétait encore jusqu’à 15 fois par jour, nuit comprise, et ne dormait pas plus d’une heure de rang. J’étais épuisée. Je ne pouvais pas la laisser en garde, puisqu’elle a refusé toutes les tétines de tous les biberons du monde. Bien sûr, le pédiatre trouvait qu’elle ne mangeait pas assez, le médecin qu’elle mangeait trop…Ou l’inverse! Pour obtenir ce rendez-vous j’ai menti. J’ai dit qu’elle tétait bien toutes les 4h, sauf la nuit, où nous n’avions qu’un seul réveil. Je sais, c’est mal.

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La honte, c’est vite passé! J’aurai pu assumer, argumenter, qu’on allaite pas au sein comme on allaite au biberon, que le lait maternel ça se digère pas comme le lait de vache, y a qu’à comparer la taille des molécules, sortez votre microscope…Mais face à des murs, à quoi bon? L’allaitement a beau être au programme de médecine, il occupe une place tellement minuscule que c’est ridicule et peu de médecins s’y intéressent vraiment! Le gastrologue, lui m’a dit « ne me mentez pas, ma femme allaite, je veux la vérité, sinon je ne saurai pas vous aider. » Alors je lui ai dit, les micros tétées, comme pour juste soulager quelque-chose, les nuits qu’elle passait contre moi, assise, calée tant bien que mal par des oreillers pour pouvoir me reposer, ce bébé qui se réveillait en sursaut et en hurlant, ses problèmes de tonus aussi, cette façon qu’elle avait de mâchouiller en permanence, les hyper-extensions qui arrivaient visiblement à la calmer un peu… J’ai pleuré. Il m’a rassurée, lui aussi. Je n’étais pas fautive. Elle ne mangeait ni trop, ni trop peu. Elle composait comme elle pouvait. Elle était chétive, mais ce n’était pas la faute de l’allaitement, elle pleurait énormément, mais ce n’était pas la faute de l’allaitement, elle vivait en écharpe, mais là encore, ce n’était pas la faute de l’allaitement, ce  n’était pas MA FAUTE! C’était une saleté de Reflux Gastro-Oesophagien!

Il a refusé de lui faire passer des examens invasifs. Il l’a mise sous traitement immédiat pour une oesophagite, et m’a demandé de pratiquer une éviction stricte du lait de vache. Il m’a donné des précautions à prendre avec elle, ne pas l’allonger après les repas, incliner son lit, et faire attention lorsque nous commencerions la diversification… En quelques jours, moins de pleurs, en quelques semaines, son poids s’est envolé…Je n’ai jamais eu besoin de revoir ce monsieur, mais si je le croise demain ,je lui ferai une bise (il ne risque rien, je ne vais jamais le reconnaître, je ne suis pas physionomiste pour deux sous!). Elle a énormément souffert de ce RGO, qui avait deux causes: son hypotonie, et son intolérance. Nous avions réintroduit les produits laitiers tout doucement après ses 3 ans car l‘intolérance à tendance à passer spontanément avant 4 ans. Rayond’soleil se fiche de la tendance, nous sommes de nouveau en éviction totale depuis un peu plus d’un an! Ce que j’en garde, c’est que, comme pour tout dès lors que l’on parle allaitement, il faut savoir écouter son bébé. Pas d’interdits alimentaires, à quoi bon se priver de yahourts ou de café si votre bébé va très bien? Mais s’il commence à manifester de l’inconfort, rapprochez vous de quelqu’un qui saura vous guider vers l’un ou l’autre des aliments potentiellement irritants…

 

    Notre dernier souci, ça a été l’exclusivité, qui a longtemps perduré, ne me laissant aucun répit.

Après cette mise en place médicale, nous avons retrouvé un semblant de tranquillité. Rayond’soleil pleurait moins, et elle réussissait à dormir quelques heures d’affilée. Rarement plus de 3, mais c’était mieux. Les couchers restaient cauchemardesques, surement des souvenirs de douleurs dont elle a eu du mal à se défaire jusqu’à ses 4 ans…Durant 4 ans, elle a donc assimilé le coucher à un moment désagréable, elle a eu peur de s’endormir, de peur de se réveiller dans des souffrances terribles…Elle grossissait enfin normalement. Seulement, jusqu’à ses 16 mois, elle n’a rien accepté d’autre que mon lait, à mon sein. A chaque fois que je l’ai laissé à garder, cela s’est avéré éprouvant, pour elle comme pour notre Super nounou…Cette exclusivité s’est soudainement rompue lorsqu’elle a décidé de manger un boeuf bourguignon avec coquillettes…Surprenante petite fille!

 

En résumé, nos débuts d’allaitement ont représenté un réel combat. Contre une partie du corps médical, contre mes pires craintes, contre l’épuisement maternel aussi. Mais je suis fière d’avoir gagné toutes ces batailles, d’avoir partagé ces moments pas toujours faciles, mais pas aussi horribles qu’on pourrait le penser avec ma fille. 17 mois d’allaitement, de bonheur, de regards intenses, ce regard qui le premier m’a dit « je vais changer ta vie », 17 mois de partage, de doigts emmêlés, son premier signe « téter » à 6 mois de vie, tout un symbole quand on sait à quel point le langage nous a été compliqué …

 

Après elle, Avalanche est né, et j’ai vécu un allaitement « normal ». Je n’en suis pas moins fière. 24 mois et un sevrage naturel pour lui, je peux vous faire un paragraphe sur allaitement et travail du coup, c’est le thème 2015!

J’ai repris le travail aux 11 mois de mon dernier bébé. Il tétait aux alentours de 4 fois par jour, et deux fois par nuit à ce moment là. Je travaillais entre 3 et 4 jours par semaine, de 8h du matin à 19h. J’avais prévu des réserves de lait, de quoi fournir un glacier londonien pour minimum 3 mois, j’ai fini par les mettre dans son bain, la loose… Il refusait de boire le lait décongelé, il prenait quelques bibs de lait frais par contre. Du coup, je tirai un biberon pour le goûter du lendemain pendant ma pause au travail. Ca a pu fonctionner comme ça, parce que pendant un an, je suis allée passer ma pause déjeuner chez notre Super nounou. Elle a accepté, sans broncher, de me voir débouler à l’heure du repas pour une tétée entrée, ou une tétée dessert, selon l’heure. Mon Avalanche était suffisamment détaché de moi et bien dans ses baskets, pour que l’on puisse se permettre ces doubles séparations journalières. Parfois, le soir, il se jetait sur le sein avant que nous ne repartions de chez nounou, mais ça a été plutôt rare, et il attendait généralement d’arriver à la maison. Lorsque je ne pouvais pas sortir du magasin, pour une raison x ou y, Super nounou s’arrêtait en rentrant du RAM, et je l’allaitais en salle de pause. Je n’ai jamais fait valoir mes trente minutes d’allaitement journaliers, prévus par la loi, car je n’étais sûre que cela soit valable après la première année de bébé, mais j’ai fait valoir mon droit à allaiter dans les locaux de l’entreprise. Je suis très fière de cela, car j’ai clairement été la première, et la seule à le faire dans l’entreprise, à la connaissance de mon responsable en tous cas. Je n’ai jamais eu de réflexions, ce qui est miraculeux,lol!

   Pour finir, j’ai aimé allaiter, les uns et les autres de mes enfants, même si mon aîné a fait les frais de mon inexpérience…Il a été allaité exclusivement quelques semaines, et en mixte quelques mois. Je sais que je leur ai donné ce que j’avais envie de leur donner. Ce désir d’allaiter était viscéral et animal chez moi, et je conçois que tout le monde n’en ressente ni le besoin ni l’envie, encore plus lorsque l’annonce du handicap, ou juste le sentiment que quelque-chose cloche, vient se greffer aux difficultés des premiers jours. 

photos 008 (Copier)

11 mois, le douceur, l’intensité du regard, des souvenirs encore si vivants…

 

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3 réflexions sur “L’allaitement de l’enfant différent.

  1. Oui merci pour ce bel article.
    Avec mon Loulou différent tout à marché pas trop mal… Il avait un rgo, mais pas très important. Le médecin qui nous suivait a été formidable.
    Par contre, à partir de ces six mois ça été l’enfer. Pas à cause de mon Loulou…. À cause du milieu médical. Je me souviens d’un Pedo psy qui m’a demandé d’un ton dédaigneux jusqu’à qd je comptais l’allaiter? Et qui m’a bien fait comprendre. Que s’il était dans l’état là ç t parce que je l’allaitais…. Ce fut une période éprouvante….à devoir sans arrêt se justifier, expliquer, faire la sourde oreille… J’ai tenu bon, envers et contre tous ( sauf mon conjoint, ouf ) et je l’ai allaité jusqu’à ses 18 mois ( un arrêt de sa part… Certainement une grève de la tétée que j’ai lu comme un sevrage naturel )
    Avec mon avalanche à moi, j’ai eu l’allaitement dont j’avais révé…. Sevrage naturel à 2 ans ( mais plus chez moi qu chez lui) avant l’entrée à l’école.

    Aimé par 1 personne

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